Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 7
Auteure
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On aime la voix de Ninon, qui observe tout depuis le bord du parquet avec une ironie fine et un peu de honte. Les répliques coupées en plein milieu donnent un rythme nerveux, presque haletant, aux dialogues. On reste collé à la page, à guetter ce qu'elle n'entend pas tout à fait.
Le carnet de Ninon - tentation
Chapitre 7
Je n’avais pas éteint.
Le film s’était arrêté tout seul, de l’autre côté. Des pas. Le frigo. Puis plus rien, assez longtemps pour que je me dise qu’il dormait.
Il était près de minuit quand j’ai entendu la clé dans la serrure.
Des talons posés, pas enfilés. La voix de Caro, basse, heureuse, celle du premier soir dans la cuisine, puis celle de Fred, un peu endormie. Le ton d’un couple qui se retrouve. Pas les mots.
Je me suis levée pour un verre. C’est ce que je me suis dit.
Le salon n’était pas fermé. Je voyais le dossier du canapé, la lampe trop faible, deux silhouettes. Je me suis arrêtée avant le carrelage, au bord du parquet, là où le couloir devient visible.
Je n’ai eu que des bribes.
— … dès l’entrée dans la chambre, il a voulu…
— … ses doigts, putain… juste là…
— … je lui ai dit pas sans toi…
— … sa bouche était…
— … je lui ai dit que toi, tu…
Elle parlait encore quand elle s’est baissée.
— Continue, a dit Fred. Plus vite, mon amour. Oui. Comme ça. Tu m’excites. C’est trop bon… je…
Elle est restée un peu.
Quand elle s’est relevée, elle s’est essuyé le coin des lèvres du dos de la main, un geste petit, presque propre.
— Il t’a fait pareil ? a demandé Fred.
Après, ils ont parlé encore, plus bas, presque normal. Un rire d’elle. Le bruit d’un zip. Des pas nus.
J’ai reculé trop vite.
Ma porte, sans clé. Le lit. La nuisette remontée, la culotte déjà chaude. Je me suis allongée. La main sous le coton, cette fois sans le prétexte du plat de la paume. J’ai suivi ce que je n’avais pas vraiment vu : les cheveux, la main sur la tête, le bruit qu’il avait fait, l’idée précise de sa bouche à elle, ouverte, qui recevait. Je n’ai pas mis de visage sur les images. J’ai mis le rythme. Deux doigts. Plus vite. Le bas-ventre trop serré.
Ils sont passés devant ma porte.
J’ai joui pile à ce moment-là, un souffle que j’ai raté, un petit bruit de gorge que le drap n’a pas étouffé. De l’autre côté, le rire s’est arrêté une demi-seconde. Puis a repris, plus loin, dans leur chambre.
Merde. Tu n’es pas très discrète, Ninon, me suis-je dit.
J’ai retiré ma main. Je l’ai posée à plat sur le drap. Mon cœur battait fort, et trop vite.
Je me suis dit : ils vont penser quoi de moi.
Je me suis dit : demain, il faut que je reste naturelle.
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