Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 21
Auteure
Le carnet de Ninon - tentation
Chapitre 21
— Ninon
Je n’ai pas vraiment écouté mes propres réponses, ce matin-là, dans la cuisine. Théo, Louise, le café trop fort. Les mots sortaient tout seuls, nets, presque étrangers à moi-même, pendant qu’une partie de mon esprit restait ailleurs, occupée à autre chose que je n’aurais pas su nommer encore.
Le mot libertin a fait quelque chose de précis dans mon corps. Pas de la peur. Une chaleur, en dessous, comme une pièce qu’on rallume après l’avoir crue vide.
J’ai dit oui avant d’avoir fini de me poser la question. Ce n’était pas de l’inconscience. C’était plutôt que je connaissais déjà la réponse depuis un moment, et que je n’attendais qu’une occasion de la prononcer à voix haute.
Le reste de la matinée, dans le magasin, je l’ai vécu à moitié. Les vêtements passaient devant mes yeux sans vraiment s’y arrêter. Ce qui comptait, c’était Caro à côté de moi, sa manière de toucher les tissus, de les reposer, de choisir sans hésiter jamais plus de deux secondes. Je l’observais plus que je ne cherchais un costume.
Dans la cabine, quand elle a commencé à lacer mon dos, j’ai cessé de respirer normalement.
Ce n’était pas nouveau, ce genre d’attention. Ma mère m’avait habillée toute mon enfance. Mais il y avait, dans chaque geste de Caro, une lenteur qui n’avait rien d’utilitaire. Je le savais. Je l’ai laissée faire quand même, avec cette peur douce de celle qui devine où ça mène et qui choisit d’y aller.
— Ninon.
— Oui.
— Je peux ?
Je n’ai pas vraiment écouté mes propres réponses, ce matin-là, dans la cuisine. Théo, Louise, le café trop fort. Les mots sortaient tout seuls, nets, presque étrangers à moi-même, pendant qu’une partie de mon esprit restait ailleurs, occupée à autre chose que je n’aurais pas su nommer encore.
Le mot libertin a fait quelque chose de précis dans mon corps. Pas de la peur. Une chaleur, en dessous, comme une pièce qu’on rallume après l’avoir crue vide.
J’ai dit oui avant d’avoir fini de me poser la question. Ce n’était pas de l’inconscience. C’était plutôt que je connaissais déjà la réponse depuis un moment, et que je n’attendais qu’une occasion de la prononcer à voix haute.
Le reste de la matinée, dans le magasin, je l’ai vécu à moitié. Les vêtements passaient devant mes yeux sans vraiment s’y arrêter. Ce qui comptait, c’était Caro à côté de moi, sa manière de toucher les tissus, de les reposer, de choisir sans hésiter jamais plus de deux secondes. Je l’observais plus que je ne cherchais un costume.
Dans la cabine, quand elle a commencé à lacer mon dos, j’ai cessé de respirer normalement.
Ce n’était pas nouveau, ce genre d’attention. Ma mère m’avait habillée toute mon enfance. Mais il y avait, dans chaque geste de Caro, une lenteur qui n’avait rien d’utilitaire. Je le savais. Je l’ai laissée faire quand même, avec cette peur douce de celle qui devine où ça mène et qui choisit d’y aller.
— Ninon.
— Oui.
— Je peux ?
Je n’ai pas eu besoin qu’elle précise quoi. Mon corps a répondu avant moi. Un mouvement de tête, presque rien, et pourtant, dans ce presque rien, il y avait toutes les questions que je m’étais posées depuis un mois sans jamais oser les formuler entièrement : est-ce que je désire une femme, ou seulement elle ; est-ce que c’est elle, précisément, ou ce qu’elle représente ; est-ce que j’ai le droit d’avoir envie de ça, moi, la fille des Herbiers, celle qui gardait toujours le coton du quotidien.
Aucune réponse n’est venue. Seulement sa bouche sur la mienne.
Je n’avais jamais embrassé une femme. Je m’attendais, sans me l’avouer, à ce que ce soit doux d’une manière différente, plus doux, moins pressé que les garçons. Ce n’était pas ça, ou pas seulement ça. C’était surtout que je reconnaissais tout, sans l’avoir jamais vécu : la façon dont sa lèvre inférieure se glissait entre les miennes, la pointe de sa langue qui demandait la permission avant de la prendre, comme si mon propre corps savait déjà comment répondre à un corps semblable au sien, comme si ça n’avait jamais eu besoin d’être appris.
J’ai gardé les yeux ouverts. Elle aussi. C’est ce détail-là qui m’a fait comprendre que ce n’était pas un accident, ni pour elle, ni pour moi. Avec Théo, je fermais toujours les yeux, par pudeur ou par habitude, je n’avais jamais su lequel des deux. Là, je voulais tout voir. Ses cils, la petite ride au coin de sa paupière, la manière dont son regard restait sur moi même quand nos bouches se refermaient l’une sur l’autre.
Le temps a cessé d’exister normalement. Je n’aurais pas su dire si le baiser avait duré une minute ou dix. Il y avait quelque chose en moi, une petite voix presque raisonnable, qui savait qu’un premier baiser comme celui-là ne se refait jamais deux fois, et cette voix-là me disait de ne rien précipiter, de laisser le temps s’étirer tant qu’il voulait bien le faire.
Un bruit, de l’autre côté d’une cloison, a tout interrompu.
Ce qui a suivi m’a prise de court, d’une manière que je n’aurais jamais imaginée en entrant dans ce magasin. Il y a eu une minute, une seule, où j’ai pensé à reculer, à dire que c’était trop, trop vite, trop nouveau en une seule journée. La seconde d’après, j’étais à genoux sur le carrelage, sans avoir décidé de m’y agenouiller, portée par quelque chose de plus fort que ma prudence habituelle.
Je n’ai pas pensé à Théo. Pas une fois. C’est ce qui m’a le plus frappée, après coup : l’absence totale de lui dans ma tête, alors qu’un mois plus tôt, il aurait occupé chaque recoin de ma conscience, même dans une situation pareille, surtout dans une situation pareille. Il n’y avait que moi, mon propre corps, cette curiosité crue qui prenait toute la place, et le rire de Caro à côté de moi qui rendait tout permis.
Le goût était étrange, ni bon ni mauvais, simplement nouveau, une sensation de plus à ajouter à toutes celles que j’accumulais depuis un mois sans les avoir cherchées. J’ai continué parce que continuer me semblait plus vrai que m’arrêter. J’ai senti la chaleur sur mon visage, ensuite, et je n’ai pas eu ce sursaut de dégoût que j’aurais attendu de moi-même, de la fille que j’étais avant. Il y avait juste un fait, accompli, et moi qui riais, à genoux, le visage encore mouillé, plus légère que je ne l’avais été depuis des semaines.
Dans le miroir de la cabine, en me relevant, j’ai mis un instant à reconnaître mon propre reflet.
Ce n’était pas non plus tout à fait la fille du dressing, seule devant son propre reflet, en train de deviner ce qu’elle pourrait devenir. Celle que je voyais là, dans ce miroir étroit, avait déjà commencé à devenir cette chose-là. Elle n’avait plus besoin de deviner.
Aucune réponse n’est venue. Seulement sa bouche sur la mienne.
Je n’avais jamais embrassé une femme. Je m’attendais, sans me l’avouer, à ce que ce soit doux d’une manière différente, plus doux, moins pressé que les garçons. Ce n’était pas ça, ou pas seulement ça. C’était surtout que je reconnaissais tout, sans l’avoir jamais vécu : la façon dont sa lèvre inférieure se glissait entre les miennes, la pointe de sa langue qui demandait la permission avant de la prendre, comme si mon propre corps savait déjà comment répondre à un corps semblable au sien, comme si ça n’avait jamais eu besoin d’être appris.
J’ai gardé les yeux ouverts. Elle aussi. C’est ce détail-là qui m’a fait comprendre que ce n’était pas un accident, ni pour elle, ni pour moi. Avec Théo, je fermais toujours les yeux, par pudeur ou par habitude, je n’avais jamais su lequel des deux. Là, je voulais tout voir. Ses cils, la petite ride au coin de sa paupière, la manière dont son regard restait sur moi même quand nos bouches se refermaient l’une sur l’autre.
Le temps a cessé d’exister normalement. Je n’aurais pas su dire si le baiser avait duré une minute ou dix. Il y avait quelque chose en moi, une petite voix presque raisonnable, qui savait qu’un premier baiser comme celui-là ne se refait jamais deux fois, et cette voix-là me disait de ne rien précipiter, de laisser le temps s’étirer tant qu’il voulait bien le faire.
Un bruit, de l’autre côté d’une cloison, a tout interrompu.
Ce qui a suivi m’a prise de court, d’une manière que je n’aurais jamais imaginée en entrant dans ce magasin. Il y a eu une minute, une seule, où j’ai pensé à reculer, à dire que c’était trop, trop vite, trop nouveau en une seule journée. La seconde d’après, j’étais à genoux sur le carrelage, sans avoir décidé de m’y agenouiller, portée par quelque chose de plus fort que ma prudence habituelle.
Je n’ai pas pensé à Théo. Pas une fois. C’est ce qui m’a le plus frappée, après coup : l’absence totale de lui dans ma tête, alors qu’un mois plus tôt, il aurait occupé chaque recoin de ma conscience, même dans une situation pareille, surtout dans une situation pareille. Il n’y avait que moi, mon propre corps, cette curiosité crue qui prenait toute la place, et le rire de Caro à côté de moi qui rendait tout permis.
Le goût était étrange, ni bon ni mauvais, simplement nouveau, une sensation de plus à ajouter à toutes celles que j’accumulais depuis un mois sans les avoir cherchées. J’ai continué parce que continuer me semblait plus vrai que m’arrêter. J’ai senti la chaleur sur mon visage, ensuite, et je n’ai pas eu ce sursaut de dégoût que j’aurais attendu de moi-même, de la fille que j’étais avant. Il y avait juste un fait, accompli, et moi qui riais, à genoux, le visage encore mouillé, plus légère que je ne l’avais été depuis des semaines.
Dans le miroir de la cabine, en me relevant, j’ai mis un instant à reconnaître mon propre reflet.
Ce n’était pas non plus tout à fait la fille du dressing, seule devant son propre reflet, en train de deviner ce qu’elle pourrait devenir. Celle que je voyais là, dans ce miroir étroit, avait déjà commencé à devenir cette chose-là. Elle n’avait plus besoin de deviner.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteure en un geste.
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteure : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()