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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 2

10 minutes
268
Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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Kristina_sexcret
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On se laisse embarquer dès les premières répliques, surtout quand Caro pose ses questions avec un ton léger qui cache une vraie curiosité. Le doudou Monsieur Lapin qui négocie ses histoires du soir fait sourire à chaque fois. L'auteur sait poser une atmosphère de dîner ordinaire derrière laquelle quelque chose couve, et ce décalage entre la surface tranquille et ce qu'on devine sous la table donne envie de tourner les pages.

Le carnet de Ninon - tentation

Chapitre 2

— Fred
C’est Caro qui a décidé d’aller la chercher.
— Elle n’a pas mangé, a-t-elle dit en sortant le plat du four. Elle a dit non parce qu’elle a cru que c’était ce qu’il fallait dire.
— Elle a dit non très correctement.
— Va frapper.
— Pourquoi moi ?
— Parce que tu as la voix qui rassure, et que moi, je fais peur aux jeunes filles sages.
Elle n’a pas tort. J’ai traversé le couloir, dépassé la chambre de Léo, sa veilleuse en forme de lune, et j’ai frappé à la porte du fond, deux coups légers. Il y a eu un silence qui a duré trop longtemps.
— Oui ?
— C’est Fred. On dîne dans cinq minutes. Caro a fait trop de gratin de pâtes, tu nous rendrais service.
Un autre silence. Puis la porte s’est entrouverte. Elle avait gardé le gros sweat, retiré ses baskets, gardé son téléphone dans la main comme une ancre.
— Je ne voudrais pas déranger.
— Tu ne déranges rien. Ce n’est pas un piège, promis. Juste des pâtes au fromage.
Elle a souri, un peu, sans savoir ce qu’elle faisait de sa bouche. J’ai attendu. Elle a dit : « D’accord, merci », le quatrième merci depuis son arrivée, et elle m’a suivi.
Caro a mis un vrai verre devant elle. Ninon l’a regardé comme on regarde un objet précieux dans une vitrine.
— Un peu de vin ? a demandé Caro.
— Un tout petit peu.
— Un tout petit peu, alors. On ne va pas te saouler le premier soir.
Je servais. Elle avait les épaules serrées, les mains à plat de chaque côté de son assiette, comme si la table allait s’envoler. Elle mangeait proprement, par petites bouchées, en regardant le plat plutôt que nous, mais je remarquais l’appétit qu’elle retenait. J’aime les gens qui ont faim et qui le cachent. Ils sont une espèce en voie de disparition.
— Alors, a dit Caro. Raconte. On ne sait presque rien de toi.
— Ce n’est pas très passionnant.
— Tout est passionnant à ton âge.
— Là où j’habite pas trop, non.
— Où ça ? ai-je demandé.
— Les Herbiers. En Vendée. Pas la côte, l’intérieur. Le bocage.
— Et ta famille ?
Elle a hésité. Les doigts autour du pied du verre.
— On est six. Deux garçons, quatre filles. Je suis la troisième. Mes parents… ils sont gentils, mais assez stricts. Ils ont pas mal de principes. Ils n’ont pas beaucoup d’amis. On ne se mêle pas de la vie des autres. Enfin, si, on s’en mêle, mais de loin.
— C’est comme ça que tu as appris à gérer les petits, alors, a dit Caro.
— Oui. Ça m’a toujours paru naturel. Quand il y en a six, et la fille la plus âgée, on s’occupe des plus jeunes sans qu’on vous le demande.
— Léo va t’adorer.
— Il a quel âge, déjà ?
— Quatre ans, ai-je dit. Quatre ans et demi, il tient à la précision. Il est en moyenne section. Le mercredi, c’est centre de loisirs le matin, tu le récupères à midi, tu le fais déjeuner, l’après-midi il est à toi.
— Qu’est-ce que je dois savoir ?
Elle a posé la question sérieusement, sans un sourire, comme si on lui donnait un dossier. J’ai vu Caro la regarder avec une sorte de tendresse qu’elle cache d’habitude.
— Le doudou s’appelle Monsieur Lapin, a dit Caro. Il ne faut jamais dire « le lapin ». Le soir, il négocie trois histoires. Tu en accordes deux. Il essaiera de te faire dire oui à la troisième avec un petit soupir. Ne cède pas au premier soupir, cède au deuxième.
— Et la veilleuse reste allumée, ai-je ajouté. La lune, dans le couloir. Ne la débranche jamais.
— Et si jamais il pleure ?
— Il ne pleure presque pas. Mais s’il pleure, tu le prends dans tes bras, tu ne dis rien, et tu comptes jusqu’à vingt.
Elle a hoché la tête, et j’ai vu ses lèvres bouger : elle apprenait la leçon. Monsieur Lapin. Deux histoires. La lune. Elle nous a regardés comme si elle passait un oral.
— Ce n’est pas un travail, a dit Caro, doucement. C’est de l’entraide. Tu peux dire non, tu peux rentrer chez toi le week-end, tu peux nous demander ce que tu veux.
— Merci.
— Le cinquième, a murmuré Caro, à mon intention.
Elle l’a dit assez bas pour que Ninon ne l’entende pas.
— Et pourquoi l’école du Louvre ? ai-je demandé plus tard, en coupant le fromage.
— J’ai fait trois ans d’histoire à la fac. Et puis j’ai arrêté.
— Pourquoi ? a demandé Caro, sans aucune malice dans la voix, juste de la curiosité franche.
— Un jour, devant un tableau, au Louvre. Un Vermeer. J’ai pleuré, je ne sais même pas pourquoi. Et j’ai compris que je m’étais trompée de voie. Alors j’ai tout arrêté, j’ai bossé un an en librairie, et maintenant je prépare le concours de l’École du Louvre.
— À vingt-quatre ans, changer comme ça, c’est du courage, ai-je dit.
— Ou de l’entêtement.
— Les deux vont souvent ensemble.
Elle a eu un petit sourire, le premier vrai depuis son arrivée.
— Et ta famille, ça a pris comment ? a demandé Caro.
— Mon père me demande encore si je suis sûre de moi. Trois fois en deux ans.
— Et tu réponds quoi ?
— Que oui. Que cette fois, oui.
Elle a dit ça en regardant son assiette, avec une fermeté que je n’avais pas encore vue chez elle.
— Un copain ? a lancé Caro, presque dans la foulée, avec ce ton léger qu’elle prend pour poser les questions qui comptent.
— Théo. Depuis quatre ans. Il est électricien, il travaille sur des chantiers en Vendée.
— C’est sérieux ?
— C’est mon premier copain. On verra avec la distance.
— Il pense à venir te voir ?
— Il n’aime pas trop Paris. Il préfère le foot, les copains, sa camionnette. Mais il est gentil.
Il y avait, dans le mot gentil, quelque chose qui ressemblait à un aveu qu’elle ne ferait pas plus loin ce soir-là. J’ai laissé passer. Caro aussi, mais je l’ai vue enregistrer l’information quelque part, pour plus tard.
— Oui, tu verras bien, vous êtes encore jeune pour rester avec la même personne toute votre vie. Et varier les plaisirs ça ne fait pas de mal, a répété Caro.
— Pour le moment je me consacre à mes études. C’est tout ce qu’il y a à dire, en fait.
Elle a bu une gorgée. Je l’ai regardée poser son verre. Il y avait quelque chose dans son on verra : pas de tristesse, pas d’impatience. Une porte qui reste fermée par habitude, sans que personne ait pensé à en changer la serrure.
Le téléphone de Caro s’est allumé à côté de son assiette. Elle a lu, à peine, avec ce sourire que je connais bien, un sourire qui n’était pas pour la table. Elle a retourné l’écran contre le bois.
Ninon a vu. Elle a baissé les yeux aussitôt, très vite, sur son assiette. Elle a vu, et elle a fait comme si elle n’avait rien vu, avec un soin qui m’a fait sourire.
J’ai regardé Caro. Elle m’a regardé. Une seconde. Une conversation entière.
Elle a insisté pour faire la vaisselle. Caro a refusé, Ninon a insisté, Caro a fini par lui donner un torchon. Puis elle est repartie vers sa chambre en disant merci, encore, pour la lasagne, le vin, la chambre, la douche à venir. Le sixième, le septième. J’ai renoncé à compter.
La porte s’est refermée sans bruit, au bout du couloir.
— Elle est adorable, a dit Caro.
— Elle a vu ton téléphone.
— Je sais, oui, mais je ne pense pas qu’elle ait compris.
— Tu l’as fait exprès de le poser à côté d’elle ?
— Non. Peut-être. Je ne sais pas. C’était un réflexe, Fred, ce n’était pas dirigé contre elle. Elle vit chez nous. On ne va pas se mettre à jouer aux cachotteries.
— Tu le vois jeudi, alors ?
— Oui, au bar près de l’Odéon. Il a l’air très bien élevé et de jolies mains.
— Il a un nom ?
— Il en aura un jeudi.
J’ai ri. Elle s’est adossée au frigo, les bras croisés.
— Tu crois qu’elle pourrait comprendre ? a-t-elle demandé.
— Qu’on est libertins ? Non. Elle sait qu’on est un couple moderne, des Parisiens, qui se parle et se comprend sans mots. C’est déjà beaucoup pour une fille de province qui ferme sa porte à clé.
— Et ça te dérange ?
— Non. Ça me touche, en fait. Elle nous regarde comme si on avait trouvé un truc qu’elle cherche. Je ne sais pas encore quoi.
Caro m’a pris par la ceinture et m’a attiré à elle.
— Fais attention, a-t-elle murmuré.
— À quoi ?
— À ne pas la regarder comme tu me regardes.
— Je ne la regarde pas.
— Menteur, je suis sûre que d’avoir une autre femme dans la maison ça va t’exciter.
C’était presque vrai. Presque. J’y avais pensé, dans le couloir, en frappant à sa porte : le gros sweat, le jean trop large, la manière qu’elle a de porter son corps comme on porte des excuses. J’avais repoussé la pensée poliment, comme on repousse une assiette. Pas celle-là. Elle habite chez nous.
— Viens, a dit Caro.
Notre chambre. Elle a retiré son pull d’un seul geste, en se fichant de ce que je voyais. Puis le reste, sans hâte, en parlant d’autre chose : la réunion de parents, le pressing, le rendez-vous de jeudi.
— Je mets la guêpière noire, a-t-elle dit en ouvrant un tiroir.
— Sans la veste ?
— Sans la veste.
— Tu vas le rendre fou.
— C’est le principe.
Elle s’est retournée. Sa clavicule, sa bretelle défaite, la marque pâle sur l’épaule. J’ai ressenti la chose que les gens ne comprennent pas quand on leur explique : ni jalousie, ni fierté exactement. Une chaleur. Le plaisir de la savoir désirée ailleurs, et de savoir qu’elle rentre et me racontera tout.
— Je laisse la porte entrouverte ? a-t-elle demandé.
C’est une vieille habitude, chez elle, d’avant Léo. Une maison sans secrets.
— Ferme-la, ce soir.
— Tu crois ?
— Elle a vingt-quatre ans. Elle vient d’arriver. On ne va pas lui faire peur le premier soir.
— Justement, a-t-elle murmuré contre mon cou, ça va te faire bander deux fois plus.
Elle n’a pas fermé la porte. Au fond du couloir, sous celle de Ninon, une ligne de lumière brillait encore.
Puis la ligne s’est éteinte. À l’instant même où Caro a ri, bas, contre mon oreille.
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Paris, Montparnasse. Ninon, vingt-quatre ans, vient de s'installer chez Caro et Fred en échange de quelques gardes d'enfant. Dans sa chambre, le téléphone à la main, elle répond à Théo, resté en Vendée, qui lui souhaite bonne nuit comme chaque soir. Mais dans cet appartement inconnu, parmi ces gens trop aimables avec une étrangère, quelque chose la tient éveillée. Ninon se demande qui sont vraiment ses hôtes — et ce qu'ils attendent, au juste, d'une fille qui range ses stylos au millimètre.
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