Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 19
Auteure
Le carnet de Ninon - tentation
Chapitre 19
— Fred
L’appartement vide paraissait plus grand que d’habitude.
Le premier soir, sans Léo et sans Ninon, on a fait ce qu’on n’avait pas fait depuis des mois : on a laissé toutes les portes ouvertes, exprès, pour le plaisir idiot de savoir que ça n’avait plus d’importance. On a dîné nus, tous les deux, sur le comptoir de la cuisine plutôt qu’à table, un verre de vin qui se renversait, Caro assise sur le bord, moi debout entre ses cuisses. On a fait l’amour là, contre les placards, sans se soucier du bruit, sans compter jusqu’à vingt pour personne.
C’était bon. C’était aussi étrangement silencieux.
Le lendemain, Caro a proposé un dîner en amoureux dans un petit italien qu’on n’avait pas fait depuis la naissance de Léo. On s’est habillés comme au début, elle en robe, moi en chemise repassée. On a parlé de tout : de son travail, d’un voyage qu’elle voulait organiser au printemps, d’une bêtise que Léo avait faite avant de partir chez ses grands-parents. Au dessert, elle a souri en tournant sa cuillère dans le tiramisu.
— C’est bizarre, hein.
— Quoi donc.
— Ce vide dans l’appartement. C’est fou comment on s’habitue vite.
Je savais très bien ce qu’elle voulait dire, et je n’ai pas fait semblant de ne pas comprendre.
— Léo, ça se comprend. C’est notre fils.
— Je ne parle pas que de Léo.
Elle a levé les yeux vers moi, et j’ai vu qu’elle avait besoin que je le dise en premier, pour ne pas être la seule à l’admettre.
— J’avais bien compris, ai-je dit.
— Il y a une soirée au Manoir pour Halloween, on devrait y aller.
— Tu as déjà une idée de costume ?
— Oui, plusieurs mais j’aimerais proposer à Ninon de nous accompagner.
C’était dit avec légèreté, l’air de quelqu’un qui pense à un jeu à venir, pas à un manque. J’ai souri à mon tour.
— Tu ne penses pas que c’est pas un peu trop tôt de l’emmener dans un Club libertin ?
— Non au contraire, elle sera déguisée et du coup anonyme et beaucoup moins timide.
On est rentrés en riant, sans rien de plus lourd que ça.
On a essayé de remplir le vide à notre façon. Un soir, on a invité un couple qu’on connaît depuis longtemps, des habitués, rien de nouveau, rien qui nous ait vraiment surpris. C’était agréable, sans plus. Caro a été plus silencieuse que d’habitude après leur départ. Je l’ai trouvée dans la salle de bains, en train de se démaquiller, le regard un peu ailleurs.
— Ça t’a manqué ? ai-je demandé, en m’appuyant contre le chambranle.
— Ce qui m’a manqué, c’est de ne pas savoir ce qu’elle en aurait pensé, si elle avait été là. Si ça lui aurait plu, ou pas, mais son regard, cette histoire d’elle qui voit, qui apprend, qui découvre. Là, sans elle, c’était juste... du sexe entre adultes qui savent déjà tout ce qu’ils vont se dire.
Je n’ai rien répondu, parce qu’elle venait de mettre des mots sur quelque chose que je sentais sans l’avoir formulé. On avait construit toute une chorégraphie autour d’une fille de vingt-quatre ans, et sans elle, la scène restait vide, même occupée.
Les jours ont passé lentement. Caro a fait du ménage dans sa penderie, elle cherchait des costumes pour Halloween, avant de se rappeler qu’elle voulait le faire avec Ninon, pas que pour elle. Elle a rangé les catalogues, en a fait une pile sur la commode, en attendant.
J’ai repensé, plus d’une fois, au dernier trajet en taxi, sa cuisse contre la mienne, et à ce que Caro m’avait rapporté du dîner : elle était trempée en tout cas. Je me suis demandé si elle pensait à nous, là-bas, dans sa chambre d’enfant, avec son copain de toujours. Je me suis surpris à espérer, d’une manière un peu honteuse, que ce copain la décevait.
Le jeudi soir, Caro a reçu un message. Elle me l’a montré sans un mot : Je rentre samedi, train de 14h12, gare Montparnasse. Rien de plus. Pas d’émoji, pas de fioriture. Juste l’heure, comme un rendez-vous qu’on se donne à soi-même.
— On pourrait aller la chercher, a dit Caro. Ça lui ferait plaisir, avec ses gros sacs.
— Pourquoi pas. Ça nous fera une balade.
Rien d’exceptionnel dans la proposition. On serait allés chercher n’importe quel ami dans la même situation.
Le samedi, on est arrivés à l’heure, ni en avance ni en retard. On a attendu sous le panneau des arrivées, dans le brouhaha de la gare, en discutant du dîner qu’on ferait le soir même, un plat que Caro voulait tester depuis des semaines.
Le train est entré en gare. Ninon est descendue avec son sac trop lourd sur l’épaule, le même qu’à l’aller, un mois plus tôt. Elle nous a repérés dans la foule, et son visage s’est éclairé d’un sourire large, sincère, celui qu’on a pour des gens qu’on est content de retrouver.
Caro l’a embrassée sur les deux joues, l’a serrée dans ses bras une seconde, pas plus.
— Alors, ces vacances ?
— J’ai plaqué Théo, a dit Ninon, presque en riant, comme on annonce une bonne nouvelle plutôt qu’un drame.
— Ah bah voilà une chose de faite, a dit Caro. Ça va, toi ?
— Ça va très bien, justement.
Elle s’est tournée vers moi. On s’est serré la main, avec une claque amicale sur l’épaule, comme deux personnes contentes de se revoir sans qu’il y ait besoin d’en faire plus.
— Léo revient dans combien de temps ? a-t-elle demandé, en reprenant son sac.
— Ça va ?
— Ça va très bien, justement.
Elle s’est tournée vers moi. Je n’ai pas su quel geste était permis, alors j’ai ouvert les bras, simplement, et elle est venue, plus courte embrassade que celle de Caro, mais une seconde de trop, encore, comme dans l’encadrement du dressing.
— Léo revient dans combien de temps ? a-t-elle demandé, en reprenant son sac.
— Une semaine, a dit Caro. On a le temps.
— Le temps de quoi ?
Caro a souri, ce sourire qu’elle a quand elle a déjà tout prévu.
— De nous trouver un costume pour la grande soirée d’Halloween.
Ninon a ri, et on a marché tous les trois vers la sortie, dans le vacarme de la gare, avec cette légèreté simple des gens qui sont contents de se retrouver, sans que ce soit plus compliqué que ça.
L’appartement vide paraissait plus grand que d’habitude.
Le premier soir, sans Léo et sans Ninon, on a fait ce qu’on n’avait pas fait depuis des mois : on a laissé toutes les portes ouvertes, exprès, pour le plaisir idiot de savoir que ça n’avait plus d’importance. On a dîné nus, tous les deux, sur le comptoir de la cuisine plutôt qu’à table, un verre de vin qui se renversait, Caro assise sur le bord, moi debout entre ses cuisses. On a fait l’amour là, contre les placards, sans se soucier du bruit, sans compter jusqu’à vingt pour personne.
C’était bon. C’était aussi étrangement silencieux.
Le lendemain, Caro a proposé un dîner en amoureux dans un petit italien qu’on n’avait pas fait depuis la naissance de Léo. On s’est habillés comme au début, elle en robe, moi en chemise repassée. On a parlé de tout : de son travail, d’un voyage qu’elle voulait organiser au printemps, d’une bêtise que Léo avait faite avant de partir chez ses grands-parents. Au dessert, elle a souri en tournant sa cuillère dans le tiramisu.
— C’est bizarre, hein.
— Quoi donc.
— Ce vide dans l’appartement. C’est fou comment on s’habitue vite.
Je savais très bien ce qu’elle voulait dire, et je n’ai pas fait semblant de ne pas comprendre.
— Léo, ça se comprend. C’est notre fils.
— Je ne parle pas que de Léo.
Elle a levé les yeux vers moi, et j’ai vu qu’elle avait besoin que je le dise en premier, pour ne pas être la seule à l’admettre.
— J’avais bien compris, ai-je dit.
— Il y a une soirée au Manoir pour Halloween, on devrait y aller.
— Tu as déjà une idée de costume ?
— Oui, plusieurs mais j’aimerais proposer à Ninon de nous accompagner.
C’était dit avec légèreté, l’air de quelqu’un qui pense à un jeu à venir, pas à un manque. J’ai souri à mon tour.
— Tu ne penses pas que c’est pas un peu trop tôt de l’emmener dans un Club libertin ?
— Non au contraire, elle sera déguisée et du coup anonyme et beaucoup moins timide.
On est rentrés en riant, sans rien de plus lourd que ça.
On a essayé de remplir le vide à notre façon. Un soir, on a invité un couple qu’on connaît depuis longtemps, des habitués, rien de nouveau, rien qui nous ait vraiment surpris. C’était agréable, sans plus. Caro a été plus silencieuse que d’habitude après leur départ. Je l’ai trouvée dans la salle de bains, en train de se démaquiller, le regard un peu ailleurs.
— Ça t’a manqué ? ai-je demandé, en m’appuyant contre le chambranle.
— Ce qui m’a manqué, c’est de ne pas savoir ce qu’elle en aurait pensé, si elle avait été là. Si ça lui aurait plu, ou pas, mais son regard, cette histoire d’elle qui voit, qui apprend, qui découvre. Là, sans elle, c’était juste... du sexe entre adultes qui savent déjà tout ce qu’ils vont se dire.
Je n’ai rien répondu, parce qu’elle venait de mettre des mots sur quelque chose que je sentais sans l’avoir formulé. On avait construit toute une chorégraphie autour d’une fille de vingt-quatre ans, et sans elle, la scène restait vide, même occupée.
Les jours ont passé lentement. Caro a fait du ménage dans sa penderie, elle cherchait des costumes pour Halloween, avant de se rappeler qu’elle voulait le faire avec Ninon, pas que pour elle. Elle a rangé les catalogues, en a fait une pile sur la commode, en attendant.
J’ai repensé, plus d’une fois, au dernier trajet en taxi, sa cuisse contre la mienne, et à ce que Caro m’avait rapporté du dîner : elle était trempée en tout cas. Je me suis demandé si elle pensait à nous, là-bas, dans sa chambre d’enfant, avec son copain de toujours. Je me suis surpris à espérer, d’une manière un peu honteuse, que ce copain la décevait.
Le jeudi soir, Caro a reçu un message. Elle me l’a montré sans un mot : Je rentre samedi, train de 14h12, gare Montparnasse. Rien de plus. Pas d’émoji, pas de fioriture. Juste l’heure, comme un rendez-vous qu’on se donne à soi-même.
— On pourrait aller la chercher, a dit Caro. Ça lui ferait plaisir, avec ses gros sacs.
— Pourquoi pas. Ça nous fera une balade.
Rien d’exceptionnel dans la proposition. On serait allés chercher n’importe quel ami dans la même situation.
Le samedi, on est arrivés à l’heure, ni en avance ni en retard. On a attendu sous le panneau des arrivées, dans le brouhaha de la gare, en discutant du dîner qu’on ferait le soir même, un plat que Caro voulait tester depuis des semaines.
Le train est entré en gare. Ninon est descendue avec son sac trop lourd sur l’épaule, le même qu’à l’aller, un mois plus tôt. Elle nous a repérés dans la foule, et son visage s’est éclairé d’un sourire large, sincère, celui qu’on a pour des gens qu’on est content de retrouver.
Caro l’a embrassée sur les deux joues, l’a serrée dans ses bras une seconde, pas plus.
— Alors, ces vacances ?
— J’ai plaqué Théo, a dit Ninon, presque en riant, comme on annonce une bonne nouvelle plutôt qu’un drame.
— Ah bah voilà une chose de faite, a dit Caro. Ça va, toi ?
— Ça va très bien, justement.
Elle s’est tournée vers moi. On s’est serré la main, avec une claque amicale sur l’épaule, comme deux personnes contentes de se revoir sans qu’il y ait besoin d’en faire plus.
— Léo revient dans combien de temps ? a-t-elle demandé, en reprenant son sac.
— Ça va ?
— Ça va très bien, justement.
Elle s’est tournée vers moi. Je n’ai pas su quel geste était permis, alors j’ai ouvert les bras, simplement, et elle est venue, plus courte embrassade que celle de Caro, mais une seconde de trop, encore, comme dans l’encadrement du dressing.
— Léo revient dans combien de temps ? a-t-elle demandé, en reprenant son sac.
— Une semaine, a dit Caro. On a le temps.
— Le temps de quoi ?
Caro a souri, ce sourire qu’elle a quand elle a déjà tout prévu.
— De nous trouver un costume pour la grande soirée d’Halloween.
Ninon a ri, et on a marché tous les trois vers la sortie, dans le vacarme de la gare, avec cette légèreté simple des gens qui sont contents de se retrouver, sans que ce soit plus compliqué que ça.
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