Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 4
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Le détail du T-shirt Disney, avec son château un peu craquelé, en dit long sur Ninon sans qu'elle ait besoin de se justifier. La réplique de Fred, « Disney. Ça te va. », donne tout de suite le ton : un regard ironique, presque complice. On est embarqué dans une matinée où chaque silence compte.
Le carnet de Ninon - tentation
Chapitre 4
Jeudi matin, Caro était partie tôt. J’avais entendu la porte, la voix de Léo dans la cage d’escalier, puis plus rien. Pas de cours. Pas encore. Juste une maison trop grande et des occupants dont je commençais à connaître les bruits.
Je me suis crue seule.
La journée d’hier avec Léo, s’était passée sans accident. C’était déjà beaucoup.
Le matin, Léo avait été au centre. Je l’avais récupéré à midi, comme on me l’avait dit, avec Monsieur Lapin serré contre son manteau. On avait mangé des pâtes qu’il avait négociées jusqu’au fromage râpé. L’après-midi, le square un peu plus bas, le toboggan trois fois, un goûter trop sucré sur un banc, puis rentrés parce qu’il avait froid aux mains. Dessin animé. Un jeu de société dont il changeait les règles à chaque tour. Le soir il avait eu droit à deux histoires, il avait négocié la troisième. La journée s’était déroulée facilement et Léo était top. Comme si la maison m’avait acceptée pour de vrai tout de suite.
J’ai mis le T-shirt long, rose, acheté un samedi à Disneyland Paris, celui qui descend à mi-cuisse et qui a encore le château un peu craquelé sur la poitrine. Culotte en dessous. Pieds nus. Les cheveux comme ils étaient. J’ai ouvert ma porte sans bruit, par habitude, et j’ai avancé vers la cuisine en pensant au café, au silence, à la table où je pourrais m’asseoir sans demander.
Fred était déjà là.
Dos à la fenêtre. Un T-shirt délavé, une inscription de fac presque illisible. Un caleçon assez large, le tissu usé aux cuisses. Il traînait, lui aussi, avant le bureau. Il a levé les yeux. Il a souri.
— Oui. Merci.
J’ai fait le café. J’ai ouvert le placard du pain. Sur le frigo, à côté du code wifi écrit au marqueur, il y avait un mot de Caro sur un post-it à mon intention : « Il reste du gratin dans le frigo. Fais comme chez toi » Je l’avais décollé et glissé dans ma culotte discrètement. Puis, je suis passée derrière Fred pour prendre une tasse, et c’est là que je l’ai vue.
Sur l’écran, une femme. Brune. Pas sa femme. Caro a les cheveux clairs, je le savais maintenant, je l’avais vue les relever, les laisser tomber, les attacher avec n’importe quoi. Celle-là était nue. Entièrement. Allongée sur un lit qui n’était pas le leur, un bras au-dessus de la tête, les seins lourds, l’ombre noire entre les cuisses ouverte sans pudeur. Pas un visage entier. Assez pour que ce soit un nude, et pas une erreur.
J’ai détourné les yeux trop tard. Fred n’a pas bougé. Il a juste incliné un peu le téléphone, pas assez pour le cacher, assez pour faire semblant.
Je me suis assise en face de lui. Le T-shirt est remonté quand je me suis penchée sur la tasse. Le coton a frotté. J’ai senti mes seins répondre, trop vite, les pointes dures sous le rose, visibles, je le savais sans baisser les yeux. Je l’ai tiré. Il est remonté encore. Les seins ont appuyé contre le château craquelé. J’ai laissé.
Il tapait. Il souriait. Par moments il s’arrêtait, lisait, et quelque chose dans son visage changeait, une concentration drôle, presque tendre. J’ai bu. Le café était trop fort. J’ai regardé la table, le beurre, mon assiette, et puis, sans l’avoir décidé, plus bas.
Sous le caleçon, ça poussait.
Pas d’un coup. Par à-coups, au rythme des messages. Le tissu large ne servait plus à grand-chose. La forme se précisait. Une ligne. Une tension. J’ai senti mon visage prendre feu, cette chaleur bête qui monte aux oreilles et qu’on ne peut pas ravaler.
Il a écarté un peu les genoux, sans lever la tête. Le bord du caleçon a cédé d’un rien. J’ai vu le gland. Juste la tête. Lisse. Déjà hors du tissu, comme si le corps n’avait pas demandé la permission non plus.
J’ai manqué une gorgée. Une goutte sur le T-shirt rose, juste sous le château, entre les deux pointes que le tissu n’arrivait plus à cacher.
Fred a dit, toujours sur l’écran :
— Oui. Le café est chaud.
J’aurais dû me lever. Aller m’habiller. Dire que j’avais un texte à relire, un devoir, n’importe quelle phrase de fille sage. Je suis restée. J’ai beurré une seconde tartine que je n’avais pas faim de manger. J’ai regardé par la fenêtre, la cour, puis encore lui, encore ça, cette évidence au creux du caleçon, et la brune sur le téléphone que je ne voyais plus et que je voyais quand même.
Rouge pivoine. Les pieds collés au carrelage. Le T-shirt trop court dès qu’on s’assoit, trop mince dès qu’on a froid. Je n’ai pas croisé les bras. Je n’ai pas croisé les jambes. Je n’ai pas accéléré. J’ai fini mon petit-déjeuner à la cuillère, lentement, comme si de rien n’était, comme si une fille de vingt-quatre ans prenait son café tous les matins seins dressés sous un T-shirt Disney, en face d’un homme qui bandait pour le corps nu d’une autre, et que ça n’était pas ses affaires.
Quand il s’est enfin levé, il a tiré le T-shirt vers le bas d’un geste distrait. Trop tard. On avait tous les deux fait semblant.
— Oui. Merci.
J’ai lavé ma tasse. J’ai rentré le beurre. J’ai tiré le T-shirt le plus bas possible en traversant le couloir.
Dans ma chambre, j’ai ouvert le carnet. Je n’ai rien dessiné. Pas encore. J’ai juste écrit la date et : jeudi matin.
Puis j’ai raturé.
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