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Couverture de L'apprentissage du sexe, par ErosSexe
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L'apprentissage du sexe — Chapitre 18 · Rencontre difficile

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L'apprentissage du sexe

Chapitre 18 · Rencontre difficile

L'apprentissage du sexe – 18 – Fabrice – Rencontre difficile
 
Le weekend suivant Laura et moi nous sommes bien évidemment revus, mais la contrainte du retour chaque samedi soir à son pensionnat me pesait, j'aurais voulu qu'elle reste dormir chez moi, me réveiller à côté d'elle, lui faire l'amour quand on en avait envie sans surveiller l'heure. Nous étions enlacés après une étreinte merveilleuse, nos corps imbriqués, repus de plaisir.
-       Laura, en fait, c'est ta mère qui peut décider de lever le placement chez les Sœurs, c'est juste ?
-       Oui, mais comme il ne reste que six mois, elle ne va rien faire avant que j'aie mon diplôme. Elle est un peu imprévisible tu sais, même si elle se défonce un peu moins et mène une vie plus équilibrée.
-       Écoute, j'ai discuté avec mon Compagnon formateur, dont je t'ai déjà parlé, un très chouette bonhomme plein de bonnes idées. Il pense que tu devrais me présenter à ta mère.
-       Quoi ? Mais…mais je ne peux pas faire ça ! Elle va illico appeler les Bonnes Sœurs et dire que je suis une dévergondée, une Marie-couche-toi-là et va me faire priver de sorties ! Tu ne la connais pas ! Elle est un peu dingue, et elle ne me fait pas confiance depuis que j'ai fugué de ma famille d'accueil.
-       Laura, elle doit bien se douter qu'à dix-neuf ans tu ne passes pas tes weekends à jouer au Scrabble avec la Mère supérieure ! En plus tu respectes bien les consignes de ces vieilles garces de Sœurs et tu n'as pas eu de sanctions récemment, il faut exploiter cette situation !
-       Oh là là, tu vas vite Fabrice, tout est si…beau, si nouveau pour moi, la liberté me fait peur, je ne sais pas comment ça se gère…et ma mère encore moins, je sais déjà ce qu'elle va dire. Il reste six mois à attendre, Fabrice, juste six mois…Moi je suis sûre que je peux attendre, si je sais que…enfin je veux dire que si…Ah…Les mots ne sont pas mes amis Fabrice, aide-moi au lieu de me regarder comme si j'étais la Vierge Marie !
-       Tu es bien plus qu'elle, Laura, bien plus, et parce que je t'aime je n'ai pas la patience d'attendre six mois. On n'a pas à supporter ça ma chérie, on a le droit de s'aimer sans que personne ne nous en empêche, il faut le dire, le revendiquer, le crier !
Là, c'est Laura qui m'a regardé comme si j'étais un extra-terrestre, ses grands yeux écarquillés, sa nudité oubliée.
-       Mais tu veux faire comment, Fabrice ? C'est magnifique ce que tu me dis, mais personne ne va nous aider, on va nous rire au nez, ne pas nous prendre au sérieux, nous traiter de gamins !
-       D'abord je veux rencontrer ta mère, c'est elle la clé.
-       Ma mère…Fabrice, ma mère…Tu n'imagines pas quelle femme c'est. Elle ne peut rien pour nous, à part nous emmerder, elle vit dans un autre monde, entre délires et bondieuseries. Elle ne m'aime pas, en fait elle n'aime personne. Alors tu penses bien que toi, qui couches avec sa fille, tu ne vas pas être reçu avec le tapis rouge…
-       Si j'ai réussi à séduire la fille, j'ai peut-être une chance de séduire la mère…
Le regard de Laura a viré au sombre, à l'arme automatique prête à faire feu. J'ai vu ses mains trembler, je venais de commettre un énorme impair.
-       Fabrice, ne redis jamais une pareille connerie. Tu ne peux pas plaisanter avec ça, jamais, surtout pas avec moi. Si tu aimes encore les vieilles, fantasme sur qui tu veux mais pas sur ma mère !
J'ai eu peur en la voyant aussi remontée, choquée, alors je me suis platement excusé, lui demandant de me pardonner ce mauvais trait d'humour, sans chercher à lui expliquer ce que je voulais dire mais que j'avais bien mal exprimé. Elle m'a demandé de la serrer dans mes bras. Après un interminable silence, c'est Laura qui a repris la discussion.
-       Je dois reconnaître que tu as raison, c'est ma mère qui tient les clés de notre bonheur, ou plutôt les clés des menottes qu'elle m'a passées et qu'elle seule peut ouvrir. On va aller la voir, mais il faut que je te prépare à ce que tu vas vivre mon amour, parce que tu n'en as aucune idée, aucune, toi tu as des parents normaux, qui t'aiment, ma mère c'est autre chose…
Il a été convenu que le samedi suivant nous irions trouver sa mère, qui n'habitait pas très loin mais chez qui Laura n'allait que rarement au vu de ce qu'avait été son enfance et son adolescence. Elle la préviendrait de notre visite quelques jours avant, histoire de s'assurer que c'était une bonne idée ou, au contraire, estimer s'il valait mieux renoncer. Exceptionnellement, il a été convenu que Laura me téléphone le mercredi soir juste après avoir contacté sa génitrice, car même si les Bonnes Sœurs entendaient sa conversation elles ne se méfieraient pas trop.
Le mercredi en début de soirée, Laura m'a appelé. Ton neutre, pas de « mon amour » ni de mots doux, du factuel : sa maman était d'accord de recevoir sa fille, accompagnée d'un ami. Les Sœurs ont été elles aussi mises au parfum de la visite - mais sans que je sois mentionné évidemment – autorisant exceptionnellement Laura à rentrer à vingt-et-une heure au plus tard.
Le samedi matin j'ai récupéré Laura à l'arrêt de bus, attendant de connaître les détails de l'expédition chez sa mère. Elle était ravissante ma Laura, ses cheveux attachés, subtilement maquillée, arborant de superbes pendentifs d'oreilles et portant une très jolie robe chemise qui mettait sa gracieuse silhouette en valeur.
-       Tu vas faire des photos pour une agence de mannequins, ma Princesse Caramel ?
-       Oh Fabrice…N'exagère pas quand même…Ce sont des fringues et des boucles d'oreilles que m'ont prêtées des copines, histoire que ma mère me voie sous mon meilleur jour.
-       Moi, à sa place, je serais très fière d'avoir une fille aussi belle, aussi élégante, et aussi amoureuse ! Je craque là…Retiens-moi ma beauté, sinon…
-       Sinon ? Ça m'intéresse de savoir ce que je risque ! Allez, assume maintenant ! Sinon quoi ?
Pour toute réponse, j'ai collé ma bouche à la sienne et l'ai embrassée follement, mes mains caressant ses seins, ses cuisses…Mais nous étions dans la voiture de l'entreprise, ni adaptée ni confortable pour ce dont j'avais envie ! J'ai libéré Laura de mon étreinte, cette diablesse a joué les frustrées, mais son sourire mentait pour elle.
-       C'est tout ? C'est juste ça que je risquais ? Dommage…Je t'ai connu plus entreprenant mon chéri…Bon, on reste plantés là ? 
-       Laura…Tu es merveilleuse…Je suis à toi ma Vénus, rien qu'à toi, dis-moi ce que tu veux !
-       Je veux aller chez toi et t'expliquer la visite à ma mère, chez laquelle on ira cet après-midi à seize heures, pour un goûter elle a dit. En attendant, moi aussi j'ai envie de te goûter…Allez, roule ! Dépêche-toi !
J'ai failli lâcher le volant quand la main de Laura s'est posée sur mon entrejambe.
-       Laura ! Tu fais quoi ? Je conduis !
-       Oui, je le vois bien ! Moi je n'ai pas le permis, alors je m'occupe de ta sécurité en vérifiant que rien ne te gêne pour conduire. Mais là…ce truc dur que je sens, il t'embête pas ? Tu veux que je m'en occupe ?
-       Oh Laura…Tu me rends fou…Attends d'être à la maison mon amour, s'il te plaît, la voiture ce n'est pas un endroit pour l'amour…
-       Oh…Monsieur est romantique ! J'adore tu sais, tu es si délicat toi, si attentionné…Mais en arrivant tu me laisses soigner cette raideur, d'accord ?
Je bandais comme un âne, je transpirais à grosses gouttes, Laura m'excitait tellement que j'ai failli jouir.
-       Oui ma chérie, oui, promis, mais alors enlève tes doigts si tu veux avoir encore une raideur à soigner !
La porte à peine refermée ma belle métisse m'a embrassé, sa bouche, ses lèvres suçant ma langue, ses doigts déboutonnant mon pantalon et descendant mon boxer.
-       Oh j'en étais sûre…Tu es tout raide ! Attends, je vais te détendre.
Sans me quitter des yeux Laura s'est laissé glisser à mes genoux, ses doigts si fins ont entouré ma colonne de chair fièrement érigée et l'ont lentement caressée, je tremblais d'excitation. Son pouce et son index se sont refermés comme un anneau à la base de mon gland, que sa bouche a emprisonné entièrement. Sa langue a commencé à tournoyer, ses doigts me branlaient lentement et de temps à autre elle me libérait pour me lécher entièrement, des bourses au méat, titillant le frein, avant de m'aspirer de nouveau entièrement. 
-       Laura…Laura…Je ne vais pas tenir longtemps…Moi aussi j'ai envie de toi…Arrête…Ohhh…
De toute évidence ma partenaire avait décidé de me faire rendre les armes, je ne sais pas pourquoi, jamais je ne lui avais demandé ou imposé cette pratique qui me gênait un peu, la femme à genoux qui souage son amant c'est pas mon fantasme le plus secret. Ses caresses se sont intensifiées, ses doigts parcouraient désormais toute la longueur de ma virilité et sa bouche se déchaînait.
Mon membre a soudainement été agité de soubresauts, se raidissant dans une ultime contraction. J'ai senti la chaleur de la douce main de mon amante qui empaumait mes bourses gorgées de sève et les pressait avec délicatesse quand l'orgasme m'a assailli, propulsant ma semence avec force, chaque saccade faisant frémir mon corps entier, je n'ai pas pu retenir un long cri de plaisir, m'aidant à évacuer la formidable énergie accumulée qui se libérait d'un seul coup.
Heureusement que j'étais appuyé le long de la porte, sinon je crois que je serais tombé. Osant baisser la tête j'ai admiré mon amante, sans être capable de prononcer le moindre mot. Laura, ses yeux cherchant les miens, passait sa divine langue sous mon gland encore gonflé, recueillant sensuellement les dernières larmes de mon plaisir.
Terrassé, vaincu, le corps soudain déserté de toute force je me suis laissé glisser le long de la porte, me retrouvant assis par terre, au niveau de celle qui venait de me faire connaître un orgasme d'une force peu commune. Ses yeux brillaient de fierté.
-       Tu as aimé, mon amour ? Tu te sens mieux ? Moi j'ai adoré, sentir cette vigueur, cette puissance virile trembler sur ma langue et remplir ma bouche…tout ce sperme chaud, épais…Mmm…je suis très fière de t'avoir fait jouir tu sais, même si ça doit quand même faire un peu pute, non ? Toutes les femmes amoureuses elles sucent toujours leur mec ? Ma copine elle m'a dit que vous adorez quand on avale votre foutre, alors comme moi je t'adore eh bien…
-       …Laura, ma Laura, ma Princesse, mon amour…comment te dire…le sexe ce n'est pas un processus à respecter, il n'y a pas de règles…enfin si, mais…Ah tu m'as tellement fait jouir fort que j'en perds le fil…Bon, je reprends…Ma Laura, d'abord je n'ai jamais fréquenté de pute, alors je ne sais pas ce qu'elles font et je m'en fous, et ta copine ce n'est peut-être pas la meilleure conseillère. Mais jure-moi, Princesse Caramel, que ce que tu me fais ce n'est pas pour faire ce que l'on t'a raconté, mais parce que tu en as envie, parce que tu ressens toi aussi quelque chose, parce que tu sais que c'est un moment entièrement partagé, tu n'es pas au service de mon plaisir ma beauté. Oui, j'ai adoré ce que tu viens de me faire, et j'ai joui de tout mon corps, c'était puissant, violent, et c'est toi qui as déclenché tout ça, mais tu ne dois pas te sentir obligée de quoi que ce soit. Jamais ! La règle, c'est que les deux doivent être d'accord, de donner et recevoir ce qu'ils apprécient, ou de refuser ce qu'ils n'aiment pas. Tu comprends, ma beauté Caramel ?
-       Oui, même si je suis étonnée que tu parles de tout ça comme si tu parlais de faire à manger, avec des mots simples, presque jolis…Chez les Bonne-Sœurs tout ce qui concerne le sexe c'est tabou, il ne faut pas en parler, de toute manière elles y connaissent que dalle. Elles savent juste nous dire que les hommes ne pensent qu'à nous féconder et qu'il faut s'en méfier. Alors on lit des trucs en cachette, des livres, des magazines de cul que l'on pique et qu'on planque…On se les prête pour se branler en cachette…Mais dedans c'est pas du tout comme tes mots à toi, les femmes elles ont toutes des seins énormes, pas comme moi mon pauvre chéri, elles se font prendre, elles sucent, elles ont du sperme plein la figure mais le mec il leur dit que des trucs dégueulasses, qu'il veut les enculer, les baiser comme des chiennes, qu'elles sont des bonnes petites putes…des salopes…
-       Oh non Laura…non, pas ça…Oublie ces conneries ! Maintenant tu sais un peu comment ça se passe, on découvre nos corps mon amour, nos envies, pas besoin de photos de cul ni de dire des horreurs. Si on a envie on fait, sinon on ne fait pas, le respect de l'autre c'est indispensable ma chérie, parce que pour l'amour il faut être deux.
Laura m'a regardé étrangement, j'ai eu de la peine à discerner ce que ses yeux voulaient me dire parce que ses mots n'osaient pas le formuler. Je l'ai embrassée lentement, la gardant dans mes bras, et lui ai murmuré à l'oreille.
-       Dis-moi à voix basse ma chérie, dis-moi ce que tu n'oses pas demander à haute voix, il n'y a rien d'interdit entre nous ma Princesse, rien, je t'écoute Laura…fais-moi confiance…
-       Oh Fabrice…tu es magicien toi…comment tu sais ?...Eh bien j'aimerais que…que tu me refasses comme la première fois…ta bouche…ta bouche en bas de mon ventre…j'ai pas voulu mais là je veux…j'ai envie…et je veux regarder…
-       Oh oui Laura, oui ! Moi aussi j'ai envie de te donner du plaisir avec ma bouche, ma langue, mes doigts…Viens ! 
Nous nous sommes relevés, j'ai pris la main de ma belle et l'ai guidée vers le lit.
-       Donne-moi ta culotte ma coquine ! Je veux sentir ton désir avant d'aller le chercher !
Gracieusement, Laura a relevé sa robe et enlevé son sous-vêtement, puis me l'a tendu, un peu intimidée.
-       Tu sais elle est peut-être un peu…
-       Chhuuut ma Princesse, je sais…donne-moi ce trésor !
Je l'ai plaquée contre mon visage, le nez dans le gousset odorant, portant la marque évidente du désir de mon amante, sous son regard à la fois surpris et brûlant.
-       J'aime ton parfum intime, il est épicé, il est délicat comme toi…Je vais te goûter, comme ça…Regarde Princesse
J'ai lentement passé ma langue sur le coton odorant, sans quitter des yeux ma si jolie métisse, chez qui je voulais faire monter l'excitation sexuelle.
-       C'est délicieux, mais je préfère quand même aller boire à sa source ton sirop d'amour ! Tu permets que je déboutonne un peu ta robe ? Voilà, allonge-toi Laura, ouvre-moi ton corps que je fasse du bien à ton âme ! Relève un peu tes jambes, oh mon Dieu, que tu es belle…Laura…
J'avais mis deux coussins sous sa tête afin qu'elle puisse regarder, apprécier, mesurer tout le désir qu'elle m'inspirait. Les conseils de Rosy me sont revenus, j'ai pris le temps, écarté ici, léché longuement là, doigté légèrement, guettant les tremblements, les frissons ou les sursauts de mon amante, voulant que ma caresse soit en parfaite harmonie avec son désir.
-       Guide-moi si je suis maladroit, Laura, aide-moi à te faire ressentir ce que tu souhaites, ne sois pas timide…
-       Fabrice…tu es…Ohhh oui, là…oui…descends un peu…enfonce ta langue maintenant…Fabrice…Oui…Lèche-moi plus vite, je sens que je vais jouir…Ouiii….Ohh….
Son bassin est venu à la rencontre de ma bouche, plaquée sur sa vulve, ma langue écrasée sur son bourgeon du plaisir, un doigt massant son intimité abondamment lubrifiée par un généreux écoulement que je m'efforçais de laper entièrement.
Les doigts crispés sur les draps, les seins dressés vers le plafond, Laura regardait ma tête s'agiter entre ses cuisses pendant que son orgasme lui enflammait les entrailles, une sorte de long mugissement rauque sortant de sa gorge.
-       Jamais je n'aurais pensé qu'un homme puisse m'apporter autant de plaisir comme ça…Ma copine dit que c'est dégueulasse, que jamais elle laissera un mec lui...lui…
-       …lui bouffer la chatte, lui lécher l'abricot, lui faire un cunni, lui brouter le gazon.Il y a plein de mots pour décrire cette petite gâterie ma Princesse !
-       Oh là là…Je ne connais vraiment rien moi…Brouter le gazon ? C'est pour les vaches ça…En tout cas moi j'adore quand tu me « lèches l'abricot », tu peux me faire ça aussi souvent que tu veux, c'est magique ! 
A l'heure prévue, nous sommes arrivés chez sa mère. Le choc. Je m'y attendais un peu, mais pas à ce point. Immeuble défraîchi, odeurs peu agréables, bagnoles délabrées abandonnées, l'endroit n'avait rien d'attirant. La porte s'est ouverte, j'ai senti la main de Laura écraser la mienne.
Sa maman avait trente-sept ans mais en paraissait vingt de plus, le visage aussi fin que celui de sa fille mais ravagé par divers excès, un corps qui lui aussi avait dû être longiligne et gracieux mais qui se résumait à une inquiétante maigreur. Seuls les yeux semblaient encore en vie, aussi vifs que ceux de Laura. 
-       Salut. Alors c'est toi qui baises ma fille ? Elle est majeure, elle a le droit d'utiliser son corps mais je te préviens que si tu la fous en cloque tu la reverras pas. Pigé ?
Comme entrée en matière c'était un peu brutal, et dit d'une voix d'outre-tombe où devaient se mélanger alcool, tabac et autres substances consommées en quantités déraisonnables. Elle a dédaigné la main que je lui tendais, et n'a même pas embrassé sa fille.
-       Bonjour Madame, rassurez-vous, nous prenons nos précautions et nous n'avons pas de projet d'enfant.
Je sentais Laura très mal à l'aise, crispée, l'attitude de sa mère n'étant guère de nature à détendre l'atmosphère…
-       Ouais…Bon…Admettons…surtout que si vous en avez un est qu'il est comme Laura, bonjour les emmerdes…Connerie sur connerie cette môme…Elle m'a rendu malade.
-       Oh maman, arrête, tu n'as pas eu besoin de moi pour te défoncer la gueule ni pour te retrouver grosse à dix-huit piges, alors tes salades tu les gardes ! On n'est pas venus pour entendre tes misères.
-       Tu entends comment elle parle à sa mère ? Tu comprends que je l'ai foutue chez les Frangines pour lui apprendre à vivre, à cette furie. Tu t'appelles comment, toi ?
-       Fabrice, Madame.
-       Et tu as du boulot ?
-       Oui, je suis couvreur ardoisier, je travaille chez*** depuis quatre ans, dans six mois j'aurais mon CAP et je vais continuer avec le brevet professionnel parce que je voudrais monter ma propre entreprise.
-       Eh ben…T'as de l'ambition toi ! T'entends Laura ? Il a des projets le jeune homme…Et quand t'étais gamin t'as pas fait toutes les conneries de la terre, toi ?
-       J'en ai fait un peu Madame, mais rien de grave. Mes parents m'ont beaucoup aidé, c'est pour ça que j'habite déjà seul dans un appartement.
-       Tu vois ça…Déjà ton logement ! J'imagine que tous les weekends ça baise à couilles rabattues avec ma fille, dans ta garçonnière…
-       Maman, tu pourrais faire un effort de langage…On n'est pas des animaux, et si tu veux savoir et bien oui, on fait l'amour dès que l'on peut et non, je ne suis pas enceinte parce que moi, je sais comment me protéger et je ne fréquente pas n'importe qui, moi, je sais avec qui je couche, moi !!
Là, la maman a jeté un regard assassin à sa fille, j'ai craint le pire mais elle a su se contrôler, face à la détermination et à l'assurance de ma Laura, droite comme un i, parlant d'un ton calme et posé.
-       Ok…ça va…On va pas refaire le passé…Bon asseyez-vous, j'ai fait du thé et j'ai acheté des pâtisseries. Servez-vous.
Nous avons mangé quelques gâteaux et bu une tasse de thé, en silence.
-       Merci, tu nous gâtes, on fête un truc spécial ?
-       Non, mais je veux que tu n'aies pas trop honte de ta mère devant…devant… ?
-       …Fabrice, Madame
-       Merci. Devant Fabrice, qui m'a l'air d'être un jeune homme avec la tête sur les épaules. Tu améliores tes fréquentations, c'est bien.
-       Maman…Tu as dû remarquer que les Sœurs ne t'ont pas appelée depuis un moment, je me comporte correctement depuis que je connais Fabrice. Il m'aide beaucoup, il me donne des bons conseils, lui, il m'apprend à gérer ma rage et ma colère et je n'ai plus besoin des bondieuseries à deux balles de tes saloperies de Bonnes-Sœurs pour vivre ma vie. Elles savent rien les vieilles biques de là-bas, Fabrice lui il voit des gens, des vrais, qui vivent, qui bossent, et les conseils qu'il me donne ils sont d'actualité, on peut les utiliser dans la vraie vie. Je veux plus habiter chez ces demeurées, les crucifix je peux plus les voir, ras-le bol des prières et des cierges à tout bout de champ. 
-       Oh là là…C'est de nouveau la révolte ? Mais ouvre les yeux ma fille, t'as pas de boulot, pas de logement, tu veux faire quoi ? Clocharde comme t'as déjà fait quand tu t'es barrée de ta famille d'accueil ? Voleuse ? Pute ? 
-       Ta gueule ! Je ne suis pas une pute, et fais pas celle qui n'a pas compris ! Tu sais très bien ce que je veux, c'est de me casser de chez ces vieilles connes et vivre avec Fabrice. Je suis majeure et je l'aime maman, je l'aime de tout mon cœur ! Jamais, dans ma vie, personne ne m'a parlé comme lui, ne s'est montré aussi doux, aussi attentionné, aussi poli, il me respecte maman, tu ne peux pas imaginer ce que ça fait ! Je pense à lui tout le temps, la journée, la nuit, je suis amoureuse maman, tu comprends ? Amoureuse ! Tu sais ce que c'est ?
J'imaginais que la daronne allait se mettre à hurler et nous foutre dehors, mais elle a eu l'air passablement secouée par les propos de sa fille, et sa voix s'est faite plus douce.
-       Non, je ne sais pas…Tu as bien de la chance ma fille, bien de la chance…C'est vrai que moi, les hommes, ils ne m'ont pas laissé que des bons souvenirs. Je n'ai jamais été vraiment amoureuse, puisque je n'ai même pas été foutue de te faire connaître ton père…Alors si tu peux mener une vie plus belle que la mienne, je ne veux pas t'en empêcher, surtout que je ne me suis pas occupée de toi comme une mère doit le faire, et je sais que tu m'en voudras toujours…Ça, je le comprends, hélas…Mais tu dois aussi comprendre que je n'ai fait qu'essayer de te protéger, peut-être pas de la bonne manière, mais tu es là, devant moi, en bonne santé, amoureuse, c'est pas si mal, non ?
Il y a eu un long silence, Laura s'est levée et est allée vers sa mère. Il y a eu des larmes, beaucoup de larmes, des mains qui se tenaient, des bras se sont refermés, j'étais moi aussi au bord des larmes, incapable de dire le moindre mot puisque la situation me sidérait complètement. Les embrassades larmoyantes achevées, c'est la maman qui a repris les rênes.
-       Désolé de nous donner en spectacle, Fabrice, mais comme ça tu sais tout, et tu vois ce qui te reste à faire. Tu es d'accord, toi, de vivre avec ma fille, son caractère volcanique, ses rages et ses colères, sa haine de sa mère ? Il va y avoir des fantômes jeune homme, tu vas devoir être plutôt patient…
-       Madame, Laura m'a déjà donné un aperçu de ses colères, de ses réactions instantanées, mais je n'ai retenu que ses manifestations d'amour, son incroyable honnêteté, sa franchise absolue…Oui, je veux vivre avec elle, parce que je l'aime Madame, je ne peux pas mieux vous dire…
La mère m'a regardé longuement, ses bras décharnés se tortillant nerveusement, elle tremblait, et n'a pas réussi à allumer sa cigarette qu'elle a jetée par terre de rage.
-       Je te connais pas Fabrice, mais tu m'as l'air d'un type bien. Et apparemment Laura s'est assagie depuis qu'elle t'a rencontré puisque c'est vrai que les Bonnes-Sœurs ne m'appellent plus pour me raconter la dernière colère, les blasphèmes ou les refus de collaborer de Laura. Tu as dû trouver les bons mots, toi, alors bravo jeune homme parce que moi…en dix-neuf ans, j'ai jamais trouvé…
Laura ne disait rien, elle respirait rapidement, et je voyais les jointures de ses doigts blanchir tellement elle les serrait et les tordait. Sa maman a inspiré profondément, avant de se tourner vers sa fille.
-       Je paye par mois, ta pension chez les Sœurs, Laura, alors tu vas finir ce mois que j'ai déjà payé. Je vais les appeler et leur faire un courrier recommandé pour les informer de ma demande d'annulation du placement. Elles vont sûrement me demander pourquoi et essayer de te retenir, à toi de leur expliquer en essayant de rester calme. Je crois que tu devrais demander à être présent aussi, Fabrice, il faut quelqu'un de calme avec des arguments sensés, c'est pas la peine que Laura parte en hurlant des horreurs, en fracassant des choses et en claquant les portes.
-       J'y serai, Madame, promis, et tout se passera bien. Je vous remercie beaucoup de ce que vous faites, et vous pouvez être certaine que je mets tout en œuvre pour que Laura soit heureuse, qu'elle perde son agressivité et remplace la haine du passé par le bonheur du quotidien.
-       Quel beau programme…Je te fais confiance, Fabrice. Mais je sais aussi qu'en « libérant » ma fille je me condamne à crever toute seule, puisque plus rien ne l'obligera à garder le contact avec moi, elle me déteste depuis si longtemps que ce moment doit lui sembler magnifique…je l'assume.
-       Oh Madame, non, vous…
-       Non Fabrice, non, s'il te plaît, n'ajoute rien. Ce n'est pas tes affaires.
La fin de l'après-midi ne s'est pas vraiment déroulée dans une ambiance festive, mais chacun a tenu son rôle et évité emportements, dérapages ou accusations. Nous avons quitté la maman de Laura vers dix-huit heures, sans effusions, l'au revoir de Laura à sa mère n'a pas vraiment été chaleureux. Contre toute attente, la maman m'a embrassé, alors qu'elle ne m'avait même pas dit bonjour, et me tenant par les épaules de ses mains tremblantes m'a juste dit :
-       Je te la confie, Fabrice, rends-la heureuse et fais-lui oublier sa mère.
Je n'ai rien pu répondre, tellement la situation me serrait le cœur, Laura nous regardant, impassible, le visage fermé.
Au vu de l'heure je l'ai raccompagnée directement chez les Sœurs, nous n'avons échangé que peu de mots mais nos pensées devaient être passablement chamboulées. Laura m'a embrassé, tendrement, les larmes brouillant son regard.
-       Merci mon amour, merci…J'attends des nouvelles de…de ma mère et je te téléphone. Je t'aime Fabrice, plus encore que tout ce que tu peux imaginer, beaucoup plus.
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Frodon
24 décembre 2025 à 06:35
Merci beaucoup pour ce récit. J’aime beaucoup l’amour, la tendresse, le respect qui s’en dégage.
Soyez respectueux
Répondre
EVI
23 décembre 2025 à 19:26
cela fait rever ces amours de jeunesse ... pourvu qu'ils resistent au temps et aux difficultés !!!
Soyez respectueux
Répondre

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