Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une chute de vélo — Chapitre 65 · Disparition
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Une chute de vélo
Chapitre 65 · Disparition
Le curé descendit de son vélo qu'il appuya contre le mur qui ne montait guère plus haut que le guidon de sa machine. Il réajusta sa soutane et regarda encore une fois très attentivement la maison. Il était là, il en était persuadé. Il avait beau ne plus sortir et se cacher tel un vulgaire criminel, il le démasquerait. Il referma sans bruit la grille de l'entrée et tenta de voir à travers la fenêtre. Les rideaux soigneusement tirés ne révélèrent rien de l'intérieur malgré une minutieuse observation. Immobile, il écouta longuement, espérant un bruit quelconque qui lui prouverait qu'il était dans le vrai et que cette maison, contrairement à ce qui lui avait été indiqué, était occupée, qu'il était encore là, car s'il était parti, il l'aurait fatalement appris d'une manière ou d'une autre. Au lieu de cela, à plusieurs reprises, elle lui avait menti et tous deux vivaient dans le péché.
Elsa quitta le cabinet vétérinaire le cœur léger. Il y avait peu d'interventions planifiées et Robert et Marcel, ses deux associés présents, n'étaient pas débordés et l'avaient laissée rentrer plus tôt afin qu'elle récupère, car elle avait encore les traits tirés. Ils savaient ce qu'elle avait fait pour son ami, et voulaient qu'elle se repose. Cependant, ils étaient loin de se douter que Bruno était toujours chez elle, caché depuis sa guérison si subite qu'elle serait considérée comme miraculeuse ou surnaturelle selon le point de vue. C'était la présence de son amant en pleine possession de ses moyens qui lui valait cette impression d'épuisement que ses collègues avaient prise pour la fatigue de son cumul de stress, de travail et de soins. Ses nuits étaient souvent courtes, car Bruno avait vite rattrapé son retard dans les pratiques sexuelles et Elsa ne se refusait jamais à lui. Elle ne s'expliquait pas comment, mais il n'était plus complexé et pouvait lui faire l'amour très fréquemment, très longtemps. Chaque fois, il ne semblait guidé que par son plaisir à elle et leurs étreintes se terminaient toujours par un très long câlin dans les bras l'un de l'autre.
Elle imaginait déjà son arrivée, son grand loup trop heureux de la voir arriver plus tôt que prévu bondirait de joie et l'embrasserait partout tout en lui retirant fébrilement ses vêtements. Pour donner le change et l'exciter encore, elle jouerait la femme faussement apeurée, s'accrocherait à lui au lieu de le repousser tout en le couvrant, elle aussi, de baisers passionnés. Elle profiterait qu'il lui ait retiré la dernière pièce de tissu pour se réfugier sous la douche. Comme souvent lors de son retour du travail, il viendrait alors lui savonner d'abord le dos, puis les jambes tout en embrassant goulûment ses fesses. Une fois bien rincée, il lui tendrait son peignoir et l'enlacerait longuement. Mais, elle le savait, son empressement se calmerait dès qu'ils seraient allongés. Presque comme à chaque fois, après un long câlin agrémenté de mots d'amour, Bruno deviendrait l'amant dévoué et très doux qu'elle n'avait jamais espéré. Il l'aimerait longuement, passionnément et la ferait fondre comme aucun autre n'avait su le faire avant lui.
C'était elle qui lui avait fait découvrir le plaisir du sexe. En retour, il lui avait ouvert en grand les portes de son cœur et l'aimait pour elle, pour la femme qu'elle était avant d'être la maîtresse avec laquelle il avait tout appris du sexe. Leur séparation avait attisé leur attirance mutuelle qu'ils avaient exprimée bien différemment. Lui s'était montré très amoureux et avide de la revoir et il le lui avait répété plusieurs fois au téléphone. Elle, bien plus sur la réserve, avait refusé de céder aux appels de son cœur, les refoulant même au plus profond de son être. Il avait fallu qu'il soit hospitalisé dans un état très grave pour qu'enfin elle lui avoue ses sentiments, à demi-mots, sachant qu'il ne pouvait pas forcément les entendre. Sa convalescence n'avait fait que renforcer leurs sentiments réciproques. Sa spectaculaire guérison avait permis de libérer leur libido qu'ils avaient dû restreindre jusqu'à ce moment du fait de l'état de santé de Bruno. Ensemble, ils avaient goûté sans restriction aux plaisirs de la chair. Elsa y avait alors découvert un plaisir décuplé, procuré par la douceur, l'appétit sexuel et la patience de Bruno. Rien que de penser qu'elle allait retrouver son grand loup augmentait son envie de sexe qui était déjà grande et elle sentait bien ses hormones prendre possession de son corps.
De son pas rapide, qui aiguisait d'autant son désir, Elsa imaginait déjà son Bruno la prendre dans ses bras comme s'il ne l'avait pas vue depuis des mois. Un cérémonial qu'ils appréciaient tous deux et qui se reproduisait quasiment chaque soir et qui serait probablement encore plus fort avec son retour anticipé.
Aussi silencieusement que possible, le curé tourna la poignée métallique mais la serrure était fermée et la porte resta close. Il devait en avoir le cœur net, et si ce n'était pas aujourd'hui, ce serait pour plus tard. Il avait le temps, il patienterait et débusquerait cette présence, celle-là même qui avait eu besoin de lumière un soir et qu'il avait aperçue par hasard. Depuis, il passait régulièrement dans le secteur et l'avait encore aperçue passer devant la fenêtre une autre fois. Les longues soirées de surveillance lui avaient permis de repérer cette ombre à plusieurs reprises. Furtive la première fois, il avait pu l'observer un peu plus longtemps quelques jours plus tard. Cette jeune vétérinaire ne le mènerait plus en bateau très longtemps. Cette apparition ne pouvait qu'être son ami blessé et si soudainement guéri. Il lâcha la poignée et recula de quelques pas afin d'avoir une vue plus globale et de voir l'étage en même temps.
— Que puis-je pour vous, mon père ?
Le prêtre sursauta en entendant la voix d'Elsa derrière lui.
— Ah ? Vous êtes déjà là. Vous m'avez fait peur.
— Ce n'était pas mon intention. C'est calme aujourd'hui, alors je suis sortie plus tôt que prévu. Que me voulez-vous ?
— Eh bien, je… heu… voulais vous… remercier pour avoir soigné gratuitement mon chien.
— Ce n'était pas grand-chose, juste quelques échardes dans la patte.
— Et comment va votre ami ? Celui qui a été agressé ?
— Il se remet doucement, répondit Elsa après une hésitation.
— Puis-je m'entretenir avec lui quelques instants ?
— Il n'est plus ici mon père. Il pouvait se débrouiller seul, alors il est rentré chez lui.
— Ah ? Quel dommage, je n'aurai pas la chance de le connaitre.
— Et pourquoi vouliez-vous faire sa connaissance ?
— Je suis le curé de ce bourg, je me dois de rencontrer chaque fidèle. Je ne l'ai pas vu à la messe dominicale, mais par rapport à ses blessures, c'était compréhensible.
— Sa guérison sera longue.
— Vous disiez qu'il allait mieux, non ?
— J'ai dit qu'il était capable de se débrouiller tout seul, rien de plus.
— Serait-il possible que nous parlions un peu tous les deux ?
— De quoi voulez-vous parler ? demanda Elsa, soupçonneuse.
— De votre vie ici, de votre implication dans la vie des habitants, de votre passé, de votre foi… ou de son absence.
— C'est que j'ai encore pas mal de travail ce soir, mon père.
— Oh, je ne vous importunerai pas longtemps, juste quelques minutes. Le temps de prendre une tasse de café, par exemple.
— Je suis navrée, je ne bois pas de café… Et puis, je n'ai pas fait le ménage depuis trois jours, je ne sais pas si…
— Ne vous en faites pas pour le ménage, l'interrompit le prêtre. Nous sommes presque à la campagne.
Sans arguments valables, Elsa céda devant l'insistance du curé. Elle ne le connaissait pas très bien, mais avec son surnom de « Père la Pudeur », il avait la réputation d'être assez strict, voire rétrograde. Depuis l'intérieur, Bruno qui attendait Elsa n'avait rien manqué de l'arrivée du religieux curieux ni de ses précautions pour tenter de rester discret en refermant précautionneusement la grille. Immobile afin de ne pas trahir sa présence, il n'avait pas fait le moindre bruit et limitait même sa respiration. Tout juste deux mètres derrière la porte d'entrée, il n'avait rien raté de la conversation à l'extérieur. Sur la pointe des pieds, il se dissimula juste à temps derrière les doubles-rideaux épais, dans l'angle mort de la porte d'entrée. Elsa ouvrit la porte et balaya la zone du regard, soulagée que Bruno ne soit pas présent alors qu'elle s'attendait à un accueil des plus chaleureux.
— C'est charmant chez vous, affirma le curé en furetant du regard, comme un prédateur affamé aurait cherché une proie.
— Asseyez-vous, proposa poliment Elsa en désignant une chaise de la cuisine. Je vous fais un chocolat chaud ?
— Avec plaisir. Mais c'est très propre ! Pour quelqu'un qui prétend ne pas avoir fait le ménage…
Tandis qu'Elsa s'affairait, son visiteur un peu trop curieux enchaina plusieurs sujets dans une sorte de monologue qui ne laissa que peu de place pour des réponses. Il évoqua d'abord ses fidèles, tous de fervents croyants et pratiquants, dont la dévotion de certains faisait sa fierté. Il cita quelques monuments de la région, la plupart à connotation religieuse, et renouvela aussi ses remerciements pour les soins dont son chien avait bénéficié et qu'elle n'avait pas facturés. Cette générosité envers lui l'avait touché, et il attendait maintenant de la voir régulièrement à l'office les dimanches matin.
— Vous savez, mon père, je travaille souvent le dimanche. Les animaux ne choisissent pas le jour où ils se blessent ou tombent malades.
— Oui, Dieu les a faits ainsi. Cependant, vous devez bien avoir des dimanches de libres, non ?
— Oui, bien sûr. Néanmoins, je dois vous l'avouer, je ne suis pas très croyante.
— Vous avez été baptisée ?
— Oui, pourquoi.
— Alors vous faites partie de l'Eglise. Venez à chaque fois que vous le pourrez.
— Je m'excuse, le dimanche, lorsque je suis libre, je préfère aller faire mon marché le matin et aller me promener l'après-midi en forêt quand le temps le permet.
— C'est une saine occupation que de profiter de la nature. C'est ainsi que vous avez découvert les Larmes du Diable ?
Elsa fut déstabilisée par cette question qu'elle n'avait pas suffisamment anticipée et qui était pourtant prévisible de la part de cet homme d'Eglise un peu trop insistant. Elle avait du mal à se concentrer sur la discussion, presque toute son attention était focalisée à l'affut du moindre signe qui aurait pu révéler la présence de Bruno. Elle se doutait qu'il avait vu ou repéré l'arrivée de ce visiteur indésirable et qu'il se cachait, car sinon, comme chaque fois, il aurait déjà été contre elle à l'embrasser comme un fou. Elle redoutait que l'ecclésiastique découvre sa présence chez elle, et bien plus encore, que sa guérison subite soit dévoilée, ce qui aurait entrainé des conséquences imprévisibles et incontrôlables.
— Non pourquoi ?
— C'est heureux ma fille. Je vous recommande de ne pas vous en approcher.
— Vous m'aviez déjà mise en garde lors de votre passage au cabinet vétérinaire.
— Je crains de ne pas avoir été assez complet dans mon avertissement.
— Oh si, bien sûr que si. J'ai tout retenu, les deux jeunes noyés, ainsi que leurs parents après eux, six morts, une terrible histoire ! Tout cela ne donne pas envie d'y aller.
— Pas tous les parents. Seuls ceux de la jeune fille ont péri dans les mêmes circonstances au même endroit.
— Ah ? Et pas ceux du jeune homme alors ?
— Son père est décédé subitement et inexplicablement quelques mois plus tard, et sa mère, malheureusement, a sombré ensuite dans la folie.
— La folie ? Que voulez-vous dire ? Qu'elle a perdu la raison à cause du chagrin ?
— Peu importe la raison. Par la faute de ces deux jeunes inconscients, ce sont deux familles qui ont payé le prix fort.
— Vous n'aviez pas averti ces jeunes du terrible danger de l'endroit ?
— Si bien sûr, malheureusement, l'attrait de l'interdit a été plus fort que ma mise en garde.
— Si vous le dites, mon père…
— Ce ne sont malheureusement pas les seuls. Depuis que je le connais, je me suis beaucoup renseigné sur lui. Nombreux sont ceux qui s'en sont mordu les doigts. Que ce soient ceux qui y sont allés, comme ceux qui en ont juste parlé autour d'eux. Je ne vous ferai pas la liste de tous les malheurs que cet endroit a provoqués.
— C'est inutile. Mais dites-moi une chose : vous étiez vous-même sur place avec les parents de la jeune demoiselle, de plus vous semblez être un spécialiste de cet endroit que vous connaissez très bien. Il ne vous est rien arrivé personnellement, j'espère ?
— Rien de grave, Dieu veille sur moi.
— Et vous, vous veillez sur vos fidèles…
— Exactement ma fille, et j'aimerais pouvoir veiller sur vous et non venir vous veiller toute une nuit…
L'avertissement n'était en réalité qu'une menace à peine voilée, et un frisson parcourut le dos d'Elsa.
— En avez-vous parlé à quelqu'un ? demanda le prêtre d'un ton des plus méfiants.
— De la source ? Non.
— Parfait, et votre ami ? Il sait pour cet endroit ?
— Que devrait-il savoir ? Ou plutôt… ne pas savoir ?
— Ce que certaines rumeurs disent dans le coin.
— Non, je ne lui en ai pas parlé, mentit Elsa, et il n'a jamais entendu parler de cette source.
— Et qui vous en a parlé à vous ?
— Principalement vous. Tout ce que je sais de cet endroit, c'est vous qui me l'avez appris.
— Pourtant, vous en aviez déjà connaissance lors de la consultation pour mon chien.
— C'est un client qui m'en a parlé.
— Qui ? Je me dois de le mettre en garde.
— Je ne sais plus son nom, c'est un nouveau client que je n'avais jamais vu avant.
— Vous devez bien avoir son nom dans vos registres ?
— Si je me rappelle bien, il était en vacances pour quelques jours dans la région. Il doit être reparti depuis bien longtemps, inventa Elsa.
— Je dois protéger cet endroit, personne ne doit plus s'en approcher.
— Les malédictions et les superstitions ne sont plus de notre temps. Je n'y ai jamais cru, lança Elsa, contrariée par la trop lourde insistance de son interlocuteur.
— Détrompez-vous, mécréante ! s'énerva le prêtre. Cet endroit est maudit ! Et ceux qui le fréquentent le seront aussi !
— Ce n'est pas à cause d'un accident une fois qu'il faut établir une légende.
— Certaines sont nées à la suite d'actions irréfléchies de jeunes personnes dont certaines avaient perdu la foi.
— Vous pensez à moi en disant cela, n'est-ce pas ?
— Je prierai toutefois pour vous et votre ami blessé.
— Je vous en remercie, répondit la vétérinaire dans un but purement diplomatique.
— J'ajoute que les légendes perdurent par le manque de prudence ou de foi d'autres imprudents…
— J'ai bien compris. Je n'ai que peu de temps libre pour les promenades en forêt, pas plus que pour aller à la messe. Vous n'avez aucune crainte à avoir.
Le prêtre regarda Elsa d'un air sceptique. Il était loin d'être convaincu de la sincérité de la jeune femme, mais n'insista pas, conscient que prolonger cette discussion ne pouvait qu'aboutir à une impasse.
— Je vous remercie pour le chocolat. Avant de repartir, pourrais-je utiliser vos toilettes ?
— C'est la porte à gauche des escaliers.
Tandis que le curé s'enfermait dans la pièce qui regroupait toilettes et salle de bains, Elsa rangea la tasse de chocolat et nettoya la table tout en scrutant du regard la moindre planque possible pour son grand loup. Elle ne détecta pas la moindre trace de lui, car durant la discussion, profitant que le curé cuisinait sa princesse hors de son champ de vision, Bruno avait changé de cachette pour une autre plus sûre. En écoutant les propos du prêtre, il avait compris pourquoi elle n'avait pas voulu révéler la raison de sa si rapide et si mystérieuse guérison.
Tout juste sorti des toilettes, pris d'une irrésistible envie de révéler l'habitant clandestin qui se cachait très sûrement dans cette maison, sans même demander la permission, le curé grimpa les escaliers comme un chat. Elsa protesta en entendant ses pas sur les marches de bois et le rattrapa alors qu'il était dans une des deux chambres qui occupaient tout l'étage de sa petite maison.
— Que faites-vous ici ?
Sans répondre, il se pencha et regarda sous le lit, se redressa et se dirigea vers l'armoire. Elsa s'interposa pour l'empêcher d'en ouvrir les portes, craignant que Bruno ne s'y soit réfugié.
— Mais que cherchez-vous à la fin ! Vous n'allez quand même pas reluquer mes sous-vêtements !
— Et si cette porte cachait autre chose, ma fille ? Autre chose de bien plus grave et important que quelques dentelles et lambeaux de tissus affriolants destinés à dépraver les hommes et offenser notre Seigneur ?
D'un geste brusque qui la coucha sur son lit, le curé repoussa Elsa. Le passage ainsi libéré, il ouvrit en grand les deux portes qui ne disposaient d'aucune serrure. Il fut déçu de constater que le meuble ne contenait que des robes et des manteaux dans le côté penderie et du linge de maison classique sur les étagères.
— Alors ? Déçu de ne pas trouver mes dentelles ? se fâcha Elsa. Maintenant, si vous ne quittez pas cette maison sur le champ, je signalerai votre attitude auprès de l'évêché. Le temps de l'Inquisition est terminé ! Je ne suis pas certaine que vos supérieurs ou même les paroissiens apprécieraient de savoir que vous avez fouillé mon armoire à la recherche de mes culottes !
— Cela, il vous faudra le prouver, ma fille, mais soit ! Je vais partir, mais ne pensez pas que je crains une remontrance de quiconque ou même une sanction. Je ferai éclater la vérité, et nous verrons bien à ce moment-là lequel de nous deux tremblera le plus.
— Quelle vérité ? cria Elsa.
— Vous me mentez ! Vous connaissez les Larmes du Diable, vous vous y êtes baignée, vous vivez ici avec un homme et sans être mariée ! répondit sèchement le prêtre.
Devant le regard froid de la jeune femme, le curé quitta la maison à contrecœur, non sans jeter des coups d'œil furtifs à droite et à gauche. Elsa le suivit dehors, attendit qu'il grimpe sur son vélo et reparte sans pour autant rentrer chez elle. Elle patienta même jusqu'à ce qu'il soit hors de sa vue, tant sa colère bouillonnait de concert avec sa crainte qu'il ne découvre la vérité sur Bruno. La porte d'entrée fermée à double tour, elle respira un peu plus calmement et s'apprêtait à appeler son amant à quitter sa cachette lorsqu'elle se ravisa. Ce curé trop curieux pouvait-il avoir des soutiens, des informateurs ? Et si un voisin l'avait renseigné sur la présence de Bruno chez elle ?
Elsa fit le tour de sa maison, inspecta toutes les cachettes possibles, ouvrit chaque porte, mais ne trouva pas la moindre trace de Bruno. Elle chuchota son nom plusieurs fois dans chaque pièce, visita même les placards et chaque petit meuble, mais rien. Pas la moindre trace de son grand loup. Elle fit le tour extérieur de sa maison en arrachant quelques herbes ici et là pour donner le change au cas où quelqu'un l'aurait observée discrètement. Encore une fois, elle ne trouva pas le moindre signe de la présence de Bruno.
Elsa quitta le cabinet vétérinaire le cœur léger. Il y avait peu d'interventions planifiées et Robert et Marcel, ses deux associés présents, n'étaient pas débordés et l'avaient laissée rentrer plus tôt afin qu'elle récupère, car elle avait encore les traits tirés. Ils savaient ce qu'elle avait fait pour son ami, et voulaient qu'elle se repose. Cependant, ils étaient loin de se douter que Bruno était toujours chez elle, caché depuis sa guérison si subite qu'elle serait considérée comme miraculeuse ou surnaturelle selon le point de vue. C'était la présence de son amant en pleine possession de ses moyens qui lui valait cette impression d'épuisement que ses collègues avaient prise pour la fatigue de son cumul de stress, de travail et de soins. Ses nuits étaient souvent courtes, car Bruno avait vite rattrapé son retard dans les pratiques sexuelles et Elsa ne se refusait jamais à lui. Elle ne s'expliquait pas comment, mais il n'était plus complexé et pouvait lui faire l'amour très fréquemment, très longtemps. Chaque fois, il ne semblait guidé que par son plaisir à elle et leurs étreintes se terminaient toujours par un très long câlin dans les bras l'un de l'autre.
Elle imaginait déjà son arrivée, son grand loup trop heureux de la voir arriver plus tôt que prévu bondirait de joie et l'embrasserait partout tout en lui retirant fébrilement ses vêtements. Pour donner le change et l'exciter encore, elle jouerait la femme faussement apeurée, s'accrocherait à lui au lieu de le repousser tout en le couvrant, elle aussi, de baisers passionnés. Elle profiterait qu'il lui ait retiré la dernière pièce de tissu pour se réfugier sous la douche. Comme souvent lors de son retour du travail, il viendrait alors lui savonner d'abord le dos, puis les jambes tout en embrassant goulûment ses fesses. Une fois bien rincée, il lui tendrait son peignoir et l'enlacerait longuement. Mais, elle le savait, son empressement se calmerait dès qu'ils seraient allongés. Presque comme à chaque fois, après un long câlin agrémenté de mots d'amour, Bruno deviendrait l'amant dévoué et très doux qu'elle n'avait jamais espéré. Il l'aimerait longuement, passionnément et la ferait fondre comme aucun autre n'avait su le faire avant lui.
C'était elle qui lui avait fait découvrir le plaisir du sexe. En retour, il lui avait ouvert en grand les portes de son cœur et l'aimait pour elle, pour la femme qu'elle était avant d'être la maîtresse avec laquelle il avait tout appris du sexe. Leur séparation avait attisé leur attirance mutuelle qu'ils avaient exprimée bien différemment. Lui s'était montré très amoureux et avide de la revoir et il le lui avait répété plusieurs fois au téléphone. Elle, bien plus sur la réserve, avait refusé de céder aux appels de son cœur, les refoulant même au plus profond de son être. Il avait fallu qu'il soit hospitalisé dans un état très grave pour qu'enfin elle lui avoue ses sentiments, à demi-mots, sachant qu'il ne pouvait pas forcément les entendre. Sa convalescence n'avait fait que renforcer leurs sentiments réciproques. Sa spectaculaire guérison avait permis de libérer leur libido qu'ils avaient dû restreindre jusqu'à ce moment du fait de l'état de santé de Bruno. Ensemble, ils avaient goûté sans restriction aux plaisirs de la chair. Elsa y avait alors découvert un plaisir décuplé, procuré par la douceur, l'appétit sexuel et la patience de Bruno. Rien que de penser qu'elle allait retrouver son grand loup augmentait son envie de sexe qui était déjà grande et elle sentait bien ses hormones prendre possession de son corps.
De son pas rapide, qui aiguisait d'autant son désir, Elsa imaginait déjà son Bruno la prendre dans ses bras comme s'il ne l'avait pas vue depuis des mois. Un cérémonial qu'ils appréciaient tous deux et qui se reproduisait quasiment chaque soir et qui serait probablement encore plus fort avec son retour anticipé.
Aussi silencieusement que possible, le curé tourna la poignée métallique mais la serrure était fermée et la porte resta close. Il devait en avoir le cœur net, et si ce n'était pas aujourd'hui, ce serait pour plus tard. Il avait le temps, il patienterait et débusquerait cette présence, celle-là même qui avait eu besoin de lumière un soir et qu'il avait aperçue par hasard. Depuis, il passait régulièrement dans le secteur et l'avait encore aperçue passer devant la fenêtre une autre fois. Les longues soirées de surveillance lui avaient permis de repérer cette ombre à plusieurs reprises. Furtive la première fois, il avait pu l'observer un peu plus longtemps quelques jours plus tard. Cette jeune vétérinaire ne le mènerait plus en bateau très longtemps. Cette apparition ne pouvait qu'être son ami blessé et si soudainement guéri. Il lâcha la poignée et recula de quelques pas afin d'avoir une vue plus globale et de voir l'étage en même temps.
— Que puis-je pour vous, mon père ?
Le prêtre sursauta en entendant la voix d'Elsa derrière lui.
— Ah ? Vous êtes déjà là. Vous m'avez fait peur.
— Ce n'était pas mon intention. C'est calme aujourd'hui, alors je suis sortie plus tôt que prévu. Que me voulez-vous ?
— Eh bien, je… heu… voulais vous… remercier pour avoir soigné gratuitement mon chien.
— Ce n'était pas grand-chose, juste quelques échardes dans la patte.
— Et comment va votre ami ? Celui qui a été agressé ?
— Il se remet doucement, répondit Elsa après une hésitation.
— Puis-je m'entretenir avec lui quelques instants ?
— Il n'est plus ici mon père. Il pouvait se débrouiller seul, alors il est rentré chez lui.
— Ah ? Quel dommage, je n'aurai pas la chance de le connaitre.
— Et pourquoi vouliez-vous faire sa connaissance ?
— Je suis le curé de ce bourg, je me dois de rencontrer chaque fidèle. Je ne l'ai pas vu à la messe dominicale, mais par rapport à ses blessures, c'était compréhensible.
— Sa guérison sera longue.
— Vous disiez qu'il allait mieux, non ?
— J'ai dit qu'il était capable de se débrouiller tout seul, rien de plus.
— Serait-il possible que nous parlions un peu tous les deux ?
— De quoi voulez-vous parler ? demanda Elsa, soupçonneuse.
— De votre vie ici, de votre implication dans la vie des habitants, de votre passé, de votre foi… ou de son absence.
— C'est que j'ai encore pas mal de travail ce soir, mon père.
— Oh, je ne vous importunerai pas longtemps, juste quelques minutes. Le temps de prendre une tasse de café, par exemple.
— Je suis navrée, je ne bois pas de café… Et puis, je n'ai pas fait le ménage depuis trois jours, je ne sais pas si…
— Ne vous en faites pas pour le ménage, l'interrompit le prêtre. Nous sommes presque à la campagne.
Sans arguments valables, Elsa céda devant l'insistance du curé. Elle ne le connaissait pas très bien, mais avec son surnom de « Père la Pudeur », il avait la réputation d'être assez strict, voire rétrograde. Depuis l'intérieur, Bruno qui attendait Elsa n'avait rien manqué de l'arrivée du religieux curieux ni de ses précautions pour tenter de rester discret en refermant précautionneusement la grille. Immobile afin de ne pas trahir sa présence, il n'avait pas fait le moindre bruit et limitait même sa respiration. Tout juste deux mètres derrière la porte d'entrée, il n'avait rien raté de la conversation à l'extérieur. Sur la pointe des pieds, il se dissimula juste à temps derrière les doubles-rideaux épais, dans l'angle mort de la porte d'entrée. Elsa ouvrit la porte et balaya la zone du regard, soulagée que Bruno ne soit pas présent alors qu'elle s'attendait à un accueil des plus chaleureux.
— C'est charmant chez vous, affirma le curé en furetant du regard, comme un prédateur affamé aurait cherché une proie.
— Asseyez-vous, proposa poliment Elsa en désignant une chaise de la cuisine. Je vous fais un chocolat chaud ?
— Avec plaisir. Mais c'est très propre ! Pour quelqu'un qui prétend ne pas avoir fait le ménage…
Tandis qu'Elsa s'affairait, son visiteur un peu trop curieux enchaina plusieurs sujets dans une sorte de monologue qui ne laissa que peu de place pour des réponses. Il évoqua d'abord ses fidèles, tous de fervents croyants et pratiquants, dont la dévotion de certains faisait sa fierté. Il cita quelques monuments de la région, la plupart à connotation religieuse, et renouvela aussi ses remerciements pour les soins dont son chien avait bénéficié et qu'elle n'avait pas facturés. Cette générosité envers lui l'avait touché, et il attendait maintenant de la voir régulièrement à l'office les dimanches matin.
— Vous savez, mon père, je travaille souvent le dimanche. Les animaux ne choisissent pas le jour où ils se blessent ou tombent malades.
— Oui, Dieu les a faits ainsi. Cependant, vous devez bien avoir des dimanches de libres, non ?
— Oui, bien sûr. Néanmoins, je dois vous l'avouer, je ne suis pas très croyante.
— Vous avez été baptisée ?
— Oui, pourquoi.
— Alors vous faites partie de l'Eglise. Venez à chaque fois que vous le pourrez.
— Je m'excuse, le dimanche, lorsque je suis libre, je préfère aller faire mon marché le matin et aller me promener l'après-midi en forêt quand le temps le permet.
— C'est une saine occupation que de profiter de la nature. C'est ainsi que vous avez découvert les Larmes du Diable ?
Elsa fut déstabilisée par cette question qu'elle n'avait pas suffisamment anticipée et qui était pourtant prévisible de la part de cet homme d'Eglise un peu trop insistant. Elle avait du mal à se concentrer sur la discussion, presque toute son attention était focalisée à l'affut du moindre signe qui aurait pu révéler la présence de Bruno. Elle se doutait qu'il avait vu ou repéré l'arrivée de ce visiteur indésirable et qu'il se cachait, car sinon, comme chaque fois, il aurait déjà été contre elle à l'embrasser comme un fou. Elle redoutait que l'ecclésiastique découvre sa présence chez elle, et bien plus encore, que sa guérison subite soit dévoilée, ce qui aurait entrainé des conséquences imprévisibles et incontrôlables.
— Non pourquoi ?
— C'est heureux ma fille. Je vous recommande de ne pas vous en approcher.
— Vous m'aviez déjà mise en garde lors de votre passage au cabinet vétérinaire.
— Je crains de ne pas avoir été assez complet dans mon avertissement.
— Oh si, bien sûr que si. J'ai tout retenu, les deux jeunes noyés, ainsi que leurs parents après eux, six morts, une terrible histoire ! Tout cela ne donne pas envie d'y aller.
— Pas tous les parents. Seuls ceux de la jeune fille ont péri dans les mêmes circonstances au même endroit.
— Ah ? Et pas ceux du jeune homme alors ?
— Son père est décédé subitement et inexplicablement quelques mois plus tard, et sa mère, malheureusement, a sombré ensuite dans la folie.
— La folie ? Que voulez-vous dire ? Qu'elle a perdu la raison à cause du chagrin ?
— Peu importe la raison. Par la faute de ces deux jeunes inconscients, ce sont deux familles qui ont payé le prix fort.
— Vous n'aviez pas averti ces jeunes du terrible danger de l'endroit ?
— Si bien sûr, malheureusement, l'attrait de l'interdit a été plus fort que ma mise en garde.
— Si vous le dites, mon père…
— Ce ne sont malheureusement pas les seuls. Depuis que je le connais, je me suis beaucoup renseigné sur lui. Nombreux sont ceux qui s'en sont mordu les doigts. Que ce soient ceux qui y sont allés, comme ceux qui en ont juste parlé autour d'eux. Je ne vous ferai pas la liste de tous les malheurs que cet endroit a provoqués.
— C'est inutile. Mais dites-moi une chose : vous étiez vous-même sur place avec les parents de la jeune demoiselle, de plus vous semblez être un spécialiste de cet endroit que vous connaissez très bien. Il ne vous est rien arrivé personnellement, j'espère ?
— Rien de grave, Dieu veille sur moi.
— Et vous, vous veillez sur vos fidèles…
— Exactement ma fille, et j'aimerais pouvoir veiller sur vous et non venir vous veiller toute une nuit…
L'avertissement n'était en réalité qu'une menace à peine voilée, et un frisson parcourut le dos d'Elsa.
— En avez-vous parlé à quelqu'un ? demanda le prêtre d'un ton des plus méfiants.
— De la source ? Non.
— Parfait, et votre ami ? Il sait pour cet endroit ?
— Que devrait-il savoir ? Ou plutôt… ne pas savoir ?
— Ce que certaines rumeurs disent dans le coin.
— Non, je ne lui en ai pas parlé, mentit Elsa, et il n'a jamais entendu parler de cette source.
— Et qui vous en a parlé à vous ?
— Principalement vous. Tout ce que je sais de cet endroit, c'est vous qui me l'avez appris.
— Pourtant, vous en aviez déjà connaissance lors de la consultation pour mon chien.
— C'est un client qui m'en a parlé.
— Qui ? Je me dois de le mettre en garde.
— Je ne sais plus son nom, c'est un nouveau client que je n'avais jamais vu avant.
— Vous devez bien avoir son nom dans vos registres ?
— Si je me rappelle bien, il était en vacances pour quelques jours dans la région. Il doit être reparti depuis bien longtemps, inventa Elsa.
— Je dois protéger cet endroit, personne ne doit plus s'en approcher.
— Les malédictions et les superstitions ne sont plus de notre temps. Je n'y ai jamais cru, lança Elsa, contrariée par la trop lourde insistance de son interlocuteur.
— Détrompez-vous, mécréante ! s'énerva le prêtre. Cet endroit est maudit ! Et ceux qui le fréquentent le seront aussi !
— Ce n'est pas à cause d'un accident une fois qu'il faut établir une légende.
— Certaines sont nées à la suite d'actions irréfléchies de jeunes personnes dont certaines avaient perdu la foi.
— Vous pensez à moi en disant cela, n'est-ce pas ?
— Je prierai toutefois pour vous et votre ami blessé.
— Je vous en remercie, répondit la vétérinaire dans un but purement diplomatique.
— J'ajoute que les légendes perdurent par le manque de prudence ou de foi d'autres imprudents…
— J'ai bien compris. Je n'ai que peu de temps libre pour les promenades en forêt, pas plus que pour aller à la messe. Vous n'avez aucune crainte à avoir.
Le prêtre regarda Elsa d'un air sceptique. Il était loin d'être convaincu de la sincérité de la jeune femme, mais n'insista pas, conscient que prolonger cette discussion ne pouvait qu'aboutir à une impasse.
— Je vous remercie pour le chocolat. Avant de repartir, pourrais-je utiliser vos toilettes ?
— C'est la porte à gauche des escaliers.
Tandis que le curé s'enfermait dans la pièce qui regroupait toilettes et salle de bains, Elsa rangea la tasse de chocolat et nettoya la table tout en scrutant du regard la moindre planque possible pour son grand loup. Elle ne détecta pas la moindre trace de lui, car durant la discussion, profitant que le curé cuisinait sa princesse hors de son champ de vision, Bruno avait changé de cachette pour une autre plus sûre. En écoutant les propos du prêtre, il avait compris pourquoi elle n'avait pas voulu révéler la raison de sa si rapide et si mystérieuse guérison.
Tout juste sorti des toilettes, pris d'une irrésistible envie de révéler l'habitant clandestin qui se cachait très sûrement dans cette maison, sans même demander la permission, le curé grimpa les escaliers comme un chat. Elsa protesta en entendant ses pas sur les marches de bois et le rattrapa alors qu'il était dans une des deux chambres qui occupaient tout l'étage de sa petite maison.
— Que faites-vous ici ?
Sans répondre, il se pencha et regarda sous le lit, se redressa et se dirigea vers l'armoire. Elsa s'interposa pour l'empêcher d'en ouvrir les portes, craignant que Bruno ne s'y soit réfugié.
— Mais que cherchez-vous à la fin ! Vous n'allez quand même pas reluquer mes sous-vêtements !
— Et si cette porte cachait autre chose, ma fille ? Autre chose de bien plus grave et important que quelques dentelles et lambeaux de tissus affriolants destinés à dépraver les hommes et offenser notre Seigneur ?
D'un geste brusque qui la coucha sur son lit, le curé repoussa Elsa. Le passage ainsi libéré, il ouvrit en grand les deux portes qui ne disposaient d'aucune serrure. Il fut déçu de constater que le meuble ne contenait que des robes et des manteaux dans le côté penderie et du linge de maison classique sur les étagères.
— Alors ? Déçu de ne pas trouver mes dentelles ? se fâcha Elsa. Maintenant, si vous ne quittez pas cette maison sur le champ, je signalerai votre attitude auprès de l'évêché. Le temps de l'Inquisition est terminé ! Je ne suis pas certaine que vos supérieurs ou même les paroissiens apprécieraient de savoir que vous avez fouillé mon armoire à la recherche de mes culottes !
— Cela, il vous faudra le prouver, ma fille, mais soit ! Je vais partir, mais ne pensez pas que je crains une remontrance de quiconque ou même une sanction. Je ferai éclater la vérité, et nous verrons bien à ce moment-là lequel de nous deux tremblera le plus.
— Quelle vérité ? cria Elsa.
— Vous me mentez ! Vous connaissez les Larmes du Diable, vous vous y êtes baignée, vous vivez ici avec un homme et sans être mariée ! répondit sèchement le prêtre.
Devant le regard froid de la jeune femme, le curé quitta la maison à contrecœur, non sans jeter des coups d'œil furtifs à droite et à gauche. Elsa le suivit dehors, attendit qu'il grimpe sur son vélo et reparte sans pour autant rentrer chez elle. Elle patienta même jusqu'à ce qu'il soit hors de sa vue, tant sa colère bouillonnait de concert avec sa crainte qu'il ne découvre la vérité sur Bruno. La porte d'entrée fermée à double tour, elle respira un peu plus calmement et s'apprêtait à appeler son amant à quitter sa cachette lorsqu'elle se ravisa. Ce curé trop curieux pouvait-il avoir des soutiens, des informateurs ? Et si un voisin l'avait renseigné sur la présence de Bruno chez elle ?
Elsa fit le tour de sa maison, inspecta toutes les cachettes possibles, ouvrit chaque porte, mais ne trouva pas la moindre trace de Bruno. Elle chuchota son nom plusieurs fois dans chaque pièce, visita même les placards et chaque petit meuble, mais rien. Pas la moindre trace de son grand loup. Elle fit le tour extérieur de sa maison en arrachant quelques herbes ici et là pour donner le change au cas où quelqu'un l'aurait observée discrètement. Encore une fois, elle ne trouva pas le moindre signe de la présence de Bruno.
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Commentaires ()
Heureusement qu'il y a de la distance entre les larmes du diable et le château situé sur une des collines aux 12 moines. On pourrait croire à une connexion entre les deux...
Quand au curé, il est bien intriguant cet homme.
Merci pour tes nombreux retours @solo13
Merci de ton retour @gyon
Ce curé et bien trop curieux il met trop son nez là où il ne devrait pas le mettre à mon goût c'est même limite de l'harcèlement qu'il fait avec Elsa.
Par contre le plus inquiétant dans l'histoire c'est la disparition de Bruno ou où est-ce qu'il est allé est-il parti pour protéger sa petite amie elsa où il a été enlevé par quelque chose de pas naturel !
Bref inutile de dire vivement la suite.
Oui, ce curé est assez loin de ce que l'on pourrait "normalement" s'attendre de la part de ce type de personnage, toutefois, j'adore vous surprendre, vous, mes lecteurs. Alors qu'aurais-je bien pu faire d'un curé classique, normal ? juste une histoire fade... Il y a quelques épisodes, j'ai introduit (si je puis-dire) un soupçon de fantastique avec la guérison de Bruno. J'avais déjà testé la science fiction avec les trois inquiétants mousquetaires, dont l'écriture avance en parallèle de cette histoire et dont je ne reprendrai la publication que lorsque j'aurai pratiquement terminé afin de livrer les chapitres sans vous faire attendre 6 mois entre chaque. Le fantastique, donc, j'y reviens, j'ai beaucoup apprécié et je suis en train d'écrire une autre histoire dans cet univers. J'entends déjà les voix me demandant à quand la publication... Plus tard et pas ici, car, ce sera du fantastique sans cul, du fantastik donc...
Merci Julien
Deux de mes histoires lues et commentés dans la journée, puis-je dire que j'ai un nouveau fan ?
Quelques unes de ces pertinentes questions trouveront leur réponse dans le prochain chapitre, pour d'autres, il faudra attendre un peu plus, mais ne dit-on que plus c'est long, moins c'est court ?