Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une chute de vélo — Chapitre 56 · Les larmes du diable
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Une chute de vélo
Chapitre 56 · Les larmes du diable
Comme chaque jour, depuis qu'il pouvait se déplacer et qu'Elsa était retournée à son travail après le repas de midi, Bruno avait fait la vaisselle et lisait un roman, mais, il ne parvenait pas à fixer son attention sur l'histoire. Il réfléchissait à sa situation, aux moyens qu'il avait pour faire quelque chose pour celle qu'il appelait désormais sa princesse. Avant son agression, tout son temps libre passait dans les travaux de sa maison qu'il voulait finir avant de lui faire sa demande en mariage pour qu'elle vienne vivre avec lui. Depuis son agression, grâce à elle, il avait découvert une autre région. Il avait vu, uniquement de loin, les montagnes majestueuses qui étaient le cadre de vie d'Elsa et il lui tardait d'être en état de les visiter de plus près. Il était impatient de découvrir cette région avec elle, de se promener main dans la main sur le manteau blanc de l'hiver, d'apprécier le renouveau printanier. La probable douceur de l'été en altitude, comparée à la chaleur étouffante de la ville, devait sûrement être agréable, aussi bien sur les pentes escarpées que dans les forêts touffues. Il pourrait ainsi comparer si les photos des paysages flamboyants de l'automne qui s'étalaient sur la plupart des calendriers des Postes et Télécommunications étaient aussi belles dans la réalité.
Bien sûr, il lui faudrait déménager, mais il retrouverait bien du travail d'une manière ou d'une autre. Son emploi à l'usine n'était pas sa raison de vivre. Une fois les travaux achevés, il pourrait vendre sa maison pour en acheter une autre ici et permettre à sa princesse d'économiser le montant du loyer. Il garda ses réflexions pour lui, et le soir venu, demanda à Elsa s'il était possible qu'elle lui rapporte un journal afin qu'il s'occupe et se tienne au courant. Ainsi, la journée, il scrutait les offres d'emploi et les ventes de maisons pour avoir une idée des opportunités de reconversion et des prix des logements.
Les progrès de Bruno dans sa rééducation lui permirent bientôt d'accompagner Elsa faire les marchés le dimanche matin. Il était ravi de sortir, de choisir les meilleurs produits pour préparer les repas, mais aussi de profiter de cette région montagneuse. Ce jour-là, Elsa l'emmena sur le marché de Cabalière. Ils déambulèrent lentement entre les étals. Bruno s'arrêtait souvent, regardait les produits, posait des questions sans se préoccuper de sa mauvaise diction et finissait par choisir ce qui allait rejoindre le cabas sur roues que trainait Elsa. Il s'accrochait ensuite à son bras avec fierté, reprenait sa béquille de l'autre et avançait jusqu'au prochain commerçant. De loin, il repéra un stand de fromages de chèvres tenu par une jeune femme et un homme plus âgé. Il attendit patiemment que les clients déjà présents soient servis et profita de ce moment pour observer tout l'étal qui proposait aussi des légumes frais et des confitures. Lorsque ce fut leur tour, il constata que la jeune femme et sa princesse se connaissaient.
— Bonjour mademoiselle Fanny, bonjour monsieur Antoine, lança Elsa.
— Bonjour mademoiselle Rotina, répondit Fanny. Comment allez-vous ?
— Bonjour messieurs dames, ajouta Antoine. Oh ! Mais c'est votre ami qui se tient à votre bras ? Je vois que son état s'est amélioré !
— Oui, il va bien mieux.
— J'en suis ravi, les hôpitaux, c'est mieux quand on n'y est plus, n'est-ce-pas ?
— Oui, répondit simplement Bruno.
— Qu'est-ce qu'il vous faudrait ce matin ?
Bruno indiqua les fromages qu'il avait repérés et fut doublement surpris. Premièrement, le vieil homme ne fit aucune remarque concernant ses difficultés d'élocution et ne posa pas la moindre question. Deuxièmement, lorsqu'il se déplaça pour peser les haricots frais, il constata que l'homme boitait fortement, et se déplaçait lui aussi avec une canne.
Une fois qu'ils se furent éloignés du stand, Bruno interrogea Elsa.
— Tu as parlé moi à eux ?
— Parlé… oui et non. Fanny est une cliente. J'ai soigné un de ses chiens et depuis, elle m'appelle parfois pour ses chèvres, ses moutons ou ses poules.
— Comment monsieur me connait ?
— Je viens souvent lui acheter des produits, et ils ne m'ont pas vue pendant que j'étais auprès de toi à l'hôpital. Une semaine, cela ne les a pas trop inquiétés, ils savent que je travaille souvent les week-ends, mais plusieurs d'affilée, oui. De plus, je devais aller faire les rappels des vaccins de ses chiens, mais quand Marcel a débarqué à ma place, elle a posé des questions et il lui a expliqué. Ensuite, quand je suis revenue et que tu ne pouvais pas encore sortir, Fanny m'a demandé de tes nouvelles. Ce sont des gens charmants et leurs produits sont excellents.
— Et son père ? Blessé aussi ?
— Ce n'est pas son père, mais je n'en sais pas plus.
— Avais pensé même famille, car mêmes yeux.
— Allez, viens, il est temps de partir, j'ai une surprise pour toi.
Une fois rentrés chez eux pour y remiser leurs achats, Elsa installa Bruno dans la Jeep que lui avait prêtée Marcel pour assurer une sortie afin de fêter les progrès de son ami et leur premier mois passé ensemble. Ils roulèrent une bonne vingtaine de minutes, traversèrent plusieurs villages avant de s'engager sans hésitation dans un chemin qui s'enfonçait dans la forêt et gravissait la montagne. Elle roula très lentement, car les bosses malmenaient les occupants et elle ne voulait pas amplifier les douleurs que Bruno ressentait toujours. Le véhicule tout terrain s'écarta du chemin et s'engagea résolument dans le sous-bois. Enjambant les petits obstacles et contournant les plus gros, il stoppa finalement à l'orée d'une clairière.
— Voilà, c'est ici que nous allons passer la journée, annonça la conductrice en sautant au sol après avoir coupé le moteur.
— Pique-nique ? Bonne idée, déclara son passager en tentant de sortir seul.
— On ne reste pas ici, on va aller un peu plus loin. Mais il faut faire le reste à pied, je vais t'aider. Reste ici, je vais porter les couvertures et le panier à provisions et je reviens te chercher.
Bruno attendit patiemment le retour d'Elsa en écoutant attentivement le chant des oiseaux et la brise légère agiter les branches dans un bruissement très agréable. Il n'avait pas été en forêt depuis très longtemps, et cette escapade, imaginée par sa princesse, l'enchantait déjà. Elle l'aida à descendre et à faire le trajet jusqu'à l'endroit qu'elle avait choisi. Elsa l'adossa au tronc d'un arbre qui devait être centenaire. Entre les racines, elle avait installé plusieurs couvertures épaisses. Face à eux, une cascade produisait un son mélodieux. Il estima sa largeur à cinq mètres pour une hauteur d'environ trois. Avec la finesse du rideau d'eau et sa couleur, on aurait dit la chevelure d'une fée que le soleil utilisait pour produire des myriades d'arcs-en-ciel miniatures. En amont de la chute d'eau, la végétation constituée de mousse et de broussailles sauvages recouvrait la pente raide et irrégulière. L'autre extrémité, moins accidentée, laissait s'échapper l'eau dans un doux murmure.
Entre les deux, un bassin d'approximativement vingt mètres de large et de soixante de long, constituait une sorte de retenue emplie d'une eau transparente qui, selon les endroits, paraissait teintée d'un bleu plus ou moins intense. En son centre, une grosse pierre ovale, de couleur plus claire, dépassait le niveau de l'eau d'une trentaine de centimètres. Le débit était faible, mais en période de forte pluie ou de fonte des neiges, il devait être bien plus important et probablement que cet îlot central, pouvait être parfois recouvert d'eau. Il s'étonna de la différence d'aspect de la roche de cet endroit. Ici, il n'y avait que des pierres énormes, arrondies et lisses, tandis que quelques dizaines de mètres derrière eux, le sol, lorsqu'il était nu, était recouvert de cailloux bien plus petits aux arêtes parfois vives.
Emerveillé, Bruno regardait sans rien dire cet endroit qui lui paraissait féérique. Protégé des vents et du soleil brûlant, il regorgeait de douceur, aussi bien visuelle que sonore, et le tout appelait à une douce rêverie dans les bras de sa princesse.
— Oh Elsa, … C'est si … beau.
— Cela te plaît ?
Bruno attira Elsa près de lui pour admirer ce lieu qui dégageait une sorte de magie, surtout avec elle contre lui. Il mourrait d'envie de l'embrasser, de la chérir, toutefois, ce paysage exerçait sur lui une telle attirance, qu'il resta à le regarder en serrant la vétérinaire contre lui. Ils demeurèrent un long moment silencieux, comme s'ils craignaient de troubler l'incroyable tranquillité qui régnait. Mais la faim tenaillait Elsa qui se dégagea lentement, déposa quelques baisers sur les lèvres et le front de Bruno et sortit sans bruit le repas froid qu'elle avait préparé. Pendant qu'ils se restauraient, elle décrivit cet endroit qui était très peu fréquenté, car les habitants de la vallée le disaient hanté et maléfique.
— Pourquoi ? demanda simplement Bruno entre deux bouchées.
— Car l'eau qui coule ici sort des rochers une cinquantaine de mètres en amont de la chute d'eau et disparait dans un trou un peu plus loin. Ce n'est donc pas réellement une rivière, mais ce n'est pas là le plus étrange pour les montagnards. Outre la forme des pierres du rivage qui est très différente, l'eau que tu vois ici ne gèle jamais.
— Raconte princesse, aime entendre raconter ta région.
— Ce n'est ma région que depuis que j'y habite pour mon travail. J'ai découvert ce coin par hasard. Cette eau doit provenir d'une source géothermique profonde, car elle est tiède. C'est pour cette raison qu'elle ne gèle jamais totalement, même durant les hivers les plus rigoureux.
— Je comprends. Mais pourquoi hanté ?
— Les croyances ancestrales, j'imagine. La température de l'eau, plus le fait qu'elle ne sort de la roche que pour y disparaitre un peu plus loin, cela suffit pour désigner cet endroit avec des noms peu attirants.
— Dis-moi !
— Les gens d'ici l'appellent « les larmes du diable », car elles sortent d'un trou et pas comme une source classique. Habituellement, c'est plus un suintement diffus. Mais ici, il y a plusieurs sorties d'eau sur une zone de quelques mètres de côté. Le ruissellement et la pente font que cette eau se regroupe pour créer cette belle cascade qui remplit ce réservoir. Environ cent cinquante à deux cents mètres après la sortie du bassin qui est là-bas, précisa-t-elle en lui désignant l'endroit d'un geste du bras, elle se jette dans un genre d'entonnoir et disparait. La source s'appelle « L'œil de Belzébuth », le puits dans lequel elle se jette, « le trou du diable ».
Bruno répondit par un bisou sur la joue d'Elsa et reprit de la salade.
— Tu aimes mes accompagnements ! Je suis ravie de voir que tu as si bon appétit.
— Simple, mais très bon. Aime sortie forêt avec montagnes. Endroit magnifique, tu parles, moi écoute, seuls dans nature, toi et moi, déclara Bruno mot après mot.
— Le grand air ouvre l'appétit.
Elsa lisait dans le regard de son homme une grande joie, voilée par ses difficultés pour aligner quelques mots d'affilée sans buter sur tous ceux composés de plus d'une syllabe. Elle ne chercha pas à le faire parler pour ne pas ajouter à sa peine qu'elle devina dissimulée, mais très présente. Ils terminèrent de manger tranquillement, parfois interrompus par le chant d'un oiseau, le craquement d'une branche ou le passage d'un insecte trop curieux, attiré par leur nourriture. Elsa rangea tout dans le panier qu'elle avait apporté et ils changèrent de place pour s'installer plus près de la rive sur une sorte de bande herbeuse. Une fois Bruno allongé sur les couvertures, elle lui retira ses chaussures et son pantalon. Sur ses jambes, les traces des blessures provoquées par l'agression étaient toujours largement visibles. Les cicatrices mettraient du temps à s'estomper, mais seraient partiellement recouvertes par les poils qui repoussaient. Assise sur ses talons à côté de lui, elle entreprit de le masser avec l'huile contenue dans une petite fiole ronde.
— C'est Natacha qui m'a conseillé cette lotion. Elle a téléphoné pour prendre de tes nouvelles l'autre jour, lorsque tu étais chez le kiné. Elle pense que cela peut faire partir certaines traces plus vite.
— Très gentil. Même si aucun effet, profite tes mains sur moi, massage agréable.
— Et le kiné alors ?
— Sympa. Mais toi, pas pareil. Tes mains plus douces sur jambe, donne envie toi.
Elsa sourit largement, elle avait bien vu le slip se tendre avant même qu'elle ne pose ses mains sur Bruno. Elle termina, s'essuya soigneusement les mains et s'allongea contre son amoureux.
— Il faut laisser agir, alors on va faire une sieste.
Bruno l'embrassa sur le front, ferma les yeux et replia ses bras sur elle. Cependant, ni l'un ni l'autre ne trouvèrent le sommeil. Lui était trop excité par le massage de sa princesse et elle, trop pensive pour son avenir avec son grand loup pour s'endormir. Elle se redressa plusieurs fois, quand des bruits dans les broussailles lui semblaient proches, mais elle ne vit rien de particulier. Elsa se leva finalement et, debout, observa attentivement les alentours.
— Peur quelqu'un ? demanda Bruno qui avait, lui aussi, perçu comme une pierre qui bougeait.
— Il n'y a jamais personne ici. Je pensais plus à un animal.
— Danger ?
— Non, tout au plus un renard, mais il ne s'approchera pas. Cet endroit doit être fréquenté par la faune qui doit y trouver de quoi se désaltérer.
Rassurée, elle retira ses chaussures et son gilet. Bruno, devinant la suite, se redressa pour ne rien perdre du spectacle qu'elle allait lui offrir. Avec une grimace espiègle, elle poursuivit son déshabillage, sous l'œil attentif et le large sourire de son grand loup. Une fois entièrement nue, elle lui tourna le dos et s'avança en direction du bassin tout en ondulant exagérément son postérieur.
— Non ! cria Bruno.
— Qu'y a-t-il ?
— Tu vas pas baigner ?
— Et pourquoi pas ?
— Malédiction !
— Balivernes et croyances ancestrales… Je suis une scientifique, j'ai analysé l'eau à plusieurs reprises, tout est parfaitement normal et sain. Je suis déjà venue plusieurs fois me baigner et je ne crois pas une seconde que cet endroit soit diabolique.
La vétérinaire avança tranquillement dans l'eau sur quelques mètres. Alors que le niveau atteignait ses hanches, elle disparut brutalement sans un cri comme si elle avait été happée par les jambes. Bruno se redressa, tenta de l'appeler, mais trop angoissé, aucun son ne réussit à sortir de sa bouche. Il fouilla le bassin du regard tout en se relevant, pris d'une indescriptible peur panique. Il arracha presque son t-shirt et se dirigea dans le bassin aussi vite que son état le lui permettait. Il avait de l'eau jusqu'aux genoux lorsqu'il aperçut Elsa remonter à la surface un peu plus loin, près de la cascade.
Il stoppa son avancée, soulagé de la voir nager tranquillement en s'éloignant de l'îlot central. Il respira plus lentement, la regarda se placer sous la cascade et lui faire un petit signe de la main. Précautionneusement, Bruno avança un peu plus dans l'eau. A présent rassuré, il ressentait la douce chaleur de l'eau sur ses mollets. Il préparait mentalement sa phrase pour Elsa quand tout autour de lui, l'eau bouillonna subitement tandis que des démangeaisons s'emparèrent de ses jambes. Effrayé, Bruno s'extirpa de l'eau en quelques mouvements désordonnés et se mit à l'abri sur la berge.
— Que se passe-t-il ? cria Elsa depuis son perchoir.
Comme Bruno ne répondait pas, elle plongea et le rejoignit rapidement. Avec bien plus de difficultés qu'à l'accoutumée, il expliqua le phénomène qu'il avait constaté et qui avait cessé aussi soudainement qu'il avait débuté. La vétérinaire eut du mal à croire ce qu'elle observa sur les jambes de son grand loup : plus aucune trace de cicatrices sur toute la partie qui avait été immergée. La douleur de la fracture de son tibia qui persistait sournoisement depuis sa sortie du coma, ne le faisait plus souffrir, comme évaporée.
— C'est incroyable, lâcha finalement Elsa.
— Je…
— Viens, on va voir.
Elsa l'entraina une nouvelle fois dans l'eau. Une trentaine de centimètres de profondeur suffirent pour effectuer sa vérification. Elle y fit asseoir Bruno. Moins d'une minute plus tard, des bulles semblaient s'échapper de l'eau aussi naturellement que d'une bouteille de champagne juste après avoir retiré son bouchon. Le blessé confirma qu'il ne ressentait plus la moindre douleur dans son bassin.
— Tu penses quoi ? demanda Bruno
— Etrange, mais cela semble très efficace.
— Encore !
— Tu en es certain ?
— Veux plus souffrir…
— Je comprends. Allonge-toi.
Il ne patienta cette fois qu'une dizaine de secondes avant que des bulles ne se forment tout autour de lui. Il supporta sans broncher des picotements intenses pendant près de trois minutes jusqu'à ce que tout le phénomène ne s'estompe de lui-même. De retour sur la berge, Elsa observa très attentivement son homme dont le corps tout entier ne présentait plus aucune trace de l'agression qu'il avait subie.
— Tu te sens bien ? demanda-t-elle.
— Bien… mieux, bégaya-t-il. Plus… mal… nulle… part.
— Je n'y comprends rien. Je n'ai jamais vu cela.
— C'est le mimi… c'est le rara … c'est le miracle ! s'exclama Bruno en bondissant de joie de pouvoir utiliser à nouveau toutes ses capacités physiques.
Sans lui laisser le temps de réagir, il se précipita à nouveau dans l'eau, se rendit dans un endroit plus profond et, sans hésiter, plongea la tête la première. Quelques secondes plus tard, une écume blanche remonta à la surface et glissa sur l'eau, emportée par le faible courant. Bruno ressortit la tête de l'eau et appela Elsa de toute la force de ses poumons. Il chantait sa joie, les mots sortaient à nouveau normalement de sa bouche. Il regagna la berge depuis laquelle Elsa le regardait incrédule. Il saisit sa dulcinée dans ses bras, la souleva et tournoya longuement sur lui-même tant il était heureux.
— Repose-moi !
— Oh, mon Elsa ! JE SUIS GUÉRI ! C'est grâce à toi ! Merci !
Il reposa Elsa au sol, s'agenouilla devant elle et la regarda droit dans les yeux.
— Elsa, je n'ai plus mal, je parle comme avant, c'est génial ! Cette cascade est magique ! Tu es une fée ! Ma fée à moi ! Demande-moi ce que tu veux, je ne peux plus rien te refuser.
— Veux-tu te taire, imbécile !
Le ton utilisé doucha l'enthousiasme de Bruno.
— Mais, ma princesse ?
— C'est une catastrophe !
— Explique-toi. Pourquoi une catastrophe ? Tu n'es pas contente que je sois rétabli ?
— Si, bien sûr, mais comment vont réagir les gens ? Que diront les médecins quand ils verront que tu as guéri si vite ? Ils demanderont de quelle façon cela s'est produit. Qu'allons-nous leur dire ?
— Je ne sais pas moi. La vérité ?
— Dans ce cas, cet endroit va devenir bien plus célèbre que la grotte de Lourdes !
— Mais, s'il guérit les gens ?
— Et s'il y avait des effets secondaires indésirables ?
— Quels effets, mon amour ?
— Je ne sais pas encore, mais imagine que tous ces effets bénéfiques disparaissent dans la nuit. Que feras-tu demain ?
— Je reviendrai me baigner ici tous les matins !
— Et si dans une semaine, tu devenais subitement aveugle, sourd, que tu ne puisses plus te servir de tes bras, ou plus grave : impuissant ?
— Je n'y avais pas songé.
— Et pire encore : si ce soir, les médecins t'enfermaient par crainte que tu sois porteur d'un mal inconnu afin que tu ne le transmettes pas autour de toi ? Serais-tu heureux de devenir un sujet de laboratoire, prisonnier et analysé sous toutes les coutures ?
— Heu, non, bien sûr.
— Alors, pour l'instant, personne ne doit savoir. Tu entends ? Personne, même pas tes amis ! Nous risquerions d'être séparés, tu comprends ?
— Oui mon amour, je comprends. Tu as raison, je ne veux pas non plus que nous soyons séparés. Je ne veux pas te quitter.
Les amoureux s'enlacèrent après cette déclaration à demi-mots, mais néanmoins très claire de la part d'Elsa. Puis, serrés l'un contre l'autre, ils discutèrent de la conduite à tenir, envisagèrent différents scénarios pour ne pas révéler au monde cette guérison miraculeuse. Ils décidèrent qu'officiellement Bruno repartirait chez lui, alors qu'en réalité, il demeurerait caché chez Elsa. Il ne dissimula pas sa joie de pouvoir rester auprès de celle qu'il aimait comme un fou et qui, par cette décision, lui prouvait aussi son amour pour lui. Il l'embrassa frénétiquement partout et profita qu'elle était déjà dévêtue pour recouvrir son corps de baisers et de caresses. La peau de la vétérinaire parcourue de frissons de plaisir amusa Bruno qui s'attarda sur les zones qui la faisaient le plus vibrer.
— Mais tu as froid ! s'exclama Bruno. Viens au soleil, ton corps magnifique y sera encore plus beau.
Il roula les couvertures qu'il confia à la vétérinaire, se débarrassa de son sous-vêtement trempé et entraina sa dulcinée sur la grosse pierre au milieu du bassin. Ils traversèrent l'eau, Bruno portant sa princesse sur ses épaules afin que les couvertures restent sèches. Il n'y eut aucune forme d'effervescence dans l'eau durant leur traversée. Ils s'installèrent confortablement sur ce rocher, sous le doux soleil de l'après-midi, et se câlinèrent mutuellement. Elsa bien réchauffée, Bruno considérablement excité, dévora les seins de son amie avant de lui faire un très long cunni.
Elle le pria à plusieurs reprises de la prendre, car elle n'en pouvait plus d'attendre. Tout en accédant à sa requête, il n'écouta que son cœur et son envie de lui donner un orgasme dont elle se souviendrait longtemps. Les jambes douces et satinées d'Elsa se croisaient autour de son amant, tandis que tout son corps se tendait à chaque fois qu'il la faisait jouir. Elle s'abandonnait ensuite de longues minutes sous la douce caresse de la brise légère, du soleil et des mains de son amant infatigable, mais qui lui laissait le temps de récupérer son souffle avant de la pénétrer à nouveau.
Bruno, assis sur ses talons, le corps arqué en arrière et le sexe tendu à l'extrême, appelait du regard Elsa pour un nouvel assaut sexuel. Avec un sourire aguicheur, elle se positionna debout devant lui, les jambes de part et d'autre de son partenaire, posa les mains sur les épaules et lentement se laissa glisser sur lui. La verge tendue ne rencontra aucune difficulté pour franchir la vulve débordante des plaisirs qu'ils s'étaient déjà longuement donnés. Elsa serra son amant dans ses bras, savoura la présence du sexe masculin introduit au plus profond du sien. Jamais encore, elle n'avait ressenti un tel appétit sexuel et se donnait sans retenue à son grand loup à présent qu'il avait retrouvé toutes ses facultés.
Elle aurait dû être rassasiée depuis longtemps, et pourtant continuait de répondre favorablement aux appels du mâle qui, malgré plusieurs éjaculations, conservait toute la vigueur de son sexe. Leurs esprits, trop embrumés de plaisir charnel, ne pensaient plus, ils n'étaient que stupre et luxure, sueur et gémissements, volupté et spasmes orgasmiques. Trop occupés, ils ne remarquèrent pas la petite pierre qui roula depuis la pente et tomba dans l'eau sur la droite de la cascade. Le souffle court, les amants empalés s'accrochèrent par les avant-bras, tels des acrobates évoluant sur le trapèze sous le sommet de la tente d'un cirque. Leurs épaules s'éloignèrent tandis que leurs bassins s'accouplaient encore plus profondément. Observés à contre-jour du couchant, leurs corps tendus comme des arcs auraient pu être le résultat d'un complexe jeu d'ombres chinoises représentant un sexe féminin vu de face.
Elsa, les pieds nus ancrés sur la roche, avançait et reculait son bassin sur toute la longueur de la verge chaude qui lui avait déjà procuré tant de sensations depuis cet après-midi. Il n'y avait pas un seul muscle de leur anatomie qui ne soit tendu durant ce coït. Le soleil bas sur l'horizon, reflétait chaque perle de sueur recouvrant leurs corps, d'éclats lumineux aussi intenses que s'ils avaient traversé des pierres précieuses. Les ombres éphémères qu'il dessinait plus loin s'allongeaient autant que leurs ébats qui semblaient ne jamais vouloir s'interrompre.
Soudain, Bruno vit les yeux de sa douce s'illuminer d'un rouge aussi intense que des braises, tandis qu'un orgasme de plus la traversa et provoqua chez elle un puissant cri rauque, presque bestial. Elle se recroquevilla ensuite dans les bras de son amant dont elle laboura le dos de ses ongles au fil des convulsions de tout son être. Accentué par l'attitude d'Elsa, le plaisir de Bruno ne sut résister au ressenti des contractions de ce vagin qui enserrait sa verge. Son sexe raide se contracta fortement à chaque traversée du sperme brûlant et épais, brutalement libéré.
Ils restèrent ainsi quelques instants, comme absents de leurs corps, mais la première chose que fit Bruno lorsqu'il releva la tête, c'est de regarder attentivement les yeux d'Elsa. Ils étaient, comme à leur habitude, bruns, quoique remplis d'un soupçon de fatigue, observation parfaitement compréhensible après leur fin d'après-midi torride. Mais quelque chose d'autre alerta Bruno.
— Tu sens cette odeur ? demanda-t-il en observant tout autour de lui.
— Non, laquelle ?
— J'ai comme l'impression de sentir du soufre ou de la fumée. Pas toi ?
— Je ne sais pas, je suis trop fatiguée.
— Il se fait tard, le soleil est presque couché, on devrait retourner à la voiture.
Bruno roula les couvertures et Elsa s'excusa pour les griffures dans son dos. Il répondit avec un clin d'œil et un haussement d'épaules, embrassa la responsable de ses blessures si légères comparées à tout ce qu'il avait enduré auparavant et plongea dans l'eau. Lorsqu'il se redressa, toutes les traces avaient disparu. Ils se rincèrent sous la cascade sans qu'il n'y ait de nouvelle manifestation bouillonnante. Ils regagnèrent la rive, rangèrent leurs affaires, mais restèrent dans la Jeep en attendant le crépuscule.
— Tu as été exceptionnel mon grand loup. Je n'ai jamais connu autant de plaisir qu'aujourd'hui.
— Et toi, tu aurais vu tes yeux…
— Qu'avaient-ils ?
— La dernière fois que tu as joui. Ils étaient rouge vif ! Et cette voix quand tu as crié… Tu m'as presque fait peur.
— C'était trop bon de te sentir en moi.
— Ecoute ! s'interrompit Bruno.
Malgré leurs respirations contenues, ils n'entendirent rien d'autre que des bruits qui leur semblèrent habituels pour une forêt. Ce n'est qu'une fois la nuit tombée qu'ils prirent le chemin du retour. Les trois jours suivants, Bruno ne sortit pas une fois, mais lorsqu'elle rentrait de son travail, Elsa trouvait la table mise et le repas préparé. Bruno gérait parfaitement la maison et chaque soir, il faisait longuement et passionnément l'amour à la femme de sa vie. Elle ne lui avait pas encore avoué, mais elle aussi avait trouvé en Bruno l'homme parfait avec lequel elle envisageait enfin une vie de famille.
Pour tout l'entourage d'Elsa, Bruno était toujours en convalescence, était reparti faire des examens de contrôle à l'hôpital et avait ensuite regagné son domicile. La vétérinaire travaillait à nouveau normalement. Un soir, alors qu'elle était de permanence pour toute la nuit à la clinique, le curé de la paroisse, le père Manuel, lui apporta son chien qui avait des difficultés pour poser sa patte avant. La vétérinaire l'examina attentivement et retira plusieurs épines plantées entre les coussins. Le prêtre lui demanda des nouvelles de son ami qu'elle soignait chez elle. Il fut étonné d'apprendre qu'il était reparti, car en venant à la clinique, il était passé devant chez elle et avait vu de la lumière à l'intérieur de sa maison.
— Quelle tête en l'air je fais parfois... J'ai sûrement oublié d'éteindre en partant.
— Est-ce que vous vous plaisez toujours dans nos montagnes ?
— Oui, les gens sont charmants et chaque vallée est différente.
— Vous avez raison, confirma le prêtre, je suis arrivé ici il y a très longtemps et je n'ai jamais voulu repartir.
— Vous devez connaitre des tas d'histoires alors ?
— Oh oui, ce n'est pas ce qui manque par ici.
— Un client m'a parlé de cette rivière qui s'appelle les larmes du diable. Il m'a donné envie d'aller la voir.
— Je vous le déconseille fortement ma fille. Cet endroit est habité par le malin. Il pourrait vous arriver de grands malheurs.
— Vous en êtes certain ?
— Je connais cet endroit depuis que je suis en poste ici. A l'époque, j'étais un jeune prêtre de vingt-cinq ans, et quelques mois après mon arrivée, un couple de jeunes gens amoureux s'y est baigné et ils s'y sont tous deux noyés. Les parents de la jeune fille m'ont demandé de les accompagner sur place pour prier ensemble pour la sauvegarde de l'âme de leur unique enfant. Ils ont ensuite déposé une gerbe de fleurs sur le rocher au centre du bassin. A ce moment-là, l'eau, tout autour d'eux, s'est brutalement mise à faire des bulles, une terrible odeur s'est répandue dans l'air. Ils ont traversé pour revenir et, chacun à leur tour, ont été happés par le courant. Nous n'avons jamais retrouvé leurs corps.
— Je ne savais pas. C'est terrible !
— J'ai fait des recherches sur cette source et j'ai compulsé les archives de l'évêché. Des rites sataniques ont eu lieu à cet endroit au Moyen Âge et probablement bien avant aussi. Il se pourrait que la pierre centrale ait servi d'autel dans le cadre de sacrifices humains. Cet endroit est assurément une porte sur les enfers.
— On m'a rapporté que l'eau y était chaude, été comme hiver. C'est vrai, mon père ?
— C'est exact.
— Mais depuis le temps, vous pensez que cet endroit est toujours maléfique ?
— Comment expliquer l'effervescence et les corps disparus sinon ?
— Si l'eau est chaude, il s'agit probablement d'une source géothermique. Il en existe beaucoup. Certaines étaient déjà connues et exploitées dans l'Antiquité. Une éruption de gaz souterrain provenant des profondeurs pourrait expliquer le bouillonnement. Une réaction de panique ou une asphyxie a pu engendrer une chute et si le courant a emporté les corps, le temps que les secours arrivent, il est possible qu'ils aient parcouru plusieurs kilomètres, non ?
— Toute l'eau qui coule là s'engouffre dans un trou quelques centaines de mètres plus loin.
— Alors, c'est là qu'il fallait les chercher.
— On ignore la profondeur de ce puits.
— Il ne s'est produit que des malheurs à cet endroit ? Jamais de bonnes choses ?
— Pas à ma connaissance, et si le diable faisait du bien, ce ne serait que pour mieux frapper ensuite ses victimes.
Cette dernière réflexion laissa Elsa songeuse. Pour ne pas éveiller les soupçons du prêtre en posant trop de questions sur les larmes du diable, elle orienta la discussion sur les soins à faire pour ne pas risquer que la patte de son chien ne s'infecte. Une fois seule, Elsa songea au phénomène qui avait soigné Bruno et se demanda si son idée de sortie champêtre n'allait pas virer au drame à un moment ou un autre. Elle avait été heureuse de voir Bruno débarrassé de ses douleurs, de ses difficultés de langage et aussi de la fougue sexuelle dont il avait fait preuve ensuite. Sur le moment, elle avait mis cela sur le compte de la joie du retour de son autonomie et de son manque de sexe. Toutefois, avec les précisions du prêtre, elle commença à douter qu'ils aient bien agi en dissimulant la vérité.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
J'espère que les réponses à ces questions dans suites à venir me permettront de conserver cet attrait.
Merci @OlivierX pour tes nombreux commentaires qui jalonnent cette histoire.
Quelle cruelle trahison de leur part ! Moi qui espérait tant une une dédicace de leur part... Mon stylo était pourtant prêt, je vais devoir lui trouver une autre utilisation.
J'avoue que si j'ai été heureux et soulagé d'une telle guérison expresse, la légende et les dires du prêtre m'inquiète un peu. Surtout qu'Elsa commence à réaliser que Bruno pourrait être l'homme de sa vie et qu'ils sont si heureux ensemble.
J'espère que cette escapade romantique ne nuira pas à ce charmant couple.
Il semble que tu ne sois pas le seul à nourrir quelques inquiètudes au sujet de cette légende...
Et je vais reprendre une slogan que tout le monde connait sous une autre forme : Attention, une légende peut en cacher une autre.
Merci pour ton attachement à ces personnages @gyon.
Eux, oui 🤫
Mais elles… 😋 pas vraiment ! 🥰
Bon sang ! Ils m'avaient pourtant promis de tenir leur langue !
J’ai invoqué les immortels Pères Fondateurs (et surtout leurs adorables compagnes) 😻
Effectivement, que d'interrogations @Iznogood !
Et pendant ce temps là, à Véra Cruz, les autres protagonistes s'échauffaient après avoir reconstitué leurs forces... Ils seront de retour dans le prochain épisode.
A mon tour de te poser une question : Comment le savais-tu ? Le marc de café ? Le vaudou noir ? Un espion trojhan dans mon PC ?
Tu as entièrement raison, je vais mettre un avertissement :) :) ;)
Merci pour ta fidélité à cette histoire, completement inventée
Le hasard fait souvent plein de bonnes choses et je le remercie de vous avoir guidé jusqu'à cette histoire.
Merci infiniment pour votre retour et tout ces compliments.
A présent que vous avez pu reprendre votre souffle, n'hesitez pas à relire et à laisser vos commentaire sur chaque chapitre.
A bientôt pour les suites.
Merci pour ce nouveau chapitre, la logique voudrait que l'on soit heureux que Bruno soit miraculeusement totalement rétablie, mais les révélations du prêtre sont quelque peu troublants sur les larmes du diable, espérons qu'il n'arrive rien de grave à Bruno suite à sa baignade dans cette rivière.
La logique est parfois la maitresse de l'écrivain qui s'aventure sur le terrain d'une histoire policière. Pour ma part, je l'utilise en combinaison avec la péripétie, pour mieux tromper les esprits déductifs de mes lecteurs. L'histoire est tirée par les pas de l'auteur, funambule sur le fil inconstant de son esprit encombré d'idées toutes plus loufoques les unes que les autres, nées des turpitudes de mon imaginaire...
Je vous laisse réflechir quelques semaines sur la suite possible pour ces deux-là...
Merci à toi pour ta fidélité à mes écrits.