Une chute de vélo
Chapitre 67 · Réactions en chaîne
Couverture de Une chute de vélo, par Mandrakke Une chute de vélo Chapitre 1 · La chute Chapitre 2 · Retour de l'hôpital Chapitre 3 · Première soirée Chapitre 4 · Première nuit Chapitre 5 · Chez Hervé Chapitre 6 · Retour avancé Chapitre 7 · Katia Chapitre 8 · Visite nocturne Chapitre 9 · La déclaration Chapitre 10 · L'explication Chapitre 11 · Epilation Chapitre 12 · La soirée Chapitre 13 · Le parcours 1/2 Chapitre 14 · Le parcours 2/2 Chapitre 15 · La surprise pour Hervé 1/3 Chapitre 16 · La surprise pour Hervé 2/3 Chapitre 17 · La surprise pour Hervé 3/3 Chapitre 18 · Doutes et certitudes Chapitre 19 · Le Grand Ordre Chapitre 20 · Les larmes d’Hervé Chapitre 21 · Gordon Chapitre 22 · Soirée électrique Chapitre 23 · Révélation orageuse Chapitre 24 · Une nuit agitée Chapitre 25 · Gaffes accidentelles Chapitre 26 · Enquête et interrogatoires Chapitre 27 · Reprises en main Chapitre 28 · Une réaction incontrôlée Chapitre 29 · In extrémis Chapitre 30 · Tracasseries Chapitre 31 · Le grand loup Chapitre 32 · Merveilleuses soirées Chapitre 33 · Encore un tour Chapitre 34 · Un bien mauvais sort Chapitre 35 · Dans la grotte d’Hervé Chapitre 36 · Déplacement professionnel Chapitre 37 · Cauchemar hôtelier Chapitre 38 · Retournement de situation Chapitre 39 · Jeux dangereux Chapitre 40 · Dualité trompeuse Chapitre 41 · Mise au point Chapitre 42 · Confidences Chapitre 43 · Sur la route du plaisir Chapitre 44 · Pris en flagrant délit Chapitre 45 · Qui perd gagne Chapitre 46 · Triple duel au soleil Chapitre 47 · Surprises croisées Chapitre 48 · Câlin du matin Chapitre 49 · Femmes aux commandes Chapitre 50 · Service de nuit Chapitre 51 · Alarmantes nouvelles Chapitre 52 · Rapport de visite Chapitre 53 · En quête d’espoir Chapitre 54 · Le feu de l’amour Chapitre 55 · Une charmante princesse Chapitre 56 · Les larmes du diable Chapitre 57 · Balade en forêt Chapitre 58 · La légende des douze moines Chapitre 59 · Trois drôles de dames Chapitre 60 · Une nuit enflammée Chapitre 61 · Pris au piège Chapitre 62 · Les amants enflammés Chapitre 63 · Le donjon du mystère Chapitre 64 · Nouveaux désirs Chapitre 65 · Disparition Chapitre 66 · Jeux de mains Chapitre 67 · Réactions en chaîne Chapitre 68 · Images subliminales Chapitre 69 · Piège aux Larmes Chapitre 70 · Le secret des larmes
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Une chute de vélo — Chapitre 67 · Réactions en chaîne

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Une chute de vélo

Chapitre 67 · Réactions en chaîne

Ce jeudi-là, il était près de dix heures du matin dans l'entreprise de Maurice et Manutéa, lorsqu'un chariot élévateur perdit une partie de son chargement en roulant. Un autre qui le croisait à vide au même moment s'écarta brusquement pour éviter la collision. Avec l'une de ses fourches plates qui lui servait à manipuler les palettes, il percuta de plein fouet une armoire technique contenant de nombreux câbles et éléments électriques. La sanction fut immédiate : des étincelles jaillirent de partout et le système de sécurité joua son rôle en coupant le circuit électrique principal. Dans l'atelier subitement plongé dans une pénombre partielle, quelques étincelles retardataires projetèrent une étrange lumière bleutée depuis l'intérieur de l'armoire métallique déformée. 
Sous le coup de la surprise, le conducteur du chariot à l'origine de l'accident paniqua et recula précipitamment son engin pour se dégager. Lors de cette manœuvre effectuée en toute hâte, il bouscula encore un peu plus son homologue dont une fourche était toujours embrochée dans le coffre de métal, achevant ainsi de le désolidariser du sol. Ce nouvel assaut aggrava le problème et des flammèches orangées s'échappèrent de cet amas par la porte tordue. Deux employés arrivèrent avec des extincteurs et étouffèrent le début d'incendie qui n'eut guère le temps de faire des dégâts. Les flammes piégées à l'intérieur de l'armoire eurent cependant le temps de dégager une épaisse fumée âcre qui nécessita une évacuation complète du personnel.
Cet incident eut pour effet de stopper entièrement deux chaînes de production sur lesquelles travaillaient une cinquantaine de personnes. Il provoqua une réaction en chaine qui bloqua rapidement une bonne partie de la production. Les postes qui appliquaient un traitement complémentaire sur les pièces fabriquées dans l'atelier à l'arrêt se retrouvèrent vite dans un état de pénurie de matériaux, tandis que ceux qui alimentaient les deux chaînes à l'arrêt manquèrent, eux, de place pour stocker provisoirement leur production excédentaire.
Maurice contacta très vite Hervé et l'informa de la gravité de la situation : si l'usine dont il était le fournisseur venait à manquer de pièces en provenance de son entreprise, il aurait à verser des pénalités importantes. Moins de quinze minutes plus tard, Hervé et Michel, conscients de l'importance de leur mission, s'apprêtèrent à partir pour une intervention complexe. Au volant de sa grande voiture habituelle, Hervé partit en premier. Il évaluerait les dégâts tandis que Michel suivrait avec une camionnette moins rapide, mais qui pouvait transporter une plus grosse quantité de pièces de rechange et d'outils ainsi qu'une armoire de remplacement.
Dès son arrivée sur site, Hervé fit un inventaire des dégradations sur le point d'impact, mais aussi sur la chaine de production. A ses côtés, Maurice, qui ne cachait pas son inquiétude, aida de son mieux son prestataire en affectant quelques employés en inactivité forcée à son service. Lorsque, peu après quatorze heures, Michel arriva sur le site, l'armoire technique endommagée avait déjà été retirée et l'éclairage remis en service. Une grande partie des éléments à remplacer étaient identifiés, certains avaient même déjà été déposés et les faisceaux de câbles dégagés. Michel et lui restèrent seuls pour remettre en état les machines. Maurice passa régulièrement s'assurer que ses intervenants n'avaient besoin d'aucune aide matérielle. Jonas approvisionna fréquemment Michel et Hervé en cafés, boissons et petites collations, car ils travaillèrent d'arrache-pied durant toute la nuit pour réussir à relancer la première ligne de fabrication. Lorsque la chaine d'injection de mousse fut relancée à vitesse réduite, Maurice fut soulagé et avec son contremaitre surveilla son fonctionnement tandis que le tandem de réparation s'occupait de la suivante. A midi, soit un peu plus de trente heures après l'accident, toute la production put reprendre, même si le rythme de production était provisoirement plus faible qu'à l'accoutumée. Hervé, Michel et Maurice, fatigués de leur nuit blanche et de leurs efforts, purent enfin respirer quelques minutes. Manutéa leur apporta elle-même les sandwichs qu'elle leur avait concoctés et qu'ils dévorèrent tout en observant attentivement le fonctionnement des machines. Sa dernière bouchée avalée, Hervé retourna à sa tâche et, progressivement, la cadence de fonctionnement augmenta jusqu'à retrouver son niveau normal. Toutes les vérifications effectuées par Michel étaient conformes et les protections des appareils furent remises en place. A trois heures de l'après-midi, un premier camion quitta enfin l'usine en direction de son plus gros client, au grand soulagement de Maurice.
Fourbus, mais heureux d'avoir dépanné leur client, Michel et Hervé rangèrent leur matériel. Ils avaient pratiquement terminé lorsqu'une clameur en provenance de l'atelier d'injection de mousse attira leur attention. Ils partirent au pas de course et constatèrent qu'un flexible convoyant de la mousse à l'état liquide fuyait et projetait son contenu sur les rails guidant les caisses en plastique contenant les pièces. Le contremaitre avait déjà stoppé le fonctionnement mécanique de la chaîne, toutefois, la pression poussait encore le contenu du tuyau qui se répandait dans toutes les directions.
Michel lâcha un juron et se précipita vers la console de commande pour désactiver la pompe de pression. Son collègue se munit d'un escabeau et observa le fautif. Cette seconde interruption dans la production n'alarma pas Hervé. Une vingtaine de minutes plus tard, le flexible remplacé et ses débordements nettoyés, la chaîne était à nouveau pleinement opérationnelle. Le duo d'intervenants, bien qu'épuisé, resta encore en surveillance afin de pallier tout nouveau problème. Ils profitèrent des quelques minutes d'arrêt de la chaîne lors du changement d'équipe à vingt heures pour vérifier à nouveau que tout était normal.
Maurice remercia vivement ses prestataires, les appela même « ses sauveurs » et les invita à se rafraichir avant de les laisser se restaurer. Jonas les accompagna dans les bureaux de la direction, tandis que Maurice restait encore un peu pour faire le point avec ses chefs d'équipe. Manutéa accueillit chaleureusement les deux hommes et conduisit Michel dans sa salle de bain privée pour qu'il se douche et se change.
— Hervé, je voudrais te remercier pour ton intervention rapide et très efficace, lui dit-elle une fois revenue. Je sais que notre première rencontre n'a pas été agréable pour toi. Je m'en excuse encore une fois. Je te promets que je ne tenterai plus rien de ce genre avec toi.
— Merci, Manutéa, n'en parlons plus. Je ne t'en tiendrai pas rigueur.
— Tu n'es pas comme les hommes que j'ai déjà connus. D'autres auraient profité de la situation avec moi. Mais je ne vais pas t'assommer avec mes remords, tu es fatigué, tu as besoin de repos. Quand tu seras passé à la douche, tu te sentiras déjà bien mieux. Jonas nous servira le repas et tu pourras dormir ou repartir si tu le souhaites.
— Merci, Manutéa. Puis-je téléphoner ?
— Tu veux sûrement appeler ton amie, c'est normal. Evidemment, tu peux utiliser mon bureau.
— Je veux juste la prévenir que je ne vais pas rentrer immédiatement. Nous referons des vérifications après avoir pris du repos et lorsque le retard de production sera rattrapé. Et puis, même si nous avions terminé, je suis trop fatigué pour reprendre la route sans risquer de m'endormir au volant et d'avoir un accident.
— Veux-tu dormir chez moi ? Je te promets que tout se passera bien et que tu pourras t'y reposer sans être dérangé. Tu seras mieux qu'à l'hôtel et tu repartiras quand tu le voudras.
— C'est d'accord. Je peux téléphoner ?
Manutéa ouvrit son bureau et le laissa passer son appel, seul. Elle se doutait de la teneur générale qu'allait prendre la conversation et ne voulait pas être indiscrète. Hervé appela Julie, lui expliqua la situation, s'excusa de ne pas être présent pour la totalité du week-end. Julie approuva sa décision et ajouta qu'elle et sa sœur en profiteraient pour répéter sans être perturbées par sa présence. Ils échangèrent ensuite de nombreux mots d'amour et comme aucun ne voulait être le premier à raccrocher, ils se souhaitèrent mutuellement de nombreuses fois bonne nuit. Lorsqu'enfin, Hervé eut raccroché, Maurice était sorti de la douche et discutait avec Michel. Manutéa conduisit Hervé jusqu'à la salle de bain, lui remit une serviette propre et le laissa se laver seul.
L'eau chaude qui coulait sur son corps relaxa Hervé. Il était aussi fatigué nerveusement que physiquement et le besoin de détente se faisait sentir maintenant que la tension était retombée. Cette nuit blanche n'était pas sa première, et lorsqu'il était dans l'armée, il avait pris l'habitude de récupérer d'une grande fatigue avec très peu de sommeil. Mais les années avaient passé, il avait perdu ce rythme trépidant et ses facultés de récupération n'étaient plus aussi affutées. De plus, les jours précédents, il avait laissé les jumelles prendre des initiatives charnelles qui avaient considérablement entamé ses forces. Son esprit vagabonda sur les soirées de la semaine, toutes passées entre les corps de Julie et de Véronique, mais également sur leur dernier week-end qui avait été intense. Revoir, ne serait-ce qu'en pensée, les images de leurs deux corps raviva son désir, ce qui déclencha instantanément une érection involontaire. Il essaya de penser à autre chose, repassa mentalement le déroulé de l'intervention dans l'usine, mais ce fut en pure perte. Il se remémora alors la situation dans laquelle il s'était trouvé lors de son précédent passage dans cette usine sans plus de réussite. Il n'arrivait plus à contrôler son esprit fatigué, et plus il s'efforçait de chasser de sa mémoire les images érotiques de son ange et de sa sœur, plus elles semblaient s'y incruster et renforcer son excitation.
Il se résolut alors à diminuer la température de l'eau, et si cela contribua à éloigner quelque peu la fatigue de ces dernières heures et à le secouer, son sexe, lui, conserva toute sa rigidité. Il patienta encore un peu, car il craignait que Manutéa ne s'aperçoive de son état. Si elle s'imaginait être responsable de la situation, cela pourrait annihiler la bonne ambiance qui régnait entre eux depuis la remise en route de la chaîne de production. Cependant, la DRH respecta sa parole : personne n'était présent lorsqu'Hervé sortit de la cabine de douche. Il revêtit des vêtements propres et regagna le bureau par le chemin habituel.
Maurice affichait un sourire à la hauteur de son soulagement et confirma la proposition de prendre un repos largement mérité chez lui afin qu'ils ne soient pas dérangés à l'hôtel. Il chargea son épouse de s'occuper d'eux, tandis qu'il resterait encore un peu pour surveiller le rattrapage du retard de production. Le repas fourni par le restaurant d'entreprise était préparé sur la grande table de réunion. Trop fatigués, ils ne touchèrent pas au dessert. Ils laissèrent à Jonas le soin de tout ranger et décidèrent de laisser leurs véhicules sur place pour partir avec celui de Manutéa.
Michel s'installa sur le siège avant et laissa la banquette arrière à son collègue. Dès leur sortie de l'usine, la conductrice renouvela ses regrets pour leur attitude à tous lors de leur précédente rencontre. Fatigué, Hervé accepta les excuses et déclara le sujet clos, ferma les yeux tout en s'imaginant rejoindre Julie et n'écouta que d'une oreille distraite la discussion qui s'engagea entre la conductrice et son passager avant. Michel, qui pensait ne plus avoir la possibilité de revenir, était ravi d'avoir l'opportunité de repasser encore une nuit chez sa cliente préférée. Avec sa main qu'il avait posée sur la cuisse de la conductrice sitôt les portières refermées, il draguait sa voisine ouvertement et sans la moindre gêne.
Lorsqu'ils arrivèrent devant la maison, Manutéa tira Hervé de sa somnolence en posant une main douce sur son épaule. Tandis que les hommes installaient leurs affaires dans leurs chambres respectives à l'étage, la maîtresse de maison leur prépara un café et quelques biscuits au rez-de-chaussée. Michel redescendit seul quelques minutes plus tard.
— Hervé est au lit et il doit sûrement déjà dormir, annonça Michel, c'est une petite nature.
— Je n'en crois rien, et s'il dort, il l'a largement mérité. Je l'ai observé de loin et jusqu'à ton arrivée, il n'a pas arrêté une seconde.
— Je dois reconnaitre que nous avons fait vite. En partant, je tablais plutôt sur deux jours d'interruption.
— A vous deux, vous avez fait un excellent travail. C'est normal qu'il soit épuisé. Et toi, tu ne l'es pas ?
— Si, bien sûr. Tu ne serais pas ici en face de moi, je dormirais déjà aussi. Hervé est très professionnel, trop probablement pour accepter de s'amuser avec toi. Il ne sait pas ce qu'il perd.
— Au contraire, je pense qu'il sait très bien à quoi s'attendre avec nous, mais je le crois très amoureux de son amie, bien plus que toi tu ne l'es de ta femme et aussi que Maurice ne l'est de moi. 
— Il mélange l'amour et le sexe, alors que cela n'a rien à voir !
— Pour toi, pour moi, oui, mais pour lui ? Nous n'avions pas le droit de le traiter comme nous l'avons fait. C'est une erreur qui aurait pu nous coûter très cher. Il aurait pu nous en vouloir, porter plainte et ne jamais remettre les pieds chez nous. Au lieu de cela, il revient et se démène comme un beau diable pour faire repartir l'usine au plus tôt.
— Moi aussi, je suis venu !
— Tu aurais fait autant d'efforts si je n'avais pas existé, si tu n'avais pas envie de sexe avec moi ? Tu as raison, Michel, Hervé est très professionnel, et comme je pense qu'il doit avoir la même attitude droite et respectueuse envers sa copine, nous ne le ferons pas changer d'avis.
— Tu crois ?
— J'en suis persuadée, et ne tente plus rien pour le convaincre surtout. N'oublie pas que je lui ai donné ma parole et que je la respecterai.
— Tu ne veux plus de lui ?
— Il restera un merveilleux fantasme, et je suis presque jalouse de l'amour qu'il porte à sa conjointe. Chaque femme sur terre a envie, a besoin, d'être aimée pour elle et pas pour son cul. 
— Tu exagères ! Je suis sûr qu'il aime aussi son cul.
— Tu ne comprends pas ce que je dis. Il l'aime pour elle, le sexe avec cette femme ne doit être qu'accessoire dans l'amour qu'il lui porte. Toutefois, cet amour doit sublimer le sexe avec elle, le décupler dans des proportions que je ne peux qu'imaginer. Je suis sûre qu'elle doit passer des nuits formidables avec Hervé.
— Comment peux-tu dire ça ? Tu ne les connais pas !
— Détrompe-toi. Généralement, un homme pense d'abord avec son sexe, lui non. S'il avait été comme toi ou comme Maurice, il aurait participé à nos jeux, même sans les apprécier, juste pour le sexe, or malgré notre lourde insistance, extrêmement maladroite, reconnaissons-le, il a toujours refusé.
— Mais alors, qu'allons-nous faire ?
— Avec lui ? Rien. Nous le laisserons se reposer et c'est tout.
— Et nous ?
— Nous, c'est différent. Ce soir, tu es venu d'abord pour moi, ensuite pour le travail.
— Mais ?
— Ne te mens pas, Michel, je vous ai observés tous les deux. Tu n'arrêtais pas de me reluquer dès que je me trouvais dans ton champ de vision, tandis que lui ne m'a regardée que lorsque je vous ai apporté de quoi boire ou manger. Et même dans ces moments-là, son esprit était tout à son travail, alors que tu n'étais intéressé que par ma poitrine ou mon derrière.
— C'est que tu es bien plus sexy qu'une presse à injection.
— Je l'espère bien. Tu vois Michel, je suis contente qu'il soit ton remplaçant et encore plus que tu nous l'aies présenté. Je peux ainsi constater la différence entre toi et lui. Et paradoxalement, cela me fait un peu de peine.
— De la peine ?
— Oui, Michel. Tu disais qu'Hervé ne sait pas ce qu'il perd en ne jouant pas avec nous. Eh bien moi, je devine, j'imagine même, ce que nous perdons, nous, à ne pas avoir su l'inviter poliment à participer. J'apprécierais énormément qu'il devienne un ami, juste un ami, sans arrière-pensées sexuelles. Sa droiture, le respect des autres que je devine en lui et qu'il dégage, sont très attirants. Et curieusement, cela me fait poser une barrière entre lui et nous, une barrière que je m'évertuerai à ne surtout pas franchir.
— Bien, bien, bien. Me voici relégué en fin de classement de tes amants par quelqu'un qui ne t'a même pas touchée. C'est charmant comme dernière soirée.
— Il n'y a aucun classement, Michel, juste un ajustement des références. Tu veux un autre café ?
— Non, je vais aller me coucher… Tu viendras me rejoindre ?
— Peut-être… Peut-être pas. Je n'ai pas encore décidé. 
— Tu me fais languir, coquine ! Ce n'en sera que plus intense. Je t'attends impatiemment.
— Le sage a dit : « Assieds-toi au bord de la rivière et tu verras le cadavre de ton ennemi passer… avec un string en peau de zèbre ! »
— C'est très joli, Manutéa, je te comprends entre les mots… Je monte... J'adore les rayures, elles te vont si bien !
Michel gravit les escaliers, laissant Manutéa songeuse. Elle rangea les tasses en pensant à son autre invité qui dormait déjà. Elle se remémora son corps, tout du moins, le peu qu'il lui avait laissé observer, très furtivement, mais qu'elle avait parfaitement mémorisé et qui, dans son esprit, était bien plus net et précis que n'importe quelle photographie. Elle s'imagina allongée contre lui, le caressant très doucement pour ne pas le réveiller, repoussant lentement le drap qui le recouvrait et découvrant ainsi peu à peu son corps nu. Elle inventa ce qu'elle n'avait pu voir et qu'elle ne chercherait plus à découvrir. En un instant, elle se construisit un monde imaginaire dans lequel Hervé aurait succombé à ses charmes et la prendrait longuement. Un rêve éveillé, ce serait dorénavant la seule façon pour elle de franchir cette barrière virtuelle, morale et personnelle, pour le rejoindre en pensée et ainsi faire vivre ce fantasme. Un de ceux qu'elle ne réaliserait jamais, elle le savait et le ressentait au plus profond de son être.  
Depuis qu'il lui avait permis, durant tout juste quelques secondes, de lui toucher le paquet par-dessus son jean, très souvent, lorsque Maurice la pénétrait, elle le remplaçait par l'image d'Hervé dès qu'elle fermait les yeux. Envahie par une mélancolie soudaine, elle décida finalement de ne pas rejoindre Michel et d'attendre que son mari rentre de l'usine. Elle se réveilla deux heures plus tard lorsque Maurice se coucha tout contre elle.
— C'est moi que tu attendais ? Ou bien tu as déjà épuisé nos invités ? lui demanda Maurice en bâillant.
— Hervé s'est endormi dans la voiture et Michel m'attend probablement encore.
— Ah ? Tu ne l'as pas rejoint ?
— Non, je n'en avais pas envie.
— Je sais de qui tu as envie : Hervé.
— J'ai compris que je ne l'aurai jamais.
— Laisse-lui du temps.
— Le temps ne fera rien d'autre pour moi que de me dégrader au fil des années.
— Mais non, ma chérie, tu es toujours la plus belle et tu le resteras éternellement.
Manutéa embrassa son homme, se cala dans ses bras et le laissa récupérer. Il était si fatigué qu'à peine quelques minutes plus tard, il ronflait bruyamment. Sa femme se blottit contre lui pour ne pas succomber davantage à cette tristesse qui l'avait progressivement envahie durant cette soirée.
Hervé se réveilla le lendemain matin, peu avant dix heures. Manutéa l'accueillit avec un café et des croissants qu'il dévora, ce qui amusa beaucoup la maîtresse de maison. Alors qu'il terminait sa troisième pâtisserie, une voiture entra dans la cour. Maurice revenait de son usine après une visite, faite juste pour se rassurer. Il prit place à table et félicita Hervé pour son intervention. Rapidement, Maurice orienta la discussion sur les photos et l'enregistrement qu'Hervé avait fait lors de son précédent passage chez eux.
— Maurice, je vais vous rassurer : il n'y a aucune photo. Pas de copain photographe dans les arbres non plus et mon appareillage électronique n'était qu'un circuit fait de pièces de rechange. Il n'était ni fonctionnel, ni même alimenté. Tout cela n'était qu'un coup de poker de ma part, un bluff pour me sortir d'une situation dans laquelle je n'étais pas à ma place.
— Pourtant, Michel m'a assurée que malgré le retrait de ta chemise pour me montrer que tu ne portais pas ton système au moment de ton départ, il était actif et caché cette fois dans ton pantalon ! s'étonna Manutéa.
— Je t'assure que je n'avais rien. Je lui ai laissé croire que je l'avais, car il commençait à me reprocher de ne pas avoir accepté vos propositions. Je voulais qu'il me laisse tranquille.
— Sérieux ? demanda Maurice. Tu nous as roulés dans la farine ? 
— Absolument, confirma Hervé en regardant Maurice droit dans les yeux.
— Bon sang ! Si tu savais comme j'ai mal dormi pendant les nuits qui ont suivi, avoua Maurice.
— J'en suis désolé. Mais devant votre insistance à tous les quatre, j'ai été forcé de réagir.
— Même si je dois avouer que tu nous as grugés, je suis soulagé, confessa Maurice. Tu es très fort, pas un seul instant nous avons pensé que tu pouvais bluffer.
— Michel est au courant ? demanda sa femme.
— Non, je le lui dirai quand il se lèvera.
— Comme tu veux, Hervé. Tu pourrais aussi le laisser dans l'ignorance et tirer avantage de la situation. Il m'avait dit que tu étais pressenti pour le remplacer, mais que, vu ton attitude avec nous, il ne soutiendrait plus ta candidature.
— Je ne veux pas obtenir une promotion en trichant ou par une pression quelconque.
— Mais tu pourrais la perdre si Michel n'est pas honnête envers toi ! s'exclama Maurice.
— Il saura faire la part des choses, j'en suis certain.
— C'était au tour de Michel d'organiser nos soirées quand nous avons fait ta connaissance. Il m'avait demandé de jouer la femme très autoritaire qui dirigeait et imposait tout. Nous nous y sommes pliés et je le regrette à présent, Hervé. Je suis certaine que si nous t'avions expliqué nos envies, ton séjour aurait été plus agréable pour tous. 
— Tout comme mon épouse adorée, je regrette aussi les conditions de notre première rencontre, Hervé. Je suis heureux que ce mauvais départ n'ait en rien entaché le professionnalisme dont tu as fait preuve. Nous aurions dû attendre de te connaitre avant de t'inviter de la sorte.
Manutéa servit un autre café pour Hervé, qui accepta poliment la viennoiserie supplémentaire proposée. Tout en la dégustant lentement, il écouta le couple lui expliquer la teneur de leurs jeux sexuels. Ils expliquèrent qu'ils auraient aimé être tous attachés à tour de rôle ou même tous ensemble pour satisfaire les envies de leurs partenaires. Cependant, Maurice et Manutéa lui auraient préalablement demandé son accord et même proposé de n'être qu'un simple observateur pour commencer. Sans leur en parler, Hervé superposa leurs propos à l'expérience que lui avait offerte Julie au début de leur relation. La domination, les cordages et la vue en moins, la douceur, la délicatesse et le plaisir en plus, et surtout toutes ces mains sur lui, sans parler du public présent et de ce qu'il n'avait pu voir. Manutéa confirma ensuite qu'elle ne lui ferait plus aucune avance, mais que s'il changeait d'avis, il serait toujours le bienvenu pour eux, avec ou sans sa petite amie.
— Je comprends le contexte de notre rencontre, conclut Hervé. Tout est clair et il est inutile de vous excuser encore, j'ai déjà pardonné. 
— Merci, Hervé, avoua Manutéa, tu sais, j'ai plusieurs fois rêvé de toi depuis. En fait, c'était plus proche du cauchemar que du rêve, car je pensais que tu nous en voulais terriblement. Cela me mettait très mal à l'aise de savoir que tu allais probablement revenir travailler pour nous dans ces conditions. Finalement, cet accident est presque providentiel, parce qu'il aura permis de rectifier nos erreurs, de repartir dans une relation saine, même si cela n'effacera pas le passé. Jonas n'est pas ici, mais je sais qu'il sera du même avis que moi. 
— Jonas semble t'être très dévoué, Manutéa.
— Il travaille pour nous à l'usine, mais quand il vient ici, il n'est plus un employé, il devient un partenaire. Tu sais qu'il m'a reproché mon attitude envers toi ? Depuis que je le connais, pas une seule fois il n'a été d'un avis contraire au mien ou ne m'avait contredite, que ce soit en privé comme en public.
— Ah ? Pourtant, j'aurais juré qu'il te soutiendrait quoi qu'il arrive.
— Il est très soumis de nature. Le rôle de maitre du jeu qu'il endosse parfois pour nous faire plaisir ne lui convient pas vraiment. S'il joue les petits toutous en permanence, c'est juste qu'il aime ça.
— C'est noté, Manutéa. Maurice, quand veux-tu que l'on passe à l'atelier pour les vérifications ?
— Tu ne veux pas prendre le repas avant ? Il y en a pour combien de temps ?
— Je veux juste vérifier que les réglages que nous avons faits rapidement pour que la production reprenne soient les bons et qu'il n'y aura pas d'autre problème. Une trentaine de minutes devraient suffire. Nous en profiterons pour rapatrier les véhicules ici et cela vous permettra de vous reposer aussi au plus tôt. Qu'en penses-tu ?
— Ton idée est intéressante, Hervé. Avec le temps de trajet, cela fait une bonne heure. Si on y va tout de suite, on déjeune ensemble ici et ton week-end ne sera pas trop gâché.
— Ne t'en fais pas pour mon week-end, Maurice, je n'avais rien de particulier de prévu.
— Je suis très content que tu me tutoies, Hervé. Je vois dans ce changement que tu ne gardes aucune rancœur contre nous.
— Tu as besoin de Michel ? demanda Manutéa. Si tu veux, je vais te le réveiller !
— Non, ce n'est pas la peine, je veux juste m'assurer qu'avec la fatigue nous n'avons rien oublié. Je déposerai Michel à l'usine en partant.
— D'accord, alors, ne perdez pas de temps en bavardages inutiles, je vous prépare le déjeuner pour votre retour. Allez les hommes ! Au boulot ! Plus vite vous serez partis, plus vite vous serez de retour.

Note de l'auteur


Je tiens à remercier les lecteurs qui suivent cette histoire, oui, vous, qui avez lu jusqu'ici, ceux qui votent pour, ceux qui m'ont laissé un ou plusieurs commentaires. Vous m'avez donné envie de poursuivre l'écriture des suites et vous contribuez ainsi à faire vivre cette histoire..
Je voulais aussi exprimer ma gratitude envers les participants au forum, qui ont distillé ici et là des conseils et tutoriels sur l'écriture, cela m'a permis de progresser en orthographe, conjugaison, rédaction et fluidité de lecture, et particulièrement Iznogood qui relit et corrige mes chapitres depuis quelque temps, ainsi que Duchesse qui à corrigé une bonne dizaine de chapitres. Ils ont ainsi contribué à l'améliorer par leurs conseils et en pointant les fautes, les répétitions de mots que je ne voyais plus à force de relectures et de corrections.

Pour les lecteurs joueurs, il y a une réplique tirée d'un film, dissimulée dans ce chapitre. Saurez-vous l'identifier ?
Rendez-vous sur The Mandrakke's stories game... dans la catégorie Fun pour participer. Le lien est dans ma signature.
 

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guade33
3 juin 2026 à 18:47
Bonjour,
Excellente suite, bien écrite, bonne continuation.
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guade33
3 juin 2026 à 18:43
Bonjour,
Excellente suite, bien écrite, bonne continuation.
Soyez respectueux
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solo13
3 juin 2026 à 16:43
Une situation qui s'est clarifiée et est beaucoup plus saine. Je pense qu'ayant une heure devant elle, Manutéa va réveiller Michel. Peut-être comme l'avait fait Katia ? Cette histoire est toujours aussi prenante, merci.
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Voodoo
2 juin 2026 à 16:44
Merci pour cette magnifique histoire, je me régale !
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Davidoo69
1 juin 2026 à 09:19
Mandrakke, toujours cette fluidité dans la narration. A vous lire, je visualise les lieux, les situations...
"La messe est dite". Hervé a clarifié la situation en gentleman. Ce personnage me plait beaucoup. Mais que va t il se passer à leur retour de l usine ?
Comme à l accoutumé, Mandrakke, vous maniez le suspens a chaque fin de chapitre. Bravo. Nous attendons avec impatience la suite... :)
Soyez respectueux
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gyon
31 mai 2026 à 09:29
Au moins les choses sont maintenant claires et la relation clairement définie.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de OlivX
OlivX
30 mai 2026 à 14:44
Voilà une mission qui aura permis à Hervé de normaliser sa relation avec la dirigeante de l'entreprise qui avait voulu lui forcer la main lors de sa première venue.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Frodon
Frodon
30 mai 2026 à 06:29
Un chapitre de repos sexuel… du moins sans passage à l’acte. Vu la fatigue du premier rôle, c’est accepté.
J’aime toujours autant cette histoire.
Soyez respectueux
Répondre

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