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Couverture de Parfum de l'interdit, par NadiaKarim
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Parfum de l'interdit — Chapitre 17 · Calme précaire après la tempête

12 minutes
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NadiaKarim
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Parfum de l'interdit

Chapitre 17 · Calme précaire après la tempête

POV AMIRA
Le lendemain matin, vendredi, nous nous levâmes à sept heures.
La nuit avait été courte mais réparatrice — après l'intensité de la veille, nous avions dormi profondément, nos corps épuisés d'adrénaline et d'amour.
Karim avait passé un appel la veille au soir, depuis la chambre, en arabe dialectal rapide que je ne suivais qu'à moitié. Mais à son ton — ferme, précis, celui du directeur général habitué à être obéi — j'avais compris que les choses se mettraient en place.
— Mon contact à la gendarmerie s'appelle le lieutenant Hamid, m'expliqua-t-il en enfilant sa chemise. On le connaît depuis un incident sur le site 3 il y a deux ans. Il est fiable.
— Il sait que c'est... personnel ?
— Il sait que tu es sous ma protection. C'est suffisant.
Sous ma protection. La formulation me toucha plus que je ne l'aurais voulu.
Nous déjeunâmes rapidement dans un café en face de l'hôtel — café au lait et msemen — puis prîmes la direction du poste de gendarmerie d'Ouargla.
POV KARIM
Le poste de gendarmerie était un bâtiment sans charme, béton jauni et grilles métalliques, planté au bord d'une avenue poussiéreuse. Une camionnette 4x4 verte était garée devant, le logo de la gendarmerie nationale sur la portière.
Le lieutenant Hamid nous attendait dans son bureau — un homme de la quarantaine, trapu, moustache soignée, l'air de quelqu'un qui en avait vu d'autres.
— Monsieur Benfilali. Ça faisait longtemps.
— Lieutenant. Merci de nous recevoir le vendredi matin.
— Pour vous, pas de problème. Asseyez-vous.
Amira s'assit en face du bureau, les mains croisées sur les genoux. Je pris la chaise à côté d'elle.
— Je vous écoute.
POV AMIRA
Je racontai tout. Ou presque tout. Les harcèlements depuis la rupture. Les messages. Les menaces. La filature. L'incident sur la route.
Le lieutenant Hamid prenait des notes, son stylo courant sur un formulaire officiel. Il posait des questions précises, sans jugement apparent.
— Vous dites qu'il y a eu un coup de feu ?
— En l'air. Mais il y a eu une détonation.
— Vous avez des témoins ?
— La station de pompage était visible de la route. Quelqu'un a peut-être entendu.
— Les messages de harcèlement, vous les avez conservés ?
— Oui.
— Vous pouvez me les transmettre par mail ? Et les messages envoyés à Monsieur Benfilali également.
— Bien sûr.
Le lieutenant se tourna vers Karim.
— Vous confirmez les faits ?
— Entièrement. J'étais au volant. J'ai vu les véhicules barrer la route, j'ai reconnu l'un d'eux. Deux hommes se sont approchés du véhicule. J'ai fait demi-tour pour éviter l'affrontement. La détonation s'est produite alors que nous quittions les lieux.
— Vous avez été blessés ?
— Non.
— Le véhicule ?
— Intact.
Le lieutenant hocha la tête, reformula ses notes, puis posa son stylo.
— Mademoiselle Bensaid. Je vais être honnête avec vous. L'affaire est sérieuse. Barrage illégal sur route nationale, intimidation, décharge d'arme à feu en lieu public. Si les témoignages concordent et si les messages confirment l'identité de Boumala Mohsin comme instigateur, nous avons matière à placement en garde à vue.
— Il va le nier.
— C'est son droit. Mais avec les preuves numériques et les témoignages, le déni sera difficile à tenir.
POV KARIM
Le lieutenant Hamid se leva.
— Je vais envoyer une patrouille chez Boumala Mohsin ce matin. Pour convocation. S'il refuse ou s'il est introuvable, ça deviendra un mandat.
— Combien de temps ça prend ? demanda Amira.
— Si tout se passe bien, il sera en garde à vue avant midi.
Je vis quelque chose se relâcher dans les épaules d'Amira. Pas une détente totale — la méfiance de quelqu'un qui avait été trop souvent déçu pour croire facilement. Mais un léger soulagement.
— Une dernière chose, dit le lieutenant en me regardant directement. Votre... relation avec Mademoiselle Bensaid. Ce sera peut-être porté à l'attention de...
— Ma relation avec Mademoiselle Bensaid ne regarde personne d'autre que nous, lieutenant, dis-je avec une fermeté mesurée. Ce dont nous avons besoin, c'est que les menaces et les actes de violence cessent. Rien d'autre.
Un silence. Le lieutenant soutint mon regard, puis hocha la tête.
— Très bien. Vous serez contactés dans la journée.
POV AMIRA
Nous étions à peine sortis du poste de gendarmerie que mon téléphone sonna. Je regardai l'écran.
Yasmine.
Je décrochai.
— Amira ! J'ai essayé de te joindre hier soir, tu n'étais pas joignable. Tout va bien ?
— Oui. J'étais... occupée. Je t'expliquerai.
— Ta mère m'a appelée ce matin. Elle cherche à savoir où tu es. Elle dit que tu lui as dit que tu étais avec moi à Ouargla.
Mon cœur se serra.
— Yasmine, je...
— Je lui ai dit que oui, bien sûr, qu'on était ensemble. Parce que je suis ta meilleure amie et que je couvre pour toi les yeux fermés. Mais tu me dois des explications.
— Je sais. Je t'appelle ce soir.
— Et Amira ? Sois prudente.
— Je le suis.
Je raccrochai et regardai Karim.
— Ma mère a appelé Yasmine.
— Elle sait quelque chose ?
— Non. Yasmine a couvert. Mais je vais devoir parler à Yasmine.
— Est-ce que tu lui fais confiance ?
— Entièrement.
Il hocha la tête.
— Alors dis-lui ce que tu veux. Mais pour l'instant...
Il me prit la main.
— On reprend la route vers Ghardaïa ?
Je le regardai, surprise.
— Tu veux encore y aller ? Après tout ça ?
— On avait prévu ce week-end. Mohsin n'a pas le droit de nous le voler.
POV KARIM
Nous arrivâmes à Ghardaïa en début d'après-midi.
La ville du Mzab nous accueillit avec ses maisons blanches et ocres accrochées aux collines, ses ruelles labyrinthiques, l'odeur de la pierre chauffée par le soleil et des épices des marchés. Il y avait quelque chose d'intemporel dans ce paysage, comme si la ville existait hors du temps moderne et de ses complications.
L'hôtel que j'avais réservé — le Mzab Palace — était niché dans la vieille ville, un riad rénové avec des chambres donnant sur une cour centrale agrémentée d'un bassin et de palmiers nains. Discret, élégant, loin de tout ce que nous avions fui.
La chambre était belle — des murs chaulés, un lit à baldaquin, des carreaux de zellige au sol, une fenêtre étroite qui donnait sur les toits en escalier de la ville.
Amira s'arrêta au milieu de la chambre et fit lentement le tour du regard.
— C'est magnifique, murmura-t-elle.
— Ça méritait le détour.
— Même avec l'embuscade en chemin ?
— Surtout avec. Ça donne plus de valeur à ce qu'on a maintenant.
Elle se retourna vers moi, et quelque chose dans son regard avait changé depuis la veille. Quelque chose de plus profond, de plus résolu.
— Karim. Quand le lieutenant a appelé tout à l'heure...
Mon téléphone avait sonné dans la voiture, une heure après avoir quitté le poste.
— Mohsin est en garde à vue, dis-je. Il sera probablement relâché dans quarante-huit heures, mais la procédure est enclenchée. Le dossier suit son cours.
— Quarante-huit heures.
— Pour l'instant, il ne peut rien faire. On est tranquilles ce week-end.
Elle hocha lentement la tête, laissant l'information s'installer.
POV AMIRA
Mohsin est en garde à vue.
Ces quatre mots résonnèrent dans ma tête comme un écho. Pas une solution définitive — je n'étais pas assez naïve pour le croire. Mais un répit. Une victoire provisoire.
Et dans ce répit, dans cette belle chambre d'hôtel à Ghardaïa, dans les bras de cet homme que j'aimais, je voulais célébrer.
Pas par peur cette fois. Pas pour exorciser quelque chose. Juste pour le plaisir pur de l'être ici, vivante, avec lui.
— Viens ici, murmurai-je.
Il s'approcha, et je l'embrassai — lentement, sensuellement, prenant le temps que nous n'avions pas eu la veille.
Ses mains glissèrent dans mes cheveux, défaisant ma queue-de-cheval, laissant mes cheveux cascader sur mes épaules. Il les étala avec ses doigts, reculant légèrement pour me regarder.
— Je t'aime, dit-il simplement.
— Je sais. Je t'aime aussi.
— Plus personne ne nous séparera.
— Plus personne.
POV KARIM
Je la déshabillai cette fois sans urgence, sans frénésie. Avec la lenteur délibérée de quelqu'un qui a tout son temps et qui entend en profiter jusqu'au dernier instant.
Son chemisier d'abord, que je fis glisser le long de ses bras en parsemant ses épaules de baisers. Son jean ensuite, que je descendis le long de ses jambes en m'agenouillant devant elle, mes lèvres traçant un chemin le long de ses cuisses.
Elle tremblait légèrement. Pas de peur. D'anticipation.
— Karim...
— Chut. Laisse-moi prendre mon temps.
Je la guidai vers le lit et l'allongeai doucement sur les draps blancs. Dans la lumière de l'après-midi qui filtrait par la fenêtre étroite, sa peau avait une teinte ambrée qui me coupait le souffle.
Je m'allongeai à côté d'elle et commençai à l'explorer — pas avec urgence, pas avec brutalité, mais avec cette attention minutieuse que j'avais envie de lui accorder depuis longtemps.
Mes lèvres descendirent dans son cou, sur sa clavicule, dans le creux de ses seins. Je pris un mamelon dans ma bouche, le suçant doucement, sentant son corps se cambrer sous moi.
— Tu es tellement sensible ici, murmurai-je.
— Seulement avec toi.
POV AMIRA
Ses lèvres descendirent le long de mon ventre, traçant des arabesques sur ma peau, s'attardant sur chaque endroit qui me faisait frémir. Il connaissait mon corps mieux que je ne le connaissais moi-même maintenant — chaque zone sensible, chaque réaction, chaque façon de me rendre folle.
Lorsqu'il atteignit mon intimité, je poussai un long soupir.
Il prit son temps. Un temps que nous n'avions jamais eu dans les rendez-vous furtifs, dans la clandestinité de Hassi Messaoud. Sa langue traçait des cercles lents autour de mon clitoris, s'y posait, s'en éloignait, y revenait.
— Karim... s'il te plaît...
— Quoi ?
— Arrête de me torturer.
— Je ne te torture pas. Je te chéris.
Je te chéris. Ces mots me touchèrent au-delà du physique.
Il intensifia ses caresses, ses doigts me pénétrant tandis que sa bouche continuait son travail. Je m'abandonnai complètement, laissant le plaisir monter sans résistance, sans la pudeur habituelle que la clandestinité nous imposait.
L'orgasme arriva comme une marée — long, profond, s'étirant dans le temps comme une note de musique prolongée. Je gémis son nom dans la chambre ensoleillée, sans me retenir, ma main dans ses cheveux.
POV KARIM
Elle jouit longuement, magnifiquement, et je la regardai tout au long — son visage dans l'abandon, sa bouche entrouverte, ses yeux fermés.
Quand elle redescendit, je remontai le long de son corps et la pénétrai doucement, prenant soin d'aller lentement pour qu'elle s'ajuste après son orgasme.
— D'accord ? murmurai-je.
— Plus que d'accord.
Nous fîmes l'amour différemment de la veille. Sans urgence, sans brutalité, sans nécessité d'exorciser quoi que ce soit. Juste deux corps qui se connaissaient et se désiraient, explorant chaque variation possible du plaisir.
Nous essayâmes des positions que nous n'avions jamais prises. Face à face, assis au bord du lit, ses jambes enroulées autour de ma taille — position qui nous permettait de nous regarder dans les yeux tout en bougeant. Puis debout près de la fenêtre, moi derrière elle, nos reflets visibles dans le petit miroir ovale accroché au mur.
— Tu nous regardes, murmura-t-elle en fixant notre reflet.
— Oui.
— On est beaux ensemble.
— Oui.
POV AMIRA
Plus tard, beaucoup plus tard, nous étions allongés dans le lit, nos corps entrelacés, la lumière déclinant derrière la fenêtre étroite.
— Plus personne ne nous séparera, murmura-t-il dans mes cheveux.
— Tu l'as déjà dit.
— Je le répète parce que c'est vrai.
— Mohsin va être relâché.
— Dans quarante-huit heures. Et quand il sortira, il aura un dossier judiciaire ouvert contre lui. Une deuxième menace, une deuxième infraction, et c'est la prison ferme.
— Et s'il ne s'arrête pas ?
— Il s'arrêtera. Les hommes comme Mohsin sont courageux en groupe, dans les embuscades. Seuls face à la justice, ils s'effondrent.
Je voulais le croire. J'essayais.
— Tu sais ce que ça m'a fait, hier, sur cette route ? dit-il doucement.
— De me protéger ?
— De réaliser que je t'avais mise en danger. Que si j'avais répondu différemment au SMS de Mohsin, si je ne lui avais pas pratiquement confirmé notre relation, peut-être que...
— Peut-être que rien. Mohsin nous aurait trouvés de toute façon. Il nous surveillait déjà.
— Peut-être. Mais j'aurais dû être plus prudent.
— Karim. Écoute-moi.
Je me redressai sur un coude pour le regarder.
— On ne peut pas vivre dans la peur permanente. On ne peut pas calculer chaque mot, chaque geste, au cas où Mohsin réagirait mal. Si on fait ça, il a déjà gagné.
Il me regarda longtemps.
— Tu as raison.
— Je sais que j'ai raison.
Il sourit, et ce sourire — rare, authentique, celui qu'il ne montrait qu'à moi — réchauffa quelque chose dans ma poitrine.
— Plus personne ne nous séparera, répétai-je à mon tour.
— Plus personne.
POV KARIM
Nous dînâmes tard dans un restaurant de la vieille ville — méchoui, salade d'olives, thé à la menthe servi dans de petits verres colorés. Autour de nous, les touristes et les familles locales occupaient les tables sans nous prêter attention.
Nous étions juste un couple parmi d'autres.
Pendant quelques heures, dans les ruelles éclairées de Ghardaïa, nous fûmes exactement ça — un couple normal, qui se tenait la main, qui se disputait gentiment pour choisir le dessert, qui regardait les artisans travailler sur le marché.
Pas un directeur général et sa stagiaire. Pas un homme marié et sa maîtresse. Pas deux fugitifs de la violence d'un ex-fiancé obsessionnel.
Juste Karim et Amira.
— Je voudrais que chaque soir ressemble à celui-là, murmura-t-elle en serrant ma main.
— Un jour, ça sera le cas.
— Tu y crois vraiment ?
— Oui. Pas aujourd'hui. Pas demain. Mais oui.
Elle posa sa tête brièvement sur mon épaule — un geste public, audacieux pour quelqu'un d'habituellement si prudent.
— Alors j'y crois aussi.
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Chapitre 18 · Visite surprise !
Un lundi d'octobre, à Hassi Messaoud, la chaleur écrase encore les bureaux de la Direction Générale. Karim s'efforce de travailler, Amira de faire comme si de rien n'était, et leur lien, qu'ils gardent loin des regards, pèse dans chaque silence. Puis la porte de l'antichambre s'ouvre sur une voix inattendue. Comment réagir quand l'imprévu frappe à la porte, et qu'il faut taire ce que l'on ressent ?
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