Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Parfum de l'interdit — Chapitre 27 · Un an plus tard ...
Auteur
Parfum de l'interdit
Chapitre 27 · Un an plus tard ...
POV AMIRA
Le matin avait ses rituels.
Karim se levait à six heures trente, toujours. Il préparait le café — un café fort, deux sucres pour lui, un pour moi — et revenait se glisser dans le lit avec les deux tasses, et nous restions ainsi vingt minutes dans le silence tiède du matin avant que la journée ne commence vraiment.
C'était notre moment. Pas sexuel, pas dramatique. Juste présent.
Ce matin de novembre, un an après notre installation à Alger, il posa les deux tasses sur la table de nuit et se recoucha à côté de moi. Je me tournai vers lui sans ouvrir les yeux complètement.
— Le café est prêt.
— Je sais. J'attends qu'il refroidisse un peu.
— Tu attends toujours qu'il refroidisse.
— Parce que tu le fais toujours trop chaud.
— Il faut que le café soit chaud, Amira. C'est la règle.
— Les règles ont des exceptions.
— Je sais. J'attends qu'il refroidisse un peu.
— Tu attends toujours qu'il refroidisse.
— Parce que tu le fais toujours trop chaud.
— Il faut que le café soit chaud, Amira. C'est la règle.
— Les règles ont des exceptions.
Il prit sa tasse et but, et je sentis à son silence satisfait qu'il avait tort sur rien et avait donc tort sur tout.
Je pris la mienne — encore trop chaude, évidemment — et la tins entre mes deux paumes.
— Karim.
— Hmm.
— On a une réunion avec Mouloud à dix heures.
— Je sais.
— Tu as relu le dossier ?
— Cette nuit. Trois heures du matin.
— Tu aurais pu me réveiller.
— Tu dormais comme une pierre. Ça m'a semblé cruel.
— Hmm.
— On a une réunion avec Mouloud à dix heures.
— Je sais.
— Tu as relu le dossier ?
— Cette nuit. Trois heures du matin.
— Tu aurais pu me réveiller.
— Tu dormais comme une pierre. Ça m'a semblé cruel.
Je le regardai du coin de l'œil.
— Le dossier est bon ?
— Le dossier est excellent. Le client est le problème.
— Mouloud n'est pas un problème. Il est juste lent à décider.
— C'est la définition d'un problème dans le conseil en management.
— Le dossier est excellent. Le client est le problème.
— Mouloud n'est pas un problème. Il est juste lent à décider.
— C'est la définition d'un problème dans le conseil en management.
Je souris dans ma tasse.
Un an. Stratégia Conseil avait exactement un an. Une société de conseil en management stratégique des entreprises — Oil & Gas, Transport & Logistique — que nous avions créée quatre mois après notre installation à Alger, dans le salon de cet appartement, sur cette table que nous avions montée nous-mêmes.
Karim avait apporté vingt ans de réseau dans le secteur pétrolier et une réputation sans tache dans le milieu technique. J'avais apporté ma formation, ma capacité à synthétiser et à présenter, et une énergie que Karim appelait parfois — avec une affection légèrement exaspérée — de l'obstination déguisée en enthousiasme.
La première année avait été difficile. Pas catastrophique, mais difficile — les clients qui hésitaient à faire confiance à une structure jeune, les concurrents établis qui se demandaient d'où venait ce duo atypique, les nuits sur les dossiers à refaire les projections financières jusqu'à ce qu'elles soient parfaites.
Mais nous tenions.
Et ce matin de novembre, avec le café trop chaud et la réunion à dix heures et Karim qui lisait des dossiers à trois heures du matin, nous tenions bien.
Mon téléphone affichait un message de Yasmine. Cela faisait des mois. Une photo d'elle sur une plage, quelque part — un coucher de soleil, un verre à la main, cet homme aux yeux verts collé contre elle.
« Toujours libre », écrivait-elle.
J'ai souri. Je n'avais pas répondu.
Pas parce que je lui en voulais. Parce que je n'avais plus besoin d'elle pour apprendre à l'être.
POV KARIM
La journée passa vite — la réunion avec Mouloud, deux appels téléphoniques avec des prospects, un déjeuner de travail qu'Amira gérait avec cette efficacité tranquille qui m'avait frappé depuis le premier jour.
Elle était différente professionnellement maintenant. La stagiaire prudente et réservée de Hassi Messaoud s'était transformée en quelque chose d'autre — une associée qui n'hésitait plus à contredire, à proposer, à défendre ses analyses devant des directeurs deux fois plus vieux qu'elle.
Je la regardais parfois dans les réunions avec une fierté que je prenais soin de ne pas trop montrer — parce qu'elle aurait trouvé ça condescendant et elle aurait eu raison.
Ce soir-là, nous rentrâmes à vingt heures, un peu épuisés mais avec la satisfaction d'une journée bien menée. Mouloud avait finalement signé. Le contrat représentait six mois de revenus stables.
— On fête ça ? dit-elle en posant son sac dans l'entrée.
— On fait comment pour fêter ?
— On commande du sushi — il y a un nouveau restaurant qui vient d'ouvrir sur Didouche — et on boit du jus de grenade parce que c'est la saison, et après on voit.
— On voit ?
— On fait comment pour fêter ?
— On commande du sushi — il y a un nouveau restaurant qui vient d'ouvrir sur Didouche — et on boit du jus de grenade parce que c'est la saison, et après on voit.
— On voit ?
Elle me regarda avec cet air — mi-innocente, mi-calculateur — que je connaissais très bien maintenant.
— On voit, répéta-t-elle.
POV AMIRA
Le sushi arriva à vingt et une heures. Nous mangeâmes dans le salon, assis sur le tapis cette fois plutôt qu'à table — une habitude qui s'était installée les soirs où nous voulions être plus détendus.
— Mouloud a failli refuser encore une fois, dis-je en attrapant un maki au saumon.
— J'ai vu le moment. Quand tu as sorti la comparaison avec le projet Timimoun.
— C'était le bon levier. Il est compétitif. La dernière chose qu'il voulait c'est que son concurrent signe avec nous avant lui.
— Tu lis bien les gens.
— J'ai appris d'un bon professeur.
— Tu lisais déjà les gens avant moi.
— Oui. Mais pas aussi bien.
— J'ai vu le moment. Quand tu as sorti la comparaison avec le projet Timimoun.
— C'était le bon levier. Il est compétitif. La dernière chose qu'il voulait c'est que son concurrent signe avec nous avant lui.
— Tu lis bien les gens.
— J'ai appris d'un bon professeur.
— Tu lisais déjà les gens avant moi.
— Oui. Mais pas aussi bien.
Il me regarda avec cette expression — sérieuse et tendre à la fois — qui était devenue l'une de ses expressions de base.
— Amira.
— Quoi ?
— Je suis fier de ce qu'on a construit.
— Quoi ?
— Je suis fier de ce qu'on a construit.
La formulation simple me toucha plus que n'importe quelle déclaration élaborée.
— Moi aussi.
Nous finîmes de manger, rangeâmes les boîtes, et il me prit par la main pour m'amener vers la chambre avec cette façon qu'il avait — pas urgente, pas exigeante, juste une invitation.
— Tu viens ?
— Je pensais que tu ne me demanderais jamais.
— Je pensais que tu ne me demanderais jamais.
POV KARIM
Elle entra dans la chambre et se retourna vers moi, debout dans la lumière dorée, ses cheveux détachés après une longue journée.
— Ce soir, je veux qu'on prenne du temps, dit-elle.
— Du temps pour quoi exactement ?
— Pour tout. Je veux tout ce soir.
— Tout c'est ambitieux.
— On a la nuit.
— Du temps pour quoi exactement ?
— Pour tout. Je veux tout ce soir.
— Tout c'est ambitieux.
— On a la nuit.
Elle commença à se déshabiller lentement — pas de performance, juste la décontraction de quelqu'un qui était chez elle, dans son corps, avec cette personne.
La lingerie qu'elle portait — noire, dentelle, celle qu'elle mettait les soirs où elle avait décidé que la soirée méritait mieux que l'ordinaire.
— Viens ici, dit-elle.
J'obéis.
POV AMIRA
Je le déshabillai à mon tour, prenant mon temps sur sa chemise, ses boutons, la façon dont sa peau avait cette chaleur familière sous mes paumes.
Un an. Un an de nuits, de matins, de disputes sur la température du café et de réunions préparées ensemble à minuit.
Un an pendant lequel j'avais appris que l'amour quotidien n'était pas moins intense que l'amour clandestin — juste différemment intense. Plus profond peut-être. Plus vrai certainement.
Je le poussai doucement sur le lit et montai sur lui — ma position préférée, celle où je me sentais à ma place, en contrôle de quelque chose qui me contrôlait aussi.
— Tu sais ce que j'aime ici ? murmurai-je.
— Dis-moi.
— Que tu me regardes. Vraiment. Pas avec des yeux mi-clos ou perdus dans la sensation. Tu me regardes.
— Tu es la seule chose à regarder.
— Dis-moi.
— Que tu me regardes. Vraiment. Pas avec des yeux mi-clos ou perdus dans la sensation. Tu me regardes.
— Tu es la seule chose à regarder.
Je le guidai en moi lentement, savourant chaque centimètre, et lorsque nous fûmes pleinement joints, je restai immobile un instant comme je le faisais parfois — juste pour être là, complètement là.
— Je t'aime, murmurai-je.
— Moi aussi je t'aime.
— Moi aussi je t'aime.
Je commençai à bouger.
POV KARIM
La voir à califourchon sur moi avait toujours quelque chose d'exceptionnel. Cette façon qu'elle avait de prendre exactement ce dont elle avait besoin — le rythme, la profondeur, l'angle — avec une assurance qui n'avait rien d'arrogant mais tout d'une femme qui se connaissait.
Je posai mes mains sur ses cuisses — pas pour guider, juste pour le contact — et je la regardai.
Ses yeux mi-clos dans le plaisir. Ses cheveux qui tombaient devant ses épaules. Cette façon qu'elle avait de mordre légèrement sa lèvre inférieure quand la sensation montait.
C'est ma vie. Cet appartement. Cette femme. Cette nuit ordinaire et magnifique.
— Retourne-toi, murmurai-je après un moment.
Elle comprit immédiatement, changeant de position avec la fluidité de quelqu'un qui n'avait pas à réfléchir. Je m'assis au bord du lit, elle dos à moi, et elle se pencha légèrement en avant.
Je pris le temps de la préparer avec la patience que ce type de plaisir demandait — mes doigts d'abord, délicats, attentifs à ses réactions, apprenant une fois encore ce qu'elle aimait et dans quel ordre.
— Tu es sûre ?
— Toujours, avec toi.
— Toujours, avec toi.
POV AMIRA
La pénétration fut lente, attentive, et je m'abandonnai à la sensation avec la confiance de quelqu'un qui avait appris à s'y fier.
Ce plaisir-là — différent, profond, total — j'avais appris à l'accueillir avec lui. À lui faire confiance pour en être le gardien.
Ses mains sur mes hanches. Sa bouche dans mon cou. Sa voix basse qui murmurait des choses que je n'entendais qu'à moitié mais dont le son suffisait.
Après, nous nous retournâmes à nouveau, et ce fut sa bouche entre mes cuisses — longue, patiente, précise comme toujours — et moi, les doigts dans ses cheveux, les yeux au plafond, laissant le plaisir monter sans résistance.
— Karim...
— Hmm.
— Ne t'arrête pas.
— Hmm.
— Ne t'arrête pas.
Sa réponse fut de continuer.
POV KARIM
Je la goûtai avec toute l'attention qu'elle méritait — ces sons qu'elle faisait, cette façon dont ses cuisses se refermaient légèrement quand je trouvais le point exact, ce tremblement annonciateur que je connaissais maintenant mieux que mes propres réactions.
Puis ce fut elle — à genoux devant moi, ses mains sur mes cuisses, sa bouche autour de moi avec cette assurance dévastatrice.
Il y avait toujours quelque chose de particulier dans ce moment — pas la domination que le mot impliquait, mais la confiance absolue de me laisser dans ses mains, dans sa bouche, de ne plus contrôler rien du tout.
— Amira...
Elle leva les yeux vers moi sans s'arrêter, et cette seule chose — ce regard levé vers moi — faillit me détruire sur-le-champ.
— Si tu continues comme ça...
Elle sourit autour de moi, ce qui était une façon d'utiliser de façon immorale le fait d'avoir la bouche occupée, et accéléra.
POV AMIRA
Nous finîmes comme nous avions commencé — ensemble, enlacés, le plaisir se mélangeant jusqu'à ne plus savoir où finissait l'un et commençait l'autre.
Après, allongés dans le désordre tiède des draps, nos respirations revenant progressivement à la normale, je posai ma tête sur son épaule.
Le silence s'installa. Le bon silence — celui qui suit quand on n'a plus rien à prouver.
— Karim.
— Hmm.
— Je veux un enfant.
— Hmm.
— Je veux un enfant.
La phrase était sortie simplement. Pas dramatiquement, pas timidement. Juste posée là, entre nous, dans l'obscurité.
Il ne répondit pas immédiatement. Je sentis sa respiration changer légèrement — pas de surprise exactement, plutôt la façon dont quelqu'un reçoit quelque chose qu'il attendait sans savoir qu'il l'attendait.
— Tu y as réfléchi depuis longtemps ?
— Quelques semaines. Mais je savais depuis plus longtemps que la réponse serait oui. J'attendais le bon moment pour le dire.
— Et c'est maintenant le bon moment ?
— Un an ensemble. Une société qui marche. Un appartement qui est vraiment chez nous. Arwa et Samar qui commencent à nous voir comme quelque chose de stable. Oui, je pense que c'est le bon moment.
— Quelques semaines. Mais je savais depuis plus longtemps que la réponse serait oui. J'attendais le bon moment pour le dire.
— Et c'est maintenant le bon moment ?
— Un an ensemble. Une société qui marche. Un appartement qui est vraiment chez nous. Arwa et Samar qui commencent à nous voir comme quelque chose de stable. Oui, je pense que c'est le bon moment.
POV KARIM
Je restai silencieux un moment, les yeux au plafond, sa tête sur mon épaule.
Un enfant.
J'avais quarante-six ans. J'avais deux filles adolescentes. Je recommençais une vie professionnelle avec une société qui avait un an.
Et pourtant.
Un enfant avec Amira.
L'idée, au lieu de m'effrayer, produisit quelque chose d'inattendu — une chaleur, une évidence, comme quelque chose qui complétait un puzzle dont je n'avais pas réalisé qu'une pièce manquait.
— D'accord, dis-je.
Elle leva la tête.
— D'accord ?
— Oui. D'accord. Je veux bien.
— Tu n'as pas réfléchi longtemps.
— J'avais déjà réfléchi. Sans le savoir.
— Oui. D'accord. Je veux bien.
— Tu n'as pas réfléchi longtemps.
— J'avais déjà réfléchi. Sans le savoir.
Elle me regarda, cherchant dans mon visage la trace d'une réserve, d'une hésitation.
— Tu es sûr ? Ça changerait tout.
— Ça changerait encore tout, oui. Mais ça a déjà tout changé deux fois. Je commence à être à l'aise avec le changement.
— Et Arwa ? Samar ?
— Ce sera à elles d'apprivoiser. Mais elles sont intelligentes. Et elles ont déjà montré qu'elles pouvaient s'adapter.
— Nadia ?
— Nadia a refait sa vie. Elle mérite qu'on lui fasse confiance pour gérer la sienne.
— Ça changerait encore tout, oui. Mais ça a déjà tout changé deux fois. Je commence à être à l'aise avec le changement.
— Et Arwa ? Samar ?
— Ce sera à elles d'apprivoiser. Mais elles sont intelligentes. Et elles ont déjà montré qu'elles pouvaient s'adapter.
— Nadia ?
— Nadia a refait sa vie. Elle mérite qu'on lui fasse confiance pour gérer la sienne.
Amira se recoucha contre moi, et je sentis son sourire contre ma peau.
— Stratégia aura besoin d'une associée à temps partiel dans quelques mois, dit-elle.
— Tu n'envisages pas de prendre un congé ?
— J'envisage de te laisser gérer les clients difficiles pendant quelques semaines. C'est très différent d'un congé.
— Tu n'envisages pas de prendre un congé ?
— J'envisage de te laisser gérer les clients difficiles pendant quelques semaines. C'est très différent d'un congé.
Je ris — franchement, dans le noir de notre chambre.
— La société aussi va se développer, continua-t-elle. On devrait penser à recruter. Un consultant junior, peut-être.
— On avait dit ça en fin d'année prochaine.
— Avec un nouveau contrat comme Mouloud et ce qu'on prévoit sur le prochain trimestre, peut-être qu'on peut accélérer.
— Tu es en train de faire de la prospective stratégique juste après avoir...
— C'est mon meilleur état d'esprit.
— Je ne sais pas si c'est un compliment pour moi ou pas.
— Les deux. Définitivement les deux.
— On avait dit ça en fin d'année prochaine.
— Avec un nouveau contrat comme Mouloud et ce qu'on prévoit sur le prochain trimestre, peut-être qu'on peut accélérer.
— Tu es en train de faire de la prospective stratégique juste après avoir...
— C'est mon meilleur état d'esprit.
— Je ne sais pas si c'est un compliment pour moi ou pas.
— Les deux. Définitivement les deux.
Je l'embrassai dans les cheveux.
Stratégia. Un enfant. Arwa et Samar qui grandissaient. Alger par la fenêtre.
Un an. Et l'interdit devenu permis avait gardé toute sa saveur.
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