Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Parfum de l'interdit — Chapitre 24 · Installation à Alger
Auteur
Parfum de l'interdit
Chapitre 24 · Installation à Alger
POV AMIRA
L'appartement était au quatrième étage d'un immeuble de Bab Ezzouar, un quartier en mutation à l'est d'Alger — ni le centre bourgeois que Karim avait connu à Hydra avec Nadia, ni les périphéries populaires que je connaissais.
Quelque chose entre les deux. Un commencement.
Nous arrivâmes en fin d'après-midi, après dix heures de route avec une pause déjeuner à Laghouat. La clé de l'appartement avait été laissée chez le gardien de l'immeuble. Nous la récupérâmes et montâmes les quatre étages avec nos bagages.
La porte s'ouvrit sur le vide.
Un appartement entièrement vide. Murs blancs frais, sol en carrelage beige, fenêtres propres qui laissaient entrer le soir. Pas un meuble. Pas un rideau. Juste l'espace.
Je fis quelques pas dans le salon, mes pas résonnant sur le carrelage nu, et m'arrêtai devant la baie vitrée.
Alger s'étendait devant moi — la ville en pente vers la mer, les immeubles qui s'empilaient jusqu'à la côte, et au-delà, la Méditerranée d'un bleu profond sous la lumière du soir.
— Oh, murmurai-je.
— La vue, dit Karim derrière moi. C'est pour ça que j'ai choisi cet appartement.
— Tu aurais pu me le dire.
— Je voulais voir ta tête.
— La vue, dit Karim derrière moi. C'est pour ça que j'ai choisi cet appartement.
— Tu aurais pu me le dire.
— Je voulais voir ta tête.
Je me retournai vers lui. Il se tenait dans l'embrasure du salon, son sac à ses pieds, et il me regardait avec cette expression — mi-sérieuse, mi-tendre — qui m'avait capturée depuis le premier jour.
— Alors ? dit-il. C'est assez bien pour toi ?
— C'est parfait.
— Ce n'est pas encore parfait. Il n'y a pas un seul meuble.
— Je sais. C'est parfait quand même.
— C'est parfait.
— Ce n'est pas encore parfait. Il n'y a pas un seul meuble.
— Je sais. C'est parfait quand même.
POV KARIM
Nous posâmes les bagages dans ce qui deviendrait la chambre — une pièce rectangulaire avec une fenêtre donnant sur une courette tranquille.
Puis nous revînmes dans le salon vide, debout l'un en face de l'autre dans cet espace nu.
Il y avait quelque chose d'étrange et de beau dans ce vide. Après des mois dans un appartement secret chargé de l'histoire de nos mensonges — délicieux, nécessaires, mais des mensonges quand même — cette blancheur vierge avait quelque chose de libérateur.
Ici, nous n'avons pas d'histoire. Ici, on commence.
— À quoi tu penses ? demanda-t-elle.
— Que cet appartement ne nous connaît pas encore.
— Non.
— Il va nous apprendre qui on est ensemble. Hors de l'ombre.
— On va lui apprendre aussi, tu veux dire.
— Que cet appartement ne nous connaît pas encore.
— Non.
— Il va nous apprendre qui on est ensemble. Hors de l'ombre.
— On va lui apprendre aussi, tu veux dire.
Je ris.
— Oui. On va lui apprendre.
Elle s'approcha, et je la pris dans mes bras, et nous restâmes ainsi un moment dans le salon vide, la vue sur Alger derrière la baie vitrée.
— Karim.
— Oui.
— Je veux qu'on baptise l'appartement.
— Baptise ?
— Qu'on y laisse quelque chose de nous avant que les meubles arrivent. Avant que la vie ordinaire commence.
— Oui.
— Je veux qu'on baptise l'appartement.
— Baptise ?
— Qu'on y laisse quelque chose de nous avant que les meubles arrivent. Avant que la vie ordinaire commence.
Je compris ce qu'elle voulait dire.
POV AMIRA
Je m'écartai de lui et m'approchai de la baie vitrée. Le soleil descendait sur Alger, peignant les immeubles d'une lumière orangée, la mer loin en contrebas qui virait au violet.
Je me tournai, le dos à la vitre, face à lui.
— Là, dis-je.
— Là ?
— Contre la baie vitrée. Je veux voir Alger derrière toi. Je veux voir la ville en arrière-plan de tout ce que nous sommes.
— Là ?
— Contre la baie vitrée. Je veux voir Alger derrière toi. Je veux voir la ville en arrière-plan de tout ce que nous sommes.
Il s'approcha lentement, posant ses paumes à plat sur le verre de chaque côté de ma tête, m'encadrant sans me toucher encore.
— On peut nous voir depuis en face, dit-il.
— Je sais.
— Ça ne te dérange pas ?
— Je sais.
— Ça ne te dérange pas ?
Je le regardai dans les yeux.
— On n'est plus un secret.
Quelque chose changea dans son regard. Une compréhension, un soulagement.
Il m'embrassa — pas discrètement, pas avec la prudence de nos mois clandestins. Franchement, visible, sans calcul de risque.
POV KARIM
Je la déshabillai contre la baie vitrée, et elle me laissa faire, ses bras levés pour m'aider à enlever son t-shirt, ses mains qui défaisaient sa propre ceinture.
Le carrelage était froid sous nos pieds nus. Pas de draps, pas de lit, pas de surface confortable — juste ce sol nu et la lumière d'Alger le soir.
Je m'agenouillai devant elle, posant mes lèvres contre son ventre, descendant lentement. Elle s'appuya contre la vitre, les paumes à plat sur le verre froid, et je la goûtai dans la lumière déclinante avec tout le soin que ce moment méritait.
— Karim... murmura-t-elle, les yeux levés vers le ciel orange au-dessus d'Alger.
— Je suis là.
— Je sais. C'est ça qui est nouveau.
— Je suis là.
— Je sais. C'est ça qui est nouveau.
Je levai les yeux vers elle. Elle me regardait de là-haut, ses cheveux défaits, la ville entière derrière le verre.
Voilà ce que c'est d'exister au grand jour. Voilà ce que ça ressemble.
POV AMIRA
Ses lèvres contre moi dans la lumière du soir, sans obscurité pour nous cacher, sans murs pour étouffer mes sons — je me rendis compte que je retenais quand même mon souffle.
L'habitude de la clandestinité. Des mois à murmurer, à étouffer, à me surveiller.
— Laisse-toi aller, murmura-t-il contre moi. On n'a plus à se taire.
Je pris une longue inspiration. Et je me laissai aller.
Le son que je fis résonna dans l'appartement vide — amplifié par les murs nus, les carrelages, l'absence de meubles pour absorber. Un son qui remplissait l'espace, le revendiquait, l'habitait.
Voilà ce que ça fait d'exister.
L'orgasme arriva vite — trop de tension, trop de route, trop de changements en une seule journée, et sa bouche si précise sur moi. Je gémis son prénom dans le salon vide, et l'écho me le renvoya, et c'était étrange et beau.
— Viens ici, soufflai-je en le tirant vers moi.
POV KARIM
Je la retournai délicatement, la faisant se pencher légèrement en avant, ses mains à plat sur la baie vitrée, Alger visible au-dessus de ses épaules.
Je me positionnai derrière elle, et la pénétrai lentement, sentant ses paumes appuyer contre le verre.
— Tu vois la mer ? murmurai-je.
— Oui.
— Tu vois les lumières qui commencent à s'allumer ?
— Oui.
— C'est notre ville maintenant. Pas juste la tienne ou la mienne. La nôtre.
— Oui.
— Tu vois les lumières qui commencent à s'allumer ?
— Oui.
— C'est notre ville maintenant. Pas juste la tienne ou la mienne. La nôtre.
Je bougeai en elle, mes mains sur ses hanches, la vue d'Alger encadrée par nos deux corps debout contre la vitre.
Notre ville.
Après Hassi Messaoud et ses secrets. Après les appartements clandestins et les bases de vie. Après le désert et ses nuits sans témoins.
Alger nous regardait.
Nous laissions Alger nous regarder.
POV AMIRA
Il bougeait en moi avec cette lenteur délibérée que je connaissais — pas de l'urgence, mais de la plénitude. Comme quelqu'un qui savait avoir le temps et choisissait de l'utiliser.
Mes mains sur la vitre froide. La ville orange et violette au-delà. Ses mains sur mes hanches, sa chaleur dans mon dos.
— C'est différent ici, murmurai-je.
— Oui.
— Je ne sais pas encore si j'aime cette différence.
— Tu n'as pas à la savoir ce soir.
— C'est moins... intense. Moins de danger, moins d'adrénaline.
— Peut-être.
— Mais c'est plus... réel.
— Oui.
— Je ne sais pas encore si j'aime cette différence.
— Tu n'as pas à la savoir ce soir.
— C'est moins... intense. Moins de danger, moins d'adrénaline.
— Peut-être.
— Mais c'est plus... réel.
Il s'arrêta un instant, ses lèvres dans mon cou.
— C'est exactement ce que c'est. Plus réel.
— Je pense que j'aime ça.
— Moi aussi.
— Je pense que j'aime ça.
— Moi aussi.
Il reprit son rythme, plus profond, et je fermai les yeux sur la vue d'Alger et me concentrai sur lui — sa chaleur, son poids, sa présence qui n'était plus un secret.
POV KARIM
Nous jouîmes tous les deux en même temps, chose rare et précieuse — un alignement de hasard et de connivence qui me laissa la tête vide de tout sauf d'elle.
Je restai en elle un moment après, nos respirations mêlées, la ville assombrie derrière la vitre.
Puis nous glissâmes ensemble sur le carrelage froid, nous asseyant dos à la baie vitrée, épaule contre épaule, complètement nus dans l'appartement vide.
Je ris.
— Quoi ? demanda-t-elle.
— On vient de faire l'amour sur un sol en carrelage froid, à quarante-cinq ans, et je ne me souviens pas d'avoir été aussi à l'aise dans ma peau.
— On vient de faire l'amour sur un sol en carrelage froid, à quarante-cinq ans, et je ne me souviens pas d'avoir été aussi à l'aise dans ma peau.
Elle rit aussi.
— La jeunesse est surfaite.
— Absolument.
— Absolument.
Nous restâmes assis ainsi un long moment, regardant les lumières d'Alger s'allumer progressivement derrière la vitre. La ville qui s'endormait et s'éveillait en même temps, selon les quartiers.
— On est vraiment là, dit-elle doucement.
— Oui.
— C'est vraiment arrivé.
— Oui.
— Et tu ne vas pas disparaître.
— Non, habibti. Je ne vais nulle part.
— Oui.
— C'est vraiment arrivé.
— Oui.
— Et tu ne vas pas disparaître.
— Non, habibti. Je ne vais nulle part.
POV AMIRA
— Il faut qu'on achète un lit, dis-je après un moment.
— Demain.
— Et de la nourriture. Je n'ai pas mangé depuis Laghouat.
— Il y a une épicerie en bas de l'immeuble. J'ai vu en entrant.
— Tu penses à tout.
— Je pense surtout que j'ai faim et que me lever du carrelage va être moins élégant qu'y descendre.
— Demain.
— Et de la nourriture. Je n'ai pas mangé depuis Laghouat.
— Il y a une épicerie en bas de l'immeuble. J'ai vu en entrant.
— Tu penses à tout.
— Je pense surtout que j'ai faim et que me lever du carrelage va être moins élégant qu'y descendre.
Je ris franchement, et ce rire résonna dans le salon vide, et je le laissai résonner.
— Karim.
— Oui ?
— Tes filles. Arwa et Samar. Quand est-ce que je les rencontre ?
— Oui ?
— Tes filles. Arwa et Samar. Quand est-ce que je les rencontre ?
La question avait attendu des semaines. Ce soir, dans cet appartement neuf, elle pouvait enfin être posée.
Il réfléchit.
— Pas tout de suite. Elles ont besoin de temps. Nadia a besoin de temps. Et toi et moi, on a besoin de construire quelque chose de stable ici avant de les y inviter.
— Mais un jour.
— Un jour, oui. Elles font partie de qui je suis. Tu devras les connaître pour me connaître vraiment.
— Je sais. Et j'ai un peu peur.
— Moi aussi. Mais moins qu'avant.
— Pourquoi moins qu'avant ?
— Parce que maintenant je sais que tu es quelqu'un qui tient ce qu'elle dit. Qui fait ce qu'elle promet. Qui ne recule pas devant les choses difficiles.
— Mais un jour.
— Un jour, oui. Elles font partie de qui je suis. Tu devras les connaître pour me connaître vraiment.
— Je sais. Et j'ai un peu peur.
— Moi aussi. Mais moins qu'avant.
— Pourquoi moins qu'avant ?
— Parce que maintenant je sais que tu es quelqu'un qui tient ce qu'elle dit. Qui fait ce qu'elle promet. Qui ne recule pas devant les choses difficiles.
Je posai ma tête contre son épaule.
— On a tous les deux survécu à des choses difficiles.
— Oui.
— C'est peut-être la meilleure fondation.
— Oui.
— C'est peut-être la meilleure fondation.
POV KARIM
Nous remontâmes du carrelage avec moins d'élégance que nous y étions descendus, et nous rhabillâmes en riant de nos corps raides.
Je descendis à l'épicerie et remontai avec du pain, du fromage, des tomates, et une bouteille d'eau. Nous mangeâmes assis en tailleur sur le sol du salon, nos dos appuyés contre le mur, la baie vitrée devant nous et la ville éclairée au-delà.
— C'est romantique, dit Amira entre deux bouchées.
— Non, c'est spartiate.
— Les deux peuvent être la même chose.
— Seulement dans les romans.
— On est dans un roman ?
— Non, c'est spartiate.
— Les deux peuvent être la même chose.
— Seulement dans les romans.
— On est dans un roman ?
Je la regardai — ses cheveux encore défaits, une miette sur le menton, les yeux brillants dans la lumière des lampadaires extérieurs qui traversaient la vitre.
— Peut-être.
— Quel genre ?
— Celui où les personnages méritaient mieux depuis le début, et où il a fallu trop longtemps pour qu'ils l'admettent.
— C'est une bonne définition.
— Oui.
— Quel genre ?
— Celui où les personnages méritaient mieux depuis le début, et où il a fallu trop longtemps pour qu'ils l'admettent.
— C'est une bonne définition.
— Oui.
Nous finîmes de manger en silence, un silence confortable, celui qu'on ne fabrique pas mais qu'on laisse advenir quand deux personnes sont à leur place.
Puis nous déployâmes nos vêtements sur le sol de la chambre vide pour former une sorte de litière improvisée, et nous dormîmes ainsi — sur rien, contre le sol frais, nos corps l'un contre l'autre dans le noir.
POV AMIRA — À L'AUBE
Je me réveillai la première, une fois encore.
Le sol m'avait endurci le dos, et je me redressai doucement pour ne pas réveiller Karim. Je me levai, traversai le couloir nu, et m'appuyai contre la baie vitrée.
L'aube d'Alger était différente de celle de Hassi Messaoud. Plus grise d'abord, chargée d'humidité marine, avant que le soleil ne la transforme progressivement en or. La mer au loin, à peine distincte de l'horizon.
Je suis à Alger.
Je suis dans mon appartement — notre appartement.
Je ne suis plus un secret.
Je suis dans mon appartement — notre appartement.
Je ne suis plus un secret.
Cette dernière pensée me traversa lentement, comme quelque chose qu'on n'ose pas croire tout de suite. Mais elle restait là, stable, réelle.
Je n'étais plus l'autre femme. Ou du moins, je n'étais plus seulement l'autre femme. La séparation de Karim et Nadia était engagée. L'appartement de Hassi Messaoud était fermé. L'appartement secret n'existait plus.
Ici, maintenant, dans cette lumière naissante sur Alger, j'existais différemment.
Pas encore normalement — il faudrait du temps pour que ça ressemble à quelque chose de normal. Arwa et Samar. Le divorce finalisé. La reconstruction de relations avec ma propre famille. La reconstruction de Karim avec ses filles.
Tout ça restait devant nous, complexe et incertain.
Mais l'aube d'Alger était là. Et Karim dormait à quelques mètres, sur le sol de notre appartement vide.
Et moi, j'étais debout contre la baie vitrée, les pieds nus sur le carrelage froid, regardant la ville qui s'éveillait.
C'est suffisant pour ce matin.
Des bras m'entourèrent par derrière. Karim, réveillé sans que je l'entende, son menton posé sur mon épaule.
— Tu contemplais quoi ?
— Le commencement.
— Comment ça ressemble ?
— Le commencement.
— Comment ça ressemble ?
Je regardai la ville, la mer, la lumière dorée qui prenait la relève du gris.
— Ça ressemble exactement à ce que ça devrait ressembler.
Il m'embrassa sur la tempe.
— Alors c'est bien.
— Oui. C'est bien.
— Oui. C'est bien.
Nous restâmes là, debout contre la baie vitrée, regardant Alger s'éveiller. Ni pressés ni retenus. Juste présents.
Pour la première fois depuis longtemps, l'avenir ne ressemblait pas à une menace ou à une question sans réponse.
Il ressemblait à quelque chose qu'on construirait ensemble.
Pièce par pièce. Jour par jour.
Sur du neuf.
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