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Couverture de Parfum de l'interdit, par NadiaKarim
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Parfum de l'interdit — Chapitre 10 · Le poids du mensonge

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NadiaKarim
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Parfum de l'interdit

Chapitre 10 · Le poids du mensonge

POV KARIM
Le vol Air Algérie 1032 de Hassi Messaoud vers Alger décollait à sept heures du matin. J'étais assis à ma place habituelle — côté hublot, rangée 12 — regardant le désert s'éloigner sous l'avion, ses dunes ocre s'étendant à l'infini comme une mer figée.
Quarante-huit heures s'étaient écoulées depuis cette nuit avec Amira. Quarante-huit heures pendant lesquelles j'avais oscillé entre l'extase du souvenir et la culpabilité écrasante de ce que j'avais fait.
J'ai trahi ma femme.
Les mots résonnaient dans ma tête comme une condamnation. Pas seulement une fois. Pas dans un moment d'égarement passager. Mais quatre fois. Toute une nuit. Avec préméditation. Avec passion. Avec une intensité que je n'avais jamais connue.
Je fermai les yeux, et immédiatement, les images revinrent. Amira sous moi, ses yeux brillants de désir. Amira sur moi, chevauchant avec une grâce sensuelle. Amira contre le mur, criant mon nom. Amira dans mes bras à l'aube, sa tête posée sur mon torse, nos doigts entrelacés.
"Je préfère avoir une partie de toi que rien du tout."
Ses mots me hantaient. Elle avait accepté d'être mon secret. Ma maîtresse. Elle s'était contentée de miettes alors qu'elle méritait un festin.
Et moi, lâche que j'étais, j'avais accepté cet arrangement parce que je ne pouvais pas me résoudre à la laisser partir.
Mon téléphone vibra. Un message de Nadia.
"L'avion a décollé ? Les filles sont tellement excitées de te voir. On t'a préparé ton plat préféré — tajine d'agneau aux pruneaux. Je t'aime, habibi."
La culpabilité me frappa comme un coup de poing dans le ventre. Nadia. Ma femme aimante, fidèle, qui m'attendait patiemment pendant que je...
Je tapai une réponse rapide.
"Oui, décollage à l'heure. J'ai hâte de vous voir toutes. Moi aussi je t'aime."
Le dernier mot — je t'aime — me brûla les doigts. Parce que je l'aimais vraiment. Nadia était ma compagne depuis dix-neuf ans, la mère de mes enfants, mon ancre.
Mais si je l'aimais, comment avais-je pu trahir sa confiance si facilement ?
Et pire — comment pouvais-je penser déjà à la prochaine fois que je reverrais Amira ?
L'avion atterrit à l'aéroport Houari Boumediene à neuf heures quinze. Je récupérai ma valise et me dirigeai vers la sortie, balayant la foule du regard.
Et je les vis.
Nadia se tenait près de la barrière, Arwa et Samar à ses côtés. Ma femme portait une robe légère bleue qui mettait en valeur sa silhouette encore élégante malgré ses quarante ans et deux grossesses. Ses cheveux noirs étaient coiffés en un chignon lâche, quelques mèches encadrant son visage souriant.
Arwa, quinze ans, était devenue une jeune femme sans que je m'en rende compte — grande, avec les traits fins de sa mère. Samar, onze ans, était encore une enfant, mais ses yeux pétillants d'intelligence me rappelaient déjà qu'elle ne le resterait pas longtemps.
— Papa !
Samar se précipita vers moi, m'enlaçant avec la fougue de l'enfance. Je la soulevai, la faisant tourner comme quand elle était petite, et son rire cristallin emplit l'air.
— Tu m'as tellement manqué, ma puce.
— Toi aussi, papa.
Arwa nous rejoignit, plus réservée mais non moins heureuse.
— Salut, papa.
— Bonjour, ma grande. Comment vont les études ?
— Bien. J'ai eu dix-huit en maths.
— Évidemment. Tu es brillante.
Puis Nadia s'approcha, et lorsque nos regards se croisèrent, je sentis mon cœur se serrer douloureusement.
Elle souriait. De ce sourire confiant, aimant, qui ne portait aucun soupçon.
— Habibi, murmura-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour m'embrasser.
Ses lèvres touchèrent les miennes — un baiser chaste, familier, confortable.
Et tout ce que je pus penser, c'était : Ces lèvres ne sont plus seulement les miennes.
POV NADIA
Karim avait l'air fatigué. Plus que d'habitude.
Pendant le trajet vers notre maison de Hydra, je l'observais du coin de l'œil tandis qu'il conduisait, les filles bavardant joyeusement sur la banquette arrière.
Il y avait quelque chose de différent. Une tension dans ses épaules. Une distance dans son regard.
— Tu vas bien, habibi ? demandai-je doucement en posant ma main sur la sienne.
Il sursauta légèrement, comme si je l'avais tiré de pensées lointaines.
— Oui, oui. Juste fatigué. Le travail est très prenant en ce moment.
— Tu devrais te reposer pendant ces deux semaines. Profiter de nous. Oublier le bureau.
— Tu as raison.
Mais son sourire ne montait pas jusqu'à ses yeux.
Quelque chose le préoccupe, pensai-je. Peut-être des problèmes au travail. Ou peut-être qu'il en a assez de cette vie fragmentée entre Hassi Messaoud et Alger.
L'idée que ce puisse être autre chose — une autre femme, par exemple — ne m'effleura même pas l'esprit. Karim était l'homme le plus loyal, le plus intègre que je connaisse. Jamais il ne me trahirait.
J'en étais certaine.
POV KARIM
Notre maison de Hydra était exactement comme je l'avais laissée — une belle villa de deux étages avec un petit jardin où Nadia cultivait des rosiers et du jasmin. L'odeur des fleurs m'accueillit lorsque je franchis le seuil, mêlée à celle du tajine qui mijotait dans la cuisine.
Maison. Famille. Stabilité.
Tout ce que j'avais construit pendant dix-neuf ans.
Tout ce que je venais de mettre en péril pour une nuit de passion.
Les filles disparurent dans leurs chambres pour faire leurs devoirs, et Nadia m'entraîna vers le salon.
— Viens t'asseoir. Je vais te servir du thé.
— Merci, habibti.
Je m'installai sur le canapé familier, regardant autour de moi. Les photos de famille accrochées aux murs — notre mariage, la naissance d'Arwa, les vacances à Tipaza, le sourire édenté de Samar à six ans. Chaque image témoignait d'une vie partagée, d'un amour construit pierre par pierre.
Comment ai-je pu risquer tout ça ?
Nadia revint avec un plateau chargé de thé à la menthe et de gâteaux aux amandes.
— Raconte-moi comment s'est passé ton mois, dit-elle en s'asseyant à côté de moi, sa cuisse touchant la mienne.
— Comme d'habitude. Réunions, visites de sites, gestion des équipes. Rien de très excitant.
Mensonge.
— Et toi ? Comment vont tes cours ?
Elle se lança dans un récit animé de ses journées à l'université — les étudiants brillants, les collègues difficiles, le nouveau doyen qui voulait réformer le département. Je l'écoutais, hochant la tête aux moments appropriés, mais mon esprit était ailleurs.
À Hassi Messaoud. Dans une petite chambre modeste. Avec une femme qui n'était pas mon épouse.
— Karim ? Tu m'écoutes ?
Je sursautai.
— Pardon, oui. Tu disais ?
Nadia me regarda avec attention, ses sourcils froncés.
— Tu es vraiment préoccupé. C'est le travail ?
— Oui. Un dossier compliqué. Mais ne t'inquiète pas. Ça va se régler.
Mensonge. Mensonge. Mensonge.
Elle posa sa main sur ma joue, me forçant à la regarder dans les yeux.
— Tu sais que tu peux tout me dire, n'est-ce pas ? S'il y a un problème, on le résout ensemble.
La sincérité dans sa voix, la confiance absolue dans son regard, me firent mal physiquement.
— Je sais, habibti. Je sais.
Je l'embrassai, essayant de chasser la culpabilité par le contact familier de ses lèvres.
Mais même là, dans ses bras, une partie de moi pensait à Amira.
POV AMIRA
Hassi Messaoud sans Karim était un désert encore plus désolé.
J'étais assise à mon bureau, fixant l'écran d'ordinateur sans vraiment le voir. Nadira était absente aujourd'hui — un congé maladie opportun qui me laissait seule dans l'antichambre du bureau du Directeur Général.
Le bureau de Karim était vide. Silencieux. Comme si son absence avait aspiré toute la vie de cet espace.
Il est avec elle en ce moment. Avec sa femme. Peut-être en train de l'embrasser. Peut-être en train de lui faire l'amour.
Cette pensée me torturait, mais je ne pouvais pas l'arrêter. Parce que c'était la réalité de la situation que j'avais acceptée. Karim n'était pas à moi. Il ne le serait jamais complètement.
Mon téléphone vibra. Mon cœur bondit — peut-être Karim ?
Mais non. C'était Yasmine.
"Weekend à Alger prévu. Djalil organise une soirée vendredi. Tu viens ?"
Je fixai le message longtemps avant de répondre.
"Non, merci. Pas ce weekend."
"Quoi ? Tu rates une soirée chez Djalil ? Tu es malade ?"
"Juste pas d'humeur."
"C'est à cause d'un mec, c'est ça ? Tu as rencontré quelqu'un ?"
J'hésitai. Yasmine était ma meilleure amie. Je lui avais tout raconté — Mohsin, Mehdi, Antonio, les nuits à Alger. Mais ça... ça, je ne pouvais pas en parler. Pas encore.
"Non. Juste fatiguée."
Elle n'insista pas, mais je savais qu'elle ne me croyait pas.
Le soir, dans mon appartement vide — ma mère et mes sœurs étaient rentrées de Ghardaïa — je m'allongeai sur mon lit, le même lit où Karim et moi avions fait l'amour quarante-huit heures auparavant.
Les draps sentaient encore lui. J'avais refusé de les laver, m'accrochant pathétiquement à cette dernière trace de sa présence.
"Je préfère avoir une partie de toi que rien du tout."
Avais-je vraiment dit ça ? Avais-je vraiment accepté d'être sa maîtresse ?
Oui. Parce que l'alternative était impensable.
Mon téléphone vibra à nouveau. Cette fois, mon cœur s'arrêta vraiment.
C'était Karim.
"Tu me manques."
Trois mots. Simples. Dévastateurs.
Je tapai une réponse avec des doigts tremblants.
"Toi aussi tu me manques. Comment se passe ton séjour ?"
"Bien. Ma famille est heureuse de me voir. Mais je pense à toi. Tout le temps."
"Tu devrais profiter de ta famille. Ne pense pas à moi."
"C'est plus fort que moi. Cette nuit... je n'arrive pas à l'oublier."
Je fermai les yeux, le souvenir de nos corps enlacés envahissant mon esprit.
"Moi non plus."
"Je dois y aller. Nadia m'appelle pour dîner. Mais je voulais que tu saches que tu es dans mes pensées."
"Sois heureux avec eux, Karim. C'est ta vraie vie."
"Tu fais partie de ma vie aussi maintenant. Même si c'est compliqué."
Il se déconnecta, me laissant seule avec mes pensées tumultueuses.
Je suis tombée amoureuse d'un homme qui ne sera jamais vraiment à moi.
POV NADIA
Le dîner fut joyeux. Les filles racontaient leur semaine, Karim les écoutait avec attention, souriant et riant aux bons moments. Mais je voyais bien qu'une partie de lui était ailleurs.
Après le dîner, une fois les filles couchées, nous nous retirâmes dans notre chambre. Notre sanctuaire. L'endroit où nous avions partagé dix-neuf ans d'intimité.
Karim sortit de la douche, une serviette nouée autour de sa taille, ses cheveux humides plaqués sur son front. À quarante-cinq ans, il était encore séduisant — des épaules larges, un torse musclé malgré un léger relâchement au niveau du ventre, des jambes solides.
Je m'approchai, posant mes mains sur son torse encore humide.
— Ça fait longtemps, murmurai-je.
— Quoi donc ?
— Nous. Ensemble. Comme ça.
Il comprit immédiatement ce que je voulais dire. Un mois. Cela faisait un mois que nous n'avions pas fait l'amour — sa dernière rotation.
— Tu as raison.
Il se pencha et m'embrassa. Un baiser doux, familier, qui goûtait le dentifrice à la menthe et dix-neuf ans de mariage.
Ses mains défaisant ma robe de chambre, la laissant glisser au sol. Je portais une nuisette en soie crème qu'il aimait particulièrement.
— Tu es toujours aussi belle, murmura-t-il.
— Menteur. J'ai quarante ans et deux enfants.
— Et tu es la plus belle femme que je connaisse.
Il me souleva et me porta jusqu'au lit — notre lit conjugal — m'allongeant délicatement sur les draps.
POV KARIM
Faire l'amour à ma femme après avoir été avec Amira fut la chose la plus difficile et la plus nécessaire que j'aie jamais faite.
Nécessaire parce que je devais me prouver que je l'aimais encore. Que cette nuit avec Amira n'avait pas détruit ce que Nadia et moi avions construit.
Difficile parce que chaque geste, chaque baiser, était hanté par le souvenir d'une autre femme.
Je fis glisser la nuisette de Nadia, révélant son corps familier. Elle avait pris un peu de poids au fil des ans, ses seins étaient moins fermes qu'à vingt ans, et des vergetures argentées marquaient son ventre là où nos filles avaient grandi.
Mais elle était belle. D'une beauté différente de celle d'Amira — pas l'éclat de la jeunesse mais la grâce de la maturité.
Je l'embrassai, mes mains explorant son corps avec la familiarité de deux décennies partagées. Je connaissais chaque courbe, chaque endroit sensible, chaque son qu'elle faisait.
Mais dans ma tête, je comparais malgré moi.
La peau de Nadia était plus douce, plus mature. Celle d'Amira était ferme, élastique.
Les gémissements de Nadia étaient contenus, pudiques. Ceux d'Amira étaient sauvages, libérés.
Le corps de Nadia s'adaptait au mien avec la facilité de l'habitude. Celui d'Amira m'avait défié, m'avait poussé à explorer, à redécouvrir.
Arrête. Arrête de comparer. Concentre-toi sur ta femme.
Je descendis le long de son corps, parsemant sa peau de baisers. Ses seins, son ventre, ses cuisses. Je la préparai avec ma bouche et mes doigts, la faisant gémir doucement.
— Karim... habibi... viens en moi...
Je me positionnai entre ses cuisses et la pénétrai lentement. Elle était chaude, accueillante, familière.
Et pourtant, une part honteuse de moi pensait : Elle n'est pas aussi serrée qu'Amira.
Je fermai les yeux, essayant de chasser cette pensée toxique, et me concentrai sur le plaisir de Nadia. Je bougeai en elle avec les gestes que je connaissais, le rythme qui la faisait jouir.
— Oui... comme ça... oh, Karim...
Elle jouit rapidement — elle jouissait toujours facilement avec moi — ses ongles griffant légèrement mon dos, ses jambes se resserrant autour de ma taille.
Je continuai encore quelques instants avant de me laisser aller, éjaculant en elle avec un grognement sourd.
Puis je m'effondrai à ses côtés, la prenant dans mes bras.
POV NADIA
Karim me tenait contre lui, sa respiration ralentissant progressivement. Je posai ma tête sur son torse, écoutant les battements de son cœur.
Quelque chose était différent.
Il avait fait l'amour... mécaniquement. Compétent, oui. Attentif, même. Mais il manquait quelque chose. Cette connexion profonde que nous avions toujours eue.
— Ça va ? murmurai-je.
— Oui. Pourquoi ?
— Tu semblais... ailleurs.
Il se raidit imperceptiblement.
— Désolé. J'ai beaucoup de choses en tête.
— Le travail ?
— Oui. Le travail.
Je ne le croyais pas complètement, mais je ne voulais pas insister. Peut-être que cette séparation constante entre Hassi Messaoud et Alger commençait à peser sur lui. Peut-être qu'il avait besoin de parler à quelqu'un — un psychologue, peut-être.
— Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas ? dis-je doucement.
— Je sais. Moi aussi je t'aime.
— Les filles et moi, on est tellement fières de toi. De tout ce que tu accomplis.
La culpabilité traversa son visage comme une ombre.
— Je ne suis pas sûr de le mériter.
— Bien sûr que si. Tu es un mari merveilleux, un père incroyable, et un leader respecté.
Si seulement tu savais, semblait dire son regard.
Mais je ne savais pas. Je ne soupçonnais rien.
Parce que jamais Karim ne me trahirait.
J'en étais certaine.
POV KARIM – TROIS JOURS PLUS TARD
Les trois jours suivants furent une torture de normalité.
Je jouais mon rôle de père et mari dévoué. J'emmenais les filles au parc. Je dînais avec Nadia dans notre restaurant préféré. Je rendais visite à mes beaux-parents. Je riais aux blagues de mon beau-frère.
Mais tout le temps, une partie de moi était à Hassi Messaoud. Avec Amira.
Nous échangions des messages tard le soir, quand Nadia dormait. Des messages courts, prudents, mais chargés de tout ce que nous ne pouvions pas dire.
"Bonne nuit, habibti."
"Bonne nuit, Karim. Fais de beaux rêves."
"Mes rêves sont tous de toi."
Et c'était vrai. Chaque nuit, je rêvais d'elle. De son corps sous le mien. De ses gémissements. De la façon dont elle prononçait mon nom.
Et chaque matin, je me réveillais à côté de Nadia, la culpabilité me rongeant de l'intérieur.
POV AMIRA – MÊME PÉRIODE
Les jours sans Karim s'étiraient comme du miel. Lents. Épais. Douloureux.
Je continuais ma routine — travail, rentrée à la maison, dîner avec ma famille. Mais c'était mécanique. Je n'étais qu'à moitié présente.
Mohsin continuait son harcèlement, mais ses messages me touchaient moins maintenant. Parce que j'avais Karim. Même à distance. Même partiellement.
Mehdi m'appela un soir.
— Amira, je t'en prie. Donne-moi juste une chance. J'ai vraiment rompu avec Fatiha. Pour de bon.
— Mehdi, c'est terminé. Je suis désolée.
— Il y a quelqu'un d'autre, c'est ça ?
Je ne répondis pas.
— Putain, Amira. Qui est-ce ? L'Italien ? Un de tes amants d'Alger ?
— Ça ne te regarde pas.
— Si c'est l'Italien, fais attention. Ces types promettent toujours le mariage et l'Europe, mais ils repartent toujours seuls.
— Ce n'est pas Antonio.
— Alors qui ?
— Bonne nuit, Mehdi.
Je raccrochai, les mains tremblantes.
Si seulement tu savais que c'est pire qu'Antonio. Que c'est un homme marié. Mon patron. Quelqu'un qui ne pourra jamais vraiment être à moi.
POV KARIM – DERNIER SOIR À ALGER
Mon dernier soir à Alger, Nadia prépara un dîner spécial — tous mes plats préférés. Les filles avaient décoré la table avec des bougies et des fleurs du jardin.
— On voulait que ta dernière soirée soit spéciale, dit Arwa avec un sourire timide.
— Elle l'est déjà, ma chérie. Vous êtes là, c'est tout ce qui compte.
Après le dîner, les filles montèrent se coucher, et Nadia et moi nous retrouvâmes sur la terrasse, regardant les lumières d'Alger scintiller dans la nuit.
— Je déteste quand tu pars, murmura Nadia, sa tête posée sur mon épaule.
— Moi aussi je déteste partir.
Mensonge. Une partie de moi a hâte de retourner à Hassi Messaoud. À elle.
— Encore combien de temps tu penses rester là-bas ?
— Mon contrat se termine dans dix-huit mois. Après, je pourrais demander un poste à Alger.
— Vraiment ? Tu ferais ça ?
— Bien sûr. Je veux être avec vous. Pleinement. Sans ces allers-retours constants.
Et c'était vrai. Je le voulais. Mais en même temps, l'idée de quitter Hassi Messaoud — de quitter Amira — me déchirait.
Comment en suis-je arrivé là ? Comment ai-je pu me mettre dans une situation où je ne peux plus choisir sans briser quelqu'un ?
Cette nuit-là, Nadia et moi fîmes l'amour une dernière fois avant mon départ. Elle s'endormit rapidement après, blottie contre moi, confiante et heureuse.
Et moi, je restai éveillé, fixant le plafond, la culpabilité et le désir se livrant une guerre sans fin dans ma poitrine.
POV AMIRA – VEILLE DU RETOUR
Karim revenait demain.
Je ne dormis pas de la nuit. Je tournais et retournais dans mon lit, anticipant le moment où je le reverrais.
Comment ça va se passer ? Est-ce qu'on va faire comme si de rien n'était au bureau ? Est-ce qu'il va vouloir me revoir... comme ça ?
Mon téléphone vibra à deux heures du matin.
"Je suis dans l'avion demain matin. Je serai au bureau à quatorze heures. J'ai besoin de te voir. Seule."
Mon cœur s'emballa.
"Au bureau ?"
"Non. Trop risqué. Je vais louer un appartement. Discret. Pour nous. Je t'enverrai l'adresse demain."
Un appartement. Pour nous. Notre secret.
"D'accord."
"Amira ?"
"Oui ?"
"Tu m'as terriblement manqué. Plus que je ne pensais possible."
Je fermai les yeux, les larmes menaçant de déborder.
"Toi aussi tu m'as manqué. Tellement."
POV NADIA – MATIN DU DÉPART
Je conduisis Karim à l'aéroport, les filles assises à l'arrière, silencieuses et tristes. Ces adieux étaient toujours difficiles.
Au terminal, je le serrai fort dans mes bras.
— Reviens-nous vite, murmurai-je.
— Je serai de retour dans cinq semaines. Promis.
Il embrassa les filles, leur murmurant des encouragements pour l'école, puis se tourna vers moi une dernière fois.
— Je t'aime, Nadia.
— Moi aussi je t'aime.
Il franchit les portes de sécurité, se retournant une dernière fois pour nous faire signe.
En rentrant à la maison, je ne pus m'empêcher de penser que quelque chose avait changé. Quelque chose de subtil mais indéniable.
Karim était différent. Distrait. Préoccupé.
Le travail, me répétai-je. C'est juste le stress du travail.
Mais une petite voix dans ma tête murmurait : Et si c'était autre chose ?
Je la fis taire.
Parce que Karim était mon mari. Mon roc. L'homme le plus loyal que je connaisse.
Il ne me trahirait jamais.
POV KARIM – DANS L'AVION
L'avion décolla, Alger s'éloignant sous les nuages. Ma famille. Ma vie légitime. Tout ce que j'avais construit.
Et je volais vers Hassi Messaoud. Vers mon travail. Vers mes responsabilités.
Vers Amira.
Je suis un homme brisé, pensai-je. Déchiré entre deux mondes. Aimant deux femmes de façons différentes mais tout aussi intenses.
Nadia représentait la stabilité. L'histoire. La famille. Dix-neuf ans de vie partagée.
Amira représentait... quoi ? La passion ? L'évasion ? Une seconde jeunesse ?
Non. C'était plus que ça. Amira me faisait me sentir vivant d'une façon que j'avais oubliée. Elle voyait en moi non pas le directeur, le mari, le père, mais l'homme. Avec ses failles, ses désirs, ses peurs.
Et cette connexion — si nouvelle, si dangereuse — était devenue aussi nécessaire que l'air que je respirais.
Je ne peux pas continuer comme ça, pensai-je. Tôt ou tard, tout va exploser. Quelqu'un va découvrir. Nadia va savoir. Les filles vont souffrir.
Mais même en sachant cela, même en voyant le désastre se profiler à l'horizon, je ne pouvais pas m'arrêter.
Parce que j'avais franchi la ligne. Et il n'y avait pas de retour en arrière possible.
Le poids du mensonge était écrasant.
Mais le poids de renoncer à Amira l'était encore plus.
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Chapitre 11 · Le pacte de l'ombre
Deux semaines loin l'un de l'autre ont laissé des traces. Quand Karim revient d'Alger, Amira sent son cœur s'emballer dès qu'elle croise son regard au bureau. Ce soir, un dîner loin de la ville doit enfin leur permettre de parler de ce qui les lie. Entre les apparences à garder et le désir qui grandit, jusqu'où sont-ils prêts à aller ?
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