Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Parfum de l'interdit — Chapitre 22 · Le procès
Auteur
Parfum de l'interdit
Chapitre 22 · Le procès
POV AMIRA
Je n'avais pas dormi.
La nuit avait été longue et blanche, peuplée de répétitions mentales — les mots que je dirais, dans quel ordre, avec quelle voix. L'avocate que Karim avait engagée pour moi, Maître Souad Benali, une femme de cinquante ans aux cheveux grisonnants et aux yeux tranchants comme des lames, m'avait préparée pendant trois séances au cours des deux semaines précédentes.
— Vous n'avez pas à être forte, m'avait-elle dit lors de notre dernière réunion. Vous avez à être vraie. Le tribunal ne veut pas une héroïne. Il veut une survivante crédible qui dit la vérité.
— Je ne veux pas être une victime.
— Alors soyez une survivante qui dit la vérité. C'est encore mieux. Et comprenez bien ce qui va se passer là-bas.
— Je ne veux pas être une victime.
— Alors soyez une survivante qui dit la vérité. C'est encore mieux. Et comprenez bien ce qui va se passer là-bas.
Elle avait posé son stylo et m'avait regardée par-dessus ses lunettes avec cette intensité particulière qui signifiait que ce qui suivrait serait important.
— La défense va tout faire pour déplacer le procès. De Mohsin vers vous. De ses actes vers vos mœurs. C'est la stratégie classique dans ce type d'affaire. Ils vont vous demander avec qui vous dormez, comment vous vous habillez, pourquoi vous n'étiez pas chez vous à telle heure. Ils vont essayer de faire de vous la coupable.
— Je sais.
— Vous savez intellectuellement. Mais le vivre est différent. Quand l'avocat adverse sous-entendra devant le juge que vous couchez avec votre patron marié et que vous êtes donc une femme de mauvaises mœurs, vous ne devrez pas vous effondrer. Ni vous justifier. Vous devrez rester sur les faits.
— Les faits. Le harcèlement. Les messages. Le barrage routier. Le coup de feu.
— Exactement. Tout le reste — vos relations, votre vie privée, vos choix — n'est pas en procès. Si vous laissez l'avocat vous entraîner sur ce terrain, vous avez perdu.
— Je sais.
— Vous savez intellectuellement. Mais le vivre est différent. Quand l'avocat adverse sous-entendra devant le juge que vous couchez avec votre patron marié et que vous êtes donc une femme de mauvaises mœurs, vous ne devrez pas vous effondrer. Ni vous justifier. Vous devrez rester sur les faits.
— Les faits. Le harcèlement. Les messages. Le barrage routier. Le coup de feu.
— Exactement. Tout le reste — vos relations, votre vie privée, vos choix — n'est pas en procès. Si vous laissez l'avocat vous entraîner sur ce terrain, vous avez perdu.
Je m'étais couchée ce soir-là avec sa voix dans la tête. Tout le reste n'est pas en procès.
Ce matin, à six heures, je m'étais levée dans la chambre d'hôtel que Karim avait réservée à Ouargla pour la nuit précédant l'audience. Il dormait encore — ou faisait semblant de dormir, ce qui revenait au même. Je m'étais douchée longuement, habillée avec soin.
Une robe sobre, bleu marine, ni trop formelle ni trop décontractée. Les cheveux attachés en chignon bas. Un maquillage minimal — juste assez pour ne pas paraître malade.
Tu comparais devant un tribunal algérien. Pas devant un jury de mode. Et dans ce tribunal, ce que tu portes, comment tu te présentes, chaque détail sera lu comme un signe de ta moralité ou de son absence.
Je regardai mon reflet dans la glace de la salle de bain et ne reconnus pas tout à fait la femme qui me regardait en retour. Elle semblait plus âgée que ses vingt-trois ans. Plus fatiguée. Plus résolue.
Tu n'as pas à prouver que tu es une femme bien. Tu as à prouver qu'un homme a commis des actes illégaux contre toi. Ce n'est pas la même chose.
POV KARIM
Je ne dormais pas.
Je l'entendis se lever, prendre sa douche, s'habiller. Je restai allongé dans le lit, les yeux ouverts dans le gris de l'aube, écoutant ces bruits ordinaires avec une attention que je n'avais jamais accordée aux sons d'une femme qui se prépare.
Aujourd'hui, Amira allait témoigner devant le tribunal correctionnel de Ouargla contre Mohsin Boumala.
Association de malfaiteurs. Barrage illégal sur voie publique. Décharge d'arme à feu en lieu public. Harcèlement moral et physique caractérisé. Tentative de séquestration.
La liste des charges était longue. Le lieutenant Hamid avait fait du bon travail — les témoignages des travailleurs de la station de pompage qui avaient entendu la détonation, les relevés téléphoniques qui établissaient une correspondance entre les numéros inconnus et Mohsin, les captures d'écran des messages de menaces. Des messages qui allaient du pathétique au menaçant, du je t'aime reviens au de gré ou de force, sans jamais franchir dans la tête de Mohsin la ligne entre l'un et l'autre.
Le dossier était solide. Maître Benali était confiante. Mais confiante ne voulait pas dire certaine — elle me l'avait dit explicitement.
— Dans une affaire comme celle-là, dans ce contexte, le dossier ne suffit jamais entièrement. Il faut aussi un juge qui refuse de se laisser entraîner sur le terrain de la moralité. Et ça, on ne peut pas le garantir à l'avance.
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Je veux dire que la défense va attaquer Amira sur ses mœurs. Relation avec un supérieur hiérarchique marié, relations antérieures, comportement supposément provocateur. Dans neuf affaires sur dix, ce type d'attaque fonctionne — pas nécessairement à acquitter le prévenu, mais à minimiser la condamnation, à introduire le doute sur la crédibilité de la plaignante. Si le juge est sensible à ces arguments culturels, la sentence sera symbolique.
— Et si le juge ne l'est pas ?
— Alors on a une chance réelle.
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Je veux dire que la défense va attaquer Amira sur ses mœurs. Relation avec un supérieur hiérarchique marié, relations antérieures, comportement supposément provocateur. Dans neuf affaires sur dix, ce type d'attaque fonctionne — pas nécessairement à acquitter le prévenu, mais à minimiser la condamnation, à introduire le doute sur la crédibilité de la plaignante. Si le juge est sensible à ces arguments culturels, la sentence sera symbolique.
— Et si le juge ne l'est pas ?
— Alors on a une chance réelle.
Amira devait quand même monter à la barre. Devait regarder Mohsin dans les yeux et dire ce qu'il lui avait fait — sachant que chaque mot qu'elle prononcerait serait retourné, analysé, utilisé pour construire le portrait d'une femme qui avait mérité ce qui lui était arrivé.
Et moi, je ne pouvais pas faire ça à sa place.
La porte de la salle de bain s'ouvrit. Elle entra dans la chambre, déjà habillée, et me trouva les yeux ouverts.
— Tu ne dormais pas.
— Non.
— Depuis combien de temps ?
— Depuis que tu t'es levée. Peut-être avant.
— Non.
— Depuis combien de temps ?
— Depuis que tu t'es levée. Peut-être avant.
Elle s'assit sur le bord du lit, et je me redressai, posant ma main sur sa nuque.
— Tu vas bien ?
— Je vais le devenir.
— C'est suffisant pour l'instant.
— Je vais le devenir.
— C'est suffisant pour l'instant.
POV AMIRA
Le tribunal correctionnel de Ouargla était un bâtiment administratif sans grâce — béton, baies vitrées poussiéreuses, gardiens en uniforme à l'entrée. Nous arrivâmes à huit heures trente, une heure avant l'audience.
Maître Benali nous attendait dans le couloir, son cartable en cuir sous le bras, ses lunettes sur le nez.
— Bonjour, Amira. Vous avez l'air solide.
— Je le suis.
— Bien. Quelques rappels de dernière minute. Vous parlez clairement, vous regardez le juge, pas Mohsin. Vous répondez aux questions posées sans vous étendre inutilement. Si la défense cherche à vous déstabiliser sur votre vie privée, votre relation avec Monsieur Benfilali, vos relations passées — vous n'esquivez pas, vous ne vous justifiez pas, et vous recentrez sur les faits du harcèlement. Vous attendez mon objection avant de répondre sur ces points.
— D'accord.
— La défense va jouer la carte de la femme de mauvaises mœurs. C'est inévitable. Ils n'ont pas grand-chose d'autre. L'idée est de faire en sorte que le juge vous voie comme quelqu'un qui ne mérite pas sa protection — une femme qui couche à droite à gauche, qui provoque, qui fabule. Ne les aidez pas.
— Je ne les aiderai pas.
— Si à n'importe quel moment vous avez besoin d'une pause, vous me regardez et je la demanderai. C'est votre droit.
— Je n'aurai pas besoin d'une pause.
— Je le suis.
— Bien. Quelques rappels de dernière minute. Vous parlez clairement, vous regardez le juge, pas Mohsin. Vous répondez aux questions posées sans vous étendre inutilement. Si la défense cherche à vous déstabiliser sur votre vie privée, votre relation avec Monsieur Benfilali, vos relations passées — vous n'esquivez pas, vous ne vous justifiez pas, et vous recentrez sur les faits du harcèlement. Vous attendez mon objection avant de répondre sur ces points.
— D'accord.
— La défense va jouer la carte de la femme de mauvaises mœurs. C'est inévitable. Ils n'ont pas grand-chose d'autre. L'idée est de faire en sorte que le juge vous voie comme quelqu'un qui ne mérite pas sa protection — une femme qui couche à droite à gauche, qui provoque, qui fabule. Ne les aidez pas.
— Je ne les aiderai pas.
— Si à n'importe quel moment vous avez besoin d'une pause, vous me regardez et je la demanderai. C'est votre droit.
— Je n'aurai pas besoin d'une pause.
Elle me regarda par-dessus ses lunettes.
— Peut-être. Mais gardez l'option en tête. Ce qui va se passer là-dedans n'est pas seulement juridique. C'est aussi émotionnellement épuisant. Vous allez entendre des choses sur vous-même qui seront fausses, et vous ne pourrez pas les corriger toutes. Certaines resteront dans l'air. C'est comme ça que ça fonctionne.
— Je comprends.
— Bien. On y va.
— Je comprends.
— Bien. On y va.
Karim se tenait légèrement en retrait, les mains dans les poches, son visage dans ce masque neutre qu'il portait quand il essayait de ne pas laisser paraître ses émotions. Il témoignerait lui aussi — comme témoin des événements sur la route nationale, comme destinataire des messages de menaces de Mohsin.
Sa présence était à double tranchant. D'un côté, son témoignage était crucial — un directeur général, un homme respecté dans le milieu, confirmant les faits. De l'autre, la défense utiliserait leur relation comme argument central pour discréditer l'ensemble.
À neuf heures moins cinq, les portes de la salle d'audience s'ouvrirent.
POV KARIM
Je vis Mohsin pour la première fois ce matin-là dans la salle d'audience.
Il était assis à la table de la défense avec son avocat — un homme en costume gris qui avait l'air épuisé d'avance par la faiblesse de son dossier, ou qui faisait semblant de l'être pour mieux surprendre. Mohsin portait un costume lui aussi, ce qui lui donnait une apparence de respectabilité déplacée. Il était rasé, coiffé, les mains posées sur la table. L'image du citoyen rangé, du fiancé blessé, de l'homme ordinaire victime d'une accusation injuste.
Et lorsqu'Amira entra dans la salle, ses yeux allèrent vers elle immédiatement.
Je regardai ce regard.
Je m'attendais à de la haine. De la honte peut-être, ou de la colère. Ce que je vis était pire — un désir malsain, persistant, qui n'avait pas été éteint par les semaines de garde à vue, par les charges accumulées contre lui, par cette salle de tribunal et toutes ses implications. Il la regardait avec la même expression que celle qu'il devait avoir quand il l'attendait devant son immeuble — cette conviction de possession, cette certitude que ce qu'il voulait lui appartenait de droit.
Comme si tout ce qui se passait ici était une formalité administrative qui n'avait aucune réalité sur ce qu'il ressentait pour elle. Comme si, une fois cette nuisance judiciaire réglée, elle lui reviendrait.
Cet homme est profondément dangereux. Pas seulement parce qu'il était violent — bien que ce fût le cas. Mais parce qu'il ne comprenait pas. Ne comprendrait probablement jamais.
Amira entra, vit son regard, et ne broncha pas d'un millimètre.
Elle s'assit du côté de la partie civile, dos droit, mains croisées sur la table, et ne lui rendit pas son regard.
POV AMIRA
Le juge était un homme de la soixantaine, cheveux blancs, lunettes rectangulaires, une façon d'entrer dans la salle qui indiquait clairement qu'il avait vu défiler des centaines d'affaires dans cette pièce.
Ce qui était une bonne chose. Ou ce pouvait l'être. Un juge qui n'était pas impressionné pouvait travailler à partir des faits. Ou être si habitué à ce type d'affaire qu'il y appliquerait les réflexes culturels ordinaires — la femme qui a mérité, l'homme qui a simplement trop aimé.
On ne peut pas savoir à l'avance, m'avait dit Maître Benali. On fait notre meilleur travail et on espère tomber sur quelqu'un de lucide.
L'audience débuta à neuf heures précises.
Le procureur prit la parole en premier — lecture des charges, résumé des faits, établissement de la chronologie. Je suivais les mots sans vraiment les entendre, concentrée sur ma propre respiration, sur la façon dont je tiendrais mes mains, sur le moment où mon nom serait appelé.
Mohsin plaida non coupable sur tous les chefs d'accusation.
Évidemment.
Son avocat se leva — plus en forme qu'il n'en avait l'air — et présenta une défense que Maître Benali m'avait annoncée mot pour mot. Les deux véhicules sur la route ? Une coïncidence. Les hommes présents ? Des amis qui se trouvaient là. La détonation ? Contestée, inexplicable, peut-être une panne mécanique mal interprétée. Les messages ? Des preuves d'un amour sincère, mal compris, transformé en harcèlement par une femme qui cherchait à se débarrasser d'un fiancé gênant après s'être compromise avec son supérieur hiérarchique.
Et puis, immédiatement, le glissement.
— Mademoiselle Bensaid entretient depuis plusieurs mois une relation intime avec Monsieur Benfilali Karim, son directeur général et supérieur hiérarchique direct, un homme marié et père de famille. Cette relation, dont la nature n'est pas contestée, explique le mobile de fabrication des preuves et de dépôt de plainte : se débarrasser de l'ancien fiancé pour justifier devant sa famille une liaison jugée socialement inacceptable.
Je regardai le juge.
Il notait. Sans expression visible.
Maître Benali ne bougea pas.
Elle attend, compris-je. Elle attend de voir jusqu'où ils vont aller avant de placer ses objections au moment le plus stratégique.
À dix heures quinze, le juge se tourna vers moi.
— Mademoiselle Bensaid. Vous pouvez vous approcher.
POV KARIM
Je la regardai se lever.
Elle était calme. Pas le calme de quelqu'un qui ne ressentait rien, mais celui de quelqu'un qui ressentait beaucoup et avait décidé de ne rien laisser paraître jusqu'à ce que la vérité soit dite.
Elle s'approcha du pupitre, prêta serment, et attendit la première question. Sa robe bleu marine, son chignon bas, ses mains posées sur le rebord du pupitre — l'image de quelqu'un qui avait décidé d'exister dans cette salle malgré tout ce qu'on allait essayer de lui faire.
— Mademoiselle Bensaid, demanda le procureur, pouvez-vous décrire au tribunal la nature de votre relation avec Monsieur Boumala Mohsin avant les événements qui nous concernent ?
Sa voix, lorsqu'elle répondit, était claire et posée.
— Mohsin Boumala était mon fiancé. Nous nous sommes fiancés il y a environ deux ans. J'ai rompu les fiançailles il y a un an, après avoir découvert qu'il m'avait trompée avec une amie proche. C'était mon choix et mon droit.
— Quelle fut sa réaction à cette rupture ?
— Il n'a pas accepté. Il a commencé à me harceler presque immédiatement. Il considérait que j'étais sa propriété et que la rupture n'était pas valide sans son accord.
— Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par harcèlement ?
— Quelle fut sa réaction à cette rupture ?
— Il n'a pas accepté. Il a commencé à me harceler presque immédiatement. Il considérait que j'étais sa propriété et que la rupture n'était pas valide sans son accord.
— Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par harcèlement ?
POV AMIRA
Je respirai.
— Au début, c'était des messages. Plusieurs fois par jour, parfois plusieurs dizaines par jour. Des messages qui oscillaient entre les supplications et les menaces. Je les ai conservés et versés au dossier.
— Des menaces de quelle nature ?
— Des menaces de me faire du mal si je ne revenais pas avec lui. Des menaces de viol, exprimées clairement et explicitement dans plusieurs messages. Des phrases comme de gré ou de force. Des messages qui disaient qu'il m'avait à l'œil, qu'il savait où j'étais, avec qui j'étais.
— Des menaces de quelle nature ?
— Des menaces de me faire du mal si je ne revenais pas avec lui. Des menaces de viol, exprimées clairement et explicitement dans plusieurs messages. Des phrases comme de gré ou de force. Des messages qui disaient qu'il m'avait à l'œil, qu'il savait où j'étais, avec qui j'étais.
Je vis le juge noter quelque chose. Son stylo bougea trois fois.
— Ces messages ont été versés au dossier, continua le procureur. Vous confirmez en être la destinataire ?
— Oui. Je confirme également avoir bloqué son numéro à plusieurs reprises, et qu'il changeait de numéro pour contourner les blocages.
— La situation a-t-elle évolué dans le temps ?
— Oui. Au harcèlement numérique s'est ajoutée une surveillance physique. Il m'attendait devant mon immeuble, devant mon lieu de travail à Hassi Messaoud. Il s'est présenté à plusieurs reprises dans des endroits où je me trouvais, sans que sa présence soit justifiée. Il a contacté des personnes de mon entourage pour collecter des informations sur mes déplacements. Il a contacté et menacé des personnes avec qui il pensait que j'avais des relations.
— Il y a eu une confrontation physique directe ?
— Oui. Je confirme également avoir bloqué son numéro à plusieurs reprises, et qu'il changeait de numéro pour contourner les blocages.
— La situation a-t-elle évolué dans le temps ?
— Oui. Au harcèlement numérique s'est ajoutée une surveillance physique. Il m'attendait devant mon immeuble, devant mon lieu de travail à Hassi Messaoud. Il s'est présenté à plusieurs reprises dans des endroits où je me trouvais, sans que sa présence soit justifiée. Il a contacté des personnes de mon entourage pour collecter des informations sur mes déplacements. Il a contacté et menacé des personnes avec qui il pensait que j'avais des relations.
— Il y a eu une confrontation physique directe ?
Je marquai une pause. Non pas parce que j'hésitais à répondre, mais parce que la précision importait. Chaque mot devait être exact.
— Oui. À plusieurs reprises. La plus significative est survenue dans le hall de mon immeuble, tard le soir. Il m'a acculée contre le mur, m'a empêchée de partir, et m'a embrassée de force malgré mes protestations répétées et mes tentatives répétées de me dégager.
— Vous avez tenté de vous dégager ?
— Oui. Il m'en a empêchée physiquement. Il a maintenu ses mains sur moi malgré mes refus verbaux explicites et mes tentatives physiques de me libérer.
— Vous avez tenté de vous dégager ?
— Oui. Il m'en a empêchée physiquement. Il a maintenu ses mains sur moi malgré mes refus verbaux explicites et mes tentatives physiques de me libérer.
POV KARIM
La salle était silencieuse. Ce genre de silence particulier qui se fait lorsqu'une vérité difficile est dite clairement et sans artifice.
L'avocat de la défense prenait des notes avec une frénésie méthodique. Mohsin, lui, regardait Amira avec cette même expression que j'avais remarquée en entrant — ni remords, ni honte. Désir et possession frustrée. La conviction d'un homme qui croyait sincèrement que ce qu'il avait fait relevait de l'amour, et que le tribunal finirait par le comprendre.
— Venons-en aux événements du mois de septembre, dit le procureur. Pouvez-vous décrire ce qui s'est passé sur la route nationale reliant Hassi Messaoud à Ouargla ?
Amira hocha la tête.
— Nous nous rendions vers Ouargla, Monsieur Benfilali et moi. À environ quarante kilomètres d'Ouargla, deux véhicules barraient la route, positionnés de façon à ne laisser qu'un passage étroit. Plusieurs hommes étaient présents entre les véhicules et autour. J'ai reconnu le véhicule de Monsieur Boumala, que je connaissais, ainsi que sa personne.
— Que s'est-il passé ensuite ?
— Les hommes ont commencé à encercler notre véhicule. L'un d'eux s'est approché de la portière du conducteur. L'intention manifeste, compte tenu du positionnement des véhicules et des hommes, était d'extraire une personne du véhicule. Cette personne, c'était moi. Monsieur Benfilali a effectué un demi-tour d'urgence pour quitter les lieux. Alors que nous quittions la zone, une détonation s'est produite.
— Un coup de feu.
— Une détonation. Les témoins de la station de pompage l'ont confirmé.
— Que s'est-il passé ensuite ?
— Les hommes ont commencé à encercler notre véhicule. L'un d'eux s'est approché de la portière du conducteur. L'intention manifeste, compte tenu du positionnement des véhicules et des hommes, était d'extraire une personne du véhicule. Cette personne, c'était moi. Monsieur Benfilali a effectué un demi-tour d'urgence pour quitter les lieux. Alors que nous quittions la zone, une détonation s'est produite.
— Un coup de feu.
— Une détonation. Les témoins de la station de pompage l'ont confirmé.
POV AMIRA
La partie suivante fut la plus difficile.
L'avocat de la défense se leva pour le contre-interrogatoire. Il était méthodique, professionnel, et il fit exactement ce que Maître Benali m'avait annoncé. Je le reconnus presque mot pour mot.
— Mademoiselle Bensaid. Vous avez décrit Monsieur Boumala comme votre harceleur. Mais n'est-il pas vrai que vous avez continué à répondre à ses messages pendant plusieurs mois ?
— J'ai répondu à certains messages pour lui demander de cesser le contact. Ce n'est pas de la réciprocité.
— Vous vivez seule à Hassi Messaoud.
— Oui.
— Loin de votre famille.
— Oui.
— Vous avez mentionné la présence de Monsieur Benfilali lors de l'incident routier. Quelle était la nature exacte de votre relation avec votre supérieur hiérarchique à ce moment-là ?
— J'ai répondu à certains messages pour lui demander de cesser le contact. Ce n'est pas de la réciprocité.
— Vous vivez seule à Hassi Messaoud.
— Oui.
— Loin de votre famille.
— Oui.
— Vous avez mentionné la présence de Monsieur Benfilali lors de l'incident routier. Quelle était la nature exacte de votre relation avec votre supérieur hiérarchique à ce moment-là ?
Maître Benali se leva.
— Objection, Monsieur le Juge. La question ne concerne pas les faits de l'affaire.
— Je vais quand même répondre, dis-je.
— Je vais quand même répondre, dis-je.
Le juge me regarda.
— Vous pouvez.
Je regardai l'avocat de la défense en face. Pas avec hostilité. Avec clarté.
— Ma relation avec Monsieur Benfilali ne change en rien la réalité du harcèlement de Monsieur Boumala, qui a débuté plus d'un an avant mon embauche chez OilWell Services. Elle ne change pas la réalité des messages de menace de viol qui figurent au dossier. Elle ne change pas la réalité du barrage routier, ni celle de la détonation confirmée par des témoins indépendants. Ces faits existent dans leur matérialité propre, indépendamment de ma vie privée.
L'avocat ne lâcha pas.
— Vous reconnaissez donc cette relation ?
— Je ne cache rien. Je dis simplement que ce n'est pas l'objet de ce procès.
— Monsieur Boumala affirme que votre présence dans ce véhicule avec un homme marié était connue de lui, et que cette situation l'a profondément blessé en tant qu'homme et en tant qu'ex-fiancé. Que ce comportement...
— Monsieur le Juge, dit Maître Benali avec une fermeté tranquille. Je renouvelle mon objection avec force. La plaignante n'est pas en procès pour sa vie sentimentale. La moralité de Mademoiselle Bensaid n'est pas l'objet du débat judiciaire d'aujourd'hui. L'objet, ce sont les actes de Monsieur Boumala — les messages, la violence physique au hall d'immeuble, le barrage routier, la détonation. Tout le reste est une tentative de déplacer l'attention du tribunal de l'accusé vers la victime.
— Objection retenue, dit le juge. Maître, recentrez votre contre-interrogatoire sur les faits.
— Je ne cache rien. Je dis simplement que ce n'est pas l'objet de ce procès.
— Monsieur Boumala affirme que votre présence dans ce véhicule avec un homme marié était connue de lui, et que cette situation l'a profondément blessé en tant qu'homme et en tant qu'ex-fiancé. Que ce comportement...
— Monsieur le Juge, dit Maître Benali avec une fermeté tranquille. Je renouvelle mon objection avec force. La plaignante n'est pas en procès pour sa vie sentimentale. La moralité de Mademoiselle Bensaid n'est pas l'objet du débat judiciaire d'aujourd'hui. L'objet, ce sont les actes de Monsieur Boumala — les messages, la violence physique au hall d'immeuble, le barrage routier, la détonation. Tout le reste est une tentative de déplacer l'attention du tribunal de l'accusé vers la victime.
— Objection retenue, dit le juge. Maître, recentrez votre contre-interrogatoire sur les faits.
Il dit ça d'un ton net, sans hésitation. Quelque chose en moi se relâcha légèrement.
Un juge lucide. Maître Benali avait raison. On a de la chance.
L'avocat hocha la tête, consulta ses notes, changea d'angle. Il essaya encore vingt minutes — d'autres façons d'introduire le doute sur ma crédibilité, sur mes motivations, sur ma stabilité émotionnelle. Il n'obtint rien de ce qu'il cherchait. Chaque fois qu'il approchait du terrain de la moralité, le juge le recadrait.
Ce n'était pas une victoire acquise. C'était un juge qui faisait son travail honnêtement. C'était déjà exceptionnel.
POV KARIM
Mon propre témoignage fut plus bref mais tout aussi éprouvant.
Je décrivis les messages reçus — leur contenu, leur ton menaçant, la façon dont Mohsin avait obtenu mon numéro. L'incident routier, le demi-tour d'urgence, la détonation. L'avocat de la défense tenta le même angle qu'avec Amira.
— Monsieur Benfilali. Votre présence sur cette route avec Mademoiselle Bensaid était-elle à caractère professionnel ?
— Non.
— À caractère personnel, donc.
— Oui.
— Vous entretenez une relation intime avec votre stagiaire.
— Je ne suis pas là pour commenter ma vie privée. Je suis là pour confirmer les faits dont j'ai été témoin direct.
— Peut-on dire que vous aviez un intérêt personnel à nuire à Monsieur Boumala, qui représentait un obstacle dans cette relation ?
— On peut formuler n'importe quelle hypothèse. Les faits sont dans le dossier. Les témoins de la station de pompage ont entendu la détonation de façon indépendante. Les relevés téléphoniques établissent les appels. Je n'ai fabriqué aucun élément de preuve, et aucune preuve de fabrication n'a été présentée au tribunal.
— Mais votre objectivité en tant que témoin est compromise par votre relation avec la plaignante.
— Je suis un témoin direct de faits matériels. J'étais au volant du véhicule. J'ai vu les hommes. J'ai entendu la détonation. L'objectivité d'un témoin direct ne dépend pas de sa relation avec les autres personnes impliquées — elle dépend de la réalité de ce qu'il a vu et entendu. Et ce que j'ai vu et entendu est dans mon témoignage.
— Non.
— À caractère personnel, donc.
— Oui.
— Vous entretenez une relation intime avec votre stagiaire.
— Je ne suis pas là pour commenter ma vie privée. Je suis là pour confirmer les faits dont j'ai été témoin direct.
— Peut-on dire que vous aviez un intérêt personnel à nuire à Monsieur Boumala, qui représentait un obstacle dans cette relation ?
— On peut formuler n'importe quelle hypothèse. Les faits sont dans le dossier. Les témoins de la station de pompage ont entendu la détonation de façon indépendante. Les relevés téléphoniques établissent les appels. Je n'ai fabriqué aucun élément de preuve, et aucune preuve de fabrication n'a été présentée au tribunal.
— Mais votre objectivité en tant que témoin est compromise par votre relation avec la plaignante.
— Je suis un témoin direct de faits matériels. J'étais au volant du véhicule. J'ai vu les hommes. J'ai entendu la détonation. L'objectivité d'un témoin direct ne dépend pas de sa relation avec les autres personnes impliquées — elle dépend de la réalité de ce qu'il a vu et entendu. Et ce que j'ai vu et entendu est dans mon témoignage.
Le juge nota quelque chose. L'avocat de la défense s'assit.
POV AMIRA
Les plaidoiries prirent deux heures.
Le procureur fut méthodique et précis — il parcourut le dossier pièce par pièce, citant les messages les plus explicites, les témoignages des voisins d'immeuble qui avaient remarqué les filatures, les relevés téléphoniques, les déclarations des travailleurs de la station. Il construisit une chronologie simple et irréfutable — le harcèlement débutant avant toute relation entre Amira et son directeur, évoluant progressivement vers la menace physique, culminant dans l'embuscade sur la route nationale.
— Le tribunal est invité à noter, dit-il en conclusion, que les actes reprochés à Monsieur Boumala ont débuté bien avant tout lien entre la plaignante et Monsieur Benfilali, et qu'ils constituent des infractions pénales objectives indépendantes de tout contexte sentimental. La tentative de la défense de faire de la vie privée de Mademoiselle Bensaid l'enjeu de ce procès révèle précisément la faiblesse du dossier de la défense sur les faits eux-mêmes.
L'avocat de la défense fit ce qu'il pouvait avec ce qu'il avait — pas grand-chose d'autre que des insinuations, des appels à la morale sociale, des sous-entendus sur le caractère d'Amira. Il essaya de convaincre le juge que son client était un homme blessé, qu'un homme blessé par l'infidélité de sa fiancée pouvait être excusé dans ses actes, que la présence d'Amira dans un véhicule avec un homme marié relativisait tout le reste.
Le juge l'écouta avec la même attention impassible qu'il avait accordée à tout le reste.
Mohsin, pendant tout ce temps, ne me quitta pas des yeux. Pas avec rage — avec cette attention fixe et possessive que je connaissais. Comme si cette salle, ces charges, ces témoignages n'avaient aucune prise sur ce qu'il ressentait. Comme si ma présence ici était encore une forme de communication entre nous — la preuve que j'existais encore dans son monde.
Je lui rendis son regard une seule fois. Juste une fois, pendant environ trois secondes. Puis je me retournai vers le juge.
Tu n'existes plus, lui dis-je silencieusement. Plus pour moi.
À treize heures, le juge suspendit l'audience pour délibérer.
POV KARIM
Nous attendîmes dans le couloir, Maître Benali, Amira et moi. Le lieutenant Hamid était également présent, en civil, assis un peu plus loin. Il avait tenu à venir pour le verdict.
— Comment vous sentez-vous ? demandai-je à Maître Benali à voix basse.
— Le juge a refusé de se laisser entraîner sur le terrain de la moralité. C'est le signe le plus encourageant qu'on pouvait avoir. Maintenant, les délibérations appartiennent à lui.
— Vous pensez qu'il va condamner ?
— Je pense que le dossier le justifie amplement. Si le juge travaille sur les faits — et il en a donné les signaux — la condamnation est probable. Ferme ou avec sursis, je ne peux pas le dire.
— Le juge a refusé de se laisser entraîner sur le terrain de la moralité. C'est le signe le plus encourageant qu'on pouvait avoir. Maintenant, les délibérations appartiennent à lui.
— Vous pensez qu'il va condamner ?
— Je pense que le dossier le justifie amplement. Si le juge travaille sur les faits — et il en a donné les signaux — la condamnation est probable. Ferme ou avec sursis, je ne peux pas le dire.
Amira ne parlait pas. Elle s'était adossée au mur, les bras croisés, regardant les gens passer dans le couloir avec des yeux qui ne voyaient pas vraiment.
Je m'approchai.
— Tu as été remarquable.
— J'ai dit la vérité.
— C'est la même chose dans une salle d'audience. Peut-être surtout dans celle-là.
— J'ai dit la vérité.
— C'est la même chose dans une salle d'audience. Peut-être surtout dans celle-là.
Elle haussa légèrement les épaules.
— Je me sens étrangement vide.
— C'est normal. Tu as porté ça pendant un an. Maintenant c'est dans les mains de quelqu'un d'autre.
— Et si...
— Ne commence pas cette phrase. Pas maintenant.
— Karim. Dans neuf affaires sur dix, le juge aurait accepté ce que l'avocat essayait de faire. On aurait perdu sur le terrain de la moralité. Je le savais. Maître Benali me l'avait dit.
— Je sais.
— Ce juge a fait son travail honnêtement. C'est ça qui fait la différence. Pas la justice, pas le système. Un homme qui a décidé ce matin de regarder les faits.
— Oui.
— C'est fragile comme victoire.
— Oui. Mais c'est une victoire quand même.
— C'est normal. Tu as porté ça pendant un an. Maintenant c'est dans les mains de quelqu'un d'autre.
— Et si...
— Ne commence pas cette phrase. Pas maintenant.
— Karim. Dans neuf affaires sur dix, le juge aurait accepté ce que l'avocat essayait de faire. On aurait perdu sur le terrain de la moralité. Je le savais. Maître Benali me l'avait dit.
— Je sais.
— Ce juge a fait son travail honnêtement. C'est ça qui fait la différence. Pas la justice, pas le système. Un homme qui a décidé ce matin de regarder les faits.
— Oui.
— C'est fragile comme victoire.
— Oui. Mais c'est une victoire quand même.
Elle se tourna vers moi, et pour la première fois depuis le matin, son masque se fissura légèrement. Pas jusqu'aux larmes. Juste assez pour que je voie ce qu'il y avait dessous.
— J'ai pensé à ma mère ce matin. Pendant que je témoignais. Elle ne sait rien de tout ça. Elle croit que j'allais simplement à une réunion professionnelle à Ouargla.
— Tu lui diras ?
— Un jour, peut-être. Une version de ça. Pas aujourd'hui.
— Amira.
— Quoi ?
— Ce qu'il t'a fait. Ce procès. La façon dont l'avocat adverse t'a regardée et a essayé de te transformer en coupable. Rien de ça ne te définit.
— Tu lui diras ?
— Un jour, peut-être. Une version de ça. Pas aujourd'hui.
— Amira.
— Quoi ?
— Ce qu'il t'a fait. Ce procès. La façon dont l'avocat adverse t'a regardée et a essayé de te transformer en coupable. Rien de ça ne te définit.
Elle me regarda avec une expression indéchiffrable.
— Je sais. Mais ça m'a quand même changée.
— En mieux ?
— En quelque chose qui a survécu à ce matin. Je ne sais pas encore si c'est mieux. Mais c'est debout.
— En mieux ?
— En quelque chose qui a survécu à ce matin. Je ne sais pas encore si c'est mieux. Mais c'est debout.
POV AMIRA
La délibération dura deux heures et demie.
Lorsque nous reprîmes place dans la salle d'audience à quinze heures trente, quelque chose avait changé dans l'atmosphère — une tension différente, plus lourde, définitive.
Mohsin entra avec les mêmes gardes, s'assit à la table de la défense. Il me chercha du regard immédiatement.
Je fixai le bureau du juge.
— Veuillez vous lever.
Tout le monde se leva.
Le juge prit son temps, ajustant ses lunettes, consultant ses notes une dernière fois. Puis il leva les yeux et son regard alla d'abord vers Mohsin, puis vers la table de la partie civile.
— Au terme de la délibération du tribunal correctionnel de Ouargla, Boumala Mohsin, vous êtes reconnu coupable des chefs d'accusation suivants.
Ma main trouva celle de Karim sous la table. Ses doigts se refermèrent sur les miens.
— Harcèlement moral et physique aggravé, menaces de mort réitérées, participation à une association de malfaiteurs ayant organisé un barrage illégal sur voie publique, complicité de décharge d'arme à feu en lieu public, tentative de séquestration.
— En conséquence, le tribunal vous condamne à trois ans d'emprisonnement ferme, sans sursis, assortis d'une injonction d'éloignement de dix ans interdisant tout contact direct ou indirect avec Mademoiselle Bensaid Amira, sous peine d'aggravation immédiate des charges.
— En conséquence, le tribunal vous condamne à trois ans d'emprisonnement ferme, sans sursis, assortis d'une injonction d'éloignement de dix ans interdisant tout contact direct ou indirect avec Mademoiselle Bensaid Amira, sous peine d'aggravation immédiate des charges.
POV KARIM
Trois ans ferme.
Les mots tombèrent dans la salle avec le poids de quelque chose de définitif.
Je vis Mohsin. Pour la première fois depuis le matin, l'expression de possession calculée disparut de son visage. Remplacée par quelque chose de plus humain — une peur, brève mais réelle, avant que l'avocat ne se penche vers lui pour parler à voix basse. Cette réalité-là — les menottes, le fourgon, l'absence de liberté — avait une prise sur lui que ni les charges ni les témoignages n'avaient eue.
Amira ne cria pas. Elle ne pleura pas. Elle pressa légèrement mes doigts et prit une longue et lente inspiration.
Ce fut tout.
Mais ce fut suffisant.
Dans le couloir, après, Maître Benali lui serra la main avec un sourire rare.
— Vous avez été exactement ce qu'il fallait être. Sobre et vraie. Et vous avez refusé de vous laisser réduire à ce qu'ils voulaient faire de vous.
— Merci pour tout. Sans vous...
— Sans le dossier solide, sans votre témoignage, sans un juge honnête, rien n'aurait suffi. Les quatre ensemble ont produit ça. Gardez ça en tête. Pas seulement le résultat — le prix que ça a coûté pour y arriver.
— Merci pour tout. Sans vous...
— Sans le dossier solide, sans votre témoignage, sans un juge honnête, rien n'aurait suffi. Les quatre ensemble ont produit ça. Gardez ça en tête. Pas seulement le résultat — le prix que ça a coûté pour y arriver.
Le lieutenant Hamid nous rejoignit, serrant la main à tout le monde avec la sobriété d'un homme qui avait vu assez de verdicts pour ne pas se laisser emporter.
— Bien joué. Toutes les deux. Rarement vu un dossier tenu avec autant de rigueur.
— Merci à vous, lieutenant. Vous avez fait le travail.
— C'est pour ça qu'on est là.
— Merci à vous, lieutenant. Vous avez fait le travail.
— C'est pour ça qu'on est là.
Il repartit vers son véhicule.
Amira et moi nous retrouvâmes seuls dans le couloir vidé. Le soleil de l'après-midi entrait par les grandes baies poussiéreuses, éclairant les carreaux beiges d'une lumière dorée un peu triste.
— On y va ? murmurai-je.
— Oui. Allons-y.
— Oui. Allons-y.
POV AMIRA
L'hôtel s'appelait Oued El Abiod. Propre, discret, en périphérie d'Ouargla. Karim avait réservé pour deux nuits.
La chambre donnait sur un petit jardin intérieur avec un laurier-rose. Nous entrâmes en silence, je posai mon sac sur la chaise, et m'assis sur le bord du lit.
Karim s'assit à côté de moi. Nous restâmes ainsi un long moment, côte à côte, sans nous toucher, regardant le rien devant nous.
— C'est fini, dit-il enfin.
— Oui.
— Mohsin ne peut plus t'approcher.
— Non. Plus jamais.
— Comment tu te sens ?
— Oui.
— Mohsin ne peut plus t'approcher.
— Non. Plus jamais.
— Comment tu te sens ?
Je réfléchis à la question honnêtement.
— Étrange. Je m'attendais à ressentir quelque chose de plus grand. Une libération, peut-être. Quelque chose de net.
— Et ?
— Et c'est juste calme. Comme après une tempête. Le calme n'est pas de la joie.
— Non. Mais c'est mieux que la tempête.
— Oui. C'est mieux que la tempête.
— Et ?
— Et c'est juste calme. Comme après une tempête. Le calme n'est pas de la joie.
— Non. Mais c'est mieux que la tempête.
— Oui. C'est mieux que la tempête.
Silence.
— On a gagné, murmurai-je. Mais à quel prix ?
POV KARIM
À quel prix.
La question contenait tout — Nadia, la séparation en cours, les filles à qui il faudrait expliquer, la carrière dont les fondations tremblaient, les mois de clandestinité, la violence de Mohsin, le procès, l'avocat adverse qui avait passé deux heures à essayer de transformer Amira en femme indigne de protection judiciaire.
Et surtout — la réalité que nous venions d'affronter. Cette victoire n'était pas la norme. C'était une exception. Obtenue grâce à un dossier solide, une avocate compétente, un juge lucide, et quelque chose qui ressemblait à de la chance.
Dans neuf autres tribunaux, avec neuf autres juges, la même affaire aurait pu se terminer autrement.
— Je ne sais pas encore calculer le prix, dis-je honnêtement. Pas aujourd'hui.
— Nadia.
— Oui.
— Tes filles.
— Oui.
— Tout ce que tu as construit pendant vingt-trois ans.
— Oui. Tout ça.
— Nadia.
— Oui.
— Tes filles.
— Oui.
— Tout ce que tu as construit pendant vingt-trois ans.
— Oui. Tout ça.
Elle se tourna vers moi, et dans son regard, je ne vis pas de triomphe. Juste cette même fatigue profonde que je ressentais, et en dessous, quelque chose de plus fondamental — de l'amour. Réel, durable, qui avait survécu à tout le reste.
— Karim.
— Oui.
— Est-ce que tu regrettes ?
— Non.
— Même ce soir ?
— Surtout ce soir.
— Oui.
— Est-ce que tu regrettes ?
— Non.
— Même ce soir ?
— Surtout ce soir.
Elle tendit la main vers mon visage, posa sa paume contre ma joue. Je fermai les yeux.
— Je t'aime, dit-elle simplement.
— Moi aussi je t'aime.
— Ce soir je veux juste être avec toi. Pas pour célébrer. Pas pour exorciser quoi que ce soit. Juste être avec toi.
— C'est tout ce que je veux aussi.
— Moi aussi je t'aime.
— Ce soir je veux juste être avec toi. Pas pour célébrer. Pas pour exorciser quoi que ce soit. Juste être avec toi.
— C'est tout ce que je veux aussi.
POV AMIRA
Il m'embrassa doucement. Pas avec urgence, pas avec la passion des nuits de danger. Avec cette tendresse particulière qui n'apparaissait que dans les moments où nous étions vraiment, complètement seuls — dépouillés de tout le reste.
Nous nous déshabillâmes lentement, dans la lumière dorée du soir qui entrait par les lattes du store. Pas de précipitation. Pas de cérémonie — juste deux corps qui se connaissaient bien, qui s'approchaient l'un de l'autre avec la familiarité de quelque chose de construit.
Il s'allongea sur moi, et je le laissai prendre ce poids — réel, chaud, vivant.
— Tu es là, murmurai-je.
— Oui.
— Vraiment là. Pas en train de partir. Pas en train de te cacher.
— Non. Je suis là.
— Oui.
— Vraiment là. Pas en train de partir. Pas en train de te cacher.
— Non. Je suis là.
La pénétration fut lente, profonde, sans fioriture. Il bougea en moi avec cette régularité qui n'avait rien de mécanique — le rythme de quelqu'un qui avait appris exactement comment j'existais.
Mes bras autour de son dos. Ses lèvres dans mon cou.
Ni violence ni urgence. Juste la chaleur de deux corps qui se rejoignaient après tout ce que la journée avait coûté. Après tout ce que l'année entière avait coûté.
— On a gagné, murmurai-je à nouveau, différemment cette fois. Pas comme une question.
— Oui. On a gagné.
— Mais quelque chose est quand même cassé.
— Oui. Quelque chose est cassé.
— On peut construire avec des choses cassées ?
— On peut essayer.
— Oui. On a gagné.
— Mais quelque chose est quand même cassé.
— Oui. Quelque chose est cassé.
— On peut construire avec des choses cassées ?
— On peut essayer.
POV KARIM
Nous fîmes l'amour lentement, longuement, la nuit qui tombait progressivement autour de nous, le laurier-rose du jardin visible par les lattes du store.
Amira jouit sans se presser — une longue montée, un long moment de suspension, une descente douce. Rien de brutal. Rien d'étouffé.
Je la suivis peu après, me répandant en elle avec un soupir plus proche du soulagement que du plaisir pur.
Puis nous restâmes allongés, nos jambes entrelacées, son dos contre mon torse, regardant le plafond.
— On a gagné, dis-je doucement. La question du prix est pour demain.
— D'accord.
— Ce soir, il suffit que tu sois là. Il suffit que Mohsin soit en prison. Il suffit que cette chambre existe.
— D'accord.
— Ce soir, il suffit que tu sois là. Il suffit que Mohsin soit en prison. Il suffit que cette chambre existe.
Elle prit ma main, la porta à ses lèvres.
— Ce soir, ça suffit.
Dehors, Ouargla s'endormait dans le soir d'octobre. Les torchères des champs pétroliers rougeoyaient à l'horizon. Le laurier-rose se balançait légèrement dans le vent.
Et dans cette chambre, nous existions — simplement, douloureusement, honnêtement.
Deux personnes qui avaient traversé quelque chose de difficile dans un système qui n'était pas fait pour les protéger, et qui tenaient encore. Non pas parce que le système avait été juste, mais parce qu'ils avaient eu la chance — fragile, précaire, exceptionnelle — de trouver en chemin un juge qui avait fait son travail.
Ce soir, pour cette nuit au moins, c'était assez.
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