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Couverture de Parfum de l'interdit, par NadiaKarim
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Parfum de l'interdit — Chapitre 16 · L'embuscade

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NadiaKarim
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Parfum de l'interdit

Chapitre 16 · L'embuscade

POV AMIRA
Le jeudi matin, nous partîmes tôt. Karim avait tout organisé — un week-end à Ghardaïa, cette ville millénaire du Mzab dont il m'avait souvent parlé, avec ses maisons blanches en cascade sur les collines et ses ruelles labyrinthiques. Notre premier vrai week-end en amoureux, loin de Hassi Messaoud et de tous ses fantômes.
J'avais dit à ma mère que je partais avec Yasmine voir de la famille à Ouargla. Mensonge de plus dans un édifice déjà fragile. Mais je l'avais prononcé sans trop de culpabilité — j'avais appris à vivre avec les mensonges nécessaires.
Karim était passé me prendre à cinq heures du matin, avant que le quartier ne s'éveille. Je m'étais glissée dans le Land Cruiser dans la pénombre, mon petit sac posé sur mes genoux, le cœur léger pour la première fois depuis des semaines.
— Tu es prête pour Ghardaïa ? demanda-t-il en démarrant.
— Plus que prête.
Il prit ma main et l'embrassa. Je souris dans le noir.
Nous avions pris la RN3, la route nationale qui reliait Hassi Messaoud à Ouargla puis continuait vers le nord jusqu'à Ghardaïa. Une route que je connaissais bien — droite, monotone, traversant des étendues de hamada pierreuse et de sable. En cette heure matinale, elle était presque déserte.
Pendant la première heure, nous parlâmes peu, savourant le silence complice, la musique douce qui sortait des haut-parleurs, le paysage qui s'éveillait dans la lumière rasante du soleil levant.
Puis, à environ quarante kilomètres d'Ouargla, sur un tronçon particulièrement isolé de la route, Karim ralentit.
— Il y a quelque chose devant.
POV KARIM
Je distinguai d'abord les silhouettes. Deux voitures garées en travers de la route, une de chaque côté, ne laissant qu'un étroit passage au centre. Et des hommes debout, quatre ou cinq, qui nous regardaient approcher.
Mon estomac se noua.
— Karim, murmura Amira.
— Je vois.
J'aurais pu accélérer et tenter de passer. Mais si c'était un barrage délibéré — et tout indiquait que c'en était un — ils auraient eu le temps de bloquer le passage.
Je ralentis encore, ma main glissant vers la portière pour vérifier qu'elle était verrouillée. Le doigt d'Amira se referma sur mon bras.
— C'est Mohsin, souffla-t-elle. La voiture de gauche. C'est la sienne.
Je la reconnus aussi — un vieux pickup Toyota blanc, le même que celui stationné devant son bureau le jour où il l'avait suivie. Et maintenant que nous étions plus proches, je distinguai les visages. Mohsin était là, debout entre les deux véhicules, les bras croisés. Quatre hommes l'entouraient — grands, costauds, l'air de gens que l'on payait pour faire des choses que la loi interdisait.
— Amira. Écoute-moi.
— Karim...
— Tu restes dans la voiture. Quoi qu'il arrive, tu restes dans la voiture. La portière est verrouillée. Si quelque chose arrive, tu prends le volant et tu files vers Ouargla. Tu ne t'arrêtes pour rien.
— Je ne vais pas te laisser...
— Tu fais ce que je te dis.
Ma voix était calme, plus calme que je ne me sentais. Parce que face au danger physique, toute la partie de mon cerveau qui gérait les émotions se taisait et laissait place à une clarté froide et précise.
Je m'arrêtai à une dizaine de mètres d'eux et coupai le moteur — pas le contact, juste le moteur, gardant les clés en position.
POV AMIRA
Mohsin s'approcha de la voiture. Il portait un jean noir et une veste en cuir malgré la chaleur, les mains dans les poches, un sourire qui n'avait rien d'agréable.
Il frappa à la vitre de Karim.
Karim descendit la vitre de quelques centimètres seulement.
— Tu es perdu ? dit-il d'une voix parfaitement neutre.
— Non. Je suis exactement là où je dois être.
Mohsin se pencha pour me regarder à travers la vitre. Son sourire s'élargit en me voyant.
— Amira. Tu pars en balade avec ton patron ?
— Dégage de là, Mohsin, dis-je, ma voix plus ferme que mes mains tremblantes.
— Je veux juste qu'on parle. Entre adultes.
— Il n'y a rien à dire, coupa Karim. Écarte tes voitures et laisse-nous passer.
— Je ne crois pas, non.
Du coin de l'œil, je vis les quatre hommes de Mohsin commencer à se déplacer. Deux vers le Land Cruiser, deux vers l'arrière. Un encerclement.
Mon cœur battit à tout rompre.
POV KARIM
Je compris immédiatement ce qui se passait. Ils ne voulaient pas parler. Ils voulaient extraire Amira de la voiture.
— Accroche-toi, dis-je entre mes dents.
Je démarrai, passai en marche arrière, et écrasai l'accélérateur.
Le Land Cruiser bondit en arrière avec une puissance qui surprit tout le monde, moi y compris. L'un des hommes qui se trouvait derrière dut plonger sur le côté pour éviter d'être renversé. Amira cria.
Je braquai à fond, faisant pivoter le véhicule de cent quatre-vingts degrés dans un crissement de pneus qui déchira le silence du désert. Puis je passai en première et accélérai, fonçant dans la direction d'où nous étions venus.
Dans le rétroviseur, je vis les hommes de Mohsin courir vers leurs voitures.
— Ils nous suivent ! cria Amira.
— Je sais. Tiens-toi.
POV AMIRA
La route défilait à toute allure sous les roues du Land Cruiser. Karim conduisait avec une maîtrise que je ne lui avais jamais vue — technique, concentré, ses mains fermes sur le volant malgré les virages que cette route droite ne comportait pas.
Dans le rétroviseur latéral, je vis les phares du pickup Toyota de Mohsin. Il gagnait du terrain.
— Il est plus rapide, dit Karim, les dents serrées. Ce modèle de Land Cruiser est lourd.
— Qu'est-ce qu'on fait ?
— Dans trois kilomètres, il y a une bifurcation vers une piste qui mène à une station de pompage. Si je la prends, ils n'oseront pas nous suivre trop loin — c'est une zone industrielle sécurisée.
— Et si tu la rates ?
— Je ne la raterai pas.
Sa certitude me calma légèrement. Juste légèrement. Parce que les phares dans le rétroviseur se rapprochaient encore.
Puis, soudain, une détonation.
— Ils tirent ! hurlai-je.
— Pas sur nous. En l'air. Pour nous faire peur.
— Ça marche !
POV KARIM
La bifurcation apparut dans les phares — un panneau rouillé, une piste de gravier que je n'aurais jamais prise en temps normal. Je braquai sans ralentir, le Land Cruiser penchant dangereusement avant de se stabiliser sur la piste.
Comme je l'avais espéré, les phares du pickup continuèrent sur la route principale un instant, hésitèrent, puis s'arrêtèrent. Ils ne nous suivirent pas sur la piste.
Je conduisis encore deux kilomètres sur le gravier, jusqu'à ce que les lumières de la station de pompage apparaissent au loin. Puis je m'arrêtai, coupai les phares, et restai immobile, les mains crispées sur le volant.
Le silence revint.
Je tournai la tête vers Amira.
Elle était pâle comme un linge, ses mains serrées sur le tableau de bord, ses yeux encore larges de terreur. Mais elle était là. Entière. Indemne.
Quelque chose se brisa en moi.
— Amira. Tu vas bien ?
Sa bouche s'ouvrit. Aucun son ne sortit. Puis, dans un souffle :
— Tu as failli... ils auraient pu...
— Mais ils n'ont pas pu. On est là.
— Karim...
Elle se jeta dans mes bras, traversant le levier de vitesses avec une agilité désespérée, et je la tins — fort, aussi fort que je pouvais — en sentant tout son corps trembler contre le mien.
POV AMIRA
Je pleurais. Je n'avais pas réalisé quand les larmes avaient commencé, mais elles coulaient maintenant sans que je puisse les arrêter — des larmes silencieuses, brûlantes, qui trempaient le col de sa chemise.
— J'ai cru qu'ils t'avaient...
— Non. On est là.
— Mohsin est devenu fou. Complètement fou.
— Oui.
— On aurait pu mourir.
— On n'est pas morts.
Sa voix était douce mais ferme, et ses mains caressaient mon dos avec une régularité apaisante. Je m'accrochai à lui, essayant de récupérer ma respiration, de calmer les tremblements.
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
— On va à Ouargla. Il y a un hôtel que je connais — discret, propre. On s'arrête là pour se remettre. Et demain matin, on va à la gendarmerie.
— La plainte.
— La plainte. Cette fois, c'est allé trop loin. Barrage routier, intimidation, coup de feu en l'air. C'est de l'association de malfaiteurs. Il ne s'en tirera pas avec un simple avertissement.
Je m'écartai légèrement pour le regarder. Dans la lumière diffuse, je vis les traces de l'adrénaline sur son visage — la mâchoire serrée, les yeux encore intenses.
Il avait eu peur. Pour moi.
— Merci, murmurai-je.
— Ne me remercie pas. J'aurais dû anticiper que Mohsin passerait à l'acte. J'aurais dû être plus prudent.
— Ce n'est pas ta faute.
— Si. En partie.
Il démarra doucement, reprenant la piste vers la route. Je ne retournai pas sur mon siège — je restai blottie contre lui, sa main gauche tenant le volant, la droite autour de mes épaules.
POV KARIM
L'hôtel Tafilalt à Ouargla était exactement ce que j'avais dit — discret, propre, sans prétention. Je payai cash en donnant un faux nom pour la chambre. Le réceptionniste somnolait et ne leva même pas la tête.
La chambre était au deuxième étage — petite, fonctionnelle, avec un lit double, une table de nuit, une salle de bain dont le carrelage jauni racontait des années de service. Une fenêtre donnait sur une cour intérieure.
Amira entra et posa son sac. La pièce l'enveloppa de son silence.
Je m'assis sur le bord du lit, les coudes sur les genoux, et laissai enfin la tension se relâcher. Les mains qui avaient tenu le volant avec tant de maîtrise se mirent à trembler légèrement maintenant que le danger était passé.
Amira s'en aperçut. Elle vint s'agenouiller devant moi, prenant mes mains dans les siennes.
— Karim.
— Je vais bien.
— Non. Tu trembles.
— L'adrénaline. Ça passe.
Elle leva vers moi ces yeux noisette que je connaissais si bien maintenant. Dans leur profondeur, je lus quelque chose d'intense, de primitif.
— J'ai cru te perdre, murmura-t-elle. Quand ils ont tiré...
— En l'air.
— Peu importe où. J'ai entendu la détonation et j'ai pensé... j'ai pensé que c'était toi.
Sa voix se brisa.
— Amira...
— Non. Tais-toi. Tais-toi et laisse-moi faire.
POV AMIRA
Je me relevai, me plaçant entre ses jambes, et je l'embrassai.
Pas doucement. Pas tendrement. Avec toute la peur, la rage, le soulagement accumulés depuis cette route déserte et ces hommes menaçants et cette détonation qui avait failli me faire perdre la raison.
Ses mains trouvèrent mes hanches — d'abord hésitantes, puis de plus en plus fermes. Il répondit à mon baiser avec une intensité qui correspondait à la mienne.
Je le fis reculer sur le lit, m'allongeant sur lui, et ma bouche quitta ses lèvres pour descendre dans son cou, mordre son épaule à travers sa chemise.
— Amira...
— Ne parle pas.
Mes doigts travaillèrent les boutons de sa chemise avec une urgence que je ne connaissais pas. Ils tremblaient légèrement, pas de peur cette fois mais de besoin. De ce besoin particulier qui naissait du danger — la certitude que nous étions vivants, que nous avions besoin de le prouver, de le célébrer dans la chair.
— J'ai besoin de te sentir vivant, murmurai-je contre son torse nu.
— Je suis là.
— Montre-moi.
POV KARIM
Je la retournai, me positionnant au-dessus d'elle. Mes mains défirent sa veste, son chemisier, son jean avec une efficacité qui n'avait rien de romantique — juste deux êtres qui avaient besoin l'un de l'autre de façon urgente et absolue.
Mais elle ne voulait pas être en dessous. Je le sentis dans la façon dont elle me poussa, me roula sur le côté, se redressa.
— Non, dit-elle. Comme ça.
Elle m'enjamba, ses cuisses encadrant les miennes, ses mains posées à plat sur ma poitrine. Nue au-dessus de moi dans la lumière jaunâtre de cette chambre d'hôtel miteux, elle était la plus belle chose que j'avais jamais vue.
— Je prends le contrôle ce soir, murmura-t-elle.
— D'accord.
— Tu me laisses faire.
— Tout ce que tu veux.
POV AMIRA
Je le guidai en moi lentement, le prenant centimètre par centimètre, savourant chaque fraction de seconde. Puis, lorsqu'il fut complètement en moi, je m'immobilisai et le regardai dans les yeux.
— On est vivants, dis-je.
— Oui.
— Mohsin n'a pas gagné.
— Non.
— Et il ne gagnera jamais.
— Jamais.
Alors je me mis à bouger. D'abord lentement, mes hanches traçant des cercles, trouvant l'angle exact qui me faisait fermer les yeux. Puis plus vite, plus fort, mes paumes à plat sur sa poitrine pour me maintenir, mes cuisses brûlant d'effort.
Karim grogna sous moi, ses mains sur mes hanches — pas pour me guider, juste pour me toucher, pour ancrer le contact.
— Tu es magnifique, haleta-t-il. Absolument magnifique.
— Tais-toi et regarde-moi.
Il obéit. Et il y avait quelque chose d'extraordinairement érotique dans ce regard — ces yeux marron qui me regardaient sans ciller, présents, entiers, uniquement pour moi.
J'accélérai, sentant l'orgasme monter dans mes reins, le long de ma colonne vertébrale.
— Karim...
— Je suis là.
— J'ai cru te perdre, haleta-t-elle. J'ai cru te perdre et je ne savais pas ce que j'aurais fait...
— Tu ne me perdras pas.
— Promets-le.
— Je te le promets.
L'orgasme me frappa, intense, libérateur, balayant les dernières traces de peur et d'adrénaline. Je criai sans me retenir dans cette chambre d'hôtel où personne ne nous connaissait, où personne ne nous entendrait, et le cri était autant de plaisir que de soulagement.
Karim se tendit sous moi quelques secondes plus tard, ses hanches se soulevant pour me rejoindre dans un grognement sourd.
POV KARIM
Nous restâmes enchevêtrés longtemps après. Je caressais son dos, sentant sa respiration ralentir, son corps se détendre.
— On porte plainte demain, dis-je finalement.
— Oui.
— Je veux que Mohsin réponde de ce qu'il a fait.
— Il niera. Il dira que c'était une coïncidence, que ses amis étaient là par hasard...
— Il y a eu un coup de feu, Amira. En présence de témoins potentiels — des travailleurs de la station de pompage qui ont peut-être entendu. Et j'ai des enregistrements de ses messages. La plainte tient.
— Et s'il fait quelque chose avant qu'on arrive à la gendarmerie ?
— On n'attend pas demain. Ce soir, je contacte mon ami de la gendarmerie de Ouargla. Il va s'assurer que Mohsin est localisé avant l'aube.
Elle se redressa pour me regarder.
— Tu as vraiment des contacts ?
— Quand on dirige une filiale pétrolière dans cette région depuis cinq ans, on en développe.
Elle sourit légèrement.
— Mon patron a des ressources.
— Ton amant a des ressources. Nuance.
Son sourire s'élargit, et quelque chose se dénoua dans ma poitrine.
Elle va bien. Nous allons bien. Mohsin n'a pas gagné.
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Chapitre 17 · Calme précaire après la tempête
Au lendemain d'une embuscade sur la route de Ouargla, Amira et Karim se retrouvent face au lieutenant Hamid pour raconter ce qu'ils ont vécu. Amira doit trouver les mots justes, revivre chaque détail, sans savoir ce qui suivra. Et pendant que la procédure suit son cours, une question reste en suspens : Mohsin va-t-il s'arrêter là ? Entre la peur qui ne lâche pas et les regards que les deux amants s'échangent, le chemin à venir est loin d'être tracé.
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