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Couverture de Parfum de l'interdit, par NadiaKarim
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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Parfum de l'interdit — Chapitre 23 · Dernière nuit à Hassi Messaoud

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NadiaKarim
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Parfum de l'interdit

Chapitre 23 · Dernière nuit à Hassi Messaoud

POV KARIM
La lettre de démission avait pris deux heures à écrire.
Non pas parce que les mots manquaient — ils étaient là depuis longtemps, attendant leur moment — mais parce que chaque phrase que je posais sur le papier représentait la clôture de quelque chose. Quatorze ans à Hassi Messaoud. Quatorze ans de rotations, de réunions, de visites de sites, de rapports trimestriels envoyés au siège d'Alger. Quatorze ans pendant lesquels j'avais cru que ma vie ressemblait à ce qu'elle était censée être.
Je posai la lettre dans l'enveloppe, écrivis le nom du DRH du siège, et la glissai dans mon cartable.
C'était un mercredi soir. Le dernier mercredi.
Demain matin, nous partirions.
Amira arriva à l'appartement à dix-neuf heures, son sac de voyage posé dans le couloir de chez elle depuis la veille, ses affaires réduites à l'essentiel — quelques vêtements, ses livres, un carnet de notes qu'elle n'avait pas montré à sa mère.
Sa mère savait maintenant. Pas tout, mais assez. Elle savait qu'Amira quittait Hassi Messaoud pour Alger. Elle savait qu'il y avait un homme. Elle avait pleuré, puis s'était tue, puis avait dit — avec cette résignation des mères qui comprennent que leurs filles ont dépassé l'âge d'être retenues — prends soin de toi.
Djawida avait serré Amira dans ses bras pendant cinq minutes sans lâcher. Sarah avait demandé si cet homme était bien.
— Il est bien, avait dit Amira. C'est juste compliqué.
— Les choses bien sont toujours compliquées, avait répondu Sarah avec la sagesse désinvolte de ses vingt-huit ans.
Lorsqu'elle entra dans l'appartement, elle posa ses clés sur le comptoir — ce geste habituel qui était devenu automatique depuis des mois — et regarda la pièce.
— Tu as commencé à faire les cartons ?
— Non. Je m'en occuperai demain matin, les affaires du bureau. Pour l'appartement, je laisse tout. C'est loué meublé.
— Donc ce soir, tout est encore là.
— Oui. Tout est encore là.
POV AMIRA
Je fis lentement le tour de l'appartement.
Le salon où nous avions dîné des dizaines de fois. Le canapé où nous avions eu nos premières vraies conversations — pas les échanges furtifs du bureau, mais les longues discussions qui duraient jusqu'à minuit, parlant de tout et de rien, apprenant à nous connaître dans les marges de nos vies respectives.
La fenêtre par laquelle on voyait les lumières de Hassi Messaoud et, plus loin, la lueur permanente des torchères.
La cuisine où Karim faisait parfois chauffer quelque chose pendant que je m'installais au comptoir, nos journées se prolongeant naturellement dans ces instants domestiques qu'aucun de nous n'avait planifiés.
Et la chambre. Ce lit. Cette lampe de chevet qui éclairait tout en lumière dorée.
— On n'a jamais vraiment eu le temps de s'y installer, murmurai-je. On était toujours pressés. Toujours en train de guetter la prochaine complication.
— Je sais. C'est peut-être pour ça que ce soir a l'air différent.
— Parce que c'est la dernière fois ?
— Parce que c'est la première fois qu'on est là sans avoir peur de ce qui vient après.
Je le regardai. Il se tenait près de la fenêtre, les bras croisés, regardant les lumières dehors. La lumière de la lampe jouait sur son profil — les tempes grisonnantes, le nez droit, la mâchoire que je connaissais par cœur maintenant.
Cet homme a tout risqué. Pour moi. Pour nous.
— Karim.
— Oui ?
— Je veux me souvenir de chaque endroit de cet appartement.
Il se retourna, et lut immédiatement ce que je voulais dire dans mes yeux.
— Moi aussi.
POV KARIM
Je m'approchai d'elle lentement.
Elle portait une robe légère, ses cheveux détachés, et elle me regardait avec cette façon qu'elle avait parfois — pas du désir pur, pas de l'amour pur, mais les deux mêlés à quelque chose de plus complexe. De la mélancolie. De la résolution. De l'espoir sous la tristesse.
— Depuis combien de temps ? murmura-t-elle.
— Quoi ?
— Depuis combien de temps tu m'aimes vraiment ?
Je réfléchis honnêtement.
— Depuis le matin où tu pleurais dans le bureau. Avant même que je comprenne ce que c'était. Tu étais là, les yeux rouges, et tu essayais de faire semblant que rien n'allait pas, et j'ai su que je voulais savoir pourquoi tu pleurais. Que ça m'importait.
— C'était encore professionnel à ce moment-là.
— Non. Plus vraiment.
Elle sourit — ce sourire légèrement triste que j'aimais parce qu'il était honnête.
— Et moi, tu veux savoir ?
— Dis-moi.
— La première fois que tu as raccompagné devant mon immeuble et que tu as dit merci de m'avoir laissé vous entendre. Personne ne m'avait jamais dit ça avant. Pas comme ça. Pas en le pensant vraiment.
Je pris son visage entre mes mains et l'embrassai — doucement d'abord, puis avec toute la tendresse accumulée de ces mois.
— On commence par où ? murmurai-je.
— Par le commencement.
POV AMIRA
Nous commençâmes dans l'entrée.
Ce couloir étroit entre la porte et le salon où nous nous étions retrouvés tant de fois — les arrivées urgentes, les baisers en guise de bonjour avant même d'avoir posé les sacs. C'était ici que tout commençait toujours, ce seuil entre le monde extérieur et notre espace.
Karim me plaqua doucement contre le mur de l'entrée, et nous nous embrassâmes longuement, profondément, comme si nous recommencions depuis le début.
— La première fois que tu es entrée dans cet appartement, tu tremblais, murmura-t-il contre ma bouche.
— De peur.
— De désir aussi.
— Les deux, oui.
Ses mains glissèrent sur mes épaules, descendirent le long de mes bras, trouvèrent mes hanches. Ma robe glissa facilement — il en connaissait le fonctionnement par cœur maintenant, chaque agrafe, chaque fermeture.
Je défis sa chemise avec la même familiarité, repoussant le tissu de ses épaules, posant mes paumes sur son torse.
— Je me souviens de la première fois, dis-je. Tu avais trouvé exactement comment me toucher.
— J'avais appris. Sur le moment.
— Tu es un élève rapide.
Il rit — ce rire rare, vrai, qui creusait des lignes autour de ses yeux.
Puis il me souleva, et mes jambes s'enroulèrent autour de sa taille, et nous fîmes l'amour debout dans ce couloir étroit, contre ce mur, exactement comme nous aurions dû le faire depuis le début.
POV KARIM
Du couloir, nous migrâmes vers le salon.
Le canapé d'abord — ce canapé sur lequel nous avions parlé pendant des heures, et sur lequel nous n'avions fait l'amour qu'une seule fois, une nuit d'urgence et de vitesse. Ce soir, ce fut différent.
Je l'allongeai sur les coussins, m'agenouillant devant elle, et la goûtai avec toute l'attention que je n'avais pas toujours eu le temps de lui accorder. Sa main dans mes cheveux. Ses hanches qui se soulevaient légèrement. Ce son — ce son particulier qu'elle faisait quand elle était sur le point de jouir et qu'elle essayait encore de retenir.
— Ne te retiens pas, murmurai-je contre elle. Plus ce soir. Plus jamais.
Elle se laissa aller, criant dans l'appartement vide.
Puis la fenêtre — nous nous y approchâmes, la ville de nuit derrière le verre, et je la pris par derrière, ses mains à plat sur la vitre, les lumières de Hassi Messaoud comme témoins silencieux.
— Je me souviendrai de cette vue, murmura-t-elle.
— Laquelle ?
— Les deux. Hassi Messaoud. Et ton reflet dans ce verre.
POV AMIRA
La cuisine fut brève et urgente — le comptoir, ses mains sur mes hanches, nos rires mêlés à notre souffle haché parce que la position était maladroite et que ça n'avait aucune importance.
— C'est pas très romantique, dis-je en cherchant mon appui sur le bord du meuble.
— Non, admit-il.
— Mais c'est nous.
— Oui. C'est nous.
Nous jouîmes ensemble dans cet angle improbable, riant et gémissant en même temps, et ce mélange-là — la légèreté dans l'intensité — était peut-être ce que j'aimais le plus de ce que nous avions construit. Que notre désir n'était pas toujours grave et dramatique. Qu'il pouvait aussi être drôle, maladroit, humain.
Puis la chambre.
Nous finîmes dans la chambre, évidemment. Ce lit qui avait tout vu.
POV KARIM
Dans la chambre, tout ralentit.
Nous nous allongeâmes l'un contre l'autre, nos corps familiers s'ajustant naturellement. Pas d'urgence. Pas de performance. Juste la présence de l'autre, la chaleur, le poids de tout ce que nous avions traversé ensemble dans cette pièce.
— Je pense à notre première nuit, murmura-t-elle.
— Moi aussi. Tout le temps.
— Tu avais dit je vais prendre mon temps. Te faire l'amour comme tu mérites.
— Je m'en souviens.
— C'est encore ce que tu veux faire ?
— Oui. Cette fois, sans la peur du lendemain.
Je la pris lentement, profondément, avec toute la tendresse que j'avais accumulée — les nuits de base-vie, les week-ends à Oran et Ghardaïa, les soirées dans cet appartement, les crises traversées et dépassées.
Amira bougea sous moi avec la même lenteur, ses yeux ouverts sur les miens, ne cherchant ni à se cacher ni à performer. Juste à être là.
— Karim.
— Oui.
— Quand on sera à Alger...
— On sera à Alger. Ce sera différent.
— Mieux ?
— Différent. Peut-être mieux. Peut-être juste autre chose.
— Je veux qu'on soit normaux. Juste normaux.
— On le sera.
— Tu crois vraiment ?
— Je crois qu'on mérite d'essayer.
POV AMIRA
L'orgasme de cette nuit-là fut différent de tous les autres. Pas le plus violent. Pas le plus urgent. Mais le plus profond — comme quelque chose qui venait de loin, de très loin, et qui libérait en passant des choses que je ne savais pas que je portais.
Je pleurai un peu après. Des larmes silencieuses que Karim essuya de ses pouces sans rien dire, parce qu'il comprenait sans que j'aie à expliquer.
Nous restâmes éveillés longtemps, dans l'obscurité de cette chambre, parlant à voix basse.
— Tu as peur ? demanda-t-il.
— Oui.
— De quoi exactement ?
— De décevoir les gens. Ma mère. Mes sœurs. De ne pas être à la hauteur d'une vraie relation, après tout ce temps dans l'ombre. De ne pas savoir comment être ta compagne au grand jour quand j'ai appris à être ton secret.
— C'est une peur légitime.
— Tu n'es pas censé me rassurer ?
— Je peux te rassurer en te disant que tu n'as aucune raison d'avoir peur. Mais je préfère reconnaître que ta peur est intelligente. Et qu'on la traversera ensemble.
— Et toi ? Tu as peur de quoi ?
— De ne pas être un père assez présent pour mes filles pendant cette transition. De rater quelque chose d'irréparable avec elles parce que je serai à Alger avec toi.
— Tu feras le nécessaire. Je le sais.
— Peut-être. Mais ça ne m'empêche pas d'avoir peur.
Nous restâmes silencieux un moment.
— On est deux personnes qui ont peur ensemble, dis-je finalement.
— Oui.
— C'est mieux que d'avoir peur seuls.
— Beaucoup mieux.
POV KARIM
L'aube arriva comme une promesse mal formulée — grise d'abord, puis progressivement rosée.
Je me levai à cinq heures trente, laissant Amira dormir encore. Je fis le tour de l'appartement une dernière fois — pas par nostalgie, mais pour vérifier que je n'oubliais rien d'important.
La lettre de démission dans mon cartable. Les affaires de bureau que j'avais empaquetées la veille. Les clés de l'appartement sur le comptoir — je les laisserais à l'agence immobilière en partant.
Je m'arrêtai dans le salon, devant la fenêtre. Hassi Messaoud s'éveillait dans la lumière naissante. Les torchères, visibles même de jour, brûlaient leur gaz éternel. Quelque part sur les sites, les équipes de nuit transmettaient les consignes aux équipes du matin, comme tous les jours depuis des décennies.
J'ai passé quatorze ans ici. J'y ai trouvé quelque chose que je n'avais pas cherché. J'y ai aussi perdu quelque chose que je pensais solide.
Les deux sont vrais.
Des bras s'enroulèrent autour de ma taille par derrière. Amira, debout contre mon dos, sa tête posée entre mes épaules.
— Tu contemplais quoi ?
— L'inventaire. Ce que je prends, ce que je laisse.
— Et ?
— Je prends l'essentiel. Je laisse le reste.
— C'est suffisant ?
Je me retournai dans ses bras.
— Plus que suffisant.
Nous partîmes à sept heures du matin.
Ma voiture chargée — mes valises, son sac, le carton de quelques affaires que j'avais jugées mériter le trajet. La lettre de démission déposée dans la boîte aux lettres du bureau fermé, à cette heure.
Hassi Messaoud s'éloigna derrière nous dans le rétroviseur — les immeubles, les derricks au loin, la chaleur déjà palpable malgré l'heure matinale.
Amira regardait par sa vitre, les pieds remontés sur le tableau de bord comme elle le faisait toujours quand elle était détendue.
— Triste ? demandai-je.
— Un peu. Toi ?
— Un peu aussi.
— C'est normal, non ? Même les endroits difficiles laissent quelque chose.
— Oui.
— Hassi Messaoud était difficile. Mais c'est là que je t'ai rencontré.
— Alors on lui doit quelque chose.
— On lui doit beaucoup.
La route nationale s'étira devant nous — droite, interminable, traversant le désert pierreux que j'avais fait des dizaines de fois dans les deux sens. Mais cette fois, nous ne faisions pas le chemin en sens inverse pour rentrer. Nous le faisions pour aller vers quelque chose.
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Chapitre 24 · Installation à Alger
Un appartement entièrement vide, au quatrième étage d'un immeuble d'Alger. Pas un meuble, pas un rideau, seulement des murs blancs et une baie vitrée ouverte sur la ville et la mer. Amira et Karim y entrent pour la première fois, avec tout à construire. Que devient un espace quand il ne connaît encore rien de ceux qui vont l'habiter ?
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