Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Parfum de l'interdit — Chapitre 18 · Visite surprise !
Auteur
Parfum de l'interdit
Chapitre 18 · Visite surprise !
POV KARIM
C'était un lundi ordinaire.
J'étais dans mon bureau depuis sept heures du matin, travaillant sur les rapports trimestriels que le siège d'Alger réclamait depuis deux semaines. Dehors, la chaleur d'octobre était encore suffocante — trente-huit degrés dès neuf heures du matin. Les climatiseurs de l'immeuble ronronnaient à plein régime.
À travers la vitre qui séparait mon bureau de l'antichambre, je pouvais voir Amira à son poste. Elle travaillait sur un dossier de présentation, ses doigts courant sur le clavier avec cette efficacité tranquille qui m'avait frappé dès le premier jour. Nadira était absente — une réunion au département RH qui durerait jusqu'à la pause déjeuner.
Nous étions seuls dans cette partie du couloir.
À dix heures moins le quart, la porte de l'antichambre s'ouvrit.
Je ne levai pas immédiatement les yeux, pensant que c'était Nadira qui revenait plus tôt que prévu.
Puis j'entendis la voix.
— Surprise.
POV AMIRA
Je levai les yeux de mon écran et la vis.
Elle était grande, élégante, dans la petite quarantaine bien portée. Des cheveux noirs impeccablement coiffés, un tailleur crème qui coûtait visiblement cher, un sourire chaleureux qui éclairait un visage aux traits fins.
Elle tenait deux valises à roulettes — une grande, une petite — et regardait vers le bureau du fond avec ce mélange d'amour et de légère inquiétude propre aux épouses qui débarquent sans prévenir.
Mon sang se glaça.
Nadia.
Je n'avais pas besoin qu'on me la présente. Je l'avais imaginée des centaines de fois — la femme de Karim, celle qui portait son nom, celle qui dormait dans son lit conjugal à Alger, celle pour qui j'acceptais d'être l'ombre.
Voir sa réalité en chair et en os fut un choc d'une violence que je n'avais pas anticipée.
POV KARIM
Je me levai si vite que ma chaise rota sur le carrelage.
— Nadia...
Ma voix trahissait ma surprise, mais elle sembla l'interpréter comme de la joie. Elle déposa ses valises et s'avança vers moi tandis que j'ouvrais la porte de mon bureau.
— Habibi. Je sais, je sais, je n'ai pas prévenu. Mais les filles sont chez ma sœur pour la semaine — une sortie scolaire pour Arwa, Samar voulait rester avec sa cousine — et j'avais envie de te faire une surprise. Tu me pardonnes ?
Elle m'embrassa sur la joue, puis chercha mes lèvres, et je l'embrassai — un baiser conjugal, familier, qui me brûla de l'intérieur parce que je savais qu'Amira regardait.
Je ne me retournai pas vers elle. Je ne pouvais pas.
— Tu aurais quand même pu appeler, dis-je avec ce que j'espérais être un sourire naturel. J'aurais pu organiser quelque chose de spécial.
— Je ne voulais pas d'organisation. Je voulais juste toi.
POV AMIRA
Je voulais juste toi.
Les mots traversèrent l'air comme des couteaux.
Je me concentrai sur mon écran avec une intensité fanatique, tapant des caractères aléatoires que j'effaçai immédiatement. Mes mains tremblaient légèrement sous le bureau — pas de rage, pas exactement. De quelque chose de plus complexe. De la douleur de voir incarnée ce que j'avais accepté en théorie.
Nadia était belle. Réelle. Elle regardait Karim avec un amour évident et sincère. Dix-neuf ans de vie commune dans ce regard.
Et moi, j'étais la stagiaire. La jeune femme assise à ce bureau qui devait faire semblant de ne rien ressentir.
Karim se racla la gorge.
— Nadia, je te présente Amira Bensaid. Ma stagiaire assistante de direction. Elle est avec nous depuis quelques mois. Très efficace.
— Bonjour, Amira.
Je levai les yeux. Souris. Professionnelle. Impeccable.
— Bonjour, Madame Benfilali. Bienvenue.
— Merci. Mon mari vous garde longtemps à Hassi Messaoud ?
— Jusqu'à la fin de mon stage. Encore deux mois.
— C'est courageux, une jeune femme seule dans le Sud. Vous vous y êtes habituée ?
— On s'habitue à tout.
POV KARIM
La conversation entre Nadia et Amira me donnait la nausée — pas parce qu'elle se passait mal, mais précisément parce qu'elle se passait bien. Nadia était chaleureuse, naturelle. Amira était parfaitement professionnelle, distante, impénétrable.
Elles se parlaient. Se souriaient. Et moi, j'étais au milieu, tenant les fils des deux vies que j'avais tressées ensemble sans mesurer les conséquences.
C'est ce que tu as fait, me dis-je. Tu as fabriqué cette situation. Tu as choisi.
La porte de l'antichambre s'ouvrit à cet instant, et Nadira entra, revenant de sa réunion.
Elle s'immobilisa.
Je vis exactement le moment où elle comprit. Son regard fit rapidement le tour de la pièce — Nadia près de la porte, les valises, moi, Amira à son bureau les yeux fixés sur son écran. Une fraction de seconde d'équation mentale.
Puis quelque chose passa sur son visage — une décision.
— Madame Benfilali ! Quelle bonne surprise. Je suis Nadira Khelifi, l'assistante principale de votre mari.
POV AMIRA
Je regardai Nadira de sous mes cils, sans bouger la tête.
Elle avait su. Elle avait compris en une seconde. Et pendant cette fraction de seconde, j'avais vu sur son visage la tentation — elle aurait pu dire quelque chose. Un regard appuyé vers moi, une formulation légèrement ambiguë, une allusion à peine voilée.
Elle ne le fit pas.
Pour une raison que je ne comprendrais peut-être jamais, Nadira — Nadira qui me regardait parfois avec cette froideur calculée, Nadira qui avait tenté de séduire Karim, Nadira dont je me méfiais instinctivement — referma la trappe.
— C'est un plaisir de vous rencontrer, dit-elle à Nadia avec un sourire parfaitement calibré. Monsieur Benfilali nous parle souvent de vous et de vos filles.
Nadia sembla ravie.
— En bien, j'espère ?
— Exclusivement.
Je retournai à mon écran, les doigts posés sur le clavier, rien ne bougeant plus.
Merci, pensai-je vers Nadira sans pouvoir le dire.
POV NADIA
(narrateur externe)
Nadia observa la pièce avec les yeux d'une femme intelligente qui ne cherchait rien de suspect.
La jeune stagiaire — Amira — était concentrée sur son travail, professionnelle, n'ayant à peine levé les yeux depuis la présentation. Tout à fait le comportement normal d'une employée qui ne voulait pas sembler flâner devant le directeur et sa femme.
Elle était jolie, nota Nadia — jeune, avec ces cheveux châtains et ce visage aux traits fins. Mais il y avait quelque chose dans sa posture, une tension contenue, qui donnait l'impression d'une femme qui portait quelque chose de lourd.
Stress du stage, probablement, pensa Nadia. Elle veut faire bonne impression.
Elle ne chercha pas plus loin. Parce que Karim était l'homme le plus loyal qu'elle connaissait.
POV KARIM
Nadia resterait trois jours.
Ce fut la conclusion à laquelle j'arrivai, assis dans mon propre bureau à regarder ma femme discuter avec Nadira de l'hôtel où elle logerait — il n'était pas question qu'elle dorme à la base de vie avec moi, trop inconfortable — et à réaliser que je devais envoyer un message à Amira avant qu'elle ne parte à la pause déjeuner.
Je tapai rapidement depuis mon téléphone professionnel.
"Nadia reste jusqu'à mercredi. Je suis désolé. Je ne pourrai pas te voir avant. Tu vas bien ?"
La réponse mit quelques secondes.
"Oui. Travaille bien."
Trois mots. Impeccablement neutres. Qui me firent plus mal que n'importe quelle récrimination.
Le soir, Nadia et moi dînâmes dans le meilleur restaurant de Hassi Messaoud — un établissement honnête qui n'avait rien des restaurants d'Alger, mais qui ferait l'affaire. Elle me raconta les nouvelles d'Alger, les progrès d'Arwa et Samar, les potins de l'université.
Je l'écoutais avec la partie de moi qui était son mari. L'autre partie était dans un appartement secret à deux kilomètres d'ici, avec une femme de vingt-trois ans qui s'appelait Amira.
Comment en suis-je arrivé là ?
La question n'avait pas de réponse satisfaisante.
POV AMIRA
Je rentrai chez moi à pied, comme d'habitude, mais d'un pas plus lent. La chaleur était encore accablante malgré l'heure tardive, et les rues de Hassi Messaoud défilaient sous mes pieds sans que je les voie vraiment.
Nadia.
Madame Benfilali. Sa Madame Benfilali.
Elle était exactement ce que j'avais imaginé et rien de ce que j'avais voulu qu'elle soit. Pas une femme froide ou distante que j'aurais pu haïr sans culpabilité. Pas une mégère, pas une indifférente.
Une femme bien. Belle, intelligente, chaleureuse. Qui aimait son mari. Qui lui faisait confiance.
C'est ça que tu as accepté, me dis-je. Tu savais. Tu l'as choisi les yeux ouverts.
Oui. Mais savoir en théorie et voir en face l'incarnation concrète de l'autre vie de Karim — ses valises, son sourire, son je voulais juste toi — étaient deux choses différentes.
Ce soir-là, dans ma chambre, après que ma mère et mes sœurs se furent endormies, je restai allongée dans le noir, les yeux ouverts.
Mon téléphone était posé sur ma poitrine. Karim ne m'enverrait plus de messages ce soir. Nadia était là.
Avec lui. Dans la même chambre. Peut-être dans le même lit.
L'image m'envahit malgré moi — Karim et Nadia ensemble, dans cette chambre d'hôtel où il avait dû réserver une chambre double. Sa main dans les cheveux d'une autre femme. Sa bouche sur une autre bouche.
La jalousie me mordit avec une violence que je n'avais pas anticipée.
Tu n'as pas le droit, me dis-je. Tu n'as aucun droit à la jalousie. C'est toi qui as accepté ce pacte.
Mais le droit et le ressenti ne coïncidaient pas toujours.
Je glissai ma main sous le drap.
POV AMIRA
Je fermai les yeux, essayant de chasser l'image de Nadia. En vain.
Alors je la retournai. Je l'effaçai et la remplaçai par Karim — ses mains, sa bouche, la façon dont il prononçait mon prénom. Le souvenir de Ghardaïa, du lit à baldaquin, de sa voix murmurée dans mes cheveux.
C'est moi qu'il aime, me rappelai-je. Il me l'a dit. Des dizaines de fois.
Ma main trouva son chemin entre mes cuisses, et je me touchai lentement, sans urgence, les yeux clos sur les images que je convoquais.
Karim qui me regardait. Karim qui murmurait mon prénom. Karim dont les mains me connaissaient mieux que les miennes ne le faisaient parfois.
La jalousie ne disparut pas. Mais elle se transforma — en désir, en besoin, en cette douleur particulière d'aimer quelqu'un qu'on ne peut pas avoir entièrement.
Je jouissais en silence dans le noir, une main sur ma bouche pour étouffer le son, les larmes aux yeux pour une raison que je n'aurais pas su nommer clairement.
POV KARIM
La chambre d'hôtel était correcte. Nadia l'avait trouvée charmante.
Nous nous couchâmes vers vingt-trois heures, après le dîner et une longue conversation que j'avais traversée à demi présent. Nadia avait dû le remarquer — elle avait posé plusieurs fois sa main sur la mienne avec ce sourire légèrement interrogateur qui signifiait tu es là ?
J'avais répondu par un sourire. Oui, je suis là.
Mensonge.
Une partie de moi était là. Le mari, le père, l'homme qu'elle connaissait depuis plus de dix-neuf ans. Cette partie était présente, attentive, coupable.
L'autre partie était dans l'appartement secret. Avec Amira et son message de trois mots implacablement neutres.
Nadia se blottit contre moi dans le lit, sa tête sur mon épaule, son bras en travers de ma poitrine.
— Je suis contente d'être venue, murmura-t-elle. Tu me manques.
— Toi aussi tu me manques.
C'est vrai, pensai-je. C'est les deux qui sont vrais en même temps. Comment les deux peuvent être vrais en même temps ?
— Je sens que tu es fatigué, dit-elle. Pas juste physiquement.
— Le travail est intense en ce moment.
— Ce n'est que ça ?
Elle se redressa sur un coude, me regardant dans la pénombre.
— Karim. Si quelque chose ne va pas, tu peux me parler.
Peut-être pas ça, non.
— Tout va bien, Nadia. Je suis juste épuisé.
Elle me regarda encore un moment, puis se recoucha, sa joue contre mon épaule.
— Je t'aime, dit-elle simplement.
— Moi aussi.
Et puis, parce qu'elle était là, parce que c'était ma femme et que dix-neuf ans de mariage avaient leur propre logique, et parce qu'une partie de moi cherchait peut-être à prouver quelque chose à moi-même — que j'étais encore son mari, que ce que j'avais avec Amira n'avait pas tout détruit — je l'embrassai.
POV KARIM
Nous fîmes l'amour. Doucement, sobrement, avec la familiarité de deux personnes qui se connaissaient parfaitement.
Nadia me connaissait. Chaque geste, chaque réaction. Et moi, je connaissais son corps depuis vingt ans — ses courbes qui avaient changé, ses préférences, ses petits sons dans l'obscurité.
Mais tout le long, derrière mes paupières fermées, une autre image se superposait.
Des cheveux châtains sur un oreiller blanc. Des yeux noisette mi-clos de plaisir. Un prénom que je murmurais dans ma tête sans pouvoir le dire à voix haute.
Amira.
La culpabilité était écrasante. Pas envers Nadia seulement — envers Amira aussi. Parce que je faisais l'amour à ma femme en pensant à elle, et c'était une trahison dans les deux sens.
Nadia jouit tranquillement, comme toujours, puis se blottit contre moi. En quelques minutes, sa respiration se régularisa. Elle dormait.
Je fixai le plafond, les yeux ouverts dans le noir.
Je suis un homme terrible, pensai-je. Je fais du mal à tout le monde en essayant de ne faire du mal à personne.
Mon téléphone, silencieux sur la table de nuit, semblait m'accuser.
POV AMIRA
Les deux jours suivants furent une forme de torture discrète.
Nadia venait au bureau. Pas tout le temps — elle se promenait dans la ville, visitait les environs, lisait dans la chambre d'hôtel — mais assez souvent pour que sa présence imprègne les couloirs, pour que son parfum se mêle à l'air conditionné de l'immeuble.
Karim et moi échangeâmes peu de regards directs. C'était plus sûr ainsi. Nadira, qui savait ou soupçonnait, jouait le jeu avec une neutralité que je lui étais reconnaissante sans comprendre pourquoi elle s'y résolvait.
Le mercredi matin, Nadia repartit à Alger.
Je la vis partir depuis la fenêtre de l'antichambre — Karim qui portait sa valise jusqu'au taxi, qui l'embrassait longuement sur le trottoir, qui lui disait quelque chose à l'oreille qui la fit rire.
Elle monta dans le taxi. Karim resta immobile sur le trottoir jusqu'à ce que la voiture disparaisse au coin de la rue.
Puis il rentra dans l'immeuble.
Quand il traversa l'antichambre, nos regards se croisèrent une fraction de seconde. Il ne dit rien. Moi non plus.
Il referma la porte de son bureau.
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