Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Parfum de l'interdit — Chapitre 9 · La danse du désir
Auteur
Parfum de l'interdit
Chapitre 9 · La danse du désir
PREMIÈRE SECTION : UNE DANSE D'ÉVITEMENT
POV AMIRA
Le dimanche matin suivant notre baiser dans son bureau, j'arrivai au travail à six heures trente, comme toujours. Une heure avant les autres employés, une heure pour me préparer mentalement à affronter Karim, à reconstruire le masque professionnel qui s'était fissuré jeudi soir.
La nuit avait été blanche. Je m'étais tournée et retournée dans mon lit, rejouant en boucle chaque seconde de ce baiser — ses lèvres sur les miennes, ses mains dans mes cheveux, la façon dont son corps s'était pressé contre le mien. Mais surtout, je revoyais l'instant où il s'était reculé, la culpabilité envahissant son regard comme une marée noire.
Il va me dire que c'était une erreur. Que ça ne doit plus jamais arriver.
Je disposai les dossiers sur mon bureau avec une précision obsessionnelle, mes mains tremblaient légèrement. J'avais répété mentalement des phrases neutres, professionnelles. Bonjour, Monsieur Benfilali. Les dossiers sont prêts. La réunion de neuf heures est confirmée.
Mais qui étais-je en train de tromper ? Comment pourrais-je le regarder en face et prétendre que rien ne s'était passé ?
Le bruit de l'ascenseur me fit sursauter. Mon cœur s'emballa. C'était lui. Je le savais sans même regarder. Je connaissais déjà le rythme de ses pas, la façon dont il poussait la porte, l'odeur subtile de son eau de toilette — boisée avec une touche d'agrumes.
POV KARIM
En franchissant la porte de l'immeuble ce matin-là, mon costume gris impeccablement coupé contrastait violemment avec le chaos intérieur qui me rongeait. Je n'avais pas dormi. Comment aurais-je pu ? Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais Amira — ses lèvres sous les miennes, la façon dont elle avait gémi mon prénom, l'abandon total avec lequel elle s'était donnée à ce baiser.
Et chaque fois, l'image de Nadia surgissait immédiatement après. Ma femme. La mère de mes filles. Celle qui me faisait confiance aveuglément, qui m'attendait patiemment à Alger pendant que je passais des semaines ici, dans le désert.
Qu'est-ce que j'ai fait ?
En traversant le bureau d'Amira, je ralentis imperceptiblement. Elle était là, penchée sur son ordinateur, ses cheveux châtains attachés en un chignon strict qui dégageait sa nuque élégante. Elle portait un tailleur-pantalon noir et un chemisier blanc — professionnel, impersonnel, comme une armure.
Nos regards se croisèrent une fraction de seconde. Un éclair de confusion mutuelle passa entre nous, chargé de tout ce que nous ne pouvions pas dire.
Elle regrette, pensai-je, la certitude me traversant comme une lame. Pour elle, c'était un moment d'égarement. Un accident.
Cette pensée aurait dû me soulager. Au lieu de ça, elle me blessa d'une façon que je ne voulais pas examiner de trop près.
POV AMIRA
Il baissa les yeux presque immédiatement, détournant son regard du mien comme si je le brûlais. Mon cœur se serra douloureusement.
Il regrette. Bien sûr qu'il regrette.
Je me replongeai dans mon travail avec une efficacité forcée, tapant plus fort sur mon clavier pour chasser mes pensées, pour étouffer la voix qui hurlait dans ma tête : Je suis en train de tomber amoureuse d'un homme inaccessible.
Cette réalisation me terrifiait. Parce que ce n'était pas du désir brut comme avec Antonio, facile à contrôler. Ce n'était pas comme avec les inconnus d'Alger, sans lendemain.
Avec Karim, c'était différent. Dangereux. Parce qu'il me voyait. Vraiment. Et que je commençais à croire que peut-être, juste peut-être, je pourrais être quelque chose de plus que la femme brisée que j'étais devenue.
Mais il était marié. Il avait des enfants. Et moi, je n'étais qu'une stagiaire de vingt-trois ans qui n'avait rien à lui offrir qu'une passion interdite.
POV KARIM
Je m'enfermai dans mon bureau, la porte capitonnée se refermant avec un claquement sourd qui résonna dans le silence. De mon fauteuil, je pouvais voir Amira à travers la vitre discrète qui séparait nos espaces. Elle travaillait avec une concentration exagérée, son dos rigide, ses doigts volant sur le clavier.
Elle évite mon regard.
Une part de moi en était soulagée. L'autre — cette part idiote, irrationnelle — en était étrangement déçue.
Qu'est-ce que j'attendais ? Qu'elle m'accueille avec le sourire comme si de rien n'était ?
Je tentai de me concentrer sur les dossiers qui s'empilaient sur mon bureau, sur la réunion de neuf heures que je devais préparer. Mais mon esprit dérivait sans cesse vers jeudi soir.
Ce baiser...
Je secouai la tête violemment, comme pour chasser l'image. Il faut que j'arrête ça tout de suite. Avant que ça n'aille trop loin. Avant que je ne détruise tout — ma famille, ma carrière, sa réputation.
Mais lorsque, vers midi, je croisai Amira près de la machine à café, nos regards s'évitèrent maladroitement. La tension entre nous était si palpable qu'un collègue qui passait par là — Mohand, du département logistique — haussa un sourcil intrigué, son regard allant de moi à elle avec une curiosité évidente.
Les gens vont finir par se poser des questions, pensai-je, et cette idée pragmatique aurait dû me ramener à la raison.
Au lieu de cela, elle me fit prendre conscience que j'avais déjà franchi une ligne invisible. Et que, Dieu me pardonne, je voulais la franchir à nouveau.
TROIS JOURS DE TENSION
Les trois jours suivants s'écoulèrent dans une chorégraphie d'évitement soigneusement orchestrée.
POV KARIM
Je multipliai les réunions extérieures, trouvant n'importe quelle excuse pour quitter le bureau. Une visite sur les sites de forage. Une rencontre avec des clients à Ouargla. Tout plutôt que de rester dans cet espace confiné avec Amira, où chaque respiration semblait chargée de désir non résolu.
Mais même loin d'elle, je ne trouvais pas la paix. Son image me poursuivait — la façon dont ses lèvres s'étaient entrouvertes sous les miennes, le petit gémissement qu'elle avait poussé quand j'avais approfondi le baiser, la chaleur de son corps contre le mien.
Le soir, dans ma chambre à la base de vie, j'appelais Nadia et mes filles comme d'habitude. Arwa et Samar me racontaient leur journée d'école avec l'enthousiasme de l'enfance, et Nadia me parlait de ses cours à l'université, de ses collègues, de la vie quotidienne à Alger.
— Tu as l'air fatigué, habibi, me dit-elle un soir, sa voix teintée d'inquiétude. Tu travailles trop.
— C'est juste une période chargée, mentis-je, la culpabilité me rongeant de l'intérieur. Ça va passer.
— Tu me manques. Les filles te réclament tout le temps.
— Vous me manquez aussi.
Et c'était vrai. Ma famille me manquait terriblement. Mais en même temps, une part sombre de moi savait que si je rentrais à Alger maintenant, si je mettais de la distance entre Amira et moi, je perdrais quelque chose que je ne comprenais pas encore mais dont j'avais désespérément besoin.
POV AMIRA
De mon côté, je perfectionnai chaque tâche avec une rigueur obsessionnelle. Chaque dossier était classé à la perfection, chaque compte rendu rédigé avec une précision chirurgicale, chaque e-mail relu trois fois avant d'être envoyé.
Comme si l'ordre extérieur pouvait compenser le chaos intérieur.
Mais chaque regard furtif, chaque moment où nos chemins se croisaient — dans un couloir, près de l'imprimante, devant la machine à café — ravivait la tension non résolue. Mon cœur s'emballait à chaque fois, partagé entre la honte et un désir que je refusais d'admettre.
Nadira, l'assistante principale de Karim, commença à me regarder bizarrement. Elle qui avait toujours été distante mais correcte avec moi devint franchement froide.
— Vous travaillez bien ensemble, Monsieur le Directeur et vous, me dit-elle un matin avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.
— Je fais de mon mieux, répondis-je prudemment.
— Faites attention quand même. Les gens parlent facilement dans ce genre d'environnement. Et les rumeurs peuvent détruire une réputation très vite.
C'était un avertissement à peine voilé. Elle sait. Ou du moins, elle soupçonne.
Cette nuit-là, allongée dans mon lit, je fixai les fissures du plafond en me demandant comment j'en étais arrivée là. Moi qui m'étais juré de ne plus jamais tomber amoureuse, de ne plus jamais laisser un homme avoir prise sur mon cœur.
Et pourtant, me voilà, pensant à Karim jour et nuit, attendant le moindre signe de sa part, acceptant les miettes de son attention comme si c'étaient des trésors.
Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?
L'ASCENSEUR — MERCREDI SOIR
POV AMIRA
Le mercredi soir, l'inévitable se produisit.
Il était dix-neuf heures passées, et la plupart des employés étaient déjà partis. Je finissais un rapport urgent que Karim devait présenter le lendemain, mes doigts volant sur le clavier dans le silence du bureau presque désert.
La porte de son bureau s'ouvrit.
— Amira, vous êtes encore là ?
Sa voix me fit sursauter. Je levai les yeux et le vis debout dans l'embrasure, sa veste enlevée, sa cravate desserrée, les manches de sa chemise blanche roulées sur ses avant-bras.
Il avait l'air épuisé. Et magnifique.
— Je finis le rapport pour demain, répondis-je, ma voix étrangement rauque.
— Il est tard. Vous devriez rentrer. Je peux finir ça moi-même.
— C'est presque terminé. Encore dix minutes.
Il hocha la tête, mais ne retourna pas dans son bureau. Il resta là, me regardant travailler, et la tension dans l'air devint presque insoutenable.
Enfin, je sauvegardai le document et éteignis mon ordinateur.
— C'est fini. Je vous l'envoie par e-mail.
— Merci.
Nous nous dirigeâmes vers l'ascenseur en silence, nos pas résonnant dans le couloir vide. L'immeuble semblait abandonné à cette heure, juste le bourdonnement lointain de la climatisation et le cliquetis de nos chaussures sur le carrelage.
L'ascenseur arriva avec un ding métallique. Nous entrâmes, et lorsque les portes se refermèrent, nous nous retrouvâmes enfermés dans cet espace confiné, seuls.
Le silence était étouffant, seulement troublé par le bourdonnement mécanique de la cabine qui descendait.
POV KARIM
Je ne pouvais plus supporter ça. Cette tension. Cet évitement. Cette danse pathétique que nous faisions depuis quatre jours.
Mes mains se crispèrent sur le dossier que je tenais, mes articulations blanchissant sous la pression.
— Amira, il faut qu'on parle.
POV AMIRA
Mon cœur s'arrêta, puis repartit à une vitesse folle. Il va me dire que c'était une erreur. Que ça ne doit plus jamais arriver.
Je pris les devants, ma voix tremblante mais déterminée.
— Je sais ce que vous allez dire. Que vous êtes marié, que vous avez des enfants, que c'était un moment de faiblesse.
POV KARIM
Ses mots, si proches de la vérité, me désarçonnèrent. Elle me connaissait déjà si bien. Trop bien.
— Et vous ? demandai-je, ma voix plus douce que je ne l'aurais voulu. Qu'est-ce que vous en pensez ?
POV AMIRA
La question me déstabilisa. Je m'attendais à des excuses, à un rejet poli, pas à être interrogée sur mes propres sentiments.
— Je pense...
Je pris une inspiration profonde, mes yeux fixant le sol parce que je ne pouvais pas le regarder en disant ça.
— Je pense que vous me faites ressentir des choses que je ne devrais pas ressentir pour un homme marié. Et je pense que vous ressentez la même chose, sinon vous ne seriez pas si troublé.
Le silence qui suivit fut éloquent.
POV KARIM
Elle a raison.
Si c'était juste de la compassion, si ce baiser n'avait été qu'un moment d'égarement sans conséquence, je ne serais pas dans cet état. Je ne passerais pas mes nuits à penser à elle. Je ne chercherais pas des excuses pour quitter le bureau juste pour ne pas être tenté.
Je fixai les chiffres des étages qui défilaient — 3... 2... 1 — mon esprit en tumulte.
L'image de Nadia surgit dans ma tête. Elle était assise à notre table de salon à Alger, penchée sur ses copies de cours, ses lunettes perchées sur son nez, un stylo rouge à la main. Les rires d'Arwa et de Samar résonnaient en fond.
Ma famille. Mon ancre. Tout ce qui comptait.
— Amira... ma voix était rauque, chargée d'un poids que je peinais à porter. Ma femme ne mérite pas ça. Mes enfants ne méritent pas ça.
POV AMIRA
— Et moi ?
La question m'échappa avant que je puisse la retenir, vibrante de douleur et de défi.
— Je mérite quoi ? D'être la consolation d'une nuit pour un homme qui regrette déjà ?
L'ascenseur s'arrêta au rez-de-chaussée avec un soubresaut. Avant que les portes ne s'ouvrent, Karim posa une main sur mon bras — un geste instinctif qui nous figea tous les deux.
Le contact, même à travers le tissu de mon chemisier, envoya une décharge électrique dans tout mon corps.
POV KARIM
— Vous méritez mieux que ça, dis-je avec une sincérité douloureuse. Vous méritez quelqu'un qui pourra vous aimer au grand jour. Et je ne peux pas être cet homme-là.
POV AMIRA
— Et si je ne veux pas de quelqu'un d'autre ?
Je chuchotai les mots, mes yeux brillants d'émotion. C'était une déclaration. Une proposition. Une acceptation de l'inacceptable.
Je suis prête à être ton secret. À prendre les miettes que tu pourras me donner.
POV KARIM
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le hall, bruyant de conversations et de pas pressés — les derniers employés qui quittaient le bâtiment.
Nous sortîmes chacun de notre côté, mais cette conversation avait tout changé.
Les non-dits étaient devenus des aveux.
Amira venait de proposer l'impensable : accepter l'ombre, accepter d'être ma maîtresse.
Cette idée aurait dû me choquer, me ramener à la raison.
Au lieu de cela, elle ralluma en moi un désir que je croyais éteint depuis longtemps.
UNE NUIT D'INTROSPECTION
POV AMIRA
Ce soir-là, dans mon petit appartement au cœur de Hassi Messaoud, j'étais allongée sur mon lit, fixant les fissures du plafond. La lumière des réverbères filtrait à travers les rideaux, projetant des ombres mouvantes sur les murs.
Qu'est-ce que je viens de faire ?
L'audace de mes propres mots me terrifiait. Et si je ne veux pas de quelqu'un d'autre ? J'avais pratiquement proposé d'être sa maîtresse. Moi qui avais toujours méprisé ces femmes qui acceptaient d'être « l'autre », qui se contentaient de miettes.
Suis-je tombée si bas ?
Mes doigts pianotaient nerveusement sur mon téléphone. Des messages non lus s'accumulaient — Yasmine qui voulait organiser un autre week-end à Alger, Mehdi qui continuait à me supplier de lui donner une chance, même un message de Mohsin que j'effaçai sans le lire.
Mais aucun message de Karim.
Et s'il accepte ? Et s'il me rejette ?
Au fond de moi, une lueur d'espoir persistait : l'espoir qu'il puisse ressentir la même chose, qu'il pourrait choisir... quoi ? De briser les chaînes de sa vie pour moi ?
Non, Amira. Tu ne peux pas détruire une famille.
Pourtant, le souvenir de son regard dans l'ascenseur, de cette main sur mon bras, me hantait. Il y avait eu quelque chose dans ses yeux — pas seulement du désir, mais une connexion profonde, une reconnaissance mutuelle.
Deux âmes blessées qui se trouvent dans le chaos.
Je fermai les yeux, essayant de dormir, mais le sommeil ne vint pas.
JEUDI SOIR — LA PREMIÈRE TRANSGRESSION
POV KARIM
Le jeudi passa dans un brouillard. Je réussis à éviter Amira toute la journée — réunions, appels, visites de sites. Mais à dix-huit heures, lorsque je revins au bureau, la plupart des employés étaient déjà partis.
Sauf elle.
Je la trouvai dans son bureau, penchée sur un dossier, la lumière de la baie vitrée projetant des ombres douces sur son visage. Elle portait encore son tailleur noir, mais elle avait enlevé sa veste, et son chemisier blanc moulait délicatement ses courbes.
Je frappai à la porte ouverte.
Elle leva les yeux, et le temps sembla se suspendre.
— Amira... pour l'autre jour, dans l'ascenseur...
Ma voix était hésitante, incertaine. Je ne savais même pas ce que je voulais dire.
POV AMIRA
Il revient sur le sujet. Il n'arrive pas à oublier non plus.
— Oui ? murmurai-je, posant mon stylo, mon cœur s'emballant.
POV KARIM
— Vous avez dit que vous ne vouliez personne d'autre. Vous le pensiez vraiment ?
POV AMIRA
Mon cœur battait si fort que j'avais peur qu'il ne l'entende. Je me levai lentement, contournant mon bureau, mes yeux fixés sur les siens.
— Oui. Je le pensais.
POV KARIM
Je fermai la porte derrière moi.
Ce geste, anodin en apparence, changea l'équilibre de la pièce. Nous étions seuls, isolés du monde, et la lumière tamisée du soir rendait l'instant plus intime, presque irréel.
— Amira, je...
Je m'approchai, ma voix rauque.
— Je ne peux pas arrêter de penser à vous. À ce baiser. À ce que vous m'avez dit.
POV AMIRA
Je fis un pas vers lui, et soudain, nous étions si proches que je pouvais sentir la chaleur de son corps, voir les paillettes dorées dans ses yeux marron, sentir son souffle sur mon visage.
— Alors arrêtez de lutter contre, murmurai-je, une audace que je ne me connaissais pas envahissant ma voix.
POV KARIM
Cette fois, quand je la pris dans mes bras, ce ne fut plus pour la consoler.
Le baiser fut conscient, volontaire, coupable. Infiniment plus troublant que le premier.
Je suis en train de franchir la ligne rouge, pensai-je, sans pour autant m'arrêter. Nadia me fait confiance. Mes enfants me font confiance. Et je suis là, à embrasser une femme qui a vingt ans de moins que moi.
Mais les mains d'Amira dans mes cheveux, sa bouche répondant à la mienne avec une passion que j'avais oubliée, effacèrent momentanément toute culpabilité.
POV AMIRA
— Karim...
Je prononçai son prénom comme une caresse, abandonnant définitivement le « Monsieur Benfilali » et toute la distance hiérarchique qu'il impliquait.
Ses lèvres quittèrent les miennes pour descendre le long de mon cou, et je renversai la tête en arrière, gémissant doucement. Ses mains glissèrent le long de mon dos, me pressant contre lui, et je sentis son désir évident contre mon ventre.
Nous venions de basculer dans l'interdit, un territoire où les règles du bureau, de la morale, de la famille, n'avaient plus cours.
À travers la baie vitrée, les lumières de Hassi Messaoud commençaient à scintiller sous les premières étoiles, témoins silencieux de notre transgression.
POV AMIRA
Le dimanche matin suivant notre baiser dans son bureau, j'arrivai au travail à six heures trente, comme toujours. Une heure avant les autres employés, une heure pour me préparer mentalement à affronter Karim, à reconstruire le masque professionnel qui s'était fissuré jeudi soir.
La nuit avait été blanche. Je m'étais tournée et retournée dans mon lit, rejouant en boucle chaque seconde de ce baiser — ses lèvres sur les miennes, ses mains dans mes cheveux, la façon dont son corps s'était pressé contre le mien. Mais surtout, je revoyais l'instant où il s'était reculé, la culpabilité envahissant son regard comme une marée noire.
Il va me dire que c'était une erreur. Que ça ne doit plus jamais arriver.
Je disposai les dossiers sur mon bureau avec une précision obsessionnelle, mes mains tremblaient légèrement. J'avais répété mentalement des phrases neutres, professionnelles. Bonjour, Monsieur Benfilali. Les dossiers sont prêts. La réunion de neuf heures est confirmée.
Mais qui étais-je en train de tromper ? Comment pourrais-je le regarder en face et prétendre que rien ne s'était passé ?
Le bruit de l'ascenseur me fit sursauter. Mon cœur s'emballa. C'était lui. Je le savais sans même regarder. Je connaissais déjà le rythme de ses pas, la façon dont il poussait la porte, l'odeur subtile de son eau de toilette — boisée avec une touche d'agrumes.
POV KARIM
En franchissant la porte de l'immeuble ce matin-là, mon costume gris impeccablement coupé contrastait violemment avec le chaos intérieur qui me rongeait. Je n'avais pas dormi. Comment aurais-je pu ? Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais Amira — ses lèvres sous les miennes, la façon dont elle avait gémi mon prénom, l'abandon total avec lequel elle s'était donnée à ce baiser.
Et chaque fois, l'image de Nadia surgissait immédiatement après. Ma femme. La mère de mes filles. Celle qui me faisait confiance aveuglément, qui m'attendait patiemment à Alger pendant que je passais des semaines ici, dans le désert.
Qu'est-ce que j'ai fait ?
En traversant le bureau d'Amira, je ralentis imperceptiblement. Elle était là, penchée sur son ordinateur, ses cheveux châtains attachés en un chignon strict qui dégageait sa nuque élégante. Elle portait un tailleur-pantalon noir et un chemisier blanc — professionnel, impersonnel, comme une armure.
Nos regards se croisèrent une fraction de seconde. Un éclair de confusion mutuelle passa entre nous, chargé de tout ce que nous ne pouvions pas dire.
Elle regrette, pensai-je, la certitude me traversant comme une lame. Pour elle, c'était un moment d'égarement. Un accident.
Cette pensée aurait dû me soulager. Au lieu de ça, elle me blessa d'une façon que je ne voulais pas examiner de trop près.
POV AMIRA
Il baissa les yeux presque immédiatement, détournant son regard du mien comme si je le brûlais. Mon cœur se serra douloureusement.
Il regrette. Bien sûr qu'il regrette.
Je me replongeai dans mon travail avec une efficacité forcée, tapant plus fort sur mon clavier pour chasser mes pensées, pour étouffer la voix qui hurlait dans ma tête : Je suis en train de tomber amoureuse d'un homme inaccessible.
Cette réalisation me terrifiait. Parce que ce n'était pas du désir brut comme avec Antonio, facile à contrôler. Ce n'était pas comme avec les inconnus d'Alger, sans lendemain.
Avec Karim, c'était différent. Dangereux. Parce qu'il me voyait. Vraiment. Et que je commençais à croire que peut-être, juste peut-être, je pourrais être quelque chose de plus que la femme brisée que j'étais devenue.
Mais il était marié. Il avait des enfants. Et moi, je n'étais qu'une stagiaire de vingt-trois ans qui n'avait rien à lui offrir qu'une passion interdite.
POV KARIM
Je m'enfermai dans mon bureau, la porte capitonnée se refermant avec un claquement sourd qui résonna dans le silence. De mon fauteuil, je pouvais voir Amira à travers la vitre discrète qui séparait nos espaces. Elle travaillait avec une concentration exagérée, son dos rigide, ses doigts volant sur le clavier.
Elle évite mon regard.
Une part de moi en était soulagée. L'autre — cette part idiote, irrationnelle — en était étrangement déçue.
Qu'est-ce que j'attendais ? Qu'elle m'accueille avec le sourire comme si de rien n'était ?
Je tentai de me concentrer sur les dossiers qui s'empilaient sur mon bureau, sur la réunion de neuf heures que je devais préparer. Mais mon esprit dérivait sans cesse vers jeudi soir.
Ce baiser...
Je secouai la tête violemment, comme pour chasser l'image. Il faut que j'arrête ça tout de suite. Avant que ça n'aille trop loin. Avant que je ne détruise tout — ma famille, ma carrière, sa réputation.
Mais lorsque, vers midi, je croisai Amira près de la machine à café, nos regards s'évitèrent maladroitement. La tension entre nous était si palpable qu'un collègue qui passait par là — Mohand, du département logistique — haussa un sourcil intrigué, son regard allant de moi à elle avec une curiosité évidente.
Les gens vont finir par se poser des questions, pensai-je, et cette idée pragmatique aurait dû me ramener à la raison.
Au lieu de cela, elle me fit prendre conscience que j'avais déjà franchi une ligne invisible. Et que, Dieu me pardonne, je voulais la franchir à nouveau.
TROIS JOURS DE TENSION
Les trois jours suivants s'écoulèrent dans une chorégraphie d'évitement soigneusement orchestrée.
POV KARIM
Je multipliai les réunions extérieures, trouvant n'importe quelle excuse pour quitter le bureau. Une visite sur les sites de forage. Une rencontre avec des clients à Ouargla. Tout plutôt que de rester dans cet espace confiné avec Amira, où chaque respiration semblait chargée de désir non résolu.
Mais même loin d'elle, je ne trouvais pas la paix. Son image me poursuivait — la façon dont ses lèvres s'étaient entrouvertes sous les miennes, le petit gémissement qu'elle avait poussé quand j'avais approfondi le baiser, la chaleur de son corps contre le mien.
Le soir, dans ma chambre à la base de vie, j'appelais Nadia et mes filles comme d'habitude. Arwa et Samar me racontaient leur journée d'école avec l'enthousiasme de l'enfance, et Nadia me parlait de ses cours à l'université, de ses collègues, de la vie quotidienne à Alger.
— Tu as l'air fatigué, habibi, me dit-elle un soir, sa voix teintée d'inquiétude. Tu travailles trop.
— C'est juste une période chargée, mentis-je, la culpabilité me rongeant de l'intérieur. Ça va passer.
— Tu me manques. Les filles te réclament tout le temps.
— Vous me manquez aussi.
Et c'était vrai. Ma famille me manquait terriblement. Mais en même temps, une part sombre de moi savait que si je rentrais à Alger maintenant, si je mettais de la distance entre Amira et moi, je perdrais quelque chose que je ne comprenais pas encore mais dont j'avais désespérément besoin.
POV AMIRA
De mon côté, je perfectionnai chaque tâche avec une rigueur obsessionnelle. Chaque dossier était classé à la perfection, chaque compte rendu rédigé avec une précision chirurgicale, chaque e-mail relu trois fois avant d'être envoyé.
Comme si l'ordre extérieur pouvait compenser le chaos intérieur.
Mais chaque regard furtif, chaque moment où nos chemins se croisaient — dans un couloir, près de l'imprimante, devant la machine à café — ravivait la tension non résolue. Mon cœur s'emballait à chaque fois, partagé entre la honte et un désir que je refusais d'admettre.
Nadira, l'assistante principale de Karim, commença à me regarder bizarrement. Elle qui avait toujours été distante mais correcte avec moi devint franchement froide.
— Vous travaillez bien ensemble, Monsieur le Directeur et vous, me dit-elle un matin avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.
— Je fais de mon mieux, répondis-je prudemment.
— Faites attention quand même. Les gens parlent facilement dans ce genre d'environnement. Et les rumeurs peuvent détruire une réputation très vite.
C'était un avertissement à peine voilé. Elle sait. Ou du moins, elle soupçonne.
Cette nuit-là, allongée dans mon lit, je fixai les fissures du plafond en me demandant comment j'en étais arrivée là. Moi qui m'étais juré de ne plus jamais tomber amoureuse, de ne plus jamais laisser un homme avoir prise sur mon cœur.
Et pourtant, me voilà, pensant à Karim jour et nuit, attendant le moindre signe de sa part, acceptant les miettes de son attention comme si c'étaient des trésors.
Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?
L'ASCENSEUR — MERCREDI SOIR
POV AMIRA
Le mercredi soir, l'inévitable se produisit.
Il était dix-neuf heures passées, et la plupart des employés étaient déjà partis. Je finissais un rapport urgent que Karim devait présenter le lendemain, mes doigts volant sur le clavier dans le silence du bureau presque désert.
La porte de son bureau s'ouvrit.
— Amira, vous êtes encore là ?
Sa voix me fit sursauter. Je levai les yeux et le vis debout dans l'embrasure, sa veste enlevée, sa cravate desserrée, les manches de sa chemise blanche roulées sur ses avant-bras.
Il avait l'air épuisé. Et magnifique.
— Je finis le rapport pour demain, répondis-je, ma voix étrangement rauque.
— Il est tard. Vous devriez rentrer. Je peux finir ça moi-même.
— C'est presque terminé. Encore dix minutes.
Il hocha la tête, mais ne retourna pas dans son bureau. Il resta là, me regardant travailler, et la tension dans l'air devint presque insoutenable.
Enfin, je sauvegardai le document et éteignis mon ordinateur.
— C'est fini. Je vous l'envoie par e-mail.
— Merci.
Nous nous dirigeâmes vers l'ascenseur en silence, nos pas résonnant dans le couloir vide. L'immeuble semblait abandonné à cette heure, juste le bourdonnement lointain de la climatisation et le cliquetis de nos chaussures sur le carrelage.
L'ascenseur arriva avec un ding métallique. Nous entrâmes, et lorsque les portes se refermèrent, nous nous retrouvâmes enfermés dans cet espace confiné, seuls.
Le silence était étouffant, seulement troublé par le bourdonnement mécanique de la cabine qui descendait.
POV KARIM
Je ne pouvais plus supporter ça. Cette tension. Cet évitement. Cette danse pathétique que nous faisions depuis quatre jours.
Mes mains se crispèrent sur le dossier que je tenais, mes articulations blanchissant sous la pression.
— Amira, il faut qu'on parle.
POV AMIRA
Mon cœur s'arrêta, puis repartit à une vitesse folle. Il va me dire que c'était une erreur. Que ça ne doit plus jamais arriver.
Je pris les devants, ma voix tremblante mais déterminée.
— Je sais ce que vous allez dire. Que vous êtes marié, que vous avez des enfants, que c'était un moment de faiblesse.
POV KARIM
Ses mots, si proches de la vérité, me désarçonnèrent. Elle me connaissait déjà si bien. Trop bien.
— Et vous ? demandai-je, ma voix plus douce que je ne l'aurais voulu. Qu'est-ce que vous en pensez ?
POV AMIRA
La question me déstabilisa. Je m'attendais à des excuses, à un rejet poli, pas à être interrogée sur mes propres sentiments.
— Je pense...
Je pris une inspiration profonde, mes yeux fixant le sol parce que je ne pouvais pas le regarder en disant ça.
— Je pense que vous me faites ressentir des choses que je ne devrais pas ressentir pour un homme marié. Et je pense que vous ressentez la même chose, sinon vous ne seriez pas si troublé.
Le silence qui suivit fut éloquent.
POV KARIM
Elle a raison.
Si c'était juste de la compassion, si ce baiser n'avait été qu'un moment d'égarement sans conséquence, je ne serais pas dans cet état. Je ne passerais pas mes nuits à penser à elle. Je ne chercherais pas des excuses pour quitter le bureau juste pour ne pas être tenté.
Je fixai les chiffres des étages qui défilaient — 3... 2... 1 — mon esprit en tumulte.
L'image de Nadia surgit dans ma tête. Elle était assise à notre table de salon à Alger, penchée sur ses copies de cours, ses lunettes perchées sur son nez, un stylo rouge à la main. Les rires d'Arwa et de Samar résonnaient en fond.
Ma famille. Mon ancre. Tout ce qui comptait.
— Amira... ma voix était rauque, chargée d'un poids que je peinais à porter. Ma femme ne mérite pas ça. Mes enfants ne méritent pas ça.
POV AMIRA
— Et moi ?
La question m'échappa avant que je puisse la retenir, vibrante de douleur et de défi.
— Je mérite quoi ? D'être la consolation d'une nuit pour un homme qui regrette déjà ?
L'ascenseur s'arrêta au rez-de-chaussée avec un soubresaut. Avant que les portes ne s'ouvrent, Karim posa une main sur mon bras — un geste instinctif qui nous figea tous les deux.
Le contact, même à travers le tissu de mon chemisier, envoya une décharge électrique dans tout mon corps.
POV KARIM
— Vous méritez mieux que ça, dis-je avec une sincérité douloureuse. Vous méritez quelqu'un qui pourra vous aimer au grand jour. Et je ne peux pas être cet homme-là.
POV AMIRA
— Et si je ne veux pas de quelqu'un d'autre ?
Je chuchotai les mots, mes yeux brillants d'émotion. C'était une déclaration. Une proposition. Une acceptation de l'inacceptable.
Je suis prête à être ton secret. À prendre les miettes que tu pourras me donner.
POV KARIM
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le hall, bruyant de conversations et de pas pressés — les derniers employés qui quittaient le bâtiment.
Nous sortîmes chacun de notre côté, mais cette conversation avait tout changé.
Les non-dits étaient devenus des aveux.
Amira venait de proposer l'impensable : accepter l'ombre, accepter d'être ma maîtresse.
Cette idée aurait dû me choquer, me ramener à la raison.
Au lieu de cela, elle ralluma en moi un désir que je croyais éteint depuis longtemps.
UNE NUIT D'INTROSPECTION
POV AMIRA
Ce soir-là, dans mon petit appartement au cœur de Hassi Messaoud, j'étais allongée sur mon lit, fixant les fissures du plafond. La lumière des réverbères filtrait à travers les rideaux, projetant des ombres mouvantes sur les murs.
Qu'est-ce que je viens de faire ?
L'audace de mes propres mots me terrifiait. Et si je ne veux pas de quelqu'un d'autre ? J'avais pratiquement proposé d'être sa maîtresse. Moi qui avais toujours méprisé ces femmes qui acceptaient d'être « l'autre », qui se contentaient de miettes.
Suis-je tombée si bas ?
Mes doigts pianotaient nerveusement sur mon téléphone. Des messages non lus s'accumulaient — Yasmine qui voulait organiser un autre week-end à Alger, Mehdi qui continuait à me supplier de lui donner une chance, même un message de Mohsin que j'effaçai sans le lire.
Mais aucun message de Karim.
Et s'il accepte ? Et s'il me rejette ?
Au fond de moi, une lueur d'espoir persistait : l'espoir qu'il puisse ressentir la même chose, qu'il pourrait choisir... quoi ? De briser les chaînes de sa vie pour moi ?
Non, Amira. Tu ne peux pas détruire une famille.
Pourtant, le souvenir de son regard dans l'ascenseur, de cette main sur mon bras, me hantait. Il y avait eu quelque chose dans ses yeux — pas seulement du désir, mais une connexion profonde, une reconnaissance mutuelle.
Deux âmes blessées qui se trouvent dans le chaos.
Je fermai les yeux, essayant de dormir, mais le sommeil ne vint pas.
JEUDI SOIR — LA PREMIÈRE TRANSGRESSION
POV KARIM
Le jeudi passa dans un brouillard. Je réussis à éviter Amira toute la journée — réunions, appels, visites de sites. Mais à dix-huit heures, lorsque je revins au bureau, la plupart des employés étaient déjà partis.
Sauf elle.
Je la trouvai dans son bureau, penchée sur un dossier, la lumière de la baie vitrée projetant des ombres douces sur son visage. Elle portait encore son tailleur noir, mais elle avait enlevé sa veste, et son chemisier blanc moulait délicatement ses courbes.
Je frappai à la porte ouverte.
Elle leva les yeux, et le temps sembla se suspendre.
— Amira... pour l'autre jour, dans l'ascenseur...
Ma voix était hésitante, incertaine. Je ne savais même pas ce que je voulais dire.
POV AMIRA
Il revient sur le sujet. Il n'arrive pas à oublier non plus.
— Oui ? murmurai-je, posant mon stylo, mon cœur s'emballant.
POV KARIM
— Vous avez dit que vous ne vouliez personne d'autre. Vous le pensiez vraiment ?
POV AMIRA
Mon cœur battait si fort que j'avais peur qu'il ne l'entende. Je me levai lentement, contournant mon bureau, mes yeux fixés sur les siens.
— Oui. Je le pensais.
POV KARIM
Je fermai la porte derrière moi.
Ce geste, anodin en apparence, changea l'équilibre de la pièce. Nous étions seuls, isolés du monde, et la lumière tamisée du soir rendait l'instant plus intime, presque irréel.
— Amira, je...
Je m'approchai, ma voix rauque.
— Je ne peux pas arrêter de penser à vous. À ce baiser. À ce que vous m'avez dit.
POV AMIRA
Je fis un pas vers lui, et soudain, nous étions si proches que je pouvais sentir la chaleur de son corps, voir les paillettes dorées dans ses yeux marron, sentir son souffle sur mon visage.
— Alors arrêtez de lutter contre, murmurai-je, une audace que je ne me connaissais pas envahissant ma voix.
POV KARIM
Cette fois, quand je la pris dans mes bras, ce ne fut plus pour la consoler.
Le baiser fut conscient, volontaire, coupable. Infiniment plus troublant que le premier.
Je suis en train de franchir la ligne rouge, pensai-je, sans pour autant m'arrêter. Nadia me fait confiance. Mes enfants me font confiance. Et je suis là, à embrasser une femme qui a vingt ans de moins que moi.
Mais les mains d'Amira dans mes cheveux, sa bouche répondant à la mienne avec une passion que j'avais oubliée, effacèrent momentanément toute culpabilité.
POV AMIRA
— Karim...
Je prononçai son prénom comme une caresse, abandonnant définitivement le « Monsieur Benfilali » et toute la distance hiérarchique qu'il impliquait.
Ses lèvres quittèrent les miennes pour descendre le long de mon cou, et je renversai la tête en arrière, gémissant doucement. Ses mains glissèrent le long de mon dos, me pressant contre lui, et je sentis son désir évident contre mon ventre.
Nous venions de basculer dans l'interdit, un territoire où les règles du bureau, de la morale, de la famille, n'avaient plus cours.
À travers la baie vitrée, les lumières de Hassi Messaoud commençaient à scintiller sous les premières étoiles, témoins silencieux de notre transgression.
DEUXIÈME SECTION : LA DANSE DU DÉSIR
LE DIMANCHE SUIVANT — TRAVAIL TARDIF
POV AMIRA
Le week-end était passé dans une sorte de brouillard étrange. Karim avait dû rentrer à Alger — sa rotation de deux semaines OFF — et son absence m'avait laissé dans un état d'incertitude douloureuse.
Est-ce qu'il regrette ? Est-ce qu'il va revenir en ayant décidé que c'était une erreur ?
Mais lorsqu'il revint le dimanche matin, son regard croisa le mien, et je sus.
Ce n'était pas fini. Au contraire, ça ne faisait que commencer.
POV KARIM
Le week-end à Alger avait été une torture. J'avais joué mon rôle de mari et père dévoué — emmenant les filles au parc, dînant avec Nadia, faisant l'amour avec elle dans notre lit conjugal.
Mais tout le temps, je pensais à Amira.
À ses lèvres. À ses gémissements. À la façon dont elle avait prononcé mon prénom.
Et quand je faisais l'amour à Nadia, les yeux fermés, c'était le visage d'Amira que je voyais.
La culpabilité me rongeait, mais pas assez pour arrêter.
DIMANCHE SOIR — DIX-NEUF HEURES TRENTE
POV AMIRA
— Amira, vous pouvez rester un peu plus tard ce soir ? Nous avons un dossier urgent à boucler pour demain.
C'était Karim, debout dans l'embrasure de la porte, son ton professionnel mais ses yeux portant un message bien différent.
— Bien sûr, Monsieur le Directeur.
Nadira était encore là, et nous travaillâmes tous les trois jusqu'à vingt et une heures — relisant des documents, préparant une présentation, vérifiant des chiffres.
Mais tout le temps, je sentais le regard de Karim sur moi. Et chaque fois que nos mains se frôlaient en passant un dossier, une décharge électrique me parcourait.
Nadira finit par se lever en soupirant.
— Je suis épuisée. Je vais rentrer.
— Je vous dépose ? proposa Karim. Ma voiture est au parking.
— Oh, ce serait gentil. Merci.
Il se tourna vers moi.
— Amira, vous aussi ? Je peux vous déposer après Nadira.
Mon cœur battit plus vite.
— Oui. Merci.
POV KARIM
Nous descendîmes tous les trois vers le parking souterrain. Mon Land Cruiser attendait, rutilant sous les néons froids.
Je déposai d'abord Nadira à la base de vie — elle logeait dans le même complexe que moi, dans l'aile réservée aux cadres célibataires.
— Bonne nuit, Monsieur le Directeur. Amira.
— Bonne nuit, Nadira.
Lorsqu'elle fut partie, un silence chargé s'installa dans la voiture. J'étais seul avec Amira.
— Où habitez-vous ? demandai-je, bien que je connaisse déjà l'adresse.
— Rue des Martyrs. L'immeuble blanc au coin.
Je démarrai, conduisant lentement à travers les rues désertes de Hassi Messaoud. Il était tard, et la ville dormait déjà, seulement éclairée par les réverbères et les lumières lointaines des derricks.
POV AMIRA
Mon cœur battait si fort que j'avais peur qu'il ne l'entende. Nous étions seuls. Dans sa voiture. La nuit. L'intimité de l'espace confiné rendait chaque respiration lourde de sens.
Dis quelque chose, me hurlai-je intérieurement. Dis quelque chose avant de perdre ton courage.
— Ma mère et mes sœurs sont à Ghardaïa ce soir, lâchai-je soudainement. Elles passent la nuit là-bas pour fêter le dix-huitième anniversaire de mon petit cousin.
Je vis ses mains se crisper légèrement sur le volant.
— Je suis seule à l'appartement, continuai-je, ma voix tremblante. Si vous voulez... entrer prendre un thé...
POV KARIM
Mon cœur s'arrêta.
C'était une invitation. Claire. Sans ambiguïté.
Je sus que je n'aurais pas dû monter. Je sus que j'allais monter.
— Un thé, dis-je.
— Oui. Ou du café. Ou... ce que vous voulez.
Ce que je veux, c'est toi.
Je me garai devant son immeuble, coupant le moteur. Dans le silence soudain, j'entendais nos respirations, rapides et irrégulières.
— Amira, si je monte...
— Je sais, murmura-t-elle. Je sais ce que ça veut dire.
— Vous êtes sûre ?
Elle se tourna vers moi, ses yeux brillants dans la pénombre.
— Je n'ai jamais été aussi sûre de quelque chose de ma vie.
L'APPARTEMENT
POV AMIRA
Nous montâmes les quatre étages en silence, chaque marche résonnant dans la cage d'escalier vide. Mes mains tremblaient tellement que j'eus du mal à insérer la clé dans la serrure.
Enfin, la porte s'ouvrit.
— Entre, murmurai-je.
Karim franchit le seuil, et je refermai la porte derrière nous, tournant la clé à double tour. Ce geste simple sembla sceller notre sort.
L'appartement était plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la lumière des réverbères qui filtrait à travers les rideaux. On voyait le salon modeste — un canapé usé, une table basse, des photos de famille accrochées aux murs.
— C'est... humble, dis-je, soudain gênée. Rien à voir avec...
— C'est parfait, m'interrompit Karim.
Il se tourna vers moi, et dans ses yeux, je vis tout ce que je ressentais reflété — désir, peur, culpabilité, besoin.
— Amira, murmura-t-il. Si on fait ça, tout va changer.
— Je sais.
— On ne pourra pas revenir en arrière.
— Je ne veux pas revenir en arrière.
POV KARIM
Je m'approchai d'elle lentement, lui laissant tout le temps de changer d'avis, de me repousser, de dire non.
Mais elle ne le fit pas.
Lorsque mes lèvres touchèrent les siennes, ce fut comme rentrer à la maison. Comme si nos bouches avaient été faites pour se rencontrer, pour se fondre l'une dans l'autre.
Le baiser s'approfondit rapidement, nos langues se mêlant, nos mains explorant avec une urgence croissante. Je la poussai doucement contre le mur, mon corps pressé contre le sien, et elle gémit dans ma bouche.
— Ta chambre, haletai-je contre ses lèvres. Où est ta chambre ?
— Par là.
Elle me prit par la main et me guida à travers l'appartement sombre jusqu'à une petite chambre au fond du couloir. Un lit double occupait presque tout l'espace, avec une table de nuit, une armoire, et des rideaux tirés.
Elle alluma une petite lampe de chevet, diffusant une lumière douce et dorée.
POV AMIRA
Nous nous faisions face, debout près du lit, et soudain, la réalité de ce qui allait se passer me frappa de plein fouet.
Je vais coucher avec Karim. Mon patron. Un homme marié.
Mais au lieu de la culpabilité, tout ce que je ressentis fut du désir.
Karim caressa ma joue – une main lente, presque hésitante, comme s'il vérifiait que j'étais réelle.
Il ne dit rien. Ses yeux dirent tout ce qu'il y avait à dire.
— Montre-moi, murmurai-je. Fais-moi oublier tout le reste.
POV KARIM
Je commençai à déboutonner son chemisier, lentement, révérencieusement. Chaque bouton défait révélait un peu plus de sa peau crémeuse, et je parsemais chaque centimètre de baisers. J'allais explorer chaque courbe, chaque creux, chaque endroit qui la faisait frissonner.
Lorsque son chemisier tomba au sol, révélant un soutien-gorge en dentelle noire, je m'arrêtai pour la contempler.
— Magnifique, murmurai-je.
Je fis glisser les bretelles de ses épaules, puis dégrafai le soutien-gorge. Ses seins se libérèrent, ronds et fermes, les mamelons déjà durcis de désir.
Je pris un sein dans ma bouche, ma langue traçant des arabesques autour du téton, et elle arqua le dos en gémissant.
— Karim... oui...
POV AMIRA
Ses mains défaisaient ma jupe, la faisant glisser le long de mes hanches. Bientôt, je fus debout devant lui en culotte seulement, tremblante de désir et d'anticipation.
— À ton tour, murmurai-je.
Mes doigts malhabiles défaisant les boutons de sa chemise, révélant un torse musclé pour son âge, avec une fine toison grisonnante. Je traçai des lignes avec mes doigts, sentant ses muscles se contracter sous mon toucher.
Il se débarrassa de sa chemise, puis de son pantalon, révélant un boxer noir qui ne cachait pas son érection évidente.
Lorsqu'il enleva le boxer, je retins mon souffle.
Il était impressionnant. Aussi long que celui d'Antonio, peut-être, mais plus épais, et déjà luisant de pré-sperme.
POV KARIM
Je la portai jusqu'au lit, l'allongeant délicatement sur les draps blancs. Elle était magnifique — ses cheveux étalés sur l'oreiller, ses seins se soulevant et s'abaissant avec sa respiration rapide, ses cuisses légèrement écartées dans une invitation silencieuse.
Je m'allongeai à côté d'elle, caressant son corps avec révérence.
— Je vais prendre mon temps avec toi, murmurai-je. Je vais te faire l'amour comme tu mérites d'être aimée.
Ma bouche descendit le long de son corps — ses seins, son ventre, le creux de ses hanches. Je fis glisser sa culotte le long de ses jambes, révélant son intimité, déjà luisante de désir.
— Tu es tellement belle, murmurai-je avant d'enfouir ma tête entre ses cuisses.
POV AMIRA
Sa langue me toucha, et je criai. Il ne me léchait pas juste pour me préparer. Il me léchait comme si c'était un privilège, comme si mon plaisir était sa seule priorité.
Sa langue traçait des cercles autour de mon clitoris, lentement, torturant chaque terminaison nerveuse. Sa bouche sur moi, et je dus m'obliger à ne pas fermer les yeux – parce qu'il relevait la tête pour me regarder entre deux gestes, comme s'il cherchait quelque chose de précis, et que je voulais voir ça. Il prenait son temps d'une façon qu'Antonio n'avait jamais prise – sans méthode ou un quelconque calcul d'efficacité. Il répondait à ce que mon corps lui disait. Quand je cambrai le dos sans le vouloir, il recommençait le même traitement pour prolonger mon plaisir, plus lentement.
— Karim... oh oui... c'est tellement bon...
Je pensai – au milieu de tout ça, ce qui était nouveau – je pensai à la façon dont il m'avait regardée ce soir dans l'ascenseur. Et cette pensée, au lieu de me sortir du moment, me fit aller plus loin dedans.
Il glissa deux doigts en moi, les recourbant pour trouver ce point magique qui me fit voir des étoiles. Sa bouche et ses doigts travaillaient en tandem, créant une symphonie de sensations qui me poussa rapidement vers le bord du précipice.
— Je vais jouir... Karim, je vais jouir...
— Jouis pour moi, habibti. Laisse-toi aller.
L'orgasme me terrassa avec une force dévastatrice. Je criai son nom, mes hanches se soulevant du lit, mes mains agrippant les draps. Il continua à me lécher tout au long de mon orgasme, prolongeant chaque vague de plaisir jusqu'à ce que je le supplie d'arrêter, trop sensible.
POV KARIM
Je me redressai, mon visage luisant de sa jouissance, et la regardai. Elle était magnifique dans l'abandon post-orgasmique — ses joues rouges, ses lèvres gonflées, ses yeux brillants.
— Viens en moi, murmura-t-elle. S'il te plaît. J'ai besoin de te sentir.
Je me positionnai entre ses cuisses, la pointe de mon sexe pressée contre son entrée. Nos regards se verrouillèrent.
— Dis-moi d'arrêter si c'est trop, murmurai-je.
— Ne t'arrête pas. Ne t'arrête jamais.
Je la pénétrai lentement, centimètre par centimètre, la laissant s'ajuster à ma présence. Elle était si serrée, si chaude, si parfaite.
Lorsque je fus complètement en elle, nous gémîmes à l'unisson.
— Mon Dieu, Amira... tu es une déesse...
Je commençai à bouger, lentement d'abord, de longs coups de reins profonds qui nous faisaient gémir tous les deux. Ce n'était pas comme avec Nadia — familier, confortable, prévisible. C'était sauvage, passionné, désespéré.
Je la regardai avant d'entrer en elle. Ce n'était pas calculé – c'était ce que mon corps voulait faire, s'arrêter là une seconde, la voir comme ça. Elle soutint mon regard sans le détourner. Ses hanches bougèrent légèrement vers moi – une impatience que je sentis comme une question.
Quand j'entrai en elle lentement, la chaleur de son corps m'enveloppa d'une façon qui me fit fermer brièvement les yeux. Puis je les rouvris parce que je voulais la voir. Elle ne les avait pas fermés non plus.
Nous commençâmes à bouger ensemble, et quelque chose se régla — pas comme avec Nadia où le corps connaît le corps depuis dix-neuf ans, pas comme ce que j'avais imaginé. Quelque chose de plus immédiat, de plus brut, mais qui portait en même temps tout le poids de ces semaines à nous regarder sans nous toucher. Chaque coup de reins disait ça aussi. Pas seulement le désir. Tout ce qu'on n'avait pas dit.
POV AMIRA
Karim me faisait l'amour avec une tendresse que je n'avais jamais connue. Chaque coup de reins était mesuré, délibéré, comme s'il voulait me mémoriser de l'intérieur.
Ses lèvres trouvèrent les miennes, et nous nous embrassâmes profondément tandis que nos corps bougeaient en harmonie.
— Tourne-toi, murmura-t-il contre mes lèvres.
Je me retournai sur le ventre, et il me pénétra par derrière, une de ses mains glissait sous moi pour caresser mon clitoris tandis que l'autre agrippait ma hanche.
Cette position était plus profonde, presque trop, et je criai dans l'oreiller.
— Ça va ? haleta-t-il.
— Oui... oui... ne t'arrête pas... oui...
Il accéléra, ses coups de reins devenant plus urgents, plus désespérés. Je sentais un deuxième orgasme monter, plus puissant que le premier.
— Karim... je vais encore jouir...
— Jouis avec moi, habibti. Maintenant.
Le plaisir nous frappa de plein fouet, nos cris se mêlant dans l'air confiné de la chambre. Je sentis son sexe palpiter au creux de mon ventre tandis qu'il se déversait, et mes parois se contractèrent autour de lui dans une cadence sauvage.
POV KARIM
Je m'effondrai à côté d'elle, nos corps luisants de sueur, nos respirations erratiques. Je la pris dans mes bras, et elle posa sa tête sur mon torse, écoutant les battements de mon cœur ralentir progressivement.
— C'était... murmura-t-elle.
— Incroyable !
Nous restâmes ainsi longtemps, simplement enlacés, savourant la proximité post-coïtale.
Puis, sans un mot, je commençai à caresser à nouveau son corps. Parce qu'une fois ne suffirait pas. Une nuit ne suffirait pas.
Je voulais tout. Chaque position. Chaque son qu'elle pouvait faire. Chaque façon de la faire jouir.
POV AMIRA
Nous fîmes l'amour trois autres fois cette nuit-là.
La deuxième fois, il me fit monter sur lui, me laissant contrôler le rythme. Je chevauchais lentement, savourant la sensation de plénitude, ses mains sur mes seins, ses yeux dévorant chaque mouvement de mon corps.
— Tu es si belle comme ça, murmura-t-il. Si belle en train de me chevaucher.
La troisième fois fut contre le mur de ma chambre, rapide et urgente, nos corps claquant l'un contre l'autre dans un rythme sauvage.
Et la quatrième, à l'aube, fut lente et tendre, nos corps enchevêtrés dans les draps froissés, murmurant des mots doux en arabe et en français.
— Je ne veux pas partir, murmura-t-il contre mon cou alors que le soleil commençait à teindre le ciel de rose.
— Alors reste.
— Je ne peux pas. Si je ne rentre pas à la base, les gens vont se poser des questions.
— Je sais.
Il se leva, commençant à s'habiller, et je le regardai avec un mélange de satisfaction et de tristesse.
C'est fini. Il va partir et redevenir le Directeur Général marié. Et moi, je redeviendrai la stagiaire.
Mais lorsqu'il fut habillé, il se pencha et m'embrassa tendrement.
— Ce n'est pas fini, Amira. C'est loin d'être fini.
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
— On continue. Prudemment. Discrètement. Mais on continue.
— Tu veux que je sois ta maîtresse.
Ce n'était pas une question. C'était une constatation.
Il ferma les yeux, la culpabilité visible sur son visage.
— Je sais que c'est égoïste. Je sais que tu mérites mieux. Mais je ne peux pas te laisser partir. Pas maintenant.
— Je ne veux pas que tu me laisses partir.
— Même si ça veut dire te cacher ? Être mon secret ?
— Même ça. Je préfère avoir une partie de toi que rien du tout.
Il m'embrassa à nouveau, profondément, désespérément.
— Je ne te mérite pas.
— Probablement pas. Mais tu m'as quand même.
POV KARIM
En conduisant vers la base de vie alors que le soleil se levait sur Hassi Messaoud, je réalisai l'ampleur de ce que je venais de faire.
J'avais franchi la ligne. J'avais trahi Nadia. J'avais fait d'Amira ma maîtresse.
Et le pire, c'est que je ne regrettais pas.
Parce que cette nuit avait été... transcendante. Amira m'avait fait ressentir des choses que je croyais mortes depuis longtemps. Du désir brut, oui, mais aussi une connexion profonde, une intimité émotionnelle que je n'avais jamais eue, même avec Nadia.
Je suis en train de tomber amoureux d'elle.
Cette réalisation me frappa comme un coup de poing.
Ce n'était plus juste du désir. C'était de l'amour. Dangereux, destructeur, impossible.
Et je ne savais pas comment l'arrêter.
POV AMIRA
Après son départ, je restai allongée dans mon lit, nos draps encore imprégnés de son odeur — bois et agrumes mêlés à notre sueur et notre plaisir.
Qu'ai-je fait ?
J'avais couché avec un homme marié. J'avais accepté d'être son secret. J'avais franchi toutes les lignes que je m'étais jurées de ne jamais franchir.
Et pourtant, je ne regrettais rien.
Parce que cette nuit, j'avais découvert quelque chose que je ne connaissais pas : l'intimité émotionnelle mêlée au plaisir physique. Karim m'avait fait l'amour comme personne ne l'avait jamais fait — avec révérence, avec passion, avec une tendresse qui me faisait croire que peut-être, juste peut-être, j'étais plus qu'un corps.
Je suis en train de tomber amoureuse de lui.
Cette vérité était terrifiante. Parce que Karim appartenait à quelqu'un d'autre. À Nadia. À ses filles. À une vie entière construite avant que je n'existe.
Et moi, je n'étais que l'autre femme. Celle qu'on cache. Celle qu'on aime dans l'ombre.
Mais en attendant, je le prendrais. Je prendrais chaque moment volé, chaque nuit clandestine, chaque baiser interdit.
Parce que l'alternative — ne pas l'avoir du tout — était impensable.
Le parfum de l'interdit venait de prendre une nouvelle dimension.
Et nous venions tous les deux de nous engager sur un chemin dont nous ne pourrions jamais revenir.
Un chemin qui mènerait inévitablement à la destruction.
Mais pour l'instant, dans la lumière dorée de l'aube, avec le souvenir de ses mains sur mon corps et de ses lèvres murmurant mon nom, je ne me souciais pas de l'avenir.
Je vivais dans le présent. Dans notre secret partagé.
Dans notre danse interdite du désir.
LE DIMANCHE SUIVANT — TRAVAIL TARDIF
POV AMIRA
Le week-end était passé dans une sorte de brouillard étrange. Karim avait dû rentrer à Alger — sa rotation de deux semaines OFF — et son absence m'avait laissé dans un état d'incertitude douloureuse.
Est-ce qu'il regrette ? Est-ce qu'il va revenir en ayant décidé que c'était une erreur ?
Mais lorsqu'il revint le dimanche matin, son regard croisa le mien, et je sus.
Ce n'était pas fini. Au contraire, ça ne faisait que commencer.
POV KARIM
Le week-end à Alger avait été une torture. J'avais joué mon rôle de mari et père dévoué — emmenant les filles au parc, dînant avec Nadia, faisant l'amour avec elle dans notre lit conjugal.
Mais tout le temps, je pensais à Amira.
À ses lèvres. À ses gémissements. À la façon dont elle avait prononcé mon prénom.
Et quand je faisais l'amour à Nadia, les yeux fermés, c'était le visage d'Amira que je voyais.
La culpabilité me rongeait, mais pas assez pour arrêter.
DIMANCHE SOIR — DIX-NEUF HEURES TRENTE
POV AMIRA
— Amira, vous pouvez rester un peu plus tard ce soir ? Nous avons un dossier urgent à boucler pour demain.
C'était Karim, debout dans l'embrasure de la porte, son ton professionnel mais ses yeux portant un message bien différent.
— Bien sûr, Monsieur le Directeur.
Nadira était encore là, et nous travaillâmes tous les trois jusqu'à vingt et une heures — relisant des documents, préparant une présentation, vérifiant des chiffres.
Mais tout le temps, je sentais le regard de Karim sur moi. Et chaque fois que nos mains se frôlaient en passant un dossier, une décharge électrique me parcourait.
Nadira finit par se lever en soupirant.
— Je suis épuisée. Je vais rentrer.
— Je vous dépose ? proposa Karim. Ma voiture est au parking.
— Oh, ce serait gentil. Merci.
Il se tourna vers moi.
— Amira, vous aussi ? Je peux vous déposer après Nadira.
Mon cœur battit plus vite.
— Oui. Merci.
POV KARIM
Nous descendîmes tous les trois vers le parking souterrain. Mon Land Cruiser attendait, rutilant sous les néons froids.
Je déposai d'abord Nadira à la base de vie — elle logeait dans le même complexe que moi, dans l'aile réservée aux cadres célibataires.
— Bonne nuit, Monsieur le Directeur. Amira.
— Bonne nuit, Nadira.
Lorsqu'elle fut partie, un silence chargé s'installa dans la voiture. J'étais seul avec Amira.
— Où habitez-vous ? demandai-je, bien que je connaisse déjà l'adresse.
— Rue des Martyrs. L'immeuble blanc au coin.
Je démarrai, conduisant lentement à travers les rues désertes de Hassi Messaoud. Il était tard, et la ville dormait déjà, seulement éclairée par les réverbères et les lumières lointaines des derricks.
POV AMIRA
Mon cœur battait si fort que j'avais peur qu'il ne l'entende. Nous étions seuls. Dans sa voiture. La nuit. L'intimité de l'espace confiné rendait chaque respiration lourde de sens.
Dis quelque chose, me hurlai-je intérieurement. Dis quelque chose avant de perdre ton courage.
— Ma mère et mes sœurs sont à Ghardaïa ce soir, lâchai-je soudainement. Elles passent la nuit là-bas pour fêter le dix-huitième anniversaire de mon petit cousin.
Je vis ses mains se crisper légèrement sur le volant.
— Je suis seule à l'appartement, continuai-je, ma voix tremblante. Si vous voulez... entrer prendre un thé...
POV KARIM
Mon cœur s'arrêta.
C'était une invitation. Claire. Sans ambiguïté.
Je sus que je n'aurais pas dû monter. Je sus que j'allais monter.
— Un thé, dis-je.
— Oui. Ou du café. Ou... ce que vous voulez.
Ce que je veux, c'est toi.
Je me garai devant son immeuble, coupant le moteur. Dans le silence soudain, j'entendais nos respirations, rapides et irrégulières.
— Amira, si je monte...
— Je sais, murmura-t-elle. Je sais ce que ça veut dire.
— Vous êtes sûre ?
Elle se tourna vers moi, ses yeux brillants dans la pénombre.
— Je n'ai jamais été aussi sûre de quelque chose de ma vie.
L'APPARTEMENT
POV AMIRA
Nous montâmes les quatre étages en silence, chaque marche résonnant dans la cage d'escalier vide. Mes mains tremblaient tellement que j'eus du mal à insérer la clé dans la serrure.
Enfin, la porte s'ouvrit.
— Entre, murmurai-je.
Karim franchit le seuil, et je refermai la porte derrière nous, tournant la clé à double tour. Ce geste simple sembla sceller notre sort.
L'appartement était plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la lumière des réverbères qui filtrait à travers les rideaux. On voyait le salon modeste — un canapé usé, une table basse, des photos de famille accrochées aux murs.
— C'est... humble, dis-je, soudain gênée. Rien à voir avec...
— C'est parfait, m'interrompit Karim.
Il se tourna vers moi, et dans ses yeux, je vis tout ce que je ressentais reflété — désir, peur, culpabilité, besoin.
— Amira, murmura-t-il. Si on fait ça, tout va changer.
— Je sais.
— On ne pourra pas revenir en arrière.
— Je ne veux pas revenir en arrière.
POV KARIM
Je m'approchai d'elle lentement, lui laissant tout le temps de changer d'avis, de me repousser, de dire non.
Mais elle ne le fit pas.
Lorsque mes lèvres touchèrent les siennes, ce fut comme rentrer à la maison. Comme si nos bouches avaient été faites pour se rencontrer, pour se fondre l'une dans l'autre.
Le baiser s'approfondit rapidement, nos langues se mêlant, nos mains explorant avec une urgence croissante. Je la poussai doucement contre le mur, mon corps pressé contre le sien, et elle gémit dans ma bouche.
— Ta chambre, haletai-je contre ses lèvres. Où est ta chambre ?
— Par là.
Elle me prit par la main et me guida à travers l'appartement sombre jusqu'à une petite chambre au fond du couloir. Un lit double occupait presque tout l'espace, avec une table de nuit, une armoire, et des rideaux tirés.
Elle alluma une petite lampe de chevet, diffusant une lumière douce et dorée.
POV AMIRA
Nous nous faisions face, debout près du lit, et soudain, la réalité de ce qui allait se passer me frappa de plein fouet.
Je vais coucher avec Karim. Mon patron. Un homme marié.
Mais au lieu de la culpabilité, tout ce que je ressentis fut du désir.
Karim caressa ma joue – une main lente, presque hésitante, comme s'il vérifiait que j'étais réelle.
Il ne dit rien. Ses yeux dirent tout ce qu'il y avait à dire.
— Montre-moi, murmurai-je. Fais-moi oublier tout le reste.
POV KARIM
Je commençai à déboutonner son chemisier, lentement, révérencieusement. Chaque bouton défait révélait un peu plus de sa peau crémeuse, et je parsemais chaque centimètre de baisers. J'allais explorer chaque courbe, chaque creux, chaque endroit qui la faisait frissonner.
Lorsque son chemisier tomba au sol, révélant un soutien-gorge en dentelle noire, je m'arrêtai pour la contempler.
— Magnifique, murmurai-je.
Je fis glisser les bretelles de ses épaules, puis dégrafai le soutien-gorge. Ses seins se libérèrent, ronds et fermes, les mamelons déjà durcis de désir.
Je pris un sein dans ma bouche, ma langue traçant des arabesques autour du téton, et elle arqua le dos en gémissant.
— Karim... oui...
POV AMIRA
Ses mains défaisaient ma jupe, la faisant glisser le long de mes hanches. Bientôt, je fus debout devant lui en culotte seulement, tremblante de désir et d'anticipation.
— À ton tour, murmurai-je.
Mes doigts malhabiles défaisant les boutons de sa chemise, révélant un torse musclé pour son âge, avec une fine toison grisonnante. Je traçai des lignes avec mes doigts, sentant ses muscles se contracter sous mon toucher.
Il se débarrassa de sa chemise, puis de son pantalon, révélant un boxer noir qui ne cachait pas son érection évidente.
Lorsqu'il enleva le boxer, je retins mon souffle.
Il était impressionnant. Aussi long que celui d'Antonio, peut-être, mais plus épais, et déjà luisant de pré-sperme.
POV KARIM
Je la portai jusqu'au lit, l'allongeant délicatement sur les draps blancs. Elle était magnifique — ses cheveux étalés sur l'oreiller, ses seins se soulevant et s'abaissant avec sa respiration rapide, ses cuisses légèrement écartées dans une invitation silencieuse.
Je m'allongeai à côté d'elle, caressant son corps avec révérence.
— Je vais prendre mon temps avec toi, murmurai-je. Je vais te faire l'amour comme tu mérites d'être aimée.
Ma bouche descendit le long de son corps — ses seins, son ventre, le creux de ses hanches. Je fis glisser sa culotte le long de ses jambes, révélant son intimité, déjà luisante de désir.
— Tu es tellement belle, murmurai-je avant d'enfouir ma tête entre ses cuisses.
POV AMIRA
Sa langue me toucha, et je criai. Il ne me léchait pas juste pour me préparer. Il me léchait comme si c'était un privilège, comme si mon plaisir était sa seule priorité.
Sa langue traçait des cercles autour de mon clitoris, lentement, torturant chaque terminaison nerveuse. Sa bouche sur moi, et je dus m'obliger à ne pas fermer les yeux – parce qu'il relevait la tête pour me regarder entre deux gestes, comme s'il cherchait quelque chose de précis, et que je voulais voir ça. Il prenait son temps d'une façon qu'Antonio n'avait jamais prise – sans méthode ou un quelconque calcul d'efficacité. Il répondait à ce que mon corps lui disait. Quand je cambrai le dos sans le vouloir, il recommençait le même traitement pour prolonger mon plaisir, plus lentement.
— Karim... oh oui... c'est tellement bon...
Je pensai – au milieu de tout ça, ce qui était nouveau – je pensai à la façon dont il m'avait regardée ce soir dans l'ascenseur. Et cette pensée, au lieu de me sortir du moment, me fit aller plus loin dedans.
Il glissa deux doigts en moi, les recourbant pour trouver ce point magique qui me fit voir des étoiles. Sa bouche et ses doigts travaillaient en tandem, créant une symphonie de sensations qui me poussa rapidement vers le bord du précipice.
— Je vais jouir... Karim, je vais jouir...
— Jouis pour moi, habibti. Laisse-toi aller.
L'orgasme me terrassa avec une force dévastatrice. Je criai son nom, mes hanches se soulevant du lit, mes mains agrippant les draps. Il continua à me lécher tout au long de mon orgasme, prolongeant chaque vague de plaisir jusqu'à ce que je le supplie d'arrêter, trop sensible.
POV KARIM
Je me redressai, mon visage luisant de sa jouissance, et la regardai. Elle était magnifique dans l'abandon post-orgasmique — ses joues rouges, ses lèvres gonflées, ses yeux brillants.
— Viens en moi, murmura-t-elle. S'il te plaît. J'ai besoin de te sentir.
Je me positionnai entre ses cuisses, la pointe de mon sexe pressée contre son entrée. Nos regards se verrouillèrent.
— Dis-moi d'arrêter si c'est trop, murmurai-je.
— Ne t'arrête pas. Ne t'arrête jamais.
Je la pénétrai lentement, centimètre par centimètre, la laissant s'ajuster à ma présence. Elle était si serrée, si chaude, si parfaite.
Lorsque je fus complètement en elle, nous gémîmes à l'unisson.
— Mon Dieu, Amira... tu es une déesse...
Je commençai à bouger, lentement d'abord, de longs coups de reins profonds qui nous faisaient gémir tous les deux. Ce n'était pas comme avec Nadia — familier, confortable, prévisible. C'était sauvage, passionné, désespéré.
Je la regardai avant d'entrer en elle. Ce n'était pas calculé – c'était ce que mon corps voulait faire, s'arrêter là une seconde, la voir comme ça. Elle soutint mon regard sans le détourner. Ses hanches bougèrent légèrement vers moi – une impatience que je sentis comme une question.
Quand j'entrai en elle lentement, la chaleur de son corps m'enveloppa d'une façon qui me fit fermer brièvement les yeux. Puis je les rouvris parce que je voulais la voir. Elle ne les avait pas fermés non plus.
Nous commençâmes à bouger ensemble, et quelque chose se régla — pas comme avec Nadia où le corps connaît le corps depuis dix-neuf ans, pas comme ce que j'avais imaginé. Quelque chose de plus immédiat, de plus brut, mais qui portait en même temps tout le poids de ces semaines à nous regarder sans nous toucher. Chaque coup de reins disait ça aussi. Pas seulement le désir. Tout ce qu'on n'avait pas dit.
POV AMIRA
Karim me faisait l'amour avec une tendresse que je n'avais jamais connue. Chaque coup de reins était mesuré, délibéré, comme s'il voulait me mémoriser de l'intérieur.
Ses lèvres trouvèrent les miennes, et nous nous embrassâmes profondément tandis que nos corps bougeaient en harmonie.
— Tourne-toi, murmura-t-il contre mes lèvres.
Je me retournai sur le ventre, et il me pénétra par derrière, une de ses mains glissait sous moi pour caresser mon clitoris tandis que l'autre agrippait ma hanche.
Cette position était plus profonde, presque trop, et je criai dans l'oreiller.
— Ça va ? haleta-t-il.
— Oui... oui... ne t'arrête pas... oui...
Il accéléra, ses coups de reins devenant plus urgents, plus désespérés. Je sentais un deuxième orgasme monter, plus puissant que le premier.
— Karim... je vais encore jouir...
— Jouis avec moi, habibti. Maintenant.
Le plaisir nous frappa de plein fouet, nos cris se mêlant dans l'air confiné de la chambre. Je sentis son sexe palpiter au creux de mon ventre tandis qu'il se déversait, et mes parois se contractèrent autour de lui dans une cadence sauvage.
POV KARIM
Je m'effondrai à côté d'elle, nos corps luisants de sueur, nos respirations erratiques. Je la pris dans mes bras, et elle posa sa tête sur mon torse, écoutant les battements de mon cœur ralentir progressivement.
— C'était... murmura-t-elle.
— Incroyable !
Nous restâmes ainsi longtemps, simplement enlacés, savourant la proximité post-coïtale.
Puis, sans un mot, je commençai à caresser à nouveau son corps. Parce qu'une fois ne suffirait pas. Une nuit ne suffirait pas.
Je voulais tout. Chaque position. Chaque son qu'elle pouvait faire. Chaque façon de la faire jouir.
POV AMIRA
Nous fîmes l'amour trois autres fois cette nuit-là.
La deuxième fois, il me fit monter sur lui, me laissant contrôler le rythme. Je chevauchais lentement, savourant la sensation de plénitude, ses mains sur mes seins, ses yeux dévorant chaque mouvement de mon corps.
— Tu es si belle comme ça, murmura-t-il. Si belle en train de me chevaucher.
La troisième fois fut contre le mur de ma chambre, rapide et urgente, nos corps claquant l'un contre l'autre dans un rythme sauvage.
Et la quatrième, à l'aube, fut lente et tendre, nos corps enchevêtrés dans les draps froissés, murmurant des mots doux en arabe et en français.
— Je ne veux pas partir, murmura-t-il contre mon cou alors que le soleil commençait à teindre le ciel de rose.
— Alors reste.
— Je ne peux pas. Si je ne rentre pas à la base, les gens vont se poser des questions.
— Je sais.
Il se leva, commençant à s'habiller, et je le regardai avec un mélange de satisfaction et de tristesse.
C'est fini. Il va partir et redevenir le Directeur Général marié. Et moi, je redeviendrai la stagiaire.
Mais lorsqu'il fut habillé, il se pencha et m'embrassa tendrement.
— Ce n'est pas fini, Amira. C'est loin d'être fini.
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
— On continue. Prudemment. Discrètement. Mais on continue.
— Tu veux que je sois ta maîtresse.
Ce n'était pas une question. C'était une constatation.
Il ferma les yeux, la culpabilité visible sur son visage.
— Je sais que c'est égoïste. Je sais que tu mérites mieux. Mais je ne peux pas te laisser partir. Pas maintenant.
— Je ne veux pas que tu me laisses partir.
— Même si ça veut dire te cacher ? Être mon secret ?
— Même ça. Je préfère avoir une partie de toi que rien du tout.
Il m'embrassa à nouveau, profondément, désespérément.
— Je ne te mérite pas.
— Probablement pas. Mais tu m'as quand même.
POV KARIM
En conduisant vers la base de vie alors que le soleil se levait sur Hassi Messaoud, je réalisai l'ampleur de ce que je venais de faire.
J'avais franchi la ligne. J'avais trahi Nadia. J'avais fait d'Amira ma maîtresse.
Et le pire, c'est que je ne regrettais pas.
Parce que cette nuit avait été... transcendante. Amira m'avait fait ressentir des choses que je croyais mortes depuis longtemps. Du désir brut, oui, mais aussi une connexion profonde, une intimité émotionnelle que je n'avais jamais eue, même avec Nadia.
Je suis en train de tomber amoureux d'elle.
Cette réalisation me frappa comme un coup de poing.
Ce n'était plus juste du désir. C'était de l'amour. Dangereux, destructeur, impossible.
Et je ne savais pas comment l'arrêter.
POV AMIRA
Après son départ, je restai allongée dans mon lit, nos draps encore imprégnés de son odeur — bois et agrumes mêlés à notre sueur et notre plaisir.
Qu'ai-je fait ?
J'avais couché avec un homme marié. J'avais accepté d'être son secret. J'avais franchi toutes les lignes que je m'étais jurées de ne jamais franchir.
Et pourtant, je ne regrettais rien.
Parce que cette nuit, j'avais découvert quelque chose que je ne connaissais pas : l'intimité émotionnelle mêlée au plaisir physique. Karim m'avait fait l'amour comme personne ne l'avait jamais fait — avec révérence, avec passion, avec une tendresse qui me faisait croire que peut-être, juste peut-être, j'étais plus qu'un corps.
Je suis en train de tomber amoureuse de lui.
Cette vérité était terrifiante. Parce que Karim appartenait à quelqu'un d'autre. À Nadia. À ses filles. À une vie entière construite avant que je n'existe.
Et moi, je n'étais que l'autre femme. Celle qu'on cache. Celle qu'on aime dans l'ombre.
Mais en attendant, je le prendrais. Je prendrais chaque moment volé, chaque nuit clandestine, chaque baiser interdit.
Parce que l'alternative — ne pas l'avoir du tout — était impensable.
Le parfum de l'interdit venait de prendre une nouvelle dimension.
Et nous venions tous les deux de nous engager sur un chemin dont nous ne pourrions jamais revenir.
Un chemin qui mènerait inévitablement à la destruction.
Mais pour l'instant, dans la lumière dorée de l'aube, avec le souvenir de ses mains sur mon corps et de ses lèvres murmurant mon nom, je ne me souciais pas de l'avenir.
Je vivais dans le présent. Dans notre secret partagé.
Dans notre danse interdite du désir.
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