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Couverture de Parfum de l'interdit, par NadiaKarim
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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Parfum de l'interdit — Chapitre 25 · Rencontre avec les filles

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NadiaKarim
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Parfum de l'interdit

Chapitre 25 · Rencontre avec les filles

POV KARIM
Je préparai cette rencontre pendant trois semaines. Trois semaines à trouver le bon moment pour en parler à Arwa et Samar. Trois semaines à mesurer mes mots, à recommencer mes phrases, à effacer des messages commencés puis abandonnés. Trois semaines à consulter Nadia — parce que malgré tout, malgré la séparation et la douleur, elle restait leur mère et avait son mot à dire sur la façon dont leurs filles apprendraient à connaître la femme qui partageait maintenant ma vie.
Nadia avait dit quelque chose que je n'attendais pas.
— Fais-le progressivement. Pas trop tôt, pas trop tard. Et ne leur mens pas. Elles méritent la vérité adaptée à leur âge.
— Tu acceptes qu'elles la rencontrent ?
— Je n'ai pas à accepter ou refuser. Elle fait partie de ta vie. Donc elle fera partie de la leur, d'une façon ou d'une autre. Autant que ça se passe bien.
Cette dignité — cette capacité à mettre les filles avant sa propre douleur — me rappela pourquoi j'avais aimé cette femme pendant vingt-trois ans. Et me rappela aussi ce que j'avais détruit.
Je parlai d'abord à Arwa seule. Quinze ans, intelligente, les yeux de sa mère et la mâchoire de son grand-père paternel. Elle m'écouta en silence, les bras croisés, dans cette position fermée qui était devenue la sienne depuis la séparation.
— Elle s'appelle comment ?
— Amira.
— C'est à cause d'elle que toi et maman vous vous êtes séparés ?
— La réponse honnête est : pas uniquement. Ta maman et moi avions des problèmes avant. Mais oui, Amira a joué un rôle.
— Tu l'aimes ?
— Oui.
— Est-ce qu'elle t'aime ?
— Oui.
Arwa regarda par la fenêtre un long moment.
— Je ne sais pas si je vais l'aimer.
— Tu n'as pas à l'aimer. Tu as juste à lui donner une chance d'être une personne réelle pour toi.
— C'est différent d'aimer.
— Oui. C'est différent. Et c'est suffisant pour commencer.
Samar fut plus directe, à sa façon de onze ans.
— Elle est sympa ?
— Je pense que oui. Mais c'est toi qui en jugeras.
— Elle va vivre avec toi ?
— Elle vit déjà avec moi.
— Dans le même appartement ?
— Oui.
— Est-ce que ça veut dire qu'on peut venir dormir quand même ?
— Oui, ma puce. L'appartement est aussi le vôtre quand vous venez.
Samar réfléchit.
— D'accord. Mais je garde ma chambre.
— Ta chambre sera toujours ta chambre.
Elle sembla satisfaite de ça.
POV AMIRA
Je dormis très mal la veille.
Karim me retrouva à quatre heures du matin assise dans le salon, une tisane froide dans les mains, fixant la baie vitrée.
— Tu ne dors pas.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que demain ta fille aînée va me regarder et se demander si c'est à cause de moi que ses parents ne vivent plus ensemble. Et la réponse sera en partie oui. Et il n'y a rien que je puisse dire pour rendre ça différent.
Il s'assit à côté de moi, prit la tisane froide de mes mains, la posa sur la table.
— Arwa sait que la situation est complexe. Elle n'est pas en train de chercher quelqu'un à blâmer.
— Tu en es sûr ?
— Non. Mais je sais qu'elle est intelligente. Et que l'intelligence, avec le temps, mène à la nuance.
— Et si elle ne m'accepte jamais ?
— Alors on navigue avec ça. Mais Amira — tu ne peux pas te faire aimer de quelqu'un en une rencontre. Tu peux juste être toi-même et laisser le temps faire son travail.
— Je ne sais pas encore ce que être moi-même veut dire dans ce contexte.
— Ça veut dire la même chose que partout. Être honnête. Respectueuse. Ni excessivement gentille ni distante. Juste présente.
Je posai ma tête sur son épaule.
— J'ai peur de les décevoir.
— Elles n'attendent pas grand-chose de toi pour l'instant. C'est un avantage.
— Les attentes basses comme stratégie de gestion de l'anxiété ?
— Exactement.
Je ris malgré moi.
— Tu es ridicule.
— Oui. Mais tu as arrêté de fixer la baie vitrée d'un air tragique.
POV KARIM
Nous nous retrouvâmes au parc de Ben Aknoun un vendredi matin — terrain neutre, espace ouvert, possibilité de partir si ça devenait trop difficile.
Nadia déposa les filles à l'entrée du parc sans descendre de voiture. Je la vis par le pare-brise — lunettes de soleil, cheveux attachés, un sourire contraint dans ma direction avant de repartir.
Arwa et Samar s'approchèrent. Samar courut les derniers mètres et m'embrassa — elle faisait toujours ça, comme si elle compensait la distance physique de nos séparations.
— Papa !
— Ma puce.
Arwa marcha jusqu'à nous, plus mesurée, et s'arrêta à un mètre d'Amira.
Amira ne s'avança pas non plus. Elle attendit.
Ce moment d'arrêt entre elles — les yeux marron de ma fille examinant cette femme que j'aimais — fut peut-être le moment le plus long de ma vie.
Puis Arwa tendit la main.
— Bonjour. Je m'appelle Arwa.
— Bonjour, dit Amira en serrant sa main. Je suis Amira.
— Je sais.
— Je sais que tu sais. Je le dis quand même.
Un battement. Et puis — pas un sourire complet, mais quelque chose dans les yeux d'Arwa qui se déplaça légèrement. De l'appréciation pour la franchise, peut-être.
— D'accord, dit-elle simplement.
POV AMIRA
Samar n'avait pas attendu les présentations formelles. Elle était déjà à côté de moi, regardant mes chaussures.
— T'as des Converse blanches, dit-elle.
— Oui.
— Elles sont propres. Comment tu fais pour garder des Converse blanches propres ?
— Je ne les porte que quand il ne pleut pas.
— C'est une bonne stratégie.
— Merci.
Elle leva les yeux vers moi avec l'évaluation décomplexée d'une enfant de onze ans.
— T'as quel âge ?
— Samar, dit Arwa d'un ton légèrement réprobateur.
— C'est pas impoli de demander.
— C'est pas très poli non plus.
— J'ai vingt-trois ans, dis-je à Samar.
— C'est pas vieux.
— Non.
— Arwa a quinze ans. T'es pas beaucoup plus vieille qu'elle.
— Neuf ans de différence, c'est quand même quelque chose.
— C'est la différence entre Arwa et moi multipliée par... attends...
— Par deux, dis-je.
Samar me regarda avec des yeux ronds.
— T'as calculé ça vite.
— Je suis bonne en maths.
Elle sembla décider quelque chose.
— D'accord, dit-elle avec l'autorité définitive des enfants. On peut marcher maintenant.
POV KARIM
Nous marchâmes pendant deux heures dans le parc.
Samar parla sans interruption — de son école, de sa meilleure amie Lina, d'un chat de gouttière qu'elle essayait de convaincre sa mère d'adopter, d'une série télévisée dont elle m'expliqua les cinq premières saisons avec une précision encyclopédique.
Amira l'écouta vraiment. Elle posait des questions — pas les questions condescendantes des adultes qui font semblant de s'intéresser, mais des questions qui montraient qu'elle avait suivi.
— Attends, le personnage qui s'appelle Rayan, là, c'est le frère ou le cousin ?
— Le demi-frère ! C'est important. La différence change tout le reste de l'intrigue.
— D'accord. Continue.
Arwa marchait à côté de moi, légèrement en retrait du duo Samar-Amira. Je ne forçai pas la conversation. Je lui laissai le temps de regarder.
À un moment, nous nous arrêtâmes devant une fontaine, et Samar demanda à Amira de la prendre en photo avec son téléphone. Amira s'accroupit pour être à la hauteur de l'enfant, ajusta le cadrage, prit trois photos.
— Montre-moi, dit Samar.
— Celle-là est la meilleure. Regarde la lumière sur ta gauche.
— T'es photographe ?
— Non. Mais j'ai appris que la lumière change tout.
Arwa, debout à côté de moi, regardait la scène.
— Elle n'essaie pas trop fort, murmura-t-elle.
— Non.
— Les adultes qui essaient trop fort avec les enfants, c'est pire que ceux qui n'essaient pas du tout.
— Je suis d'accord.
— Elle est naturelle.
— Oui.
Arwa croisa les bras.
— Je ne dis pas que ça va être facile. Je ne dis pas que je suis contente de la situation.
— Je sais.
— Mais elle n'a pas l'air d'une mauvaise personne.
— Non. Elle n'en est pas une.
— Je me ferai ma propre opinion.
— C'est exactement ce que je veux.
POV AMIRA
L'après-midi, nous rentrâmes à l'appartement.
Les meubles étaient arrivés depuis deux semaines — un canapé, une table, des lits. L'appartement commençait à ressembler à quelque chose. Pas encore à une vraie maison, mais à un espace habité.
Samar entra, fit rapidement le tour des pièces avec l'exploration sans gêne d'une enfant, et s'arrêta devant la bibliothèque que j'avais montée la semaine précédente.
— C'est à toi tous ces livres ?
— Oui.
— T'as lu tout ça ?
— La plupart.
— Même les gros ?
— Surtout les gros.
Elle sortit un roman au hasard — Le Comte de Monte-Cristo, l'édition complète en deux volumes que j'avais depuis le lycée.
— C'est bien ?
— C'est l'un des meilleurs livres qui existent.
— Sur quoi ?
— Sur la vengeance. Et sur ce qu'elle coûte vraiment.
Samar hocha gravement la tête comme si ça avait du sens.
— Je peux lire ?
— Si tu veux.
— Je commencerai quand j'ai fini ma série.
— D'accord.
Arwa, debout près de la fenêtre du salon, regardait la vue sur Alger que je connaissais bien maintenant. Elle se retourna.
— C'est vous qui avez choisi cet appartement pour la vue ?
— Oui.
— C'est une bonne raison pour choisir un appartement.
— Je trouve aussi.
Nous nous regardâmes un moment. Arwa était tellement l'enfant de Karim — cette façon d'évaluer, de peser avant de parler, de ne pas montrer ce qu'elle ressentait tant qu'elle n'en était pas sûre.
— Je ne sais pas encore comment m'appeler avec toi, dit-elle.
— Tu peux m'appeler Amira.
— Juste Amira ?
— Juste Amira. Rien d'autre. Pas encore.
— D'accord.
Pas encore. Ces deux mots portaient une promesse que ni elle ni moi ne pouvions tenir pour l'autre.
Mais c'était suffisant.
POV KARIM
Le dîner fut simple — je commandai des pizzas parce que c'était neutre, acceptable par tout le monde, et qu'Amira avait admis la semaine précédente ne pas encore maîtriser la cuisine algéroise avec assez de maîtrise pour la présenter à des adolescentes.
— Elle m'aurait jugée sur le couscous, avait-elle dit.
— Samar ne juge pas sur la nourriture.
— Arwa si.
— Elle tient ça de sa mère.
— Exactement.
Les pizzas furent donc accueillies sans commentaire. Samar raconta encore, Arwa mangea en observant tout le monde avec ses yeux calmes, Amira répondit aux questions de Samar et laissa Arwa prendre son temps.
Je regardai ma table — cette table que nous avions montée ensemble le deuxième week-end à l'appartement, ces quatre personnes assises autour, ce silence entre les conversations qui n'était pas de la tension mais juste de la vie ordinaire.
C'est possible, pensai-je. Ce n'est pas parfait. Mais c'est possible.
Nadia vint chercher les filles à vingt et une heures. Je descendis avec elles. Elle se gara devant l'immeuble, ne monta pas.
— Comment ça s'est passé ? murmura-t-elle.
— Bien. Samar a adopté Amira. Arwa réserve son jugement.
— C'est Arwa.
— Je sais.
Un silence.
— Elle a été correcte avec elles ?
— Oui. Vraiment correcte.
Nadia hocha la tête. Samar monta dans la voiture en criant au revoir papa. Arwa s'arrêta, se retourna vers l'immeuble, leva les yeux vers la fenêtre du quatrième étage où Amira était visible — un carré de lumière, une silhouette.
Puis elle monta dans la voiture.
POV AMIRA
Cette nuit-là, quand les filles eurent quitté l'appartement et que Karim revint après les avoir accompagnées, nous nous retrouvâmes dans le salon avec la vaisselle à faire et le silence des présences parties.
— Alors ? murmura-t-il.
— Alors quoi ?
— Comment tu te sens ?
— Épuisée. Et soulagée. Et... touchée.
— Touchée par quoi ?
— Par Samar qui m'a demandé si je pouvais lui apprendre les maths parce que sa prof lui semblait incompréhensible. Et par Arwa qui m'a regardée depuis la voiture avant de partir.
— Elle t'a regardée ?
— Oui. Par la vitre. Un regard long. Je ne sais pas ce qu'il voulait dire.
— Ça veut dire qu'elle pense encore à toi. C'est bon signe.
— Tu en es sûr ?
— Arwa ne pense qu'aux choses qui comptent.
Je lavai les verres en silence un moment.
— Karim.
— Oui.
— Je voudrais faire quelque chose.
— Quoi ?
— Ne pas parler. Juste... être avec toi. Silencieusement.
Il prit le torchon pour essuyer ce que je lavais.
— D'accord.
Nous finîmes la vaisselle en silence. Puis nous allâmes dans la chambre, et nous fîmes l'amour doucement, lentement, sans un mot, les filles absentes mais encore présentes dans l'espace par leurs traces — un livre de Samar oublié sur la table, la veste d'Arwa posée sur le dossier d'une chaise.
Cette présence-là — douce, ordinaire, familiale — donnait à ce que nous faisions une texture différente.
Pas de la clandestinité. Pas du danger. Juste de la vie.
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Chapitre 26 · Le fantôme de Nadia
Un message arrive un lundi matin à Alger. Il vient de Nadia, la femme dont le nom pèse sur la vie d'Amira depuis des mois. Elle demande une seule chose : se parler, toutes les deux, sans Karim. Amira doit décider si elle répond — et si elle ose se retrouver face à celle dont elle a brisé le mariage.
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