Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Rosalie une domestique dévouée — Chapitre 23 · Le recrutement
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Rosalie une domestique dévouée
Chapitre 23 · Le recrutement
Je lui fis entièrement confiance. Je n'y connaissais rien en recrutement de personnel, et encore moins en personnel de maison. Elle me dit qu'elle me guiderait pour rédiger mon courrier de recherche. Elle me dicta la lettre dans mon bureau, je ne corrigeai que la forme. Elle insista pour que j'exige une jeune femme (« moins de vingt-cinq ans »), avec « très peu d'expérience », que j'écrive bien qu'elle « serait formée par une gouvernante ». Tout au plus demandait-elle qu'elle sache cuisiner - « elle pourra s'améliorer, mais il faut un savoir minimum au départ », me précisa-t-elle - coudre, faire la lessive. Et elle exigea que la réponse avec les références des candidates soit accompagnée d'une photographie.
— Une photographie, Alexandrine ?! Mais cela coûte très cher, ces filles ne pourront pas se payer les talents d'un photographe.
— Nous allons envoyer ces courriers dans plusieurs agences de placement que je connais, l'une à Paris, et les autres dans des villes de province, et vous préciserez à l'agence que vous prendrez en charge les frais de photographies… Si vous n'y voyez pas d'inconvénient
— Non bien entendu. Vous savez que je suis prêt à payer le prix qu'il faut pour avoir la personne adéquate. Mais, une photographie… pourquoi ?
— C'est un gage de sérieux, Monsieur. Et puis, rien qu'à voir l'allure de la fille, je serai capable de me faire une idée. À son allure. Et à son regard. Du moment qu'elle n'est pas trop cruche, si c'est une brave fille, courageuse, j'en fais mon affaire.
— Entendu, Alexandrine, faisons comme ça.
Nous fîmes donc partir le même courrier dans des agences de placement (Paris, Tours, Nancy, Troyes.) Il avait été convenu que je prendrais en charge leur voyage (aller et retour) pour celles dont nous retiendrions, à la lecture de leur dossier, la candidature pour un entretien, au cas où elles ne feraient pas l'affaire, histoire que la dépense ne constitue pas un empêchement pour elles de se rendre à ma maison.
Alexandrine semblait bien connue dans ces agences, et avait une réputation indéniable de sérieux. Le fait de mentionner son nom (j'avais précisé qui était la gouvernante qui formerait la jeune débutante) dut en impressionner manifestement les responsables car je reçus de nombreuses réponses, fort courtoises et encourageantes. Naturellement, plusieurs d'entre elles me demandèrent un délai, afin de répondre à mes exigences (faire effectuer une photographie de chaque candidate susceptible de faire l'affaire, entre autres choses) ; d'autres ne me répondirent pas rapidement, mais quand elles le firent elles avaient joint l'image de la postulante.
Alexandrine examina les dossiers, les références, et également les photographies des jeunes filles.
— Celle-ci a l'air d'une garce, me dit-elle, songeuse. Je n'aime pas son regard qui sent la petite peste, vicieuse. Et par dessus le marché elle a le regard sournois, par en dessous. Elle nous donnerait du fil à retordre. Elle a une référence, mais lisez…
Je lus. Le ton était neutre, et la lettre de recommandation était brève.
— Oui, bon, rien de remarquable, lui dis-je
— Justement. Ça sent l'embrouille. Elle n'a fait qu'une seule place (certes, c'est que nous voulons, une fille avec peu d'expérience) mais notez qu'elle n'y est restée que 6 mois ! C'est bizarre. Bref. Vous déciderez, mais elle ne m'inspire pas confiance.
— Oui, peut-être… En tout cas, je préfère vous suivre, je me fie à votre jugement, Alexandrine.
— Bon, voyons celle-ci. Voyons sa photographie. Hum, je trouve qu'elle a l'air trop rigide pour être honnête.
— Vous aussi paraissez stricte et froide, Alexandrine, lui dis-je en riant.
— Et je le suis, vous le savez, Monsieur. Mais moi je suis gouvernante. Cette petite cruche postule pour une place de bonne à tout faire. Et sur cette image elle donne l'impression qu'elle renâclera à la première consigne. Je peux me tromper, Monsieur, mais je vous fiche mon billet que cette petite gourde se prend déjà pour une dame… qu'elle n'est pas !
Et ainsi de suite. Elle finit par ne sélectionner que trois candidatures sur les dix reçues. Je me fis la remarque que sur les trois photographies, les trois jeunes filles avaient un physique un peu semblable. Je ne pus m'empêcher de le dire à Alexandrine.
Elle sourit, un peu gênée, mais me répondit franchement :
— Eh bien, Monsieur, leur regard m'inspire, leur air d'innocence, et leur jeune âge : ces trois-là ont moins de vingt-cinq ans…
— Oui Alexandrine, je sais que vous souhaitiez des jeunes filles avec peu d'expérience… Mais ce que je veux dire c'est que… ces trois-là ont un peu l'air de la jeune paysanne même pas dégrossie (cela ne me gêne pas, notez, elles viennent sans doute de ce milieu… comme souvent), mais surtout ce sont des petites rondouillardes, un peu rougeaudes… c'est drôle
— Oui, Monsieur, je l'avoue. Disons que je connais vos goûts, et puis c'est aussi pour vous rappeler votre chère Rosalie, sourit-elle en jouant sur une corde sensible
— Bon, et que pensez-vous décider ?
— Ça n'est pas moi qui décide, Monsieur. Mais si mon choix bien raisonné vous agrée (choix que j'ai fait aussi en fonction de leur bref parcours que les agences de placement nous ont décrits là), moi je vous suggérerais de faire venir ces trois-là, et nous les recevrons pour un entretien afin de nous faire une meilleure idée…
— Vous, surtout
— Disons que moi je vous donnerai un avis que je pense éclairé sur les capacités de la candidate à tenir sa place, et à correspondre à ce que nous attendons… enfin que vous attendez d'elle (bien que ce soit moi qui doive la former) ; ensuite vous déciderez
— Oui. Entendu, Alexandrine.
Dans les semaines qui suivirent nous reçûmes ces trois jeunes personnes.
La première venait de Toul, elle était blonde, joufflue et son visage s'empourprait à chaque instant. Elle avait 21 ans et semblait très timide, peu dégourdie, elle parlait avec un accent traînard de l'est qui ne me gênait pas, mais elle avait un peu de mal à s'exprimer clairement. Elle semblait très émotive. Je me dis qu'Alexandrine saurait néanmoins la former et la faire marcher droit. J'espérais juste qu'elle ne serait point trop sensible et que la brusquerie de la gouvernante ne serait pas l'origine de crises de larmes et de petits drames quotidiens. Je savais Alexandrine très patiente mais il ne faudrait pas que la nouvelle bonne mette des mois ni des années avant d'arriver à effectuer correctement ce qu'on attendait d'elle. C'était le genre de filles, me dis-je, qui, sous la férule de ma gouvernante, serait peut-être capable de s'effondrer. Peut-être me trompais-je. Je demanderais de toute façon à Alexandrine ce qu'elle pensait et je me fierais à son jugement sûr.
La seconde venait du Mans. C'était une petite jeune fille de tout juste 18 ans qui était presque rousse et toute ronde, potelée de partout, presque étriquée dans sa robe légère à fleurs qui modelait ses formes et laissait voir des bourrelets multiples. Elle était très douce, semblait bien innocente, peu finaude, mais sincère dans ses réponses, d'allure franche. Son calme m'impressionnait. C'était le genre de filles qui ne devait pas s'émouvoir facilement. Placide, à mon avis elle ne devait pas rechigner à exécuter les consignes, et j'étais sûr que l'ouvrage ne lui faisait pas peur. Quand nous abordâmes les conditions de vie ici, ses tâches, son logement, son salaire, tout semblait lui convenir. D'ailleurs, elle ne posa aucune question. J'avais l'impression que c'était ce type d'être sur qui tout glisse.
La troisième et dernière était de Vierzon. C'était l'archétype de la petite paysanne. Pas contrariante pour un sou, elle semblait carrément stupide. Ce qui était dommage car elle ressemblait à une petite poupée dodue aux longs cheveux blonds. Mais dès qu'elle ouvrait la bouche on voyait bien qu'elle ne deviendrait jamais apte à prendre des initiatives et tenir ma maison seule, même une fois « formée » par Alexandrine. C'était une fille sans aucun doute disciplinée, peu regardante sur le labeur, mais on comprenait qu'elle ne serait jamais qu'une exécutante.
J'étais certain qu'Alexandrine prendrait une joie bien sadique à la fustiger à chacun de ses écarts. Mais elle ne pourrait passer son temps à ça. Et quand je voyais son dossier (elle avait déjà fait 8 places à seulement 24 ans) je me disais que ses employeurs, aussi patients fussent-ils, avaient dû renoncer à l'instruire, du moins pas plus qu'elle n'avait besoin pour ce qu'on attendait d'elle.
Et je savais qu'Alexandrine aurait le même avis que moi.
Nous attendîmes d'avoir reçu ces trois postulantes pour confronter nos points de vue sur ces demoiselles. De réelle confrontation – en tout cas de désaccord entre nous - naturellement, il n'y eut point, car Alexandrine partageait mes impressions. Elle sembla même soulagée que je ne fus pas élogieux sur la dernière, sous-entendant discrètement que j'aurais peu être impressionnée par son physique, sa blondeur, car elle exprima le même avis négatif que moi sur ses aptitudes professionnelles et son dossier : elle avait bien peur de ne rien pouvoir en tirer de bon.
— C'est le genre de filles, me dit-elle, j'en mettrais ma main à couper, qui, comme les bêtes, encaissent les coups de trique à petits cris mais sans que ça leur fasse vraiment ni chaud ni froid, et n'arrivent pas à avancer plus pour ça.
La première lui semblait trop émotive, trop fragile :
— Bien entendu, on pourrait miser sur le fait qu'elle prendra très certainement une certaine assurance avec le temps… mais combien d'années faudra-t-il pour ça ? soupira-t-elle. Des options qui s'offrent à nous il n'y en a pas trente-six-mille, me dit-elle. Soit nous les récusons toutes les trois – et Dieu sait combien de semaines il faudra pour que les agences dénichent de nouvelles candidates et qu'elles viennent jusqu'ici (je connais ces agences, si nous faisons trop les difficiles, comme elles disent, elles ne nous enverront très vite plus personne), soit nous retenons la candidature de la seconde, celle du Mans. Que pensez-vous d'elle ?
— Et vous, Alexandrine ?
— Elle n'a aucune expérience, et nous prenons un risque si nous l'engageons, car il semble difficile de savoir si elle fera l'affaire, puisque ce sera sa première place… Si elle s'adaptera et développera rapidement les aptitudes nécessaires pour tenir votre maison, toutes les aptitudes. L'avantage, en revanche, c'est qu'elle est très jeune, débutante, et que c'est de la pâte encore malléable à qui je pourrais tout enseigner, lui enseigner tous mes principes. Il me semble que ce sera plus facile pour moi, et je pourrais rapidement juger de ses capacités et de ses progrès.
— Comment s'appelle-t-elle ?
— Honorine. De toute façon, nous la prendrons à l'essai, et il sera toujours possible de la renvoyer d'ici quelques mois si elle ne donne pas satisfaction.
— Je sens que vous penchez pour l'option Honorine, lui répondis-je avec un sourire convaincu. Je vous suis si vous pensez qu'elle vaut la peine de l'essayer.
— Je pense qu'on peut en prendre le risque, Monsieur. Ce sera à moi de ne pas vous décevoir en formant pour vous cette petite donzelle.
— Vous ne me décevrez pas, Alexandrine, je le sais. Vous ne m'avez jamais déçu.
— Alors allons-y. Je vous promets d'arriver à en faire quelque chose.
° ° °
Honorine arriva donc avec son bagage quelques jours plus tard. Elle était souriante, agréable (sans doute ravie d'avoir été engagée) même si sa voix trahissait une certaine nervosité et sans doute une anxiété notable. C'était sa première place, un saut dans le grand monde et elle arrivait de sa province qu'elle n'avait jamais quittée.
Nous apprîmes en effet très vite qu'elle n'avait connu jusqu'à maintenant que les rudes travaux des champs. Je demandai à Alexandrine de ne pas la brusquer ni de l'effrayer. Elle semblait si fragile, si jeune encore, même si son corps respirait la santé et qu'elle était de robuste composition.
Et nous découvrîmes vite qu'elle ne rechignait pas à la tâche. D'après Alexandrine elle apprenait vite, retenait tout, n'était point sotte, malgré son visage impassible, son regard morne, un peu éteint parfois, qui pouvait faire penser à de l'indifférence ; elle s'intéressait à tout et semblait à ce qu'elle faisait.
Alexandrine n'aurait pas pu trouver un seul motif pour la punir, ce qui ne l'empêchait pas de lui parler avec son autorité sèche, presque durement.
D'ailleurs je le fis à remarquer à Alexandrine un jour, en aparté :
— Ne soyez pas trop rude avec elle, c'est presque une enfant…
— Une enfant ? fit Alexandrine en me regardant avec un air presque consterné. Ne soyez pas naïf, Monsieur, ni trop indulgent avec les femmes. On dirait que vous ne les connaissez pas. J'ai pour principe de ne jamais relâcher ma vigilance et je ne compte pas lui laisser la bride sur le cou. Elle sait très bien qu'elle est encore à l'essai et j'espère qu'elle usera du même zèle quand elle sera embauchée définitivement.
Pour le moment, elle apprend bien, comprend ce que je lui demande et fait face à l'ampleur de sa tâche, qu'elle accomplit sans heurt et sans bavures. Mais il va falloir rapidement qu'elle aille au-delà, on ne va pas pouvoir se contenter de cela. Elle doit devenir autonome, car la fin est qu'elle puisse rester seule avec vous à mon départ, je vous le rappelle. Il faudra qu'elle sache se débrouiller et puisse vous servir comme une grande.
— Oui, je le sais bien, Alexandrine, point n'est besoin de me le rappeler. Mais ce que je veux dire… Ne l'effrayez pas.
Alexandrine tourna sa tête vers moi avec un sourire carrément moqueur, mais n'osa point répliquer. Je préférai ne pas relever son impertinence.
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Commentaires ()
La suite le 18 juillet.
Le maître de maison se fait marcher dessus. Va-t-il se reprendre et mettre au pas sa gouvernante ?
Le(la) plus pervers(e) n'est pas toujours celui(celle) qu'on croit... mais je t'ai rien dit
Je vois que tu fais dans le très jeune... Envie de chair fraîche ;) ?
J'ai hâte de voir quelles perversions tu vas encore inventer :). Pauvre petite, si elle savait dans quelle maison elle est tombée :P.
Bravo Doc, pour ce virage très bien négocié :). Viiiite, la suiiiite !!!