Rosalie une domestique dévouée
Chapitre 22 · Des jours tristes... Et l'espoir de jours meilleurs.
Couverture de Rosalie une domestique dévouée, par Docsevere Rosalie une domestique dévouée Chapitre 1 · La sucession Chapitre 2 · Les caprices des maîtres Chapitre 3 · Le travail de Rosalie Chapitre 4 · La cuisinière met toujours un peu d'elle-même dans ses plats Chapitre 5 · Rosalie et sa rosette Chapitre 6 · On embauche un jardinier Chapitre 7 · Promenons nous dans le bois (le bois dont je me chauffe) Chapitre 8 · La gouvernante Chapitre 9 · Les malheurs de Rosalie Chapitre 10 · Ma gouvernante soigne la cuisinière Chapitre 11 · Petites vacheries entre femmes Chapitre 12 · Telle est prise qui croyait prendre Chapitre 13 · Un plat qui se mange froid Chapitre 14 · Le dressage Chapitre 15 · Une dure à cuir(e) Chapitre 16 · Les malheurs d'Armande Chapitre 17 · De nouveaux plaisirs Chapitre 18 · Grasse matinée Chapitre 19 · On verrouille Armande Chapitre 20 · La saillie Chapitre 21 · Les jours heureux Chapitre 22 · Des jours tristes... Et l'espoir de jours meilleurs. Chapitre 23 · Le recrutement Chapitre 24 · Les débuts d'Honorine Chapitre 25 · La beauté et le désir Chapitre 26 · Tu seras punie par où tu as péché Chapitre 27 · Les préparatifs d'un départ Chapitre 28 · La couturière Chapitre 29 · La fête de Noël Chapitre 30 · Les étrennes d'Honorine Chapitre 31 · Sacrifice à Janus Chapitre 32 · Flagrant délit de lubricité Chapitre 33 · La ceinture Chapitre 34 · Le déjeuner sur l'herbe Chapitre 35 · Celles qui commandent. Et les autres. Chapitre 36 · Le cadeau d'adieu Chapitre 37 · Le con d'Honorine
00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Couverture de Rosalie une domestique dévouée, par Docsevere
Couverture de Rosalie une domestique dévouée, par Docsevere
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Rosalie une domestique dévouée — Chapitre 22 · Des jours tristes... Et l'espoir de jours meilleurs.

34 minutes
9.2k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de Docsevere
Docsevere
Histoires publiées
251
Abonnés
498
J'aime cumulés
31.4k

Rosalie une domestique dévouée

Chapitre 22 · Des jours tristes... Et l'espoir de jours meilleurs.

Et puis un matin, très inquiète, Alexandrine vint me trouver pour me dire que les saignements de Madame avaient recommencé. Ils étaient peu abondants, mais c'était la seconde fois en deux jours.
Elle me jura qu'aucun homme ne l'avait approchée et qu'elle avait toujours pris les précautions décidées. Elle était ennuyée, comme si elle pouvait se reprocher quoi que ce soit.
Cette fois je décidai qu'elle irait consulter directement à Rouen, voir les praticiens qui l'avaient sauvée la première fois. Alexandrine l'accompagna.
Elle fut gardée deux ou trois jours en observation. Puis, avec l'insistance que j'avais conseillé d'user, les médecins – ou plutôt les chirurgiens – décidèrent une opération. Si besoin on allait lui ôter la matrice sur laquelle on avait suspecté l'existence d'une grosseur.
Ce fut fait. L'opération se déroula bien, même si ma femme en ressortit quelque peu éprouvée. Mais Alexandrine me rapporta les nouvelles qui n'étaient pas bonnes : en effet Armande avait une tumeur de la matrice, les chirurgiens lui avaient ôté l'organe mais ils n‘étaient pas optimistes. La tumeur s'était étendue dans le voisinage, et tout n'avait pu être retiré. Naturellement il n'y avait pas de traitement.
Une quinzaine de jours plus tard elles étaient de retour. Armande était amaigrie et triste, Alexandrine était triste aussi. Ma femme, si elle était faible et fatiguée, était moins inquiète que nous, car les médecins ne lui avaient pas tout dit de son état. Il lui avaient laissé entendre qu'avec du repos elle se remettrait ; alors qu'ils savaient qu'il n'y avait aucun espoir que la maladie ne cesse de progresser.
Rosalie suivait mes consignes de lui confectionner des repas pas trop lourds mais reconstituants. La gouvernante s'occupait d'elle avec zèle. Mais Armande commençait à souffrir. J'achetai donc du laudanum et même quelques doses d'héroïne, sous les conseils du Dr Biville.
Armande semblait de plus en plus inquiète et allait en dépérissant. Elle me supplia de faire venir le Dr Biville qui lui affirma être en relation avec ses confrères de l'Hôtel-Dieu de Rouen où elle avait été opérée et qui lui prodiguaient leurs conseils. Il la réconforta, lui assura que son état, après une aggravation passagère, allait s'améliorer, et qu'elle récupérerait ensuite, qu'il fallait être patiente, que ce ne serait qu'une question de semaines.
Le bougre n'avait pas tort quant au délai annoncé, mais pour l'amélioration, bien entendu, il n'en fut rien.
Elle se plaignait tantôt, tantôt elle semblait résignée. Le laudanum la faisait somnoler souvent, mais quand elle était éveillée elle retrouvait un semblant de forme et de lucidité.
Un jour, très calmement, elle me demanda à voir un confesseur. Je ris d'abord, tentant de lui faire comprendre qu'elle n'en était pas à ce point, loin de là, et qu'elle s'inquiétait pour rien. Elle ne chercha pas à me contredire mais insista, me disant qu'elle ne s'était pas confessée depuis des années, s'était éloignée d'autant de l'Église, et que c'était son devoir, en tant que chrétienne qu'elle était toujours après tout.
Je fis donc venir le curé du lieu.
Le bonhomme vint et resta auprès d'elle durant deux bonnes heures. Quand il fut reparti elle me fit appeler.
— Oui, tu voulais me voir ? Comment te sens-tu ?
— Je me sens beaucoup mieux. Soulagée. Ça va peut-être te sembler un peu idiot.
— Non pas du tout, je comprends ces choses-là.
En effet elle avait un visage apaisé et elle me souriait. Je ne lui rappelai pas que j'avais exigé d'elle qu'elle me vouvoie. Nous n'en étions plus là. Désormais, ce tutoiement réciproque devenu soudainement naturel semblait nous rapprocher. Était-ce la proximité de son destin funeste qui me donnait l'impression que nous étions de vieux époux proches et âgés alors qu'elle n'avait pas quarante-huit ans ?
Elle me fit signe de m'asseoir sur le bord du lit. Je m'assis et elle me tendit la main que je pris.
— Je n'ai pas toujours été très gentille avec toi, me dit-elle avec un sourire un peu amer
— Moi non plus, tu sais…
— Tu t'es montré bien plus patient que moi en tout cas... bien souvent.
— Possible…
— Je voulais te demander pardon pour ça, pour mon comportement passé
— Je te pardonne, bien entendu. Je t'ai déjà pardonnée.
— Si vite ? Serait-ce que tu es un homme si bon, ou est-ce que je suis si proche de la mort ?
— Ne dis pas de sottises, tu es encore là à m‘empoisonner la vie pour de longs mois, dis-je avec un sourire moqueur.
— Tu dis ça pour me rassurer, mais ma fin est proche, je le sens bien. Quand je regarde notre vie passée ensemble je me rends compte que j'ai été une bonne femme acariâtre, jamais contente, toujours frustrée, et je m'en vengeais sur toi. Je t'ai parfois traité pire qu'un chien.
— N'en parlons plus. Je te l'ai fait payer il me semble. Je t'ai punie, et sévèrement encore, si tu t'en souviens bien. Si tu m'as traité pire qu'un chien, toi je t'ai traitée comme une chienne.
— Et je l'ai bien mérité. Tu as eu raison de le faire. Je me suis plaint de notre vie ici alors que nous avons eu une belle vie... évidemment pas la vie mondaine que nous avions eu à Paris. Mais je pense que tu as pris les bonnes décisions : nous n'aurions pas pu maintenir notre niveau de vie dans ces beaux quartiers de Paris. Peut-être après, quand tes affaires sont redevenues florissantes, avec tes plantations de caoutchouc... mais c'était trop tard, c'est le destin. De toute façon cette vie parisienne était au-dessus de nos moyens et me connaissant, elle ne m'aurait jamais convenu, ça n'aurait jamais été assez. J'aurais toujours envié les gens plus en vue et plus riches que nous… Je serais restée une femme frustrée, aigrie. Finalement, nous étions bien dans cette maison-ci… J'ai été heureuse.
— Heureuse ? Soumise et tenue en laisse sous la botte de ta gouvernante ?
— Oui, heureuse, je l'affirme. Grâce à toi. Car c'est toi qui l'as engagée sans me demander mon avis (sans quoi j'aurais refusé), cette gouvernante que je trouvais arrogante, et tu as bien fait. Je me suis épanouie sous sa cravache. Sous sa domination. Je ne devrais pas le dire après ma confession au prêtre (tu te doutes bien que je ne lui en ai pas parlé, ni même de mon amour pour cette femme, j'aurais eu bien trop honte de raconter ça à cet homme d'Église, austère et à la morale sans aucun doute étriquée ; et sans doute, il ne m'aurait pas absoute) mais après tout, je n'en ai pas honte. Il ne comprendrait pas le bougre : mais c'est bien de l'amour que je lui porte, à Alexandrine, et je suis certain qu'elle m'en porte aussi. Elle finira par me le dire.
— Je n'en doute pas, Armande.
— Je n'arrive même pas à considérer comme un péché cet amour entre femmes, ni mêmes ces dépravations que tu m'as fait vivre… Ni même le plaisir que j'y ai pris ! Pour ça aussi je te remercie. Sans elle je n'aurais sans doute jamais connu le plaisir. Et si nous n'avons pas eu d'enfants c'est que Dieu en avait décidé ainsi. Peut-être me considérait-t-il indigne d'enfanter. Peut-être était-ce ma punition pour ma méchanceté, mon arrogance, mon sentiment d'être supérieure aux autres, mon péché d'orgueil. Ou peut-être étais-je faite pour donner du plaisir à un homme et à une femme comme je l'ai fait. Et j'ai été récompensée en retour… par ce plaisir incommensurable que j'ai pris. Peut-être vais-je être punie de tout ça dans l'autre monde, je ne sais pas. D'autant que je n'ai pas fait une confession complète au prêtre. Mais je ne regrette rien, je tenais à te le dire.
— Tu ne seras pas punie, Armande, lui dis-je, ému presque jusqu'aux larmes. Et puis tu t'es repentie du principal : ton orgueil, ta méchanceté… Et moi je te l'ai pardonné.
Elle semblait soudain très fatiguée, très lasse. Et elle ajouta :
— Moi je ne te reproche rien de tes égarements avec ta grosse cuisinière. Je n'ai même plus envie de me moquer de toi. Tu as pris ton bonheur et ton plaisir où tu pouvais le prendre. Et puis tu m'as « reprise » et tu as eu raison.
— Ça… je verrai ça un jour, moi aussi, avec mon confesseur, ris-je à demi, dissimulant ma surprise (ainsi, elle savait… !)
— C'est bien peu de chose. L'adultère… pfff… Après tout il était légitime. Deux paters et un avé, et elle me fit le signe d'une bénédiction en souriant. Et puis tu aurais pu prendre une maîtresse plus jeune et plus belle que moi, et la faire bénéficier de tes prodigalités, dépenser tout notre argent – pardon, ton argent – pour elle. Mais tu as pris ton plaisir ici, au sein de notre maison, avec cette vieille et grosse femme… puis avec moi aussi. Finalement, tu m'es resté fidèle à ta façon, sourit-elle
— Je n'avais pas vu les choses de cette façon. En tout cas, tu as raison, ta dot est encore intacte.
— J'espère que tu paies bien Alexandrine… et même cette grosse lourdaude de Rosalie. Après tout elle fait tout ce qu'elle peut… Sa cuisine est plutôt bonne, mais je n'ai plus le cœur de manger.
— Oui, ne t'inquiète pas pour ça. J'ai tout fait pour garder Alexandrine à notre service. Elle a un niveau de compétences, une expérience, une rigueur et un courage qui méritent largement son traitement. Et j'aurais eu très peur qu'elle s'en aille pour une autre place.
— Tu as raison. Et tu peux ajouter : un dévouement à mon égard que je n'aurais jamais cru possible chez une domestique. Elle a su se rendre indispensable. Et maintenant je ne saurais vivre sans elle. Enfin, pour le temps qui me reste à vivre... soupira-t-elle.
Je voulus protester, qu'elle resterait encore de longs mois, voire des années ici, à se rétablir, mais elle me coupa :
— J'espère que tu la récompenseras à hauteur de tout ce qu'elle a fait. C'est une fille en or. Et puis que ferais-tu de ton argent ? Tu ne vas pas faire le tour du monde, n'est-ce-pas ?
— Ne t'inquiète pas, elle m'est précieuse, je tiens à elle. Et je ne suis pas avare, tu le sais bien.
— Pas comme moi, souffla-t-elle avec une grimace. Ce que j'ai été bête. Pour quoi faire, l'argent… autant gâter ceux qu'on aime.
— N'aie crainte, elle sera récompensée, lui dis-je. Je l'embrassai sur le front et sortis.
° ° °
Des complications apparurent bientôt. Son ventre grossit, devint douloureux. Les injections d'héroïne ne la soulageaient que peu. Elle perdit l'appétit, elle s'alimentait très peu.
Le docteur Biville proposa de ponctionner son ventre, d'évacuer le liquide qui devenait important. Il repéra un endroit où la paroi semblait moins infiltrée, mais la ponction fut douloureuse. Et s'il peut retirer plus de deux litres en trois jours et que ça la soulagea temporairement, il y avait aussi du sang dans le liquide. Puis elle eut la fièvre, qui monta, et ne la lâcha pas, avec des frissons.
Elle était couverte de sueurs, elle délirait, puis elle tomba dans le coma, même en espaçant les injections d'héroïne.
Moins de six jours après elle rendit son dernier souffle.
Nous la veillâmes à tour de rôle. La première fois qu'Alexandrine vit sa maîtresse morte je vis couler ses larmes silencieusement. C'était la première fois que je la voyais pleurer. J'avoue que j'en eus le cœur fendu, et que cela s'ajouta à la peine de voir partir Armande, si jeune encore.
Je ne crois pas au châtiment divin. C'était trop cruel, elle n'avait pas mérité ça.
Nous l'enterrâmes dans le petit cimetière de notre bourg. Il n'y avait que nous, le curé, et quelques vieilles bigotes. Mis à part le tâcheron, le médecin et quelques commerçants, nous ne connaissions personne, et les gens ne nous connaissaient pas, nous avions toujours su rester discrets.
Et c'est là que je me rendis compte que même Rosalie n'avait pas jacassé au village. Nous ne surprîmes aucun regard méprisant, aucun murmure suspect. Nos mœurs n'avaient pas franchi les murs de la maison et jamais je n'eus vent d'aucune rumeur. On était bien loin de la vie mondaine des salons parisiens qu'Armande avait tout d'abord regrettés en arrivant ici.
- § § § -
Nous restâmes donc tous les trois dans cette maison. Je n'aurais jamais cru combien l'absence d'Armande aurait provoqué un vide. Sa chambre était restée telle qu'elle était, et si j'avais pu vaguement penser à un moment remeubler et réaménager cette pièce, je m'interdisais de le faire. Je me demandais d'ailleurs ce qu'Alexandrine aurait pensé.
Contrairement à moi qui avait du mal à dissimuler ma tristesse, elle n'en montrait rien. Pourtant ses journées sans Armande devaient être bien difficiles. Comment d'ailleurs les occupait-elle ? Il n'y avait pour elle peu de place désormais pour le plaisir, et de plus elle avait beaucoup moins d'ouvrage. Elle n'avait plus de service à effectuer pour sa patronne, les travaux de couture et l'entretien des vêtements était beaucoup plus réduits (Armande était coquette et avait beaucoup de toilettes, et Alexandrine s'en était occupé avec grand soin.)
Désormais tous les vêtements d'Armande dormaient dans ses penderies et ses commodes.
Alexandrine faisait le ménage des appartements d'Armande. Je ne lui avais rien demandé. Mais un jour alors que je l'avais découverte dans la chambre de feu mon épouse, elle se justifia devant mon air surpris :
— Oui Monsieur, j'assure l'entretien de ces pièces. D'abord Rosalie fatigue de plus en plus – vous l'avez remarqué, j'en suis certaine – et puis j'ai beaucoup moins de travail, alors il faut bien que je m'occupe.
— Je comprends. Je suis désolé Alexandrine, je sais bien que ce sont pas là des tâches dignes d'une gouvernante.
— Ça ne me dérange pas, Monsieur. Et puis ça me fait plaisir. Et je dirais… si j'ose, que c'est un honneur de garder propres les appartements de Madame. Tels qu'ils étaient.
Je sentis un début d'émotion dans sa voix. Elle détourna les yeux, je crus voir que ses yeux étaient humides.
Elle se reprit, s'éclaircit la voix :
— Bien entendu Monsieur, si vous souhaitez changer l'affectation de cette pièce (et de son salon), vous n'avez qu'à me le dire. J'attends vos consignes. Quant à ses affaires, ses vêtements… hum… Pareillement, vous n'avez qu'à me dire ce que je dois en faire.
— Rien pour le moment, Alexandrine. Comme vous, je ne tiens pas à changer quoi que ce soit ici. Il faut laisser le temps faire son œuvre. Le deuil… Bon, et pour ces vêtements, n'ayant aucun héritier - enfin héritière – pas de parent proche de sexe féminin, vous pouvez prendre et garder ce que vous voulez. D'ailleurs en faire ce que bon vous semble.
— Merci Monsieur. C'est trop d'honneur. Enfin, je veux dire... je ne m'en estime pas digne. Madame était une dame, moi je ne suis qu'une domestique. Je ne me verrais pas le droit de porter ses toilettes. Quant à les porter ici (dans cette maison, sous son toit… devant vous) ce serait même indécent.
— Oui mais plus tard… À l'extérieur… Je n'y verrai aucun inconvénient.
— Pour le moment elles sont très bien où elles sont. Je ne me vois pas non plus les emporter dans ma chambre… Oh ça non, ce serait honteux.
— Bien. Je suis d'accord pour qu'elles restent ici sans limite de durée. Disons que je coucherai sur mon testament – au cas où il m'arriverait quelque chose – que toutes les toilettes et les bijoux de Madame vous reviennent.
₋ Oh Monsieur… !
— Quoi ? Que voulez-vous que j'en fasse ? Et ça n'est pas à Rosalie que je pourrais en donner, vue sa corpulence. Et vous avez bien mérité ça. Et plus encore, en plus de mon estime. Vous êtes quelqu'un d'exceptionnel, Alexandrine. Vous avez veillé sur ma femme, et vous êtes occupée d'elle comme personne… Y compris quand elle allait bien.
— Je n'ai fait que mon travail, Monsieur. Du moins comme je l'entends. Comme ma conscience et ma morale me le commandaient.
— Elle vous aimait beaucoup, Alexandrine (comme moi, du reste.) Je pense même qu'elle vous adorait, vous vénérait. Vous étiez bien plus pour elle qu'une gouvernante. Vous lui avez donné du réconfort… et même du bonheur.
— Oh Monsieur… dit-elle en étouffant un sanglot.
— Bon, je vais vous laisser. Sachez que je suis sincère.
Elle ne répondit pas et je la quittai en proie à son émotion dans la chambre d'Armande.
L'après-midi elle vint me trouver au salon. C'était pour me parler de Rosalie :
— Monsieur, je voulais vous dire... au sujet de Rosalie. Pour compléter ce que je vous ai dit ce matin : j'ai cherché à alléger ses tâches, eu égard à sa fatigue, à son âge. Cependant, je voudrais votre avis - je ne voudrais pas prendre de mauvaises décisions sans votre accord.
— Oui, parlez Alexandrine.
— Eh bien je respecte son âge et sa fatigue. Et je la ménage, je ne la surcharge pas, croyez-moi bien. Mais je trouve qu'elle ne doit pas se relâcher. Son âge n'est pas un prétexte, elle a toujours besoin d'autorité. Elle a un besoin naturel de fermeté.
— Je suis d'accord, Alexandrine.
— Aussi, elle a besoin d'être tenue. Elle s'est un peu laissé aller ces derniers mois. Elle a beaucoup grossi. Et je ne voudrais pas que le deuil qui nous traverse nous amollisse. Je veux dire : je voulais savoir si vous êtes toujours d'accord pour que je sois ferme avec elle, quitte à sévir si cela s'avérait nécessaire. Et pour tout dire, avoir recours aux châtiments corporels si elle n'entendait que ce langage.
— Oui, bien entendu, Alexandrine. Vous avez raison. Personne ne doit s'endormir. Et si elle a besoin de ça pour se ressaisir, je vous laisse la liberté d'user de punitions.
— Un bon tannage de cul n'a jamais fait de mal à personne, Monsieur ! D'ailleurs, comme vous le savez, j'en ai moi-même besoin de temps en temps. Ça remet les idées en place, les idées claires, et fait circuler le sang ! Et puis je crois que ça raffermit les chairs. Et pour ce qui est de ça, la Rosalie en aurait bien besoin.
— J'en conviens et je partage votre point de vue. Vous avez le champ libre, rien n'a changé.
— Bien. Merci, Monsieur.
Et elle partit avec un demi-sourire satisfait.
Je me demandai si avec ce discours elle ne souhait pas raviver un peu mon désir. En effet, depuis les semaines qui s'étaient écoulées après le décès de ma femme, il faut bien avouer qu'il ne se passait plus grand-chose de croustillant chez nous. Aussi cherchait-elle peut-être à m'émoustiller, et redonner à cette maison l'atmosphère lubrique qu'elle avait connue. La vie devait continuer. Merci de me réveiller, Alexandrine.
Aussi, quelques jours après cette discussion, je surpris des cris dans la cuisine. Je m'approchai discrètement. J'entendais, désormais, plus distinctement, des claquements caractéristiques, comme ceux d'une main ferme sur la chair molle.
En avançant à la porte de l'office je vis Rosalie penchée en avant sur la table, cambrée au maximum, sa robe retenue sur son ventre, son énorme fessier couvert de capitons à l'air, et ma gouvernante, les manches de son chemisier remontées aux coudes, en train de la dérouiller d'une main vigoureuse et colérique. Déjà les grosses fesses rosissaient à vue d'œil.
J'observai en silence et sans me faire voir une demi-minute puis j'entrai :
— Que se passe-t-il ? demandai-je d'un air grave
— Figurez-vous Monsieur que votre grosse cuisinière, non contente d'être déjà grasse comme une vieille truie, continue à grossir, et que je l'ai surprise à s'empiffrer avant le déjeuner, bien avant sa pause repas ! Elle mange toute la journée, elle engouffre, elle se gave, engloutit des quantités astronomiques, et ce, à son âge, alors que sa santé ne semble pas bien éclatante ! Alors, je la fesse. Elle mérite amplement d'être sévèrement punie. Elle doit recevoir un châtiment exemplaire, elle soit s'en souvenir, cela doit la marquer !
— En effet…
Je m'approchai de Rosalie, fermai ma main sur sa nuque pour lui tourner la tête vers moi :
— C'est bien vrai, Rosalie ?
— Eh bien, euh… Monsieur.
— Ne mentez pas ! tonnai-je, assumez vos fautes !
— Oui bien… bon… c'est vrai, je mange trop… mais… je ne sais pas pourquoi.
— Eh bien, c'est très simple : Alexandrine va vous fustiger comme vous le méritez. Et nous allons prendre des mesures sévères. Tout d'abord, Alexandrine, vous allez la remettre à la diète stricte : du bouillon maigre et du pain durant une semaine. Ensuite vous surveillerez ce qu'elle mange aux repas. Et enfin, pour vous éviter d'être tentée, nous vous ferons porter un bâillon d'un genre nouveau, un bâillon de sécurité, verrouillé par nos soins au moyen d'une clef. Je vais le commander dès aujourd'hui.
Alexandrine, fessez-là de toutes vos forces, sur ses grosses fesses et ses cuisses. Puis vous prendrez la lanière de cuir et lui tannerez bien ses grosses chairs du bas des reins jusqu'au milieu des mollets !
J'assistai à la correction qui dura un bon quart d'heures. Alexandrine se montra sans pitié. Quant à moi je ressentais une colère que je ne m'expliquais pas et qui m'empêcha de ressentir une once de pitié pour ma grosse bonne.
Quand Alexandrine eut terminé, Rosalie avait des larmes. Elle avait donné de la voix et ses supplications avaient résonné dans toute la cuisine, haute de plafond.
Je m'accroupis pour examiner le travail accompli : le large fessier presque carré de Rosalie était couvert de bandes rectangulaires et rouge sombre. Ses cuisses et le gras de ses jambes ne valaient guère mieux. Mes doigts palpèrent ces formes bombées, tendues sous l'embonpoint, dont la peau était brûlante. J'allai jusqu'à pinçoter les chairs couvertes de capitons, entrouvris ses fesses.
— Hummm… dommage qu'on ne puisse pas aller là, ça reste blanc… Bon, beau travail Alexandrine. Vous n'avez rien perdu de votre vigueur. Votre main est toujours sûre et redoutable. Et vous savez châtier comme elles le méritent les domestiques paresseuses ou déviantes.
Bien, Rosalie. Vous allez remercier votre gouvernante de vous êtes si bien occupée de vous et pour sa sollicitude envers votre personne… Car elle se soucie de votre santé. Et vous la récompenserez. Ensuite, Alexandrine, en attendant que je reçoive la poire d'angoisse que je vais acheter, vous lui ferez porter son bâillon-balle rouge toute la journée… après qu'elle ait fait son office auprès de vous. Quant à vous, Rosalie, je peux vous garantir que si Alexandrine ou moi-même vous surprend dans la journée sans votre bâillon, le châtiment sera terrible… Je vous promets que la correction que vous venez de recevoir ne sera rien à côté de celui-là !
Je passai la porte, m'éloignai un peu mais restai en retrait à observer la suite.
Alexandrine d'un ton très sévère ordonna d'une voix forte et terrifiante pour qui l'aurait entendu :
— Mettez-vous toute nue ! Et à genoux, devant moi ! Immédiatement !
Rosalie obéit en reniflant, sans demander son reste.
Je pus voir les jolies fesses toutes rondes d'Alexandrine car elle avait retroussé sa jupe jusque sur ses reins. Elle écarta les cuisses, attrapa à deux mains la tête de la cuisinière et lui plaqua la bouche sur sa chatte :
— Allez, vous allez me récompenser pour ma bonté, et pour m'occuper si bien de vous. Léchez bien. Faites-moi du bien, donnez-moi du plaisir ! Appliquez-vous. Si vous le faites mal, vous y passerez plus de temps, pensez-y.
Rosalie dut le faire avec art car, rapidement, je vis Alexandrine ployer la nuque en arrière, et commencer à soupirer d'aise. Voir la grosse gueule de ma grasse cuisinière s'activer entre les cuisses de la gouvernante ne me laissait pas indifférent, je l'avoue. Je lui aurais bien fourré mon vit ensuite, mais elle ne le méritait pas. Une punition doit être une punition.
Alexandrine, en proie à une excitation qui était montée en flèche, s'était saisie des mamelons de Rosalie et commençait à les travailler durement. La grosse bonniche gémissait sous le traitement cruel.
Je les laissai toutes les deux et montai dans mon bureau.
- § § § -
Rosalie filait droit. Et je lui demandai peu de choses. C'est vrai qu'elle soufflait au moindre petit effort. Elle se déplaçait en dandinant ses grosses hanches, larges comme le cul d'un cheval de trait. Mais elle craignait sa redoutable gouvernante.
Quant à moi, je ne m'isolai plus avec elle et ne la tringlai plus durant deux semaines. Je l'avais laissée intégralement à la garde de sa responsable.
Sous l'effet de la diète sévère contrôlée par Alexandrine, puis de la poire d'angoisse en fer reçue plusieurs jours après qui emprisonnait sa langue toute la journée (sauf durant la pause du midi et du souper où elle pouvait boire et s'alimenter sous la surveillance constante de sa gouvernante) elle perdit rapidement 7 à 8 kilos.
Elle ne s'en ressentit que mieux, ses vêtements n'avaient plus l'air de la sangler, ses cols de l'étrangler, elle soufflait moins, semblait moins à la peine lorsqu'elle s'acquittait de ses tâches.
Aussi, la première fois que je la reçus pour l'informer que j'avais décidé que sa peine était terminée - son visage avait changé, s'était épanoui d'un rayonnant sourire. Tandis que je la besognai sur mon fauteuil, ses grosses cuisses relevées à la verticale, comprimant les multiples bourrelets de son ventre, la tenant par les chevilles, elle était moins essoufflée, son visage moins vultueux ; je passai ma pine de sa chatte à sa rosette, l'embrochant bien jusqu'à la garde, lui lustrant les intestins à grands coups de reins.
Elle accueillit ces retrouvailles de grands cris joyeux de jouissance, tandis qu'elle me regardait dans les yeux avec amour. J'en étais presque gêné.
Entre mon épouse partie et ma gouvernante qui n'aimait pas les hommes, elle ne se sentait pas en concurrence avec quiconque, mais malgré tout elle n'en abusait pas.
Elle me remerciait de la baiser, cette grosse vache lubrique, de lui secouer tout son lard débordant de tous côtés qui ondulait sous mes coups de reins, et criait son plaisir sans aucune gêne, sans entraves, sans retenue. De toutes les façons possibles elle m'exprimait se reconnaissance. Et moi, ce que j'aimais jouir tout au fond de son gros cul !
° ° °
Ce bonheur, si on peut l'appeler ainsi, ne dura pas non plus.
Un jour, alors que je la prenais debout, délestée de sa jupe, je la sentis faiblir sur ses genoux, devenir de plus en plus lourde, ses yeux partir dans le vague. Je crus d'abord que c'était là l'effet de sa première jouissance que je venais de ressentir dans les tremblements de tout son corps et dans ses petits cris, mais elle s'effondra alors littéralement et je ne pus la retenir ; j'accompagnai son gros corps qui glissa sur le sol. Elle respira rapidement mais faiblement, de rouge crabe passa au bleu, puis elle ne bougea plus.
J'appelai Alexandrine, l'envoyai courir chercher le Dr Biville. Mais je compris que c'était trop tard. Elle ne respirait plus.
Tandis que j'attendais le médecin et Alexandrine je remis mon pantalon, me rajustai, et remis la jupe à Rosalie.
Le bon docteur, trois quarts d'heures plus tard, ne put que constater l'issue fatale. J'étais abasourdi, anéanti. Ma femme, et maintenant ma Rosalie, ma fidèle cuisinière ! Ma maîtresse soumise, si grosse, mais si bonne. À 67 ans, elle avait rendu son dernier soupir, si vite, si brutalement. 
Je trouvai la force ultime de prononcer cette question :
— De quoi est-elle morte, Docteur ?
— De trop de plaisirs...
— Des plaisirs ?!
— Eh bien oui, elle mangeait trop, cela se voit. C'est souvent le cas des cuisinières, elles aiment trop la bonne chère, goûtent à tout, prennent du poids… et avec l'âge ça ne s'arrange pas. Leur corps s'avachit, le cœur fatigue.
— On lui disait bien, pourtant, ma gouvernante et moi. On l'avait mise en garde, et on surveillait un peu sa nourriture. La gouvernante l'admonestait… mais bon...
— De toute façon elle n'a pas souffert, vu ce que vous m'avez décrit. Elle était âgée et fatiguée. Et puis avec ce gros corps…
— Pourtant je peux vous dire que je la ménageais. Elle avait désormais peu d'ouvrage.
— Son cœur a dû la lâcher. Lui avait trop de travail. Et il devait être usé.
° ° °
Rosalie n'avait pas de famille, elle n'avait jamais eu d'enfants. Nous l'inhumâmes dans le petit cimetière, pas très loin d'Armande. Il n'y eut que nous à la cérémonie : Alexandrine et moi. Et aussi la vieille bonne des Angot, du hameau d'à-côté, qui l'avait connue jadis (à la messe sans doute), mais commençait à perdre la tête. 
Je pris tous les frais en charge, bien entendu.
Je me sentis soudain très seul. Et vieux également. Pourtant, Alexandrine me faisait remarquer que je n'avais que 56 ans, que j'étais « dans la force de l'âge » pour citer son expression. Brave Alexandrine, qui voulait me réconforter, je le sentais bien. Mais j'étais démoralisé, après la perte de ma femme dont elle m'avait aidé à faire la bonne petite chienne soumise que je n'avais jamais espérée (je savais, du reste, que sans elle, elle n'aurait jamais opéré ce changement radical.)
Je lui devais tant à cette gouvernante hors pair. Je crois que si elle avait aimé les hommes je l'aurais épousée. Quand je lui dis un jour, alors que j'étais en proie à la tristesse, cela la fit bien sourire. Elle savait que je n'étais pas sincère. Et de toute façon, cette fille n'avait pas l'ambition de s'arrêter de travailler en épousant un riche patron et de vivre de ses rentes. Elle était courageuse, indépendante, et si elle n'espérait pas devenir un jour très riche, il me semblait bien qu'elle se plaisait à travailler dans une ambiance érotique et stricte, là où elle pourrait exercer ses talents de maîtresse-femme, en étant récompensée, non seulement pécuniairement mais aussi par du plaisir, en se payant sur la bête. 
Ce qu'elle avait bien réussi en travaillant chez moi.
Pour l'heure elle me voyait malheureux, et quand je lui exprimai que je me sentais coupable parce que j'avais l'impression que Rosalie était décédée à cause de moi, dans cette dernière étreinte scélérate elle me rasséréna avec ces paroles :
— Cessez de vous en vouloir et de vous tourmenter, Monsieur. Rosalie était heureuse dans cette maison. Aucun autre patron n'aurait gardé cette vieille cuisinière, même au prix qu'avait négocié Madame à votre arrivée ici. Elle était fatiguée et vieille, voilà tout. Et elle est morte dans un moment de plaisir : peu de gens ont cette chance de finir ainsi. Et vous savez qu'elle vous aimait. Oh oui, comme elle vous aimait... Et elle se sentait flattée du désir qu'elle vous inspirait, et heureuse du plaisir que vous lui donniez. On croit toujours que les femmes après 50 ans sont incapables d'éprouver du plaisir, et bien c'est faux. Et elle vous a donné les preuves du contraire. Et n'ayez pas honte de la façon dont vous la traitiez : comme Madame elle aimait être soumise, cela lui procurait du plaisir. Elle aimait être punie. Même si elle n'allait pas jusqu'à faire des bêtises exprès comme Madame, je ressentais son excitation et ses frissons quand je la punissais, et quand vous la punissiez vous-même, et quand elle était à demi-nue à quatre pattes à vos pieds…
— En êtes-vous vraiment certaine… ?
— Oh que oui, Monsieur !
— Elle vous l'a dit ?!
— D'abord l'humidité de sa chatte qui coulait comme une fontaine dans ces moments-là parlait pour elle, et puis…
— Oui ?
— Oui, un jour que nous avions bu un peu de cidre à la fin de son service elle s'est laissé aller à cette confidence : oui, elle m'a avoué que lorsque vous lui donniez l'ordre de se mettre nue d'un ton autoritaire, presque martial, de votre voix virile, elle en frissonnait d'avance, sentait son con couler. Car elle savait que vous alliez la palper, l'inspecter sur toutes les coutures, la fouiller et lui faire… Enfin, toutes les autres choses.
Et elle n'a pas été jusqu'à m'avouer qu'elle aimait que je la punisse moi aussi, mais croyez-bien, j'avais déjà remarqué chez elle le même frisson quand je l'informais avec dureté que j'allais sévir, et qu'elle se soumettait sans protester – ou alors mollement, pour la forme – et qu'elle aimait s'exposer, s'offrir à moi, comme une jeune fille à son amant ; et je voyais le haut de ses grosses cuisses déjà luisantes de désir, l'expression involontaire du désir et du plaisir qui trahit la femme à ce moment crucial. Et quand je la fessais à main nue, ses petits cris n'étaient pas que des cris de douleur et d'humiliation, je vous le garantis. 
— Je n'aurais pas cru… Je pensais seulement qu'elle m'était reconnaissante, qu'elle m'aimait bien… ou beaucoup
— Eh oui, mais pas seulement. Alors cessez de vous sentir coupable alors que vous avez rendu cette femme heureuse, dans le plaisir et la soumission. Elle a eu une belle vie. Grâce à vous.
Je restai silencieux, l'air songeur. Mais je me sentais mieux.
— En attendant, que vais-je devenir maintenant ? Et vous, Alexandrine ? Je vous connais, il y a désormais bien peu d'ouvrage dans cette maison, à vous occuper d'une seule personne, un homme seul. Et je sais que vous êtes une femme d'action, travailleuse. Et cet emploi sera désormais indigne de vous. D'autant que je sais combien vous aimer diriger du personnel de maison. De votre main de fer. Et ne mentez pas : je sais que c'est ça aussi votre raison de vivre.
Vous savez, je ne vous en voudrais pas si vous me laissiez pour une place plus intéressante, et je serais bien égoïste et bien mal avisé de tenter de vous retenir. Et bien peu reconnaissant envers vous pour tous vos services passés.
— Je sais, Monsieur. Je sais que vous me connaissez bien, vous n'avez pas eu à faire d'efforts pour percer mon esprit au grand jour. J'admire votre bon sens et votre perspicacité. Bien entendu, je réfléchis depuis le départ de notre chère Rosalie. Naturellement je n'aspire pas à terminer ma carrière auprès de vous – non pas que vous n'en soyez pas digne, bien entendu, ça a toujours été un honneur de vous servir. Mais comme vous l'avez compris, j'aime les postes importants (et je parle pas de rémunération, ce serait la même chose si je touchais quatre fois mes gages d'aujourd'hui… je ne supporterais pas plus de m'ennuyer.) Oui j'aime diriger, commander, recadrer… hummm (là, je vis sur ses lèvres un petit sourire autoritaire et un brin pervers)
Voilà ce à quoi j'avais pensé, Monsieur : il vous faudra quelqu'un pour vous faire la cuisine, entretenir votre maison et votre trousseau, mais point n'est besoin d'une femme de tête pour ça, vous savez très bien gérer vos affaires. Mais quand même, une femme énergique, pleine de vie, de vitalité. Du sang neuf en somme. Une femme jeune mais qui connaisse son affaire, qui soit au début de sa carrière ; ainsi elle ne vous coûtera pas les yeux de la tête mais vous pourrez la récompenser à hauteur de votre satisfaction. 
Si cela vous convient, je peux me charger de chercher la jeune personne qu'il vous faut ; je m'y connais, je sais repérer les braves filles courageuses, et détecter les paresseuses et profiteuses. J'ai des contacts, je chercherai plus loin que le pays, que cette région. Si elle vient d'une autre province c'est très bien – ce sera bien mieux si elle n'a pas d'attaches par ici. 
Et puis, non seulement je la recruterai et vous la présenterai, mais si elle vous agrée et que vous décidez de l'engager je la formerai. Et pas seulement durant une ou deux semaines. Plusieurs mois s'il faut, si vous en êtes d'accord. Je ferai en sorte qu'elle soit parfaite et qu'elle connaisse par cœur vos tâches, votre maison, vos goûts, qu'elle anticipe le moindre de vos désirs. Et je ne partirai pas tant qu'elle ne sera pas tout à fait formée à vous, comme un chausson à votre pied. 
— Vraiment, Alexandrine ? Vous feriez cela ?
— Mais parfaitement, Monsieur. Si cela vous va. Naturellement, si vous souhaitiez, à un moment donné, que je parte plus tôt, je ferai selon votre désir.
— Bien-sûr que non, Alexandrine ! Vous savez combien ça me fendra le cœur de vous voir partir, mais également que je ne suis pas assez sot pour tenter de vous retenir, alors que cette place ne vous comble plus. Vous partirez quand cela sera le moment, que vous – nous – estimerons tous les deux, que la personne est au point et connaît parfaitement son affaire…. Et quand vous, Alexandrine, aurez trouvé la meilleure place pour vous, naturellement : je ne vous laisserai pas à la rue sans que vous sachiez où aller, ni partir pour n'importe quelle place, une place qui ne vous inspirerait pas confiance.
— Je vous en remercie, Monsieur, me dit-elle avec un bon sourire, sincère et qui respirait d'aise.
— C'est naturel, je vous le dois, Alexandrine. Je vous dois tant… Et je vous devrai également de me dénicher la parle rare.
— Je ferai tout pour, Monsieur.
— Affaire conclue, topez là !
Grâce ces belles perspectives, je retrouvai de l'allant, et même, j'oserais dire, de la joie de vivre.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 23 · Le recrutement
13 minutes
15.2k
273
6
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer les 8 commentaires
Photo de profil de Docsevere
Docsevere
25 mars 2025 à 23:52
Merci cher ami.
Je suis ravi de voir que mes lecteurs ont ressenti les mêmes émotions que moi envers mes personnages. J'ai suivi le même chemin d'attachement ou de révulsion envers certain.e.s à mesure que ces personnages naissaient en moi.
Je comprends maintenant mieux pourquoi j'aimais tant les romans de Mauriac, avec l'évolution de ses personnages.
Je me rends compte que, malgré moi, j'y mets de l'humanité.
Merci de ton commentaire et de me faire découvrir des choses sur mes écrits, @UnPetitHomme.
Soyez respectueux
Répondre
UnPetitHomme
25 mars 2025 à 21:50
Quelle histoire ! Menée avec tact.
J'ai aimer détester Armande, j'ai aimer la voir mise au pas et maintenant je me surprend a avoir la gorge nouée par son sort.

Merci pour cette belle histoire.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Docsevere
Docsevere
28 juin 2024 à 19:28
Merci @demo01

En fait ça va être plus alambiqué que ça. Chaque personnage va suivre son destin et de nouvelles aventures.
Mais la série est loin d'être finie... ;)
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de demo01
demo01
27 juin 2024 à 09:01
jolie histoire qui sais la gouvernante va devenir la femme de la maison a la fin
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Docsevere
Docsevere
11 juin 2024 à 23:10
Merci @bitrentecinq.
C'est juste la vie, pas édulcorée, pas un conte de fées ; toujours mon besoin de garder un semblant de réalisme.
Et puis le temps passe, les personnages vieillissent... (le narrateur y compris)

J'ai prévu que cette histoire se déroule au total sur environ vingt ans
Modifié 11 juin 2024 à 23:11
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de bitrentecinq
bitrentecinq
11 juin 2024 à 04:32
Bonjour , j ' apprécie votre partie prise , quelque peu ..abrupte , je suis curieux de la suite de votre histoire
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Docsevere
Docsevere
10 juin 2024 à 23:32
Désolé mais fallait que mon histoire avance.
C'est pas de ma faute si tu as un p'tit coeur d'amadou tout mou.

Un job de cuisinière et de bonniche ? Tu es sûre ?
Attends de lire la suite, on verra si tu arrives à t'identifier...
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Wedreca
Wedreca
10 juin 2024 à 19:29
Oh putain, Doc ! Tu nous la joues à la Game Of Thrones 😳 !
Armande... et après, Rosalie ! Putain... Tu veux nous faire chialer, ou quoi 😭 ?
Elle est trop triste, ton histoire ! Tu ne nous avais pas habitué à ça. J'en ai eu les yeux tout embrumés 🥺 !

Même dans ce registre, je peux te confirmer que ta plume reste toujours parfaite à nous faire passer les émotions (plus qu'il n'en faut, d'ailleurs).

Bon sinon, du coup... y a un poste qui se libère ? C'est bien ça 🤔 ?
Non... parce que je dis ça comme ça, mais j'ai mon CV qui est prêt, si tu veux 😏 (et je ne demande pas cher, en plus 😋).
Modifié 10 juin 2024 à 19:30
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ charimarien Madame... XSTORY
Madame...
Chapitre 2
Par charimarien
94
2
16.9k
Hétéro
✦ ADRIEN74 L'avocat de la défonce XSTORY
L'avocat de la défonce
Chapitre 1
Par ADRIEN74
140
2
6.4k
Hétéro
✦ Conteuse Le boloss. XSTORY
Le boloss.
Chapitre 9
Par Conteuse
342
14
8.7k
Bi

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio