Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cybèle et pourtant — Chapitre 32
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cybèle et pourtant
Chapitre 32
Les enfants de Teresa
— Nous venons d'atterrir à l'aéroport de N'Djamena. Il est quatre heures et la température extérieure est de quatorze degrés. La compagnie Royal air Maroc vous souhaite un excellent séjour.
Quatre heures du matin ! Se retrouver à N'Djamena à quatre heures du matin après être partie de Toulouse à seize heures. Et encore, elle avait fait le plus facile ! Elle devait maintenant attendre jusqu'à dix heures du matin assise sur sa valise, heure à laquelle on devait venir la chercher. Le voyage se ferait en Land Rover et elle arriverait à Adré, sa destination finale sur la frontière avec le Soudan, vers onze heures du soir. Trente et une heure de voyage au total ! Il fallait une sacrée motivation pour faire ce voyage épuisant sans compter, qu'à l'arrivée, elle aurait droit à une simple case pour se loger. Ces réflexions ne l'empêchaient pas d'avoir un moral d'acier. Elle allait enfin trouver de quoi s'employer utilement. Lorsqu'elle avait fait part de sa décision à sa mère, celle-ci avait été très contente de la savoir au loin.
Elle lui avait néanmoins rappelé qu'au cas très improbable où elle arriverait à tenir le coup, elle devrait revenir au plus tard dans deux ans pour se marier. La jeune femme n'avait rien objecté car elle n'avait pas envie de se faire couper les vivres compte tenu des conditions financières de son engagement. Elle avait liquidé toutes ses affaires et arrivait avec une simple valise dans laquelle se trouvait une garde-robe adaptée à sa nouvelle vie, garde-robe qu'elle avait achetée sur le site de « Nature et Découvertes ». Elle s'installa tant bien que mal dans le hall et essaya de dormir un peu, appuyée sur sa valise. Cinq minutes après, elle se relevait avec horreur : Une dizaine d'insectes rampants étaient en train de l'escalader allègrement . Elle regarda autour d'elle complètement affolée : Toutes les surfaces de la salle étaient couvertes d'insectes. Les portes donnant sur l'extérieur avaient été laissées ouvertes et les bestioles en avaient profité pour occuper les lieux.
Elle n'eut d'autre ressource que de rester debout, laissant les insectes recouvrir ses bagages. Vers huit heures, le hall commença à s'animer et elle put acheter de quoi manger et boire à un marchand ambulant. Puis elle se remit à attendre. Enfin, à dix heures, elle vit arriver un Range Rover, ou plutôt ce qui avait été autrefois un Range Rover ou, peut-être même plusieurs Range Rover. Le voyage serait certainement intéressant observa-t-elle amusée. En fait, il fut surtout très pénible. Au départ, la température ambiante était d'environ trente degrés, alors qu'il n'était que dix heures du matin. Quand le véhicule eut roulé deux à trois heures, le soleil aidant, la chaleur atteignait largement plus de quarante degrés à l'intérieur du véhicule. Lorsqu'enfin ils arrivèrent à Adré, il était onze heures du soir et elle était épuisée. On lui indiqua sa case. Elle entra, aperçut un lit, s'effondra dessus et s'endormit aussitôt. Elle se réveilla vaseuse le lendemain vers neuf heures.
Elle passa en revue le mobilier mis à sa disposition. Il se composait du lit, d'une petite table sur laquelle il y avait une cuvette et d'un coffre pour ranger ses affaires. Il y avait en outre un baril rempli d'eau et une casserole. Elle examina d'un œil critique ses vêtements raidis par la transpiration et décida de se changer. Elle se déshabilla, se lava succinctement le visage, le buste et les parties intimes, enfila des vêtements propres et sortit. Elle aperçut à quelques dizaines de mètres un petit groupe d'européens qui discutaient. Il y avait là deux hommes et trois femmes. Elle se dirigea vers eux pour se présenter. Ils la regardèrent s'approcher avec curiosité, sauf l'un d'entre eux, plus âgé que les autres, qui affichait un air carrément hostile.
— Tu te crois au Club Med ?
Elle balbutia :
— Je suis navrée, j'ai eu un voyage très fatigant et j'étais crevée. Je m'efforcerai d'être prête plus tôt dorénavant.
— Je ne te parle pas de l'heure ! Je te parle de ta tenue d'opérette. On n'est pas là pour faire joujou. C'est sérieux ! Il y a parfois des gens qui se font tuer. Il y a des vieillards qui meurent ici tous les jours, des gosses qui ont vu leurs proches mourir de faim quand ces derniers ne se sont pas fait massacrer. Alors les amateurs, on ne les aime pas trop par ici.
— Je ne te parle pas de l'heure ! Je te parle de ta tenue d'opérette. On n'est pas là pour faire joujou. C'est sérieux ! Il y a parfois des gens qui se font tuer. Il y a des vieillards qui meurent ici tous les jours, des gosses qui ont vu leurs proches mourir de faim quand ces derniers ne se sont pas fait massacrer. Alors les amateurs, on ne les aime pas trop par ici.
Sophie le regarda avec ahurissement. C'était à cause de simples vêtements qu'il prétendait la juger. Elle sentit une rage froide l'envahir. Elle tourna le dos sans rien dire et retourna à sa case. Elle vida le contenu de sa valise sur la terre battue et piétina rageusement les vêtements qu'elle avait apportés. Elle se déshabilla et fit subir le même sort aux vêtements propres qu'elle venait de mettre et à ceux qu'elle avait portés la veille. Elle enfila de nouveau ces derniers et ressortit. Elle se dirigea de nouveau vers le groupe qui la regarda d'un air à la fois ahuri et amusé. Elle s'adressa directement à celui qui s'était montré si désagréable.
— Est-ce que ces vêtements conviennent à monsieur ? Les trouves-t-il plus à la mode, plus couleur locale ? Monsieur apprécie-t-il le tout nouveau parfum qui en émane ? On l'appelle « Aisselles en fin de journée ». Mais, si ça ne convient toujours pas à monsieur, je peux aussi tout enlever et travailler à poil. Je ne risque pas d'attraper froid. Mais, si ça convient, pourrais-tu avoir l'obligeance de m'indiquer où sont les chiottes afin que j'aille les nettoyer.
Le groupe l'observait hilare. Ils avaient tous manifestement apprécié sa sortie. Tous sauf le même garçon. Il répondit froidement :
— Je vois que tu n'as pas peur des mots. Eh bien on va voir tout de suite si tu es aussi courageuse au travail. Primo, il n'y a pas de chiottes à nettoyer ici, mais un simple trou dans la terre avec quelques planches pour ne pas tomber dedans. Tu en apprécieras sûrement le parfum surtout en fin de journée. Secundo, pour te mettre tout de suite dans le bain, c'est toi qui t'occuperas des vieux aujourd'hui.
Une des jeunes femmes intervint d'un ton de reproche.
— Marc ! tu y vas un peu fort tout de même.
— Si elle n'est pas capable de supporter ça, il vaut mieux le savoir tout de suite ! Tu vois cette baraque à droite… quel est ton prénom déjà ?
— Sophie.
— Hé bien Sophie, cette baraque s'appelle le mouroir. Aujourd'hui, pour commencer, tu vas aller t'occuper des vieux.
— D'accord ! Qu'est-ce que je dois faire ?
— Quand tu seras à l'intérieur, tu comprendras tout de suite ce qu'il y a à faire.
— Si elle n'est pas capable de supporter ça, il vaut mieux le savoir tout de suite ! Tu vois cette baraque à droite… quel est ton prénom déjà ?
— Sophie.
— Hé bien Sophie, cette baraque s'appelle le mouroir. Aujourd'hui, pour commencer, tu vas aller t'occuper des vieux.
— D'accord ! Qu'est-ce que je dois faire ?
— Quand tu seras à l'intérieur, tu comprendras tout de suite ce qu'il y a à faire.
La jeune femme qui était déjà intervenue le fit de nouveau.
— Je pourrais peut-être l'aider à démarrer ?
— Non ! Si elle a le caractère qu'elle prétend avoir, elle se débrouillera très bien toute seule.
— Non ! Si elle a le caractère qu'elle prétend avoir, elle se débrouillera très bien toute seule.
Sophie se dirigea vers le mouroir, entra et referma la porte derrière elle. Elle manqua défaillir. Une vingtaine de vieillards grabataires des deux sexes gisaient nus sur des paillasses de fortune. Une épouvantable odeur d'excréments régnait à l'intérieur. Incapables de se lever, ils se souillaient et il fallait les nettoyer en permanence. Complètement paniquée, elle eut une envie folle de s'enfuir et d'aller se cacher dans sa case. Elle ferma les yeux quelques instants pour se reprendre. Elle était venue pour servir et ne pouvait s'enfuir à la première difficulté. Elle prit son courage à deux mains et regarda autour d'elle en essayant de faire abstraction de l'odeur. Il y avait là un grand baril en métal rempli d'eau avec une planchette posée dessus. Une éponge se trouvait sur la planchette. Il y avait aussi un balai de paille, une pelle à balai et ce qui ressemblait à une grande poubelle et, enfin, un diable.
Elle comprit tout de suite quel allait être son travail : Laver tous ces pauvres hères. Elle commença par parcourir les deux rangées séparant les lits. Elle découvrit des hommes et des femmes sans âge et d'une maigreur effrayante. Leurs regards étaient soit totalement absents soit empreints de la détresse la plus indicible. Elle en fut bouleversée. Une chose était de s'émouvoir en regardant la misère confortablement assise devant un poste de télévision, une autre chose était de la côtoyer de près. Elle retourna vers le baril de métal et prit dans sa main l'éponge. Elle se préparait à la plonger dans l'eau quand il lui vint une idée : Cette solution n'était ni fonctionnelle ni saine. Elle allait perdre un temps fou s'il fallait faire sans arrêt des allers-retours entre le baril et les lits. D'autre part, l'eau contenue dans le baril deviendrait si sale que, très rapidement, elle serait quasiment inutilisable. Elle réfléchit quelques instants puis sortit du mouroir et courut à sa case.
Elle vida sa cuvette et la ramena ainsi que la petite casserole qui était mise à sa disposition et de plusieurs gants de toilette qu'elle avait amenés avec elle. Ce n'était pas elle qui en aurait le plus besoin. Une fois revenue au mouroir, elle emplit la cuvette avec l'aide de la petite casserole. Ainsi, seule la casserole serait en contact avec l'eau contenue dans le baril. Une fois la cuvette pleine, elle se dirigea vers la première paillasse. Cette dernière était composée d'un simple assemblage de planches recouvert d'une toile cirée. C'était visiblement le seul moyen qu'on avait trouvé pour éviter que les excréments n'imprègnent rapidement les paillasses. La vieille femme qui était couchée devant elle était manifestement au bout du rouleau. Elle commença par lui laver doucement le visage avec un gant de toilette puis lui humecta les cheveux avec ce même gant. Elle descendit ensuite plus bas et entreprit de lui nettoyer le buste et les bras.
Quand elle eut terminé, elle rinça soigneusement le gant qu'elle venait d'utiliser et retourna le poser sur la planchette du fût. Elle prit ensuite l'éponge et entreprit de s'occuper de la partie inférieure du corps. Elle commença par un nettoyage des jambes et des pieds puis passa à l'abdomen. Il lui restait maintenant le plus difficile : Le bas du dos. Elle souleva les jambes de la vieille femme et eut un haut le cœur. Il y en avait partout. Elle reposa les jambes et réfléchit à la manière de s'y prendre. Tout en réfléchissant, elle regarda le visage de la femme. Celle-ci semblait affreusement humiliée. Alors, Sophie se mit à lui parler d'une voix rassurante, lui dit de ne pas s'en faire, qu'elle serait bientôt bien propre et qu'on recommencerait chaque fois que ça serait nécessaire. La femme ne comprit sans doute pas ses paroles, mais elle comprit son ton. Sophie regarda ensuite autour d'elle. Il fallait d'abord racler tout ce qu'elle pouvait avant d'utiliser l'éponge. La pelle !
Bien sûr, il fallait se servir de la pelle. Elle courut la chercher, revint près du lit et, tout en prodiguant d'autres paroles rassurantes à la vieille femme, lui souleva de nouveau les jambes et, à l'aide de la pelle, racla soigneusement le dessus de la toile cirée pour faire tomber les déjections sur la terre battue. Ceci fait, elle nettoya soigneusement le pauvre corps et le dessus de la toile cirée avec l'éponge. Lorsqu'elle eut fini, et réinstallé du mieux possible la vieille femme, elle s'approcha de nouveau du visage de celle-ci et lui déposa un baiser sur le front. Ensuite elle ramassa les saletés à l'aide de la pelle et du balai et se retourna pour mettre le tout dans la grande poubelle. Marc se tenait dans l'encadrement de la porte. Il la regarda faire sans rien dire puis, à l'aide du diable sortit la poubelle à côté de la porte.
— Ça sentira meilleur à l'intérieur et pas beaucoup plus mauvais à l'extérieur.
— Comment se passent leurs repas ?
— Quelqu'un viendra t'aider à les faire manger vers treize heures et vers dix-neuf heures. La plupart essayent de manger seuls mais ont besoin d'être soutenus. Les autres doivent être nourris. Ça prend donc un certain temps, même s'ils ne mangent pas beaucoup. Nous, nous prenons un café à six heures du matin, un sandwich à midi et nous faisons un vrai repas tous ensemble à dix heures du soir. Ensuite au dodo ! Bon ! je suis obligé de te laisser.
— Comment se passent leurs repas ?
— Quelqu'un viendra t'aider à les faire manger vers treize heures et vers dix-neuf heures. La plupart essayent de manger seuls mais ont besoin d'être soutenus. Les autres doivent être nourris. Ça prend donc un certain temps, même s'ils ne mangent pas beaucoup. Nous, nous prenons un café à six heures du matin, un sandwich à midi et nous faisons un vrai repas tous ensemble à dix heures du soir. Ensuite au dodo ! Bon ! je suis obligé de te laisser.
En sortant il rajouta :
— C'est bien ce que tu fais ; c'est même très bien.
Lorsque ce soir-là vint l'heure du repas, Sophie se dirigea vers la tente prévue à cet effet. Les cinq autres étaient déjà arrivés et elle s'assit au milieu d'eux. Ils se présentèrent : L'homme qui s'appelait Marc était âgé de trente-trois ans. C'était lui qui dirigeait l'équipe. Il était assisté de Sylvie qui avait trente ans. Les trois autres avaient de vingt-quatre à vingt-six ans. Martin était le responsable technique, Clara s'occupait des enfants et Andrée avait la responsabilité de nourrir tout le monde, c'est-à-dire les vieillards, les enfants et les membres de l'équipe.
Sophie fut évidemment l'objet de l'attention générale pendant tout le repas.
Sophie fut évidemment l'objet de l'attention générale pendant tout le repas.
— Alors Sophie ! Comment s'est passée cette première journée.
— Très bien, mais il va falloir que je m'habitue à la chaleur.
— Je parlais du travail lui-même.
— C'est dur mais motivant. Le plus dur, ce sont les regards pleins de détresse et de dignité à la fois de ces vieillards. C'est assez poignant.
— Et les odeurs ?
— Sincèrement, au début j'ai failli m'enfuir. Ensuite, j'ai essayé de penser à autre chose.
— On t'a entendu chanter tout l'après-midi.
— Oui ! Je me suis aperçue que ça les détendait et moi ça me permet de penser à autre chose quand je fais quelque chose de particulièrement désagréable.
— Tu te sens de continuer ?
— Oui, absolument !
— Alors bienvenue au pays des damnés ! Bienvenue dans ce monde de fous !
— Très bien, mais il va falloir que je m'habitue à la chaleur.
— Je parlais du travail lui-même.
— C'est dur mais motivant. Le plus dur, ce sont les regards pleins de détresse et de dignité à la fois de ces vieillards. C'est assez poignant.
— Et les odeurs ?
— Sincèrement, au début j'ai failli m'enfuir. Ensuite, j'ai essayé de penser à autre chose.
— On t'a entendu chanter tout l'après-midi.
— Oui ! Je me suis aperçue que ça les détendait et moi ça me permet de penser à autre chose quand je fais quelque chose de particulièrement désagréable.
— Tu te sens de continuer ?
— Oui, absolument !
— Alors bienvenue au pays des damnés ! Bienvenue dans ce monde de fous !
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Commentaires ()
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la Sophie superficielle, BCBG a disparue et que Marie Claude serait très fière du comportement de son amie envers les personnes dont elle s'est occupée