Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cybèle et pourtant — Chapitre 36
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cybèle et pourtant
Chapitre 36
Mariage forcé
Sophie regardait Marc qui conduisait, comme toujours, avec prudence et application. Elle lui en avait fait un jour la remarque. Il lui avait répondu que la prudence était pour les passagers et l'application pour le véhicule. Il n'avait ajouté aucun commentaire. Marc ne disait jamais plus de mots que nécessaire. Cela ne la dérangeait pas. Elle avait appris à le connaître et elle éprouvait une réelle affection pour lui. Il s'était révélé quelqu'un de très sensible lorsqu'il était venu la chercher à N'Djamena avec Leila. Elle avait d'ailleurs l'impression que Leila et elle avaient beaucoup d'importance pour lui. Le ton qu'il employait quand il s'adressait à elle était toujours calme et mesuré ; très différent de celui qu'il employait avec les autres. Quand à Leila, il donnait l'impression de la vénérer littéralement. Alors, quand il les croisait toutes les deux ensembles, il les regardait d'un air affamé. Elle aimait ce regard qui lui faisait chaud au cœur.
Sophie regardait Marc qui conduisait, comme toujours, avec prudence et application. Elle lui en avait fait un jour la remarque. Il lui avait répondu que la prudence était pour les passagers et l'application pour le véhicule. Il n'avait ajouté aucun commentaire. Marc ne disait jamais plus de mots que nécessaire. Cela ne la dérangeait pas. Elle avait appris à le connaître et elle éprouvait une réelle affection pour lui. Il s'était révélé quelqu'un de très sensible lorsqu'il était venu la chercher à N'Djamena avec Leila. Elle avait d'ailleurs l'impression que Leila et elle avaient beaucoup d'importance pour lui. Le ton qu'il employait quand il s'adressait à elle était toujours calme et mesuré ; très différent de celui qu'il employait avec les autres. Quand à Leila, il donnait l'impression de la vénérer littéralement. Alors, quand il les croisait toutes les deux ensembles, il les regardait d'un air affamé. Elle aimait ce regard qui lui faisait chaud au cœur.
Cependant, depuis quelques temps, il l'intriguait. Il était toujours aussi gentil, mais il prenait parfois un air coupable, comme un enfant qui a fait une bêtise.
Cela datait à peu près du moment où elle avait annoncé sa décision d'adopter Leila. Il avait réagi très positivement à cette déclaration et avait proposé de profiter de son prochain déplacement à N'Djamena pour se renseigner sur les conditions d'une adoption et les formalités. C'était depuis son retour qu'il avait l'air un peu bizarre. Il était resté un peu vague sur les conditions à remplir, se contentant de dire qu'il pensait qu'il y aurait des solutions pour les problèmes qui se présenteraient, mais que de nombreuses formalités administratives étaient naturellement nécessaires. Elle avait essayé d'en savoir plus, mais il avait éludé en lui demandant de lui faire confiance car il allait s'occuper de tout. Lors de ses déplacements suivants, il avait emmené ses papiers d'identité et était revenu avec des formulaires à remplir. Elle lui avait fait confiance, mais elle avait l'impression qu'il ne disait pas tout.
Cela datait à peu près du moment où elle avait annoncé sa décision d'adopter Leila. Il avait réagi très positivement à cette déclaration et avait proposé de profiter de son prochain déplacement à N'Djamena pour se renseigner sur les conditions d'une adoption et les formalités. C'était depuis son retour qu'il avait l'air un peu bizarre. Il était resté un peu vague sur les conditions à remplir, se contentant de dire qu'il pensait qu'il y aurait des solutions pour les problèmes qui se présenteraient, mais que de nombreuses formalités administratives étaient naturellement nécessaires. Elle avait essayé d'en savoir plus, mais il avait éludé en lui demandant de lui faire confiance car il allait s'occuper de tout. Lors de ses déplacements suivants, il avait emmené ses papiers d'identité et était revenu avec des formulaires à remplir. Elle lui avait fait confiance, mais elle avait l'impression qu'il ne disait pas tout.
Ce qui avait poussé Sophie à décider d'adopter Leila, c'était qu'elle allait devoir rentrer en France à l'issue de sa mission de deux années. Ce n'était pas pour se marier avec le garçon qu'on voulait lui faire épouser, mais pour des raisons de santé. On était en septembre et dans six mois elle devrait repartir pour la métropole. Sylvie en avait décidé ainsi. Dès son retour, Sophie avait repris son travail avec ardeur. Elle se sentait une énergie folle. La joie de se sentir à nouveau utile et le bonheur d'avoir retrouvé Leila lui donnaient tous les courages. Ses compagnons, inquiets pour elle, l'exhortaient à se ménager mais elle se sentait tellement forte qu'il lui semblait qu'elle aurait pu en faire encore beaucoup plus. Un jour pourtant, alors qu'elle était en train de faire jouer les enfants, elle tomba inanimée sur le sol.
Elle revint à elle quelques instants plus tard pour découvrir Marc et Sylvie penchés inquiets sur elle pendant que les enfants pleuraient et que Leila hurlait de terreur et de désespoir. Elle se releva en chancelant et, tout en serrant Leila contre elle pour la rassurer, s'excusa d'avoir été imprudente en restant trop longtemps au soleil protégée de manière insuffisante. Elle rejoignit les enfants, les rassura et le jeu recommença. Quelques jours plus tard, cependant, elle perdit à nouveau connaissance pendant le repas du soir. Elle fut bien obligée de reconnaître cette fois qu'elle était épuisée. Marc et Sylvie décidèrent de diminuer sa charge de travail, mais peu à peu, son état général se dégrada. Les missionnaires employaient un médecin. Il avait terminé ses études et avait décidé de consacrer quelques années à l'action humanitaire.
Il examina Sophie et conclut que son accident l'avait fragilisée de manière suffisante pour qu'elle mette sa vie en danger si elle restait trop longtemps dans la région. Son organisme ne supportait tout simplement plus le climat. Il allait falloir rentrer à l'issue de ses deux années de service et non se réengager pour deux autres années ainsi qu'elle l'espérait. Elle eut beau tempêter en prétendant que, justement, elle se sentait mieux ces derniers temps, Sylvie se montra inflexible ; compatissante mais inflexible.
Ne comprenant pas pourquoi c'était Sylvie qui lui imposait de rentrer, elle demanda à Marc de lui permettre de rester encore deux ans. Marc lui répondit que la décision ne lui appartenait plus. Il allait rentrer en France après huit années de bons et loyaux services. Il rejoignait Dominique à Toulouse pour lui succéder au sein de Caritas, Dominique étant obligé de s'occuper de plusieurs paroisses compte tenu de l'insuffisance du nombre de vocations. Dans six mois, lui aussi il repartirait. Sylvie, comme prévu, prenait la responsabilité des « Enfants de Teresa » et c'était elle qui prenait maintenant les décisions. De toute manière, il était plutôt d'accord avec elle sur le fait que Sophie ne pouvait pas mettre sa propre vie en danger en s'obstinant à rester au Tchad.
Sophie était bien obligée d'admettre, en son for intérieur, qu'ils avaient raison. Elle se résigna donc. Elle rentrerait en France, trouverait un travail et s'occuperait de l'éducation de Leila. Sylvie vint de nouveau doucher ses espoirs en lui faisant remarquer que Leila ne pourrait pas rentrer en France sans visa et que Sophie ne pouvait obtenir un visa que pour elle-même ou ses propres enfants. Elle n'avait donc d'autre choix que de laisser Leila derrière elle ou de devenir officiellement sa mère. Comme il n'était pas question qu'elle abandonne celle qui était devenue son enfant, elle disposait de six mois pour l'adopter. Elle se doutait bien que ses parents n'accepteraient pas ce qu'elle avait l'intention de faire, mais elle était à un tournant de sa vie et était décidée à emprunter ce qu'elle estimait être la bonne direction.
Marc avait effectué lui-même la plupart des formalités administratives et le dossier était complet. Il était nécessaire cependant qu'elle se déplace elle-même à N'Djamena où elle avait rendez-vous avec un fonctionnaire du ministère des affaires sociales tchadien et un autre fonctionnaire de l'ambassade de France afin de finaliser les deux dossiers. C'était la raison pour laquelle elle se rendait à N'Djamena ce jour-là. Elle avait pensé qu'une journée sur place suffirait, mais Marc lui avait expliqué qu'il risquait de falloir plusieurs rendez-vous et que, par ailleurs, lui-même y allait dans le cadre de ses responsabilités à Caritas. Ils risquaient donc d'être absents près d'une semaine. Elle avait dû prévenir Leila de son absence.
La petite s'était mise à pleurer mais, ses pleurs se changèrent en un grand sourire quand Sophie lui expliqua qu'elle allait pouvoir devenir sa vraie maman et qu'elles allaient bientôt vivre ensemble en France où elle pourrait ne s'occuper que d'elle toute seule.
Comme on était en saison froide, ils avaient pu faire le trajet de jour, ce qui leur permettrait de dormir toute une nuit à l'hôtel avant d'aller au premier rendez-vous le lendemain matin. Ce fut donc reposés qu'ils arrivèrent au ministère des affaires sociales. Ils furent immédiatement reçus par la fonctionnaire chargé de traiter le dossier d'adoption. Ce n'était pas elle qui prendrait officiellement la décision, mais son avis était pratiquement toujours suivi. Elle avait la réputation d'être à la fois rigoureuse et humaine. Elle les fit asseoir et commença à lire les documents qui avaient été remplis.
— Je vois que Caritas vous a écrit une lettre de recommandation très élogieuse.
Elle s'adressa à Sophie.
— Il paraît que vous avez fait des miracles pour la petite fille.
Sophie sourit modestement.
— J'ai surtout essayé de lui donner de l'amour. Pour les miracles, c'est du ressort du divin.
— En tout cas c'est un point très positif. Par ailleurs, cette attestation indique que madame ne peut plus avoir d'enfant suite à un grave accident.
— Oui ! le véhicule dans lequel je me trouvais a sauté sur une mine et j'ai eu une grave blessure à l'abdomen. Il a fallu m'enlever une partie de mes organes de reproduction.
— Donc cela supprime le délai qui court entre le mariage et la demande d'adoption.
— En tout cas c'est un point très positif. Par ailleurs, cette attestation indique que madame ne peut plus avoir d'enfant suite à un grave accident.
— Oui ! le véhicule dans lequel je me trouvais a sauté sur une mine et j'ai eu une grave blessure à l'abdomen. Il a fallu m'enlever une partie de mes organes de reproduction.
— Donc cela supprime le délai qui court entre le mariage et la demande d'adoption.
Sophie ne répondit pas. Elle était un peu perdue. Que venaient faire des considérations sur le mariage alors qu'elle était célibataire ? La fonctionnaire du ministère continua de lire les autres documents en faisant au passage quelques commentaires et en posant des questions de détail. Tout semblait bien se passer. A la fin, cependant, elle prit un air soucieux, et repassa en revue les documents en sa possession. Elle recommença plusieurs fois puis, d'un air préoccupé, elle reprit :
— Votre dossier n'est pas complet. Il manque votre certificat de mariage, monsieur et madame Bernard. Je ne peux statuer sans ce certificat.
Sophie sentit une onde glaciale couler dans son dos. Il fallait qu'elle soit mariée ? C'est alors que Marc intervint.
— En effet, Madame, nous vivons maritalement depuis un an et demi mais nous allons régulariser notre situation demain matin à l'Ambassade de France. Nous serions d'ailleurs ravis que vous assistiez à la cérémonie, même si celle-ci sera très courte. Dans tous les cas, vous aurez notre certificat de mariage demain après-midi. Je vous prie de bien vouloir me pardonner ma désinvolture, mais j'ai simplement voulu gagner du temps en faisant d'avance la demande d'adoption au nom de Monsieur et Madame Bernard.
— Tout ceci n'est pas très régulier mais, comme par ailleurs votre dossier est très bon, je veux bien attendre demain après-midi.
— Tout ceci n'est pas très régulier mais, comme par ailleurs votre dossier est très bon, je veux bien attendre demain après-midi.
Elle se leva.
— Très bien à demain donc !
— Merci de votre compréhension et à demain Madame. Tu viens, ma chérie ?
— Merci de votre compréhension et à demain Madame. Tu viens, ma chérie ?
Sophie bafouilla un au revoir et ressortit du bureau dans un état second. Elle avait du mal à assimiler ce qui venait de se passer. Puis à l'ébahissement succéda la colère.
— Quand comptais-tu me dire que nous allions demain à l'ambassade pour nous marier ? Au moment de signer le registre des mariages ?
Marc bredouilla :
— Je savais bien que tu ne serais pas contente.
— Ah bon, tu l'avais deviné ? Quel grand psychologue tu fais !
— Laisse-moi t'expliquer.
— M'expliquer quoi ? que je ne suis pas assez mûre pour prendre une telle décision ? Tiens ! tu agis exactement comme mes géniteurs. Mais eux, quand ils ont décidé quel garçon je devais épouser, je n'avais que dix ans. Tu crois que j'ai encore dix ans ? C'est comme ça que tu me vois ?
— Je voudrais t'expliquer.
— Je n'en ai rien à fiche de tes explications. J'ai bien compris que je devais être mariée pour pouvoir adopter Leila, mais toi tu le savais depuis longtemps et tu ne m'en as rien dit. Je ne vois qu'une raison à ton attitude : tu voulais que je n'aie pas le choix ! tu m'as bien eue avec ta proposition généreuse de t'occuper du dossier. En fait, c'était pour faire une demande en notre nom à nous deux. Comme c'est toi qui as rempli tous les documents, il t'a suffi de rajouter ton nom après le mien lorsque c'était nécessaire. Et moi, comme une imbécile, j'ai signé aveuglément tout ce que tu m'as présenté.
— Pardonne-moi, je…
— Te pardonner ? comme ça tout simplement ? tu me prends pour qui ? Te pardonner ? je ne suis pas prête de le faire ! Soit ! je n'ai pas le choix. J'aime trop Leila pour risquer de la perdre, mais je ne crois pas que je pourrai te pardonner un jour.
— Mes intentions étaient bonnes.
— Mais ta manière de les traduire dans les faits ne l'est pas du tout. Elle dénote un mépris total de l'opinion des autres. Maintenant, si tu le veux bien, si j'ai encore le droit de le demander, je veux retourner à l'hôtel pour être tranquille. C'est tout ce que je te demande : me laisser tranquille.
— Ah bon, tu l'avais deviné ? Quel grand psychologue tu fais !
— Laisse-moi t'expliquer.
— M'expliquer quoi ? que je ne suis pas assez mûre pour prendre une telle décision ? Tiens ! tu agis exactement comme mes géniteurs. Mais eux, quand ils ont décidé quel garçon je devais épouser, je n'avais que dix ans. Tu crois que j'ai encore dix ans ? C'est comme ça que tu me vois ?
— Je voudrais t'expliquer.
— Je n'en ai rien à fiche de tes explications. J'ai bien compris que je devais être mariée pour pouvoir adopter Leila, mais toi tu le savais depuis longtemps et tu ne m'en as rien dit. Je ne vois qu'une raison à ton attitude : tu voulais que je n'aie pas le choix ! tu m'as bien eue avec ta proposition généreuse de t'occuper du dossier. En fait, c'était pour faire une demande en notre nom à nous deux. Comme c'est toi qui as rempli tous les documents, il t'a suffi de rajouter ton nom après le mien lorsque c'était nécessaire. Et moi, comme une imbécile, j'ai signé aveuglément tout ce que tu m'as présenté.
— Pardonne-moi, je…
— Te pardonner ? comme ça tout simplement ? tu me prends pour qui ? Te pardonner ? je ne suis pas prête de le faire ! Soit ! je n'ai pas le choix. J'aime trop Leila pour risquer de la perdre, mais je ne crois pas que je pourrai te pardonner un jour.
— Mes intentions étaient bonnes.
— Mais ta manière de les traduire dans les faits ne l'est pas du tout. Elle dénote un mépris total de l'opinion des autres. Maintenant, si tu le veux bien, si j'ai encore le droit de le demander, je veux retourner à l'hôtel pour être tranquille. C'est tout ce que je te demande : me laisser tranquille.
Marc était blême. Il lui répondit d'une voix blanche :
— Je te ramène à l'hôtel. Je suis à ta disposition pour toute décision que tu prendras.
Sophie ne prit pas la peine de répondre et ne desserra pas les dents pendant le trajet. A l'arrivée, elle sortit du véhicule sans même regarder Marc et sans prendre la peine de refermer la portière, elle s'engouffra à l'intérieur de l'hôtel et monta directement dans sa chambre. Elle était d'autant plus en colère que si Marc lui avait proposé de l'épouser en lui expliquant pourquoi dès qu'il avait connu la contrainte qui pesait sur l'adoption, elle aurait très probablement accepté de le faire car elle s'était mise à éprouver beaucoup d'affection pour lui. Mais, voilà ! Cet imbécile avait tout gâché.
Elle resta enfermée toute la journée et, le soir, déclina l'invitation de Marc à diner avec lui. Elle était encore à ruminer de sombres pensées lorsqu'elle entendit un léger froissement venant de la porte de sa chambre. Quelqu'un avait glissé une enveloppe sous celle-ci. Elle alla la ramasser et l'ouvrit. C'était une lettre de Marc. Elle hésita : allait elle la lire ou la jeter à la poubelle ? mais elle était curieuse de savoir ce que Marc avait à lui dire pour sa défense. Elle décida donc de la lire.
Sophie.
Pardonne la sècheresse de cette entrée en matière ; il y a des tas de mots qui me viennent à l'esprit pour illustrer ce que j'éprouve à ton égard mais le moment en est manifestement mal choisi. Je n'ose croire qu'il est définitivement passé. J'en suis le seul responsable et je te demande humblement pardon pour une offense dont je n'avais pas perçu la gravité. J'ai cédé une nouvelle fois, une fois de trop sans doute, à une détestable habitude : considérer que quand l'intention est bonne, l'action se justifie. Je prie le ciel que tu me pardonne un jour. Je ne cherche pas d'excuses, mais je voudrais t'expliquer les sentiments qui m'animent.
Pardonne la sècheresse de cette entrée en matière ; il y a des tas de mots qui me viennent à l'esprit pour illustrer ce que j'éprouve à ton égard mais le moment en est manifestement mal choisi. Je n'ose croire qu'il est définitivement passé. J'en suis le seul responsable et je te demande humblement pardon pour une offense dont je n'avais pas perçu la gravité. J'ai cédé une nouvelle fois, une fois de trop sans doute, à une détestable habitude : considérer que quand l'intention est bonne, l'action se justifie. Je prie le ciel que tu me pardonne un jour. Je ne cherche pas d'excuses, mais je voudrais t'expliquer les sentiments qui m'animent.
Je suis né sous X et j'ai passé toute ma jeunesse en orphelinat. Mes noms et prénoms m'ont été donnés à ma naissance par l'administration. Je n'ai pas eu la chance d'être adopté. Il faut dire que j'étais un bébé, puis un petit enfant, plutôt laid et d'un caractère difficile. Plus tard, j'étais trop âgé. Tu vois, déjà à ce moment je n'ai pas su me faire aimer. Je n'ai pas appris par la suite. Pour se faire aimer, il faut aller vers l'autre. Tu sais merveilleusement le faire ; moi je ne sais pas. Je n'ai jamais appris. A l'orphelinat, on s'occupait bien de nous. Le personnel était dévoué et faisait consciencieusement son travail. Côté affectif, par contre, c'était le néant total. Mon caractère difficile n'arrangeait sûrement pas les choses, mais il me semble que des parents aimants auraient essayé de me comprendre et de m'aider à m'améliorer. Je suis sorti de l'orphelinat à dix-huit ans muni d'un bagage scolaire assez léger.
J'ai réussi par la suite à l'améliorer en prenant des cours du soir tout en faisant divers métiers. J'en ai acquis la conviction que je ne devais compter que sur moi-même. Je n'ai pas mal tourné, mais j'ai toujours ressenti beaucoup d'amertume devant ce que je considérais, et considère encore comme une injustice. Et puis un jour j'ai rencontré Dominique. Il s'est intéressé à moi. C'était la première fois que quelqu'un s'intéressait à moi. Nous avons beaucoup discuté. Lui-même n'avait pas eu une jeunesse très facile. Mais sa foi lui avait appris à rendre le bien pour le mal. J'ai eu à son contact la révélation de ce qu'il fallait que je fasse pour être, sinon heureux, du moins en accord avec moi-même. Je me suis fait baptiser et je me suis lancé dans l'action humanitaire. Malheureusement, je suis tombé dans les mêmes travers que le personnel de l'orphelinat : Sur le plan matériel, je fais très bien mon travail.
Mes qualités d'organisateur sont reconnues et je suis apprécié pour ça par la direction de Caritas. Mais sur le plan des relations humaines, c'est le fiasco le plus total. Tout le monde me témoigne de la considération mais personne n'éprouve d'amitié pour moi. Je ne le reproche pas aux autres. C'est dû à mon incapacité à établir des relations autres que purement professionnelles avec les gens. Je me suis résigné à cet état de chose et j'ai travaillé de plus belle, car c'est le seul domaine dans lequel je sais me faire apprécier.
J'ai réussi par la suite à l'améliorer en prenant des cours du soir tout en faisant divers métiers. J'en ai acquis la conviction que je ne devais compter que sur moi-même. Je n'ai pas mal tourné, mais j'ai toujours ressenti beaucoup d'amertume devant ce que je considérais, et considère encore comme une injustice. Et puis un jour j'ai rencontré Dominique. Il s'est intéressé à moi. C'était la première fois que quelqu'un s'intéressait à moi. Nous avons beaucoup discuté. Lui-même n'avait pas eu une jeunesse très facile. Mais sa foi lui avait appris à rendre le bien pour le mal. J'ai eu à son contact la révélation de ce qu'il fallait que je fasse pour être, sinon heureux, du moins en accord avec moi-même. Je me suis fait baptiser et je me suis lancé dans l'action humanitaire. Malheureusement, je suis tombé dans les mêmes travers que le personnel de l'orphelinat : Sur le plan matériel, je fais très bien mon travail.
Mes qualités d'organisateur sont reconnues et je suis apprécié pour ça par la direction de Caritas. Mais sur le plan des relations humaines, c'est le fiasco le plus total. Tout le monde me témoigne de la considération mais personne n'éprouve d'amitié pour moi. Je ne le reproche pas aux autres. C'est dû à mon incapacité à établir des relations autres que purement professionnelles avec les gens. Je me suis résigné à cet état de chose et j'ai travaillé de plus belle, car c'est le seul domaine dans lequel je sais me faire apprécier.
Et puis, un jour tu es arrivée. D'emblée, j'ai détesté cette jeune femme née avec une cuiller d'argent dans la bouche, qui venait se distraire tout en se donnant bonne conscience. Puis, je me suis aperçu rapidement que, non seulement tu faisais très bien ton travail, mais que tu y apportais une dimension affective et une joie qui t'ont fait rapidement adorer par les vieillards du mouroir et les enfants du camp. Les gens t'aiment. Toute l'équipe t'aime. Les missionnaires t'aiment. Même la fonctionnaire que nous avons vu ce matin a été séduite.
Un jour, Leila est entrée dans notre vie. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai tout de suite ressenti de l'amour pour ce petit bout de chou. Naturellement, je me sentais incapable d'exprimer cet amour. Et puis je t'ai vue t'occuper d'elle et j'ai été émerveillé par la rapidité avec laquelle vous vous êtes attachées l'une à l'autre. Quand j'ai vu ce que vous étiez en train de construire toutes les deux, j'ai eu envie d'en faire partie. Je vous contemplais chaque fois que je vous voyais. Vous représentiez tout ce à quoi j'avais rêvé quand j'étais enfant : Une famille où règne l'amour. Alors oui c'est vrai ! J'ai essayé de forcer la porte pour faire partie de cette famille. Je l'ai fait parce que vous représentez l'image parfaite de mes rêves. Je l'ai fait parce que, même si je ne sais pas le montrer comme toi, j'adore Leila. Je l'ai fait enfin parce que je t'aime. Je t'aime du plus profond de mon âme. Tu es la femme la plus merveilleuse qu'il m'ait été donné de rencontrer.
Je ne rêve que d'une chose : vous rendre heureuses Leila et toi. Il semble que j'ai rendu la chose impossible à cause de ma bêtise. Au moins puis-je me rendre utile : Marions-nous, adoptons Leila, rentrons en France ensemble. Je saurai me faire discret et tu pourras organiser ta vie comme bon te semblera, avec ou sans moi. Dans quelques années, si tu le veux, tu divorceras et auras la garde de Leila. Je sortirai de ta vie. Il me restera le merveilleux souvenir des quelques mois pendant lesquels j'ai eu le bonheur de profiter de ta lumineuse présence et de celle de Leila, le regret de n'avoir pas été capable de te faire partager mon amour et la satisfaction d'avoir accompli une bonne action. Pour le mariage, ne t'en fais pas. Un mariage civil suffira. Tu pourras te remarier avec l'homme qui saura mieux que moi se faire aimer sans que l'église n'y trouve à redire.
Je ne rêve que d'une chose : vous rendre heureuses Leila et toi. Il semble que j'ai rendu la chose impossible à cause de ma bêtise. Au moins puis-je me rendre utile : Marions-nous, adoptons Leila, rentrons en France ensemble. Je saurai me faire discret et tu pourras organiser ta vie comme bon te semblera, avec ou sans moi. Dans quelques années, si tu le veux, tu divorceras et auras la garde de Leila. Je sortirai de ta vie. Il me restera le merveilleux souvenir des quelques mois pendant lesquels j'ai eu le bonheur de profiter de ta lumineuse présence et de celle de Leila, le regret de n'avoir pas été capable de te faire partager mon amour et la satisfaction d'avoir accompli une bonne action. Pour le mariage, ne t'en fais pas. Un mariage civil suffira. Tu pourras te remarier avec l'homme qui saura mieux que moi se faire aimer sans que l'église n'y trouve à redire.
Voila ! J'espère que tu auras eu la patience de lire jusqu'au bout ce lamentable plaidoyer. Je ne t'embêterai pas plus longtemps.
Je t'aime
Marc
Je t'aime
Marc
Sophie relut plusieurs fois la lettre. Elle était bouleversée par son contenu. Elle resta assise immobile sur le bord de son lit pendant une demi-heure à réfléchir. Elle comprenait maintenant comment Marc avait été conduit à disposer des autres sans leur demander leur avis. Après tout elle en avait fait un peu de même autrefois, même si elle avait employé son charme pour arriver à ses fins. Marc, au moins, n'agissait pas par égoïsme mais par amour. Il ne savait pas le montrer comme elle, mais il aimait les autres et, surtout, il les aimait Leila et elle. Allait-elle tout gâcher en repoussant le seul garçon qui lui ait fait une déclaration d'amour sincère et qu'elle était prête à aimer quelques heures plus tôt ? Elle se prit à sourire. Quel idiot tout de même ! Elle aurait beaucoup à lui apprendre.
Et d'ailleurs ! elle allait commencer tout de suite. Elle allait le faire trotter ! Le bâton et la carotte, il n'y avait que ça ! C'était sa spécialité autrefois. On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid, mais aujourd'hui elle avait envie de manger chaud.
Elle se leva d'un air décidé, sortit dans le couloir et alla frapper à la porte de la chambre de Marc. Il lui ouvrit et la regarda d'un air rempli à la fois d'espoir et de crainte. Elle entra et le regarda d'un air glacial.
— Nous avons à parler.
Le regard de Marc était maintenant nettement plus rempli de crainte que d'espoir.
— Mais d'abord, étant donné qu'à cause de toi je n'ai même pas pu manger aujourd'hui, tu seras gentil de dire au restaurant de me monter quelque chose.
— Je ne sais pas si le restaurant…
— Tu trouveras certainement quelque chose à leur raconter ; tu es très fort pour raconter.
— Je ne sais pas si le restaurant…
— Tu trouveras certainement quelque chose à leur raconter ; tu es très fort pour raconter.
Marc sortit et revint quelques minutes plus tard.
— Ils vont apporter un plateau.
— Tu vois, quand tu veux t'en donner la peine !
— Tu vois, quand tu veux t'en donner la peine !
Elle s'assit sur l'unique chaise de la chambre et feuilleta une revue de tourisme qui trainait par là.
— Tu voulais me parler de…
— Plus tard ! Quand j'aurai mangé.
— Plus tard ! Quand j'aurai mangé.
Elle fit mine de continuer à feuilleter la revue sans s'occuper de lui. Au bout d'une dizaine de minutes, un serveur vint apporter un plateau repas complet. Elle examina son contenu d'un œil critique, prit un air résigné et commença à manger en prenant tout son temps. Vers le milieu de son repas, Marc tenta d'intervenir.
— Tu voulais…
Elle l'interrompit brutalement.
— Je n'ai pas fini !
Elle termina tranquillement son repas, se leva et se rendit à la salle de bains.
— Je t'emprunte ta brosse à dents !
Après avoir procédé à quelques ablutions, elle revint dans la chambre et le regarda d'un air sévère.
— J'ai lu ta lettre. Permets-moi de te dire qu'il y a dedans quelque chose qui ne me plait pas du tout ! J'ai l'impression que tu es encore en train d'essayer de me manipuler.
Marc se tut prudemment tout en la regardant d'un air un peu ahuri. Sophie riait intérieurement. Il était visiblement sur des charbons ardents.
— Dis-donc toi ! Je te vois venir avec tes gros sabots. Si tu crois que suis dupe de tes manigances, tu te trompes.
— Je ne comprends pas bafouilla Marc. Je n'ai pas…
— Oui ! Tu écris que tu veux seulement un mariage civil pour que je puisse garder ma liberté, mais en réalité c'est la tienne que tu veux garder.
— Je t'assure…
— Laisse-moi parler ! C'est vrai quoi ! Depuis que nous sommes sortis du ministère, je n'arrive pas à placer un mot. On n'entend que toi !
— Je ne comprends pas bafouilla Marc. Je n'ai pas…
— Oui ! Tu écris que tu veux seulement un mariage civil pour que je puisse garder ma liberté, mais en réalité c'est la tienne que tu veux garder.
— Je t'assure…
— Laisse-moi parler ! C'est vrai quoi ! Depuis que nous sommes sortis du ministère, je n'arrive pas à placer un mot. On n'entend que toi !
Elle savait très bien qu'elle était de mauvaise foi, puisque c'était exactement le contraire, mais il n'oserait certainement pas la contredire.
— Je sais bien ce que tu essaies de faire. Tu te dis que tu vas profiter d'une petite jeune innocente que tu pourras facilement larguer quand tu n'en voudras plus puisqu'il n'y aura pas eu de mariage religieux. Oh mais, ça ne se passera pas comme ça, mon coco ! Si tu veux m'épouser, il faudra passer devant monsieur le curé. J'exige un mariage religieux ! Quand nous serons de retour en France nous demanderons à Dominique de nous marier. On lui demandera aussi de baptiser Leila le même jour. C'est à prendre ou à laisser !
Marc la regarda complètement perdu. Il ne savait plus que penser. Quelques heures auparavant elle lui disait qu'elle n'acceptait de l'épouser que pour pouvoir adopter Leila et maintenant elle lui reprochait de ne pas prendre ce mariage au sérieux. La seule chose qu'il fut capable de répondre fut :
— Heu d'accord.
— De toute façon, que tu sois d'accord ou pas, c'est la même chose. Et je te préviens ! Si tu me fais encore un coup comme ça, je ferai de ta vie un véritable enfer.
— De toute façon, que tu sois d'accord ou pas, c'est la même chose. Et je te préviens ! Si tu me fais encore un coup comme ça, je ferai de ta vie un véritable enfer.
Elle le regarda. Il était manifestement totalement déstabilisé. Il était à point. Elle allait pouvoir le croquer. Elle s'étira langoureusement en baillant bruyamment.
— Tu sais, mon chéri, tu devrais écrire plus souvent. Tu es nettement meilleur à l'écrit qu'à l'oral. Bon ! ce n'est pas tout ça, mais il est temps d'aller se coucher.
Elle commença tranquillement à se déshabiller en se dirigeant vers le lit. Une fois nue, elle se glissa entre les draps et le regarda.
— Ne reste pas planté là et vient te coucher. Tu seras gentil d'éteindre la lumière. Je préfère faire l'amour dans le noir.
— Ne reste pas planté là et vient te coucher. Tu seras gentil d'éteindre la lumière. Je préfère faire l'amour dans le noir.
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Commentaires ()
Le mariage religieux sera probablement dans un contexte intime mais je suis presque sûr que Marie-Claude et sans doute Cédric y aura sa place.
Bravo !
Son mariage avec le jeune avocat gay définitivement impossible. Sophie doit se douter que leur réaction va être brutale et qu'ils lui couperont les vivres.
J'ai adoré comment Sophie a fait mariner Marc après la lecture de sa lettre touchante. On se demande même s'il a compris de suite qu'elle lui demandait de venir lui faire l'amour...
Vivement la suite.