Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cybèle et pourtant — Chapitre 33
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cybèle et pourtant
Chapitre 33
Leila
Sophie observait Marc du coin de l'œil. Il conduisait d'un air très sérieux. D'ailleurs, tout ce qu'il faisait, il le faisait sérieusement. Il n'avait guère le sens de l'humour et il en fallait beaucoup pour le dérider. Il attendait beaucoup des autres, mais encore plus de lui-même. Il devait dormir au maximum cinq heures par nuit et, pendant la journée, il ne s'accordait qu'une heure à l'occasion du repas du soir. La passion qui l'habitait l'amenait souvent à se montrer cassant, voire injuste, mais c'était un meneur apprécié et respecté sinon aimé. Cela lui était d'ailleurs complètement égal d'être aimé ou non du moment que le travail était fait. Elle se souvenait du dernier accrochage qu'ils avaient eu en Mai. Celui-ci avait été plutôt violent, mais ils avaient réussi finalement à trouver une solution satisfaisante à leur désaccord.
A son arrivée, elle avait rapidement trouvé une organisation de son travail plus efficace que celle qui avait prévalu jusque-là. Elle avait vite observé que faute de s'occuper des vieillards la nuit, ils étaient fatalement considérablement souillés et leur nettoyage prenait un temps fou chaque matin. Elle avait donc décidé de se lever deux fois dans la nuit pour réparer tout de suite les dégâts inévitables. En compensation, elle s'accordait deux pauses dans la journée, ce qui lui permettait de décompresser. Elle s'était d'autre part aperçue que les pauvres hères étaient tous décharnés et, par là même, extrêmement légers. Elle pouvait donc les déplacer facilement. En conséquence, lorsque l'un de ses protégés en exprimait le besoin, elle le prenait dans ses bras et l'amenait dans un coin de la salle où elle avait fait installer une large planche percée en son milieu et posée sur des parpaings.
Ils pouvaient se soulager là et il ne lui restait plus ensuite, après les avoir ramenés à leur paillasse, qu'à nettoyer le sol, chose que de toute manière elle devait déjà faire auparavant. Ils avaient vite compris ce qu'elle attendait d'eux et lui étaient reconnaissants de ménager leur dignité. Cette jeune femme qui chantait en les nettoyant, qui leur montrait du respect et de l'affection rendait leurs derniers jours plus faciles à supporter. Quand à Sophie, elle s'était trouvée une raison de vivre et elle ressentait une réelle affection pour ses protégés.
Pendant ses pauses, pour se changer les idées, elle se rendait à l'endroit où étaient les enfants. Leurs rires et leurs jeux la changeaient et lui faisaient oublier un instant le déchirement que lui causait chaque décès. Les enfants s'étaient rapidement aperçus de sa présence régulière et l'appréciaient. Clara, la jeune femme qui s'occupait de ceux-ci, leur faisait la classe le matin et organisait des jeux l'après-midi. Elle avait demandé à Sophie de l'aider à faire jouer les enfants, et ceux-ci, ravis qu'elle s'occupe si gentiment d'eux l'avaient rapidement adoptée. Très rapidement, l'équipe l'avait, elle aussi, appréciée. Pendant les repas pris en commun elle se montrait pleine de vie et de fantaisie ce qui contribuait à détendre tout le monde. Seul Marc restait imperturbable et, la plupart du temps plongé dans ses pensées.
Début mai, Clara leur avait annoncé qu'après deux années de bons et loyaux services, elle allait rentrer en France à la fin du mois. Elle s'était beaucoup investie dans son activité pendant ces deux années et elle souhaitait maintenant s'occuper d'elle même. Elle avait donc décidé de ne pas rempiler. C'était d'ailleurs le cas le plus fréquent. Seul Marc était là depuis plus de six ans. Mais Marc, c'était Marc. Le lendemain, pendant le repas, il prévint Sophie qu'après le départ de Carla ce serait elle qui aurait la charge de s'occuper des enfants. Elle lui répondit vertement qu'il n'était pas question qu'elle abandonne ses protégés qui lui faisaient confiance et avaient besoin d'elle. Marc lui rétorqua qu'il était désolé, mais que des enfants qui avaient encore leur vie devant eux étaient plus importants que des mourants. Il ajouta qu'on trouverait certainement quelqu'un pour la remplacer et qu'elle n'aurait qu'à le ou la former.
Elle n'en démordit pas et répondit qu'elle continuerait à s'occuper des personnes âgées, quelle que soit son opinion à ce sujet. Il se mit en colère et lui dit qu'elle était égoïste et individualiste. Elle lui rétorqua que ça valait mieux que se montrer inhumain comme il le faisait. Ils continuèrent à s'invectiver, de sorte que le repas se termina rapidement et que chacun alla ruminer sa rancœur dans son coin.
Ce fut finalement Carla qui arriva à débloquer la situation. Elle alla voir les uns et les autres et finit par obtenir qu'une des religieuses assure la classe le matin. Le lendemain soir elle présenta la solution qu'elle avait imaginée : Sophie continuerait à s'occuper de ses protégés la nuit et le matin. L'après-midi, elle serait remplacée par une jeune autochtone qui avait accepté d'assurer cette demi-journée. Cela lui permettrait de s'occuper des enfants l'après-midi. Clara fit remarquer à Marc que Sophie n'avait aucune compétence pour faire la classe alors que la religieuse avait la formation adéquate. Finalement, Marc et Sophie avaient accepté sa solution du bout des lèvres. Ni l'un ni l'autre n'avait envie de perdre la face, mais ils étaient soulagés tous les deux. Marc se rendait bien compte que Sophie ne serait pas une bonne institutrice et celle-ci était ravie à l'idée de s'occuper d'enfants.
La nouvelle organisation se montra très vite efficace et, contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, les relations entre Marc et Sophie ne se dégradèrent pas après cet incident.
Marc avait un problème. Il parlait très mal l'anglais ce qui constituait un sérieux handicap lorsqu'il devait se rendre au Soudan pour aller chercher un enfant ou un vieillard. Jusque-là, il se faisait assister par Carla. Lorsqu'il demanda à Sophie si, par hasard, elle maîtrisait l'Anglais elle lui répondit qu'elle avait fait de nombreux séjours linguistiques en Angleterre pendant ses études et qu'elle avait donc l'habitude de le parler. Il lui demanda alors si elle consentait à l'accompagner chaque fois qu'il se rendait au Sud Soudan et elle accepta avec empressement. Pendant l'absence de Sophie, c'était Sylvie qui surveillait les enfants. Sylvie était devenue peu à peu le bras droit de Marc. Elle était là depuis un peu plus de trois ans et Marc lui faisait confiance. Lorsqu'il était absent du camp, c'était elle qui en assurait la responsabilité. Très équilibrée, elle se montrait une gestionnaire efficace et diplomate.
Marc avait un problème. Il parlait très mal l'anglais ce qui constituait un sérieux handicap lorsqu'il devait se rendre au Soudan pour aller chercher un enfant ou un vieillard. Jusque-là, il se faisait assister par Carla. Lorsqu'il demanda à Sophie si, par hasard, elle maîtrisait l'Anglais elle lui répondit qu'elle avait fait de nombreux séjours linguistiques en Angleterre pendant ses études et qu'elle avait donc l'habitude de le parler. Il lui demanda alors si elle consentait à l'accompagner chaque fois qu'il se rendait au Sud Soudan et elle accepta avec empressement. Pendant l'absence de Sophie, c'était Sylvie qui surveillait les enfants. Sylvie était devenue peu à peu le bras droit de Marc. Elle était là depuis un peu plus de trois ans et Marc lui faisait confiance. Lorsqu'il était absent du camp, c'était elle qui en assurait la responsabilité. Très équilibrée, elle se montrait une gestionnaire efficace et diplomate.
Elle avait l'étoffe pour succéder à Marc lorsqu'il rentrerait en France.
Sophie se montra très efficace dans cette nouvelle responsabilité. Pendant le trajet aller, Marc lui communiquait ses intentions et les problèmes qu'ils risquaient de rencontrer. Lorsqu'ils étaient sur place, elle remplissait le rôle d'interprète mais il lui arrivait aussi de prendre des initiatives dans la discussion en prenant garde d'aller dans le sens de ce que lui avait indiqué Marc dans le véhicule. Elle le mettait au courant immédiatement et elle s'était rarement trompée jusque-là. Cette collaboration avait contribué à améliorer considérablement leurs relations. Du coup, Marc commençait à se détendre pendant le repas du soir. Il lui arrivait même de sourire aux fantaisies de Sophie. Mais en dehors du repas, il n'avait rien changé à ses habitudes.
Sophie se montra très efficace dans cette nouvelle responsabilité. Pendant le trajet aller, Marc lui communiquait ses intentions et les problèmes qu'ils risquaient de rencontrer. Lorsqu'ils étaient sur place, elle remplissait le rôle d'interprète mais il lui arrivait aussi de prendre des initiatives dans la discussion en prenant garde d'aller dans le sens de ce que lui avait indiqué Marc dans le véhicule. Elle le mettait au courant immédiatement et elle s'était rarement trompée jusque-là. Cette collaboration avait contribué à améliorer considérablement leurs relations. Du coup, Marc commençait à se détendre pendant le repas du soir. Il lui arrivait même de sourire aux fantaisies de Sophie. Mais en dehors du repas, il n'avait rien changé à ses habitudes.
Ce jour-là, ils se rendaient dans un village qui avait été complètement dévasté au cours d'un combat auquel deux bandes rivales s'étaient livrées en plein milieu de la population affolée. Lorsque l'ONG qui s'occupait du camp de réfugiés le plus proche, prévenue du drame, était arrivée au village, elle avait découvert quelques rares survivants dont une petite fille et son grand père. Le bétail avait été emmené et le reste des animaux tué sur place. Le village étant devenu inhabitable, les survivants allaient devoir être dirigés vers le camp de réfugiés. Aucun d'eux n'avait cependant voulu s'occuper du vieillard et de l'enfant, car ces derniers étaient chrétiens tandis que les autres étaient musulmans. Or, les deux bandes qui avaient dévasté le village étaient des milices chrétiennes. Les responsables du camp de réfugiés avaient donc pris contact avec Marc pour lui demander de prendre en charge la petite fille et son grand père. Ce dernier était en fin de vie.
La petite fille qui s'appelait Leila, avait cinq ans. Elle avait vu ses parents et son frère se faire tuer devant elle et, depuis, elle n'avait plus prononcé un mot. Elle risquait donc d'être un cas difficile à traiter. C'était, comme toujours, une opération urgente car les personnes chargées d'amener les survivants au camp de réfugiés ne pouvaient s'attarder très longtemps.
Quand ils arrivèrent au village, ils apprirent que le grand père était mort de vieillesse et de désespoir quelques heures auparavant. La petite fille se retrouvait seule au monde. Lorsque Sophie l'aperçut, elle fut bouleversée par cette enfant qui était plantée debout, au milieu des décombres, complètement inerte et les yeux dans le vide. Elle n'avait pu supporter l'horrible spectacle auquel elle avait assisté et s'était totalement refermée sur elle-même. Les formalités furent rapides. Le responsable de l'équipe venue du camp de réfugiés avait déjà préparé le document attestant les conditions dans lesquelles la petite Leila avait été confiée aux « Enfants de Teresa ». Marc le lut et le signa en même temps que son interlocuteur. L'équipe du camp de réfugiés repartit aussitôt accompagnée des autres survivants, les laissant seuls tous les deux avec la petite.
Marc se remit au volant et Sophie s'assit à côté de lui, serrant contre elle la petite fille. Celle-ci se laissa faire avec indifférence et resta complètement apathique. Marc, tout en conduisant, leur jetait périodiquement un regard inquiet.
— Ça ne va pas être facile du tout de nous occuper d'elle.
— Oui, mais que faire d'autre ?
— Rien ! répondit Marc avec rage, On ne peut rien faire d'autre.
— Oui, mais que faire d'autre ?
— Rien ! répondit Marc avec rage, On ne peut rien faire d'autre.
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