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Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Cybèle et pourtant — Chapitre 5

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unzeste85
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Cybèle et pourtant

Chapitre 5

Le repas
Ils remontèrent en voiture et se rendirent à la brasserie des Beaux-Arts. Cédric regardait MarieClaude un peu étonné : Avec son joli ensemble et la coiffure qu'elle s'était faite elle était nettement plus agréable à regarder. Peut-être même qu'avec un peu de maquillage pour améliorer son teint elle pourrait être mignonne. Il la complimenta :
— Ton ensemble te va à ravir. Tu devrais t'habiller comme ça plus souvent. Et ta coiffure est très réussie.
MarieClaude rosit de plaisir.
— C'est madame Alquier qui ma coiffée.
— Qui est madame Alquier ?
— La gentille vieille dame chez qui je loge. On s'entend très bien.
— Le contraire m'aurait étonné. Tu la féliciteras de ma part.
Ils s'installèrent à une table que Cédric avait réservée pour eux à l'intérieur dans un coin tranquille car Cédric pensait que cela convenait mieux à MarieClaude. Il voulait mieux la connaître et elle se livrerait plus spontanément dans une ambiance un peu intime. Il se fit présenter la carte et proposa lui-même une liste d'entrées et de plats principaux. Il ne tenait pas à ce qu'elle consulte la carte elle-même car, vu son tempérament, elle aurait sûrement choisi ce qui était le moins cher plutôt que ce qu'elle aimait le plus. Se doutant qu'elle n'était pas un ogre, vu sa taille et sa corpulence, il avait privilégié des plats légers et digestes. Il avait manifestement fait une sélection judicieuse car les yeux de MarieClaude brillèrent de plaisir au moment de faire son choix : Une assiette nordique suivie d'une truite au bleu servie avec des petits légumes croquants. Un sorbet au citron compléterait très bien l'ensemble. Il décida de prendre la même chose qu'elle.
Il commanda aussi un peu de vin léger et une bouteille d'eau pétillante. Un serveur vint prendre la commande. Cédric lui précisa qu'ils n'étaient pas pressés et ne tenaient pas du tout à un service rapide. Le serveur leur amena le vin, l'eau pétillante et quelques amuse-gueules pour les faire patienter. Une fois qu'il fut parti ils commencèrent à bavarder comme de vieux amis. MarieClaude était sur un petit nuage. Cédric avait l'art de la mettre à l'aise. Il savait être enjoué sans la bousculer et il était très attentif à elle, lui donnant toujours l'impression qu'elle était quelqu'un d'important. De toutes les façons elle était avec le garçon dont elle était amoureuse et c'était le plus important. Cédric, quant à lui, se régalait à écouter MarieClaude qui était capable d'émettre des avis d'une grande profondeur d'une petite voix fraîche et tranquille. Quel bonheur de la voir épanouie à ce point. Il commençait à éprouver une réelle tendresse à son égard.
— Si tu me parlais de ta famille MarieClaude.
— Nous habitons à Condom où je suis née et où j'ai passé toute ma jeunesse. Mon papa a une société de produits régionaux et il s'en occupe avec ma maman. Papa c'est le chef ! C'est lui qui commande tout le monde ! (Elle disait ça avec une immense fierté. C'était attendrissant) et maman elle s'occupe de l'argent et des employés.
— Quels produits régionaux ?
— Le foie gras, le confit et tout ça.
— ça n'a pas l'air de franchement te passionner.
— Je n'y connais rien à toutes ces histoires de nourriture. Mais mon grand frère, lui, il fait des études pour être un jour le chef quand papa en aura marre.
— Si j'ai bien compris ton père dirige la société, ta mère s'occupe de la comptabilité et de la gestion du personnel. Ton frère fait des études de gestion pour succéder un jour à ton père. Le visage de MarieClaude s'éclaira.
— Oui c'est ça !
Manifestement elle était plus à l'aise quand elle parlait peinture.
— Comment s'appelle ton frère ?
— Benoît Roussel. C'est un grand joueur de rugby. Il fait un mètre quatre-vingt-quinze et il pèse cent Kilos. Il joue au rugby au club d'Auch. Papa est très fier de lui et maman aussi. Et ils l'aiment beaucoup.
Elle resta pensive quelques secondes.
— D'ailleurs on s'aime tous beaucoup.
— Quel est son âge ?
— Vingt-deux ans. On a aussi un chien qu'on a appelé Abélard. C'est un bâtard mais il est très gentil. Il aboie mais il ne mord personne. Et toi ? Tu fais du sport ? Tu as l'air d'être fort toi aussi même si tu n'es pas aussi grand que mon frère.
Cédric souriait attendri. Autant MarieClaude était à l'aise et pédagogue en matière d'art, autant elle était enfantine dans sa manière de parler des choses de la vie.
— Je fais du sport mais moins qu'avant. Je fais du Karaté et avant, je faisais aussi de l'athlétisme. Mais j'ai arrêté l'athlétisme car cela devenait incompatible avec mon activité professionnelle.
— Qu'est-ce que tu faisais en athlétisme ?
— Du décathlon.
— Qu'est-ce que c'est le décathlon ?
— C'est un sport où, comme son nom l'indique, on pratique dix disciplines différentes : des courses, des sauts et des lancers.
— Tu étais fort ?
— Je n'étais pas un grand champion mais j'ai quand même été champion régional il y a quatre ans et j'ai participé plusieurs années aux championnats de France.
MarieClaude était admirative.
— Moi je nage un peu dans notre piscine mais je n'ai jamais fait de sport à cause de ma jambe. Je suis née comme ça ; je n'y peux rien.
— ça ne doit pas être drôle tous les jours.
— Oh ! J'ai l'habitude puisque j'ai toujours été comme ça. C'est avec les gens que c'est parfois un peu difficile. Je ne sais pas pourquoi mais je les indispose. Il y a quelque chose qui ne doit pas aller chez moi.
— Écoute ! Je ne vais pas polémiquer avec toi sur ce sujet. Je ne suis pas dans ta tête. Mais ce que je peux te dire, c'est que moi, tu ne m'indisposes pas du tout. Je trouve même que tu es une personne très intéressante et très agréable.
— Merci ! Tu es très gentil.
Au bout de quelques secondes elle ajouta :
— Comme Armelle.
— C'est normal, c'est de famille.
Elle sourit.
— Et ta famille à toi ?
— Mon père a commencé sa carrière comme pilote de chasse dans l'aéronavale. Ce sont les avions qui sont sur des porte-avions. Mais il n'a pas pu continuer parce que les décollages et les atterrissages sur les porte-avions sont très violents et il s'est abîmé la colonne vertébrale. Alors il a pris sa retraite de l'armée dès qu'il en a eu le droit et est devenu pilote chez Air France vers Quarante-cinq ans. Comme il bougeait beaucoup, mes parents ont cherché un point de chute et se sont installés à Èze, une jolie commune entre Nice et Monaco. Ma mère, qui avait fait les Beaux-Arts à Paris où elle habitait quand elle était jeune a ouvert une boutique d'art à Èze. Comme elle a beaucoup de goût elle trouve régulièrement des œuvres d'artisans d'art. Sa boutique a beaucoup de succès auprès d'une clientèle aisée. Aujourd'hui mon père ne vole plus et occupe un poste administratif à l'aéroport de Nice. Il sera bientôt en retraite. Enfin j'ai une sœur aînée qui a vingt-sept ans, est mariée à un médecin niçois et a un petit garçon qui s'appelle Hugo. Elle s'appelle Catherine.
Il sourit :
— Et on a une chatte persane blanche. Elle s'appelle Mitsou et elle est très gentille. Elle miaule mais elle ne griffe pas. Et nous aussi on s'aime tous beaucoup.
— C'est important l'amour !
— Bien sûr que c'est important ! Je suis un peu taquin et j'ai l'air parfois de ne pas prendre les choses au sérieux mais je pense moi aussi que l'amour est une chose importante. Je pense même que c'est la chose la plus importante dans la vie. Mais parlons de nouveau de toi. Raconte-moi un peu ce que tu vas faire les deux prochaines années que tu vas passer aux Beaux-Arts.
— Ce sont deux années d'approfondissement de ce qui a été fait auparavant mais en plus on a un projet à présenter à la fin. Ce peut être une œuvre, qu'on a réalisée et qu'on doit présenter en expliquant sa conception et sa réalisation, où un mémoire sur un aspect particulier d'un domaine artistique.
— As-tu déjà fait un choix ?
— Je voudrais réaliser un tableau, abstrait bien sûr (Elle sourit malicieusement), qui serait l'expression de la beauté intérieure.
— C'est un projet ambitieux.
— Oui, ça va me demander de nombreuses recherches pour préciser ce qu'est la beauté intérieure, trouver une personne type ou réelle comme support du concept. Quand je me serai bien imprégnée du concept et du personnage, il me restera à le traduire dans un tableau. C'est un peu risqué car il se peut que je n'arrive pas à définir le concept ou bien que le résultat ne débouche pas sur une œuvre que je puisse ou veuille réaliser. Mais ce projet me tient trop à cœur pour ne pas prendre de risque.
Elle avait un air passionné. Cédric était de nouveau stupéfait par la maîtrise qu'elle montrait et par la qualité de son propos dès qu'elle était dans son domaine.
— Quand tu m'en parles comme ça je ne peux même pas imaginer que tu puisses échouer. Qu'en pensent tes professeurs.
— Ils ont l'air d'être persuadés que je réussirai. J'espère qu'ils auront raison et que je ne vais pas les décevoir.
Sur le ton de la plaisanterie, Cédric remarqua :
— Au fait si tu cherches un modèle pour la beauté intérieure je te signale que j'ai moi-même une grande beauté intérieure. Tu l'as sûrement remarqué.
— Oui ! J'ai remarqué que tu as une très belle dentition. Alors le reste de l'intérieur doit sûrement être très beau lui aussi.
— Ça suffira ?
— Il faudrait que je réfléchisse. Tu comprends, je ne peux pas vérifier si tu as un beau foie ou de beaux intestins sans ouvrir.
— Tant pis, je suis un peu déçu, mais je préfère que tu trouves quelqu'un d'autre.
Le musée
La suite du repas se déroula harmonieusement. Ils parlaient simplement et librement, chacun écoutant l'autre avec plaisir. Cédric était de plus en plus charmé et MarieClaude de plus en plus amoureuse. Comme la veille, ils ne virent pas le temps passer et il fut bientôt quatorze heures. Ils se dirigèrent donc tranquillement vers le musée qui se trouvait un peu plus haut dans la rue de Metz. Cédric prit d'autorité le bras de MarieClaude.
— Comme je ne veux pas risquer de te fatiguer, nous irons lentement et tu garderas mon bras pour t'appuyer. MarieClaude, ravie, n'avait aucune envie de lui lâcher le bras.
Le musée des Augustins a été installé dans un ancien couvent des Augustins. Il a une architecture harmonieuse et, comme tous les anciens couvents il y règne une profonde sérénité. Le couvent date du quatorzième siècle et le musée des beaux-arts y a été installé à la révolution. Le cloître et l'église sont très beaux. Le musée comporte entre autres des salles au rez-de-chaussée où sont exposées des sculptures romanes et gothiques ainsi que des salons à l'étage présentant des peintures d'écoles européennes du dix-septième siècle, dix-huitième siècle et dix-neuvième siècle signées par des artistes comme Vigée-Lebrun, Murillo ou Delacroix.
MarieClaude se révéla une guide exceptionnelle. Elle était capable de parler plusieurs minutes de chaque œuvre, de la plus obscure à la plus connue. Elle rendait vivant le moindre tableau, faisant preuve d'une érudition impressionnante et un sens pédagogique remarquable. Cédric suivait ses explications avec une attention passionnée, posant des questions sur presque toutes les œuvres. Avec MarieClaude comme guide il avait l'impression d'être un expert en sculpture et en peinture tellement les explications de celle-ci paraissaient couler de source. Ce petit bout de chou modeste et effacé cachait en fait une grande dame. Il était vraiment consternant que les gens ne s'en rendent pas compte. De son côté MarieClaude, qui se rendait compte de l'intérêt passionné de Cédric pour ses explications, redoublait d'efforts pour être encore plus claire et plus vivante. Elle se sentait totalement en confiance et en communion de pensées avec lui.
Elle continua à parler avec enthousiasme de chaque œuvre. A la fin de la visite, Cédric lui demanda de lui permettre de contempler de nouveaux certaines œuvres de sorte que la visite dura environ trois heures.
— J'ai passé trois heures magnifiques avec toi Ma… rie-Claude (Dans l'enthousiasme il avait failli dire ma chérie). Tu dois commencer à être fatiguée. Je te propose de retourner prendre un rafraîchissement à la brasserie. Garde mon bras.
Ils retournèrent à la brasserie et s'installèrent en terrasse tout en continuant à parler avec animation de la visite qu'ils venaient de faire. Ils étaient tous les deux intarissables, commentant de nouveau les œuvres qu'ils avaient vues. Aucun d'eux n'avait envie que la journée se termine. La conversation dévia peu à peu ; ils parlèrent de tout et de rien, de la vie. MarieClaude affichait des conceptions d'une autre époque. Ses idées un peu surannées amusaient et attendrissaient Cédric. Tout en l'écoutant, il se remit à penser à la peinture ; il regrettait qu'il n'y ait pas eu d'œuvres abstraites car il lui semblait qu'avec les explications de MarieClaude il serait capable de les comprendre et même de les apprécier. Il lui vint brusquement le désir de voir les œuvres que MarieClaude avait réalisées. Il hésita un instant puis lui demanda :
— Dis-moi MarieClaude je me pose brusquement une question : tu entreposes tes œuvres dans ta chambre d'étudiante ou tu les laisses à l'école ?
— Pour l'instant je les laisse à l'école dans un grand carton qui se trouve dans l'atelier où je peins d'habitude.
— L'école est loin ?
— Non ! C'est juste à côté, Quai de la Daurade. C'est pour ça qu'ici c'est la brasserie des Beaux-Arts.
— C'est ouvert aujourd'hui ?
— Normalement non mais j'ai des clés pour utiliser l'atelier.
— J'aimerais beaucoup que tu me montre tes œuvres.
Elle le regarda un peu confuse.
— Elles ne te plairont peut-être pas.
— Maintenant que je te connais, je suis sûr que si.
Elle hésita un peu. En fait elle mourait d'envie de les lui montrer. Elle capitula.
— D'accord mais tu promets de ne pas te moquer.
— Comment peux-tu penser une chose pareille ? Jamais je n'aurai envie de me moquer de toi. Tu peux en être sûre.
Maintenant qu'elle le connaissait mieux, elle ne craignait plus du tout qu'il se moque d'elle. C'était plutôt une coquetterie d'artiste qui l'avait poussée à le dire.
Le récit
Ils quittèrent la brasserie et se rendirent à l'école des beaux-arts qui se trouvait à quelques pas de là. MarieClaude, accrochée au bras de Cédric était aux anges. Non seulement elle n'avait plus aucune crainte quand elle était avec lui, mais au contraire, sa présence était apaisante. Elle avait passé une journée merveilleuse, il faisait un temps magnifique, elle était amoureuse, elle aurait voulu que le temps s'arrête. Cédric lui jetait de temps en temps un coup d'œil. Il se demandait pourquoi il ne l'avait pas trouvée jolie la première fois qu'il l'avait vue. Quand il voyait son visage rayonnant, il la trouvait si belle.
Il existe dans les banlieues des villes des rues tranquilles dans lesquelles se trouvent de petits pavillons. Parfois, on est frappé par l'un d'entre eux qui jure un peu car il ne paye pas de mine : Les murs sont un peu décrépis, le portail du petit jardinet aurait besoin d'un bon coup de peinture, de même que la porte d'entrée et les volets des fenêtres. Ces dernières sont étroites et ne laissent pas entrer beaucoup de lumière. L'impression n'est franchement pas bonne et on ne souhaiterait pas y habiter. Mais si on pénètre à l'intérieur, l'impression change complètement : Ce dernier est meublé et décoré avec goût et entretenu avec amour. Les meubles anciens sont d'une belle couleur chaleureuse, de petits bibelots précieux trônent sur des tables basses sur de petits napperons brodés. Les murs sont ornés de tableaux parfaitement adaptés à l'esprit de l'ensemble et les fenêtres sont encadrées de jolies tentures de couleur chaude.
Chaque fois qu'on pose son regard quelque part, c'est pour remarquer un nouveau petit détail qui ajoute au charme de l'ensemble. Alors, on se dit que tout compte fait, on aimerait bien y vivre. C'était exactement ce que Cédric ressentait en découvrant peu à peu la personnalité de la jeune fille. Il ressentait à son égard une infinie tendresse et il commençait même à éprouver un sentiment qu'il n'arrivait pas à analyser et qu'il n'avait encore jamais éprouvé.
Un incident curieux se produisit pendant le court trajet qui les séparait de l'école. Alors qu'ils marchaient tranquillement sur le trottoir, quelques enfants surgirent en criant et en faisant semblant de se battre avec des petits bâtons en guise d'épées. Ils jouaient comme jouent les enfants. Pourtant MarieClaude poussa un hurlement de terreur et se jeta dans les bras de Cédric. Elle semblait littéralement terrifiée. Cédric la réconforta du mieux qu'il put en l'assurant que c'était simplement des enfants qui jouaient entre eux de manière tout à fait innocente. D'ailleurs les enfants riaient ensemble et s'étaient déjà mis à inventer un nouveau jeu. MarieClaude, rassurée, prétendit qu'elle avait seulement été très surprise et que tout allait bien à présent. Mais elle avait bel et bien été terrorisée.
Arrivés à l'école, MarieClaude se fit reconnaître par le gardien qui lui ouvrit. Elle le prévint qu'elle était avec un ami et qu'ils allaient à l'atelier du professeur Marsac pour qu'elle lui montre des tableaux. Le gardien, qui savait que MarieClaude avait la confiance du professeur Marsac et possédait les clés les laissa passer.
— Le professeur est-il ici aujourd'hui ?
— Oui mais je ne pense pas qu'il soit dans son atelier.
— Merci beaucoup.
Ils montèrent à l'étage où se trouvait l'atelier du professeur, MarieClaude ouvrit la porte et ils entrèrent.
En entrant, MarieClaude s'aperçut avec stupéfaction que ses peintures n'étaient plus dans le carton à dessin mais encadrées sommairement et exposées sur les murs de l'atelier. Trouvant cela bizarre, elle demanda à Cédric de l'attendre le temps qu'elle trouve le professeur et ressortit de l'atelier pour chercher ce dernier. Pendant ce temps Cédric commença à regarder les œuvres peintes par la jeune fille. Il y avait manifestement deux séries de tableaux. La première série avait pour thème les sept péchés capitaux. Cédric était stupéfait. Les sept toiles étaient superbement réalisées et criantes de vérité. C'était incroyable. Il s'agissait de peinture abstraite et pourtant on arrivait presque à reconnaître chaque péché sans avoir besoin de regarder son titre. Non seulement chaque toile montrait le péché du point de vue du pécheur mais encore on y distinguait ce que le peintre pensait du péché. La gourmandise et la paresse étaient traitées de manière plutôt humoristique.
Par contre la colère et l'envie, ces deux péchés contre l'amour, choquaient visiblement MarieClaude.
Il était en train de les admirer une nouvelle fois quand une voix le fit sursauter.
— Vous êtes un ami de MarieClaude ?
Cédric se retourna et se trouva en face d'un vieux monsieur à l'air aimable autant qu'intrigué.
— Le garçon acquiesça et répondit :
— Je suppose que vous êtes le professeur Marsac. Je suis venu avec MarieClaude mais elle est partie à votre recherche. Elle se demande pourquoi vous avez accroché ses toiles au mur.
— Pour les admirer bien sûr ! Mais je vois que vous étiez en train de contempler la série des péchés capitaux. Qu'en pensez-vous ?
— Je ne connais rien à la peinture abstraite mais je suis ébahi par la justesse de chaque tableau. MarieClaude m'avait expliqué comment elle faisait et je suis stupéfait du résultat obtenu. J'ai l'impression qu'elle a beaucoup de talent.
— Elle possède encore bien plus. Elle nous étonne tous et pourtant nous avons vu passer des centaines d'étudiants. Elle les dépasse tous de très loin. Vous feriez bien de regarder la deuxième série de toiles, mais préparez-vous à l'avance. Elle risque de vous paraître autrement plus puissante que la première. Je vous laisse pour essayer de trouver MarieClaude. Surtout ne regardez qu'en dernier le tableau du fond. Il ne fait pas partie d'une série. C'est un tableau qui va tout seul. Préparez-vous à un choc. Mais surtout regardez-le en dernier.
— Pourquoi ?
— Pour ne pas gâcher le plaisir d'admirer les autres.
Cédric continua donc en passant à la deuxième série. Elle était assez bouleversante. Elle représentait l'amour sous toutes ses formes : L'amour d'une mère pour son enfant ou d'un enfant pour sa mère, l'amour dans un couple, l'amour pour l'humanité, l'amour de dieu etc. Non seulement tous ces tableaux étaient d'une grande beauté esthétique mais aussi ils étaient tous remplis d'amour. Ils étaient l'amour. Et ils étaient MarieClaude, la merveilleuse MarieClaude. Il ne pouvait se résoudre à les quitter du regard. Il aurait voulu s'y fondre. Il resta un bon quart d'heure encore à les contempler. Enfin, il réussit à s'arracher à sa contemplation et se dirigea vers le dernier tableau isolé au fond de l'atelier. Au moment où il arrivait à son niveau et allait enfin le regarder, MarieClaude entra dans l'atelier et le vit. Elle poussa un cri désespéré « Non ! Pas celui-là !» et elle courut maladroitement vers lui pour essayer de l'empêcher d'aller plus loin. Trop tard !
Cédric était devant le tableau et le regardait. Il se figea complètement sonné par le choc qu'il venait de subir. Le tableau était magnifique. Il était de très loin le plus beau de tous les tableaux qui étaient exposés là. Plus beau que tous ceux qu'il avait vus au musée. C'était un véritable chef d'œuvre, d'une beauté à couper le souffle. Mais cette beauté était absolument déchirante. Il émanait de l'œuvre une détresse indicible, une angoisse profonde, une tristesse infinie ; c'était un poignant appel au secours. On avait envie de pleurer rien qu'en le regardant. Son titre était simplement : Autoportrait. Il se retourna complètement hébété vers MarieClaude. Elle se tenait à deux pas de lui figée et blanche comme un linge. Il la regarda avec une immense émotion et d'une voix très douce lui demanda :
— Qu'est-ce qu'on ta fait MarieClaude ? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?
Et brusquement il se souvint de l'incident qui s'était produit dans la rue avec les enfants et il comprit tout :
— Ce sont les autres enfants n'est-ce pas ?
MarieClaude le regarda sans répondre pendant plusieurs minutes d'un regard empreint de la plus profonde détresse puis, ce fut comme une digue qui cède et, d'une voix tremblante au début mais se raffermissant petit à petit, elle raconta son histoire :
C'était l'histoire d'une petite fille heureuse et gaie comme le sont toutes les petites filles entourées d'affection. Sa maman lui disait qu'elle était belle et elle la croyait. Elle boitait mais cela ne lui posait pas de problème. Elle allait à la maternelle et jouait avec ses petits camarades. Son grand frère était très gentil avec elle et elle avait une grande amie qui s'appelait Armelle et qui venait très souvent jouer à la maison avec elle. Elles n'étaient pas dans la même école. Armelle allait dans une école privée, l'école Sainte Thérèse, alors que MarieClaude allait à l'école publique Georges Clémenceau, mais, le reste du temps, elles étaient inséparables. La seule chose qui étonnait un peu MarieClaude c'est qu'elle n'était jamais invitée aux anniversaires de ses camarades. Sa maman lui disait que c'était sans importance et que c'était parce que son papa était chef alors que les autres enfants n'avaient pas un papa qui était chef.
L'explication lui paraissait suffisante et de toute manière il y avait Armelle.
Puis elle entra au cours préparatoire. Elle commença à entendre ses petits camarades dire qu'elle n'était pas belle. Elle était très étonnée et essaya de leur dire qu'ils se trompaient puisque sa maman disait qu'elle était belle. Mais les autres enfants lui répondaient que c'était faux, qu'elle n'était pas belle. Elle était un peu triste et troublée. Un jour elle surprit sans le vouloir une conversation entre deux institutrices. Elles parlaient d'elle. L'une d'entre elles dit à l'autre : « Cette pauvre petite MarieClaude n'est vraiment pas gâtée par la nature ». La seconde lui répondit : « Oui et sa claudication n'arrange pas les choses ». MarieClaude fut intriguée, car elle était une enfant gâtée ; ses parents la gâtaient beaucoup. Alors, pourquoi les institutrices disaient-elles qu'elle n'était pas gâtée ? Elle attendit d'être rentrée à la maison pour demander à sa maman :
— Dis maman, qu'est-ce que ça veut dire quand on dit que quelqu'un n'est pas gâté par la nature ?
Sa maman lui demanda, en prenant un air bizarre, si on lui avait dit ça à elle. Devant l'air bizarre de sa maman, elle pensa qu'il valait mieux mentir et répondit que c'était des institutrices qui parlaient d'une autre dame. D'un air soulagé sa maman lui dit que cela signifiait que la dame en question n'était pas jolie mais que MarieClaude avait la chance d'être jolie, elle. Puis elle s'empressa de parler d'autre chose. MarieClaude fut très troublée. Si les institutrices disaient qu'elle n'était pas jolie, alors cela voulait dire que c'était sa maman qui se trompait, pas ses camarades. Alors ce n'était pas ses parents qu'il fallait croire mais ses camarades. Ceux-ci commencèrent à se montrer de plus en plus cruels avec elle. Ils se moquaient d'elle tout le temps. Ils se moquaient aussi d'elle parce qu'elle boitait. Elle avait beau essayer de leur expliquer que ce n'était pas de sa faute, rien n'y faisait. Alors elle commença à se replier sur elle-même.
MarieClaude ne pouvait plus s'arrêter de parler maintenant qu'elle avait commencé. Elle sentait de manière instinctive que c'était la seule occasion qu'elle aurait de se confier à quelqu'un. Si elle s'arrêtait elle serait définitivement prisonnière de son secret. Elle continua et raconta sa lente descente aux enfers. Elle raconta comment ses camarades de classe, quand les institutrices ne regardaient pas, la poursuivaient dans la cour en la menaçant avec des petits bouts de bois qu'ils brandissaient comme si c'était des lances. Comme elle boitait en courant, sa démarche prêtait à rire et ses petits camarades disaient qu'ils chassaient le crapaud. Elle était terrorisée. Alors elle essaya de les éviter en restant toute la récréation le plus près possible des institutrices. Mais celles-ci, dérangées dans leurs conversations d'adultes, lui disaient sans cesse « Ne reste pas toujours dans nos jambes ! Va jouer avec tes petits camarades. Il ne faut pas être sauvage comme ça ! ».
La petite fille était incapable de raconter ses malheurs. Elle avait honte de ce qui lui arrivait. Alors elle se taisait, s'en allait et son calvaire recommençait. Ils s'amusaient à la bousculer dans les escaliers et parfois elle tombait. Ils disaient alors à l'institutrice « MarieClaude est encore tombée ! » et l'institutrice la relevait en lui disant gentiment « MarieClaude il faut que tu fasses plus attention. Tu vas finir par te faire mal un jour ». Et elle, elle ne disait toujours rien. Comme elle ne disait rien les autres enfants recommençaient de plus belle. Un jour elle essaya un peu de se défendre. Une autre petite fille tomba et se fit mal au genou. Elle se mit à pleurer et alla dire aux institutrices que MarieClaude l'avait poussée. Les institutrices dirent à MarieClaude : « C'est très méchant ce que tu as fait MarieClaude. Ce n'est pas parce que tu n'aimes pas jouer avec tes camarades que tu dois être méchante avec eux. ». Elle n'osa encore rien dire.
Alors ses camarades se mirent à répéter qu'elle était méchante et, comme elle ne savait pas comment réagir, ils se mirent aussi à dire qu'elle était bête. Laide, bête, boiteuse et méchante. Et elle finit par les croire.
Pendant qu'elle parlait, Cédric l'avait prise dans ses bras et cela lui donnait le courage de continuer. Il lui demanda.
— Je suppose que tu n'as jamais eu la force d'en parler à tes parents ?
Elle n'avait jamais osé. Elle avait peur de leur faire de la peine et leur disant combien ils se trompaient quand ils croyaient qu'elle était belle. Ils disaient aussi qu'elle était gentille alors que ce n'était pas vrai, qu'elle était intelligente alors que ce n'était pas vrai, que sa claudication n'était pas grave alors que c'était la source de tous ses malheurs. Il fallait qu'elle les protège.
Un jour elle comprit que tout cela était de sa faute et que le seul moyen d'éviter les problèmes était d'être la plus transparente possible. Si les autres enfants ne la voyaient pas ils finiraient par arrêter de la tourmenter. C'est ce qui se passa en définitive. Peu à peu elle cessa d'exister aux yeux des autres qui finirent par la laisser dans son coin. Elle y gagna une certaine tranquillité mais perdit toute considération pour elle-même. Voilà sa vie ou plutôt sa non vie. Voilà l'histoire d'une descente aux enfers et d'un suicide social.
Quand elle avait commencé à raconter son histoire, Cédric avait ressenti tout d'abord de la compassion. Puis celle-ci s'était transformée en colère et enfin en une véritable rage. Quand elle eut terminé, il la garda serrée contre lui et se mit à éructer avec violence :
— Je vais les tuer ! Je vais les tuer !
Mais MarieClaude ne pleurait pas. Elle le regarda avec tendresse et lui dit :
— Ne sois pas en colère ! Tout est bien à présent.
Ils restèrent enlacés ainsi pendant quelques minutes, le temps que la colère de Cédric s'apaise. En parlant, MarieClaude avait en quelque sorte transféré sur lui ses angoisses. Elle s'était libérée mais lui, il avait besoin de digérer le flot de détresse qu'elle lui avait transmis. Il la regarda intensément et reprit d'un ton plus calme mais déterminé :
— Plus jamais, MarieClaude ! Plus jamais on ne te fera souffrir ! Je ne le permettrai pas.
Une grande sérénité envahit MarieClaude. Elle avait réussi à se libérer du carcan de son secret. Elle allait pouvoir aller de l'avant. La gentillesse que Cédric lui avait d'emblée témoignée et l'écoute attentive dont il avait toujours fait preuve à son égard, étaient la raison de son amour pour lui. Cet amour l'avait décidée à lui ouvrir son cœur. Mais, le déclic qui avait déclenché ses confidences avait été cette simple affirmation en forme de question : « Ce sont les autres enfants n'est-ce pas ? ». Il avait tout compris instinctivement et avait été le seul capable de percer la carapace sous laquelle elle se cachait. La sérénité de MarieClaude se communiqua finalement à Cédric qui se détendit. Alors, d'une petite voix tranquille elle lui dit :
— Bon, je crois que je vais rentrer maintenant.
En quittant l'atelier la main dans la main ils croisèrent le professeur Marsac qui leur adressa un sourire plein de compréhension. Il était arrivé pendant que MarieClaude racontait sa malheureuse histoire et s'était éloigné rapidement, comprenant qu'ils vivaient un moment qui n'appartenait qu'à eux. Ils lui sourirent à leur tour et retournèrent à la voiture en continuant à se tenir par la main. Ils ne se parlèrent pas, chacun redoutant de rompre le charme de cet instant magique où leurs deux cœurs ne faisaient plus qu'un. Ils avaient grimpé ensemble jusqu'au sommet de la montagne et savouraient le bonheur simple du temps présent. Ils ne se parlèrent pas non plus pendant le trajet du retour, mais à un moment MarieClaude se mit à fredonner tout doucement un morceau de musique. C'était rêve d'amour de Liszt. Lorsqu'ils furent arrivés Cédric l'aida à sortir de la voiture. Elle le regarda en souriant et lui dit
— Merci pour tout. Tu m'as fait passer la journée la plus belle de ma vie.
Puis, du bout des doigts, elle lui fit une petite caresse sur la joue et se prépara à rentrer. Cédric la rappela
— MarieClaude !
— Oui ?
— Je sais quelle personne pourrait symboliser la beauté intérieure que tu veux peindre.
— Qui ?
— Tu devrais faire un nouvel autoportrait.
Cette fois il ne plaisantait pas. Elle resta saisie. Personne ne lui avait jamais fait un tel compliment. Elle le regarda profondément émue, ne sachant que répondre, puis elle rentra chez elle.
Cédric se rassit dans sa voiture et redémarra. Tout en conduisant, il repensa à cette journée fertile en évènements. Il n'arrivait pas à supporter l'idée qu'on ait pu faire tant de mal à MarieClaude. Il était d'autant plus bouleversé qu'il avait été fasciné toute la journée par les immenses qualités qu'il avait découvertes chez cette dernière : Cette délicatesse, ce sens des autres, ses extraordinaires talents pédagogiques, sa culture et surtout, cet amour qui émanait de toute sa personne dès qu'elle sortait de sa coquille et qui transparaissait si clairement dans ses œuvres.
MarieClaude ! Chère MarieClaude ! Elle qui était remplie de tant d'amour, alors qu'elle aurait pu détester le monde entier.
Chère MarieClaude ! Il avait déjà envie de la revoir, de retourner sur ses pas et de lui dire… de lui dire… Il ne savait pas ce qu'il voulait lui dire, mais il avait terriblement envie de la revoir. Soudain, il eut une illumination et une onde de bonheur l'envahit : … et de lui dire tout simplement qu'il l'aimait, qu'il l'aimait de toute son âme et qu'il ne pouvait plus concevoir la vie sans elle. Il venait de lui arriver une chose merveilleuse qui allait bouleverser sa vie. Ce que de nombreuses filles beaucoup plus séduisantes n'avaient jusque-là jamais réussi à faire, ce petit bout de femme pas très jolie, boiteuse, affligée en plus d'énormes handicaps psychologiques mais qu'il trouvait maintenant si belle, l'avait fait, sans même le vouloir, en quelques heures, simplement en étant elle-même : le rendre passionnément amoureux d'elle.
Il l'avait bel et bien trouvée, son âme sœur !
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Frodon
23 décembre 2025 à 08:23
Bonjour,
J’ai démarré cette série de récits en étant assez dubitatif… mais ce chapitre m’a bouleversé.
Je vous en veux, cher auteur, … j’ai inondé un mouchoir, de larmes, dues aux émotions puissantes et belles que ce chapitre m’a apporté.
Vous avez toute ma gratitude, et mon estime, pour la beauté de votre prose. Merci, merci
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Photo de profil de Armen75
Armen75
20 décembre 2025 à 19:13
Merci ..merci …j’ai les larmes aux yeux…merci
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Photo de profil de Monplaisir71
Monplaisir71
25 août 2025 à 14:50
Je veux croire qu'il existe dans la vie réelle, des personnes aussi bienveillantes que Cédric. En tout cas, je serais enchanté de rencontrer un guide vers l'art abstrait comme Marie Claude car comme Cédric, si j'apprécie l'art, c'est de manière intuitive et pour l'abstrait ça ne suffit clairement pas.
Merci pour vos écrits si plein de tendresse et d'amour.
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Ecrins971
24 août 2025 à 13:49
j'adore, quelle justesse, sensibilité vivement la suite
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