Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cybèle et pourtant — Chapitre 30
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cybèle et pourtant
Chapitre 30
Soutenance
— Bon ! Alors vérifions que je n'oublie rien ! Voyons… dans ce carton… j'ai… un… deux… trois… et quatre tableaux. Zut ! je n'ai pas vérifié si c'était les bons. Voyons… celui-là… d'accord, ce deuxième… d'accord, le troisième… ok, et le quatrième c'est bien ça. Bon ! je vérifie une deuxième fois.
En fait, il ne s'agissait pas d'une deuxième fois, mais au moins de la dixième. Depuis plus de deux heures, MarieClaude vérifiait et revérifiait qu'elle n'oubliait pas les quatre toiles illustrant son projet et le dossier en trois exemplaires qu'elle devait remettre aux membres du jury par la même occasion le lendemain matin. Cela faisait maintenant deux ans qu'elle avait obtenu son diplôme de fin de troisième année et, en cette fin du mois de mai deux-mille dix-sept, elle concluait définitivement ses études. Elle prétendait n'être pas du tout inquiète, mais en réalité, elle mourait de peur. Elle avait terminé son dernier tableau et fini de rédiger son rapport deux semaines auparavant ; deux semaines pendant lesquelles Cédric et Valentin avaient dû subir ses crises d'angoisses et d'énervement. Ils avaient essayé de la raisonner, mais s'étaient fait reprocher « leur optimisme béat ».
Ils avaient alors essayé de la plaindre, mais naturellement elle leur avait reproché de lui saper le moral. Ils avaient donc essayé de faire comme si tout allait bien et s'étaient fait reprocher leur indifférence. Ils en avaient conclu avec philosophie qu'il fallait simplement rentrer la tête dans les épaules et attendre que ça passe.
C'était Valentin qui était le plus souvent en première ligne, car Cédric rentrait tard le soir. Sa prise de fonctions avait été difficile. Maurice et Delaville s'étaient montrés loyaux au début, mais dès qu'ils avaient obtenu leur mutation, ils s'étaient désintéressés de leurs fonctions actuelles. Bernard avait finalement posé moins de problèmes. Cédric l'avait pris entre quatre yeux et lui avait gentiment expliqué qu'il n'avait le choix qu'entre deux solutions : S'intégrer ou demander lui aussi une mutation. Comme Bernard n'avait aucune intention de partir, il se soumit finalement assez rapidement. Cédric avait dû aussi assurer l'intérim de son ancien poste pendant deux mois avant de se trouver un remplaçant de confiance. Il avait fini par surmonter ces difficultés, mais il lui faudrait encore un bon mois avant que le service n'atteigne sa vitesse de croisière.
De toute manière, compte tenu de la coquette augmentation qui lui avait été octroyée, il lui était difficile de se contenter des mêmes horaires de travail qu'auparavant.
MarieClaude ne manquerait pas de soutien le lendemain matin. Outre Cédric, ses parents seraient présents. Les parents de Cédric avaient fait le voyage depuis Èze pour être là eux aussi. Philippe ne pouvait venir, mais Armelle serait présente. Benoît et Simona manqueraient à l'appel, mais c'est parce qu'eux-mêmes étaient en période d'examens. Le lendemain matin, elle insista pour arriver une heure à l'avance à l'école des beaux-arts pour préparer sa présentation. Cédric, accompagné d'un appariteur alla chercher rapidement quatre chevalets pour installer les quatre toiles qui furent ensuite recouvertes d'un tissu en coton. Elle disposa ensuite soigneusement les trois dossiers en pile sur le bureau. Elle réfléchit quelques instants, puis demanda à son époux de disposer autrement les chevalets. Elle les lui fit encore déplacer une ou deux fois avant de revenir à la position initiale.
MarieClaude ne manquerait pas de soutien le lendemain matin. Outre Cédric, ses parents seraient présents. Les parents de Cédric avaient fait le voyage depuis Èze pour être là eux aussi. Philippe ne pouvait venir, mais Armelle serait présente. Benoît et Simona manqueraient à l'appel, mais c'est parce qu'eux-mêmes étaient en période d'examens. Le lendemain matin, elle insista pour arriver une heure à l'avance à l'école des beaux-arts pour préparer sa présentation. Cédric, accompagné d'un appariteur alla chercher rapidement quatre chevalets pour installer les quatre toiles qui furent ensuite recouvertes d'un tissu en coton. Elle disposa ensuite soigneusement les trois dossiers en pile sur le bureau. Elle réfléchit quelques instants, puis demanda à son époux de disposer autrement les chevalets. Elle les lui fit encore déplacer une ou deux fois avant de revenir à la position initiale.
Elle jeta ensuite un coup d'œil aux trois dossiers qu'elle avait empilés sur le bureau, les étala soigneusement alignés, en fit de nouveau une pile mais cette fois sur une table située à côté du bureau, pour, finalement les remettre en tas sur le bureau. Entre temps, les deux familles ainsi qu'Armelle étaient arrivées. Ils essayèrent de calmer son énervement en lui exprimant leur amour et leur confiance, mais elle n'arrivait pas vraiment à les écouter. Elle finit par mettre tout le monde dehors et referma la porte de la salle. Il restait encore dix minutes à attendre, dix minutes pendant lesquelles elle fit les cent pas derrière le bureau en essayant de se remémorer le déroulement de la présentation qu'elle allait faire. Elle avait l'impression angoissante d'avoir tout oublié. A l'heure dite, la porte s'ouvrit et elle vit apparaître ses trois examinateurs. L'un des trois était le professeur Marsac. Il lui fit un sourire rassurant. Le deuxième lui fit un signe de tête aimable.
C'était le Directeur du musée d'art moderne et contemporain de Toulouse. La troisième personne était la fameuse experte internationale dont le professeur Marsac lui avait parlé. MarieClaude n'ignorait pas que son opinion serait déterminante. L'experte la regarda d'un air neutre et alla s'asseoir face aux chevalets, encadrée des deux hommes. Elle regarda quelques instants MarieClaude, comme pour la jauger puis, après avoir consulté ses deux collègues entama la séance.
— Nous vous écoutons !
MarieClaude sentit alors un grand calme l'envahir. D'un seul coup, ses pensées étaient redevenues claires. Elle maîtrisait parfaitement son sujet et savait exactement ce qu'elle allait dire et comment. C'était maintenant à elle de diriger l'entretien.
— Madame, messieurs, permettez-moi de me présenter : Je suis MarieClaude Mareuil, j'ai vingt-deux ans et je termine ma cinquième année aux beaux-arts. Je suis ici aujourd'hui pour vous présenter le projet que j'ai réalisé au cours de ces deux dernières années. Au cours de cet exposé, j'aurai l'occasion de vous montrer quatre tableaux. Les deux premiers ont été réalisés il y a plusieurs années…
Elle fut interrompue brutalement par l'experte.
— Votre projet ne consiste pas à montrer d'anciennes toiles, mais des toiles que vous avez peintes ces deux dernières années sous la supervision de votre professeur. Ceci est tout à fait irrégulier.
MarieClaude reprit avec calme.
— Je comprends votre objection, mais je suis convaincue que lorsque j'aurai terminé cet exposé, j'aurai réussi à vous convaincre que ma démarche s'inscrit tout à fait dans le schéma imposé. Puis-je continuer ?
— Oui, mais je vous conseille d'être convaincante.
— Oui, mais je vous conseille d'être convaincante.
L'experte affichait un air profondément mécontent.
— Je vous remercie de votre indulgence. Les deux derniers tableaux ont été réalisés cette dernière année. Je vais maintenant vous faire un exposé chronologique et technique qui me permettra de vous expliquer ma démarche.
MarieClaude dévoila la première toile. Le directeur du musée écarquilla les yeux en se penchant en avant. L'experte sursauta et regarda le tableau avec fascination.
— Ce premier tableau est ma toute première réalisation. J'avais alors seize ans. Je traversais une période très sombre de ma vie, au point d'être tentée de mettre fin à mes jours. Sa réalisation a constitué une thérapie qui m'a probablement sauvé la vie. Vous remarquerez la profonde impression de désespoir qu'il donne. Je l'avais tout d'abord appelé « autoportrait », mais, dans le cadre de mon projet je l'ai rebaptisé « Solitude ».
— Vous aviez déjà eu une formation quand vous avez réalisé ce tableau ? demanda l'experte.
— J'avais seulement suivi des cours de dessin à l'école, mais j'ai toujours aimé dessiner et peindre.
— Vous aviez déjà eu une formation quand vous avez réalisé ce tableau ? demanda l'experte.
— J'avais seulement suivi des cours de dessin à l'école, mais j'ai toujours aimé dessiner et peindre.
Elle dévoila ensuite le deuxième tableau.
— Ce deuxième tableau fait partie d'une série de sept tableaux consacrés à l'amour que j'ai peints lors de ma troisième année aux beaux-arts. Il représente l'amour entre un homme et une femme.
L'experte, après s'être levée, s'était approchée.
— Il est très beau.
— Il est cependant incomplet. Il lui manque le vécu. Quand je l'ai peint, je n'avais jamais rencontré l'amour d'un homme. C'est donc une représentation purement théorique, un exercice de style.
— Il est néanmoins très réussi.
— Il est cependant incomplet. Il lui manque le vécu. Quand je l'ai peint, je n'avais jamais rencontré l'amour d'un homme. C'est donc une représentation purement théorique, un exercice de style.
— Il est néanmoins très réussi.
MarieClaude continua.
— Quelques temps après l'obtention de mon DNAP, j'ai rencontré, par hasard, un garçon merveilleux. Nous sommes presque tout de suite tombés amoureux l'un de l'autre et, trois mois plus tard, nous nous sommes mariés. Cet évènement m'a complètement changée.
Elle observa un instant l'assistance. Le professeur Marsac affichait une mine ravie et le directeur de musée affichait un air approbateur. Quant à l'experte internationale, elle contemplait stupéfaite les deux premiers tableaux. Elle poursuivit son exposé.
— Au cours d'une discussion que j'avais eue avec celui qui devait devenir mon mari trois mois plus tard, j'avais été amenée à analyser avec lui « la naissance de Vénus » de Botticelli. J'avais insisté, entre autre, sur le sourire de la jeune femme qui contribuait à donner au tableau son impression de pudeur sereine. Lorsque j'ai dû choisir le thème de mon projet, je me suis souvenue de cette discussion et je me suis demandée ce qu'il suffirait de changer dans ce tableau pour qu'il donne une impression complètement différente. J'ai donc téléchargé une reproduction du tableau et, à l'aide d'un logiciel de dessin, j'ai essayé diverses modifications. Vous trouverez en page dix une reproduction du tableau original et une image légèrement modifiée de cette reproduction. J'ai simplement modifié le sourire pour le rendre narquois. Vous pourrez constater que la Vénus n'est plus pudique, mais exhibitionniste.
— C'est effectivement frappant, intervint le directeur admiratif.
— J'ai alors décidé d'appliquer le même procédé aux deux tableaux que vous avez sous les yeux. J'ai commencé par le deuxième, et je me suis demandé si en rajoutant quelques détails, je pouvais lui donner ce qui lui manquait pour être complet. Naturellement, si j'en avais fait un entièrement nouveau, ça aurait été facile, mais les deux tableaux auraient été complètement différents, ce qui pouvait être intéressant sur le plan artistique, mais pas sur le plan technique. Après plusieurs mois de recherches et d'essais, toujours en m'aidant du logiciel de dessin, je crois avoir réussi à lui donner l'impression de vécu qui lui manquait.
— C'est effectivement frappant, intervint le directeur admiratif.
— J'ai alors décidé d'appliquer le même procédé aux deux tableaux que vous avez sous les yeux. J'ai commencé par le deuxième, et je me suis demandé si en rajoutant quelques détails, je pouvais lui donner ce qui lui manquait pour être complet. Naturellement, si j'en avais fait un entièrement nouveau, ça aurait été facile, mais les deux tableaux auraient été complètement différents, ce qui pouvait être intéressant sur le plan artistique, mais pas sur le plan technique. Après plusieurs mois de recherches et d'essais, toujours en m'aidant du logiciel de dessin, je crois avoir réussi à lui donner l'impression de vécu qui lui manquait.
Elle dévoila alors le troisième tableau. Elle menait maintenant son auditoire où elle voulait. L'experte et le directeur de musée la bombardaient de questions auxquelles elle répondait avec aisance. Le jeu de questions-réponses dura une bonne vingtaine de minutes, puis MarieClaude reprit son exposé.
— Le dernier tableau que je vais vous montrer est le résultat d'une autre démarche. Comme vous vous en doutez il part du premier. Cependant, l'exercice était plus proche de celui consistant à modifier le tableau de Botticelli. Il s'agissait en effet, toujours grâce à un minimum de modifications, de changer et même d'inverser totalement la signification du tableau. De remplacer l'impression de tristesse et de solitude par une impression de bonheur et de plénitude. Il m'a fallu presqu'un an de recherches pour aboutir au résultat attendu. J'ai terminé il y a seulement deux semaines. Naturellement, j'ai nommé ce tableau « plénitude ». Elle dévoila alors le dernier des quatre tableaux.
Le professeur sourit en observant l'air fasciné de ses deux collègues. Lui-même avait éprouvé cette même fascination lorsque, deux semaines plus tôt, MarieClaude lui avait présenté ce dernier tableau. Ils regardèrent le tableau longuement en silence puis l'experte observa stupéfaite :
— C'est le même tableau et ce n'est pas le même !
MarieClaude se mit alors à détailler dans un silence religieux les quelques modifications qui lui avaient permis d'inverser complètement la signification de son tableau. On eut dit qu'ils étaient les élèves et elle le professeur. Elle s'étendit cependant longuement sur les détails, essayant de répondre à des questions qu'ils ne pensaient même pas à poser. Au bout d'un quart d'heure elle conclut :
— Voici donc le projet que je soumets à votre jugement. J'espère que mes explications vous ont parues suffisantes et je me tiens à votre entière disposition pour les compléter le cas échéant.
Les trois examinateurs restèrent quelques instants silencieux, puis le professeur Marsac prit la parole.
— Nous vous remercions de votre exposé. Le jury va maintenant se retirer pour statuer sur votre projet. Vous pouvez nous attendre ici.
Ils se rendirent tous les trois dans la pièce du fond et refermèrent la porte derrière eux. Ils discutèrent assez longuement. On entendait la plupart du temps la voix de l'experte qui s'exprimait de façon véhémente. Au bout d'une dizaine de minutes, ils réapparurent et le professeur Marsac reprit la parole.
— Ma chère enfant, j'ai le plaisir de vous annoncer que vous avez été reçue et…
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que MarieClaude se précipitait déjà dehors en criant.
— J'ai réussi chéri ! Je suis reçue !
Ils la regardèrent disparaitre interloqués.
— Je n'ai même pas eu le temps de lui préciser la mention !
Ils sortirent à leur tour de la salle : MarieClaude avait laissé tomber sa canne. Elle était pendue au cou de son époux qui l'avait soulevé de terre et qui couvrait son visage de baisers. Elle riait de bonheur. Sa mère avait fondu en larmes et sanglotait dans le giron de Roger hilare. Armelle et Marielle se congratulaient en riant comme des folles sous le regard indulgent de Christian.
L'experte observa amusée.
L'experte observa amusée.
— Manifestement, sa réussite ne laisse pas certaines personnes indifférentes. Je suppose que le garçon qui la couvre de baisers est l'heureux époux ?
— Oui et, naturellement, c'est aussi la source de son inspiration. Répondit le professeur Marsac qui interpela MarieClaude.
— J'ai encore à te préciser quelques détails importants.
— Oui et, naturellement, c'est aussi la source de son inspiration. Répondit le professeur Marsac qui interpela MarieClaude.
— J'ai encore à te préciser quelques détails importants.
Elle se tourna vers lui et le regarda d'un air interrogateur.
— Il faut que je précise ta mention ! Cela ne t'intéresse pas ?
— Vous savez, que j'aie mention ‘'Bien'' ou ‘'Assez bien'' n'as pas une très grande importance. Il me suffit de savoir que je suis reçue.
— Je te signale que tu n'as ni la mention Bien ni la mention Assez Bien, mais la mention Très Bien. Et, comme c'est devenu pour toi une mention plutôt banale, nous avons rajouté une recommandation du Jury.
— Vous savez, que j'aie mention ‘'Bien'' ou ‘'Assez bien'' n'as pas une très grande importance. Il me suffit de savoir que je suis reçue.
— Je te signale que tu n'as ni la mention Bien ni la mention Assez Bien, mais la mention Très Bien. Et, comme c'est devenu pour toi une mention plutôt banale, nous avons rajouté une recommandation du Jury.
MarieClaude le regarda interloquée.
— Que signifie une recommandation du Jury ?
— Cela signifie qu'une simple mention très bien a paru insuffisante au Jury qui désire ajouter un commentaire qui apparaîtra sur ton diplôme. Autrement dit le Jury considère que tu possèdes des compétences et un talent hors normes par rapport au niveau requis pour obtenir ce diplôme et désire expliquer pourquoi. Nous vous laissons maintenant à votre joie et à vos congratulations et allons rédiger notre recommandation.
— Cela signifie qu'une simple mention très bien a paru insuffisante au Jury qui désire ajouter un commentaire qui apparaîtra sur ton diplôme. Autrement dit le Jury considère que tu possèdes des compétences et un talent hors normes par rapport au niveau requis pour obtenir ce diplôme et désire expliquer pourquoi. Nous vous laissons maintenant à votre joie et à vos congratulations et allons rédiger notre recommandation.
Avant de partir, l'experte internationale lui dit très aimablement au revoir.
— Je reprendrai contact avec vous d'ici quelques temps.
Le Directeur du musée fit de même :
— Je crois comprendre que vous avez déjà réalisé une quinzaine de tableaux ?
— Dix-sept exactement.
— Il nous reste encore un peu de place dans notre musée. Que diriez-vous si nous faisions une petite exposition de vos œuvres. Cela n'engage à rien.
— J'en serais très honorée.
— Il se pourrait bien, qu'un jour prochain ce soit nous qui soyons honorés de vous exposer.
— Dix-sept exactement.
— Il nous reste encore un peu de place dans notre musée. Que diriez-vous si nous faisions une petite exposition de vos œuvres. Cela n'engage à rien.
— J'en serais très honorée.
— Il se pourrait bien, qu'un jour prochain ce soit nous qui soyons honorés de vous exposer.
Après leur départ, MarieClaude remarqua pensive :
— J'avais remarqué qu'ils avaient l'air contents, mais à ce point !
Elle réfléchit quelques instants, puis son visage s'éclaira d'un grand sourire.
— Maintenant je vais pouvoir me faire opérer et ensuite on va faire des bébés ; des tas de Bébés !
Sidonie
Valentin se hissa péniblement hors de la piscine en s'aidant des mains et des fesses. Il n'était pas encore capable de monter debout les quelques marches du petit escalier. Il se hissa ensuite sur un fauteuil de jardin placé exprès pour lui, ramassa ses cannes et se redressa enfin en grognant. Il était profondément agacé par les difficultés qu'il rencontrait encore pour se mettre debout. Pourtant, il avait encore progressé. Il n'avait plus besoin de béquilles mais de simples cannes. Les séances de Kiné appartenaient au passé. Il fallait simplement qu'il marche beaucoup.
— Est-ce que je peux aller marcher sur la route ?
— Oui, mais ne t'éloigne pas, qu'on puisse te voir ! et puis mets un short.
— Mon boxer n'est pas sec !
— Bon ! alors mets au moins une casquette. Ça fera plus habillé.
— Maman, tu es impayable ! Tiens ! Demain, quand on ira faire les courses, je me mettrai en maillot de bain avec un chapeau de paille.
— Oui, mais ne t'éloigne pas, qu'on puisse te voir ! et puis mets un short.
— Mon boxer n'est pas sec !
— Bon ! alors mets au moins une casquette. Ça fera plus habillé.
— Maman, tu es impayable ! Tiens ! Demain, quand on ira faire les courses, je me mettrai en maillot de bain avec un chapeau de paille.
Cédric releva d'un air malicieux.
— Tu sais ma chérie, j'ai l'impression que ta maman a raison. D'ailleurs il me semble que tu défends l'idée qu'une simple petite modification peut donner une impression complètement différente.
MarieClaude éclata de rire.
— Touchée !
Ils étaient venus passer le week-end du Quatorze juillet à Condom. Ils prenaient le frais sur la terrasse avec Michèle et Roger. Benoît et Simona étaient aux Etats Unis pour leur voyage de Noce. Ils avaient loué un Motor-Home avec lequel ils traversaient le pays de New-York à Los Angeles en un mois. Leur Mariage début juillet avait donné lieu à une fête inoubliable. Benoît et Simona avaient tenu à inviter à la soirée tous les membres des deux équipes de rugby avec lesquelles ils jouaient chaque week-end. L'ambiance avait été dantesque. On avait dû entendre les chants, les braillements, et les explosions de rires à des kilomètres à la ronde. A cette occasion, Valentin avait été intronisé première mascotte de l'équipe masculine. L'ancienne mascotte, une chèvre, avait été rétrogradée à la deuxième place, mais n'avait pas semblé s'en formaliser outre mesure. Elle avait semblé nettement plus contrariée lorsqu'on l'avait empêchée d'aller brouter les massifs de fleurs.
Tous les quatre observaient Valentin qui marchait sur le bord de la route. Michèle le regardait s'éloigner avec inquiétude.
— Je n'aime pas le savoir seul sur cette route. Un jour il se fera encore renverser.
— Voyons maman ! C'est une voie sans issue qui mène seulement à la ferme des Maillaux. Il n'y a que nous et eux qui l'empruntent. D'ailleurs je n'ai toujours pas compris comment papa avait fait pour obtenir qu'elle soit goudronnée.
— Je me suis débrouillé ! Voilà tout !
— Vous avez vu son bronzage ? Il n'est pas bronzé, il est doré ! remarqua MarieClaude.
— C'est le plus beau des petits garçons de toute la région. See rengorgea Michelle.
— De toute façon c'est ton chouchou.
— Il faut bien qu'il soit le chouchou de quelqu'un.
— J'avoue être un peu chose de ne plus l'avoir avec nous l'automne prochain. Regretta la jeune femme.
— Il est tout de même plus logique qu'il habite ici avec Simona et Benoît.
— J'espère qu'il ne sera pas la tête de turc de ses camarades de classe.
— Voyons maman ! C'est une voie sans issue qui mène seulement à la ferme des Maillaux. Il n'y a que nous et eux qui l'empruntent. D'ailleurs je n'ai toujours pas compris comment papa avait fait pour obtenir qu'elle soit goudronnée.
— Je me suis débrouillé ! Voilà tout !
— Vous avez vu son bronzage ? Il n'est pas bronzé, il est doré ! remarqua MarieClaude.
— C'est le plus beau des petits garçons de toute la région. See rengorgea Michelle.
— De toute façon c'est ton chouchou.
— Il faut bien qu'il soit le chouchou de quelqu'un.
— J'avoue être un peu chose de ne plus l'avoir avec nous l'automne prochain. Regretta la jeune femme.
— Il est tout de même plus logique qu'il habite ici avec Simona et Benoît.
— J'espère qu'il ne sera pas la tête de turc de ses camarades de classe.
Cédric intervint de nouveau.
— Ne t'en fais pas ma chérie. J'en ai parlé à Benoît. Le jour de la rentrée, il sera accompagné au collège par l'équipe de rugby au complet. Cela devrait lui assurer d'emblée la considération de tout l'établissement. En plus, reconnaît qu'avec ton opération début août on aurait pas mal de problèmes avec une rentrée scolaire intervenant à un moment où tu serais à peine sortie de l'hôpital. Tu ne seras pas vraiment autonome avant début octobre.
— Tu n'es pas trop inquiète ma chérie ?
— Non maman. Le Docteur Morel avait très bien soigné mon pied il y a deux ans et il parait que c'est un des meilleurs spécialistes de la région pour ce genre d'opération.
— Tu n'es pas trop inquiète ma chérie ?
— Non maman. Le Docteur Morel avait très bien soigné mon pied il y a deux ans et il parait que c'est un des meilleurs spécialistes de la région pour ce genre d'opération.
Pendant qu'avait lieu cette discussion, Valentin avançait en observant les champs qui bordaient le chemin. Il n'avait pas son pareil pour apercevoir la fuite éperdu d'un lapin de garenne, le vol d'un épervier ou encore l'arrière train tout blanc d'un chevreuil se réfugiant dans un bosquet. Il était en train d'admirer rêveusement le paysage lorsqu'il entendit une voix.
— Pourquoi t'as des cannes ?
Valentin regarda autour de lui. Personne ! Il était pourtant certain d'avoir entendu parler. Il inspecta soigneusement les deux côtés de la petite route et crut distinguer de l'autre côté un buisson dont les branches s'agitaient légèrement. Il s'approcha du buisson et entendit un petit rire. Quelqu'un était manifestement caché derrière. Il se préparait à le contourner quand il entendit un fracas provenant du même endroit que le rire.
— Zut ! Zut ! Zut !
— Je t'ai vu ! T'as perdu !
— Je t'ai vu ! T'as perdu !
Une gamine sortit de derrière le buisson en poussant péniblement un vélo dans l'herbe. Une fois sur la route, elle le regarda d'un air outré.
— Ça ne compte pas ! c'est de la triche ! c'est mon vélo qui est tombé !
C'était une blondinette qui devait avoir à peu près le même âge que lui. Elle était vêtue d'un short beige, d'un Teeshirt sur lequel était imprimé un dessin représentant la petite sirène de Walt Disney et portait aux pieds des espadrilles roses.
— Tu t'appelles comment toi ?
— Valentin.
— C'est joli Valentin. Moi, je m'appelle Sidonie. Tu trouves ça joli toi aussi ?
— Heu ! oui.
— Ma maman dit qu'elle trouve que c'est très joli et que c'est pour ça que je m'appelle comme ça. Et toi, ta maman elle trouve que Valentin c'est joli ?
— Heu ! Je crois.
— Elle doit te le dire souvent. Moi, ma maman me le dit tout le temps. C'est vrai qu'elle est très gentille. Et toi ? Ta maman elle est gentille ?
— Ben heu ! Je ne sais pas.
— Tu ne sais pas si ta maman est gentille ? C'est bizarre dis donc !
— Ben moi je suis surtout avec ma grande sœur et ma mamie et aussi avec MarieClaude. Mais elles sont très gentilles.
— C'est un peu comme si tu avais trois mamans gentilles alors. Ça doit être super. T'as un papa ?
— Heu, pas trop.
— C'est idiot ça ! ça ne veut rien dire « j'ai pas trop de papa » !
— Ben si ! J'ai un papa, mais je ne le vois jamais alors j'ai pas trop de papa.
— C'est dommage ! Moi j'ai un papa que je vois tous les jours. Il est gentil, mais quand je fais une bêtise il crie trop fort. Un jour, je lui ai dit qu'il me cassait les oreilles à crier si fort, mais il a crié encore plus fort. Elle doit être bien triste ta maman que ton papa ne vienne plus !
— Ben elle le voit tout le temps, elle, alors elle s'en fiche.
— Alors, si elle le voit tout le temps, tu ne la vois jamais elle non plus ?
— Non et je m'en fiche bien moi aussi.
— He bien moi je ne m'en ficherais pas du tout si je ne voyais plus mon papa et ma maman. Je serais très malheureuse ! C'est vrai que tu as trois mamans gentilles à la place. Elles sont mariées tes mamans ?
— Oui.
— Elle s'appelle comment ta mamie ?
— Michèle.
— Moi ma maman s'appelle Virginie et mon papa Paul. Ils rient souvent en disant qu'ils sont Paul et Virginie comme dans le livre. Il faudra que je le lise un jour pour voir si c'est vrai. Moi j'aime bien lire. Et toi, tu aimes lire ?
— Mais te n'arrêtes jamais de poser des questions tout le temps ?
— Dis donc ! je pose des questions parce que c'est poli. Comme ça le gens ils pensent que tu t'intéresses à eux. Mais toi, tu ne m'intéresses pas du tout !
— Ben toi non plus !
— Oui, mais moi, je l'ai dit la première !
— Hé ben moi, je l'ai pensé le premier !
— Hé ben moi… hé ben moi… Hé ben toi, tu es méchant ! Voila !
— Valentin.
— C'est joli Valentin. Moi, je m'appelle Sidonie. Tu trouves ça joli toi aussi ?
— Heu ! oui.
— Ma maman dit qu'elle trouve que c'est très joli et que c'est pour ça que je m'appelle comme ça. Et toi, ta maman elle trouve que Valentin c'est joli ?
— Heu ! Je crois.
— Elle doit te le dire souvent. Moi, ma maman me le dit tout le temps. C'est vrai qu'elle est très gentille. Et toi ? Ta maman elle est gentille ?
— Ben heu ! Je ne sais pas.
— Tu ne sais pas si ta maman est gentille ? C'est bizarre dis donc !
— Ben moi je suis surtout avec ma grande sœur et ma mamie et aussi avec MarieClaude. Mais elles sont très gentilles.
— C'est un peu comme si tu avais trois mamans gentilles alors. Ça doit être super. T'as un papa ?
— Heu, pas trop.
— C'est idiot ça ! ça ne veut rien dire « j'ai pas trop de papa » !
— Ben si ! J'ai un papa, mais je ne le vois jamais alors j'ai pas trop de papa.
— C'est dommage ! Moi j'ai un papa que je vois tous les jours. Il est gentil, mais quand je fais une bêtise il crie trop fort. Un jour, je lui ai dit qu'il me cassait les oreilles à crier si fort, mais il a crié encore plus fort. Elle doit être bien triste ta maman que ton papa ne vienne plus !
— Ben elle le voit tout le temps, elle, alors elle s'en fiche.
— Alors, si elle le voit tout le temps, tu ne la vois jamais elle non plus ?
— Non et je m'en fiche bien moi aussi.
— He bien moi je ne m'en ficherais pas du tout si je ne voyais plus mon papa et ma maman. Je serais très malheureuse ! C'est vrai que tu as trois mamans gentilles à la place. Elles sont mariées tes mamans ?
— Oui.
— Elle s'appelle comment ta mamie ?
— Michèle.
— Moi ma maman s'appelle Virginie et mon papa Paul. Ils rient souvent en disant qu'ils sont Paul et Virginie comme dans le livre. Il faudra que je le lise un jour pour voir si c'est vrai. Moi j'aime bien lire. Et toi, tu aimes lire ?
— Mais te n'arrêtes jamais de poser des questions tout le temps ?
— Dis donc ! je pose des questions parce que c'est poli. Comme ça le gens ils pensent que tu t'intéresses à eux. Mais toi, tu ne m'intéresses pas du tout !
— Ben toi non plus !
— Oui, mais moi, je l'ai dit la première !
— Hé ben moi, je l'ai pensé le premier !
— Hé ben moi… hé ben moi… Hé ben toi, tu es méchant ! Voila !
Là-dessus, Sidonie enfourcha son vélo et pédala vigoureusement en direction de la ferme. Valentin la regarda partir un peu penaud, puis se dirigea de nouveau vers la maison. Il n'avait plus trop envie de se promener. La scène avait été observée depuis la terrasse par les quatre adultes amusés.
— Qui est la blondinette avec laquelle Valentin semble s'être disputé ? demanda Cédric.
— C'est Sidonie Maillaux, la fille des fermiers, répondit Michelle. Elle a le même âge que Valentin.
— Elle a l'air bien mignonne.
— Elle est très gentille, mais bavarde et curieuse comme une pie. Ses parents sont parfois un peu dépassés.
— Elle s'entend bien avec ses parents ?
— Apparemment oui, vu que quand elle est à la ferme, elle n'arrête pas de les suivre en les étourdissant par ces incessants bavardages.
— C'est Sidonie Maillaux, la fille des fermiers, répondit Michelle. Elle a le même âge que Valentin.
— Elle a l'air bien mignonne.
— Elle est très gentille, mais bavarde et curieuse comme une pie. Ses parents sont parfois un peu dépassés.
— Elle s'entend bien avec ses parents ?
— Apparemment oui, vu que quand elle est à la ferme, elle n'arrête pas de les suivre en les étourdissant par ces incessants bavardages.
Valentin les rejoignit légèrement morose.
— Dis-moi Valentin, vous vous êtes disputés avec Sidonie ?
— Ben, elle est partie en disant que j'étais méchant.
— Pourquoi ?
— Je lui ai dit qu'elle ne m'intéressait pas.
— Ça n'est pas très gentil effectivement.
— C'est elle qui a commencé.
— C'est elle ?
— Oui, elle a dit que je ne l'intéressais pas.
— Tu as surement dû lui dire quelque chose qui ne lui a pas plus pour qu'elle te dise ça.
— Je lui avais seulement dit d'arrêter de poser des questions tout le temps.
— Ça n'a pas dû lui faire plaisir du tout.
— Mais, elle posait des tas de questions sur mes anciens parents.
— Ce sont toujours tes parents, Valentin.
— Non ! Ce sont mes anciens parents !
— D'accord. Mais ça n'était pas une raison.
— Tu crois qu'elle est fâchée ? demanda le petit garçon.
— Je crois qu'elle doit être un peu triste. Tu devrais lui demander pardon la prochaine fois que tu la verras.
— Tu crois ?
— Ben, elle est partie en disant que j'étais méchant.
— Pourquoi ?
— Je lui ai dit qu'elle ne m'intéressait pas.
— Ça n'est pas très gentil effectivement.
— C'est elle qui a commencé.
— C'est elle ?
— Oui, elle a dit que je ne l'intéressais pas.
— Tu as surement dû lui dire quelque chose qui ne lui a pas plus pour qu'elle te dise ça.
— Je lui avais seulement dit d'arrêter de poser des questions tout le temps.
— Ça n'a pas dû lui faire plaisir du tout.
— Mais, elle posait des tas de questions sur mes anciens parents.
— Ce sont toujours tes parents, Valentin.
— Non ! Ce sont mes anciens parents !
— D'accord. Mais ça n'était pas une raison.
— Tu crois qu'elle est fâchée ? demanda le petit garçon.
— Je crois qu'elle doit être un peu triste. Tu devrais lui demander pardon la prochaine fois que tu la verras.
— Tu crois ?
Cédric intervint :
— Quand un garçon et une fille se disputent, c'est toujours le garçon qui demande pardon.
MarieClaude répondit imperturbable.
— C'est parce que neuf fois sur dix, c'est le garçon qui a tort et, s'il a raison, c'est tout à fait par hasard. Alors autant que ce soit toujours lui qui demande pardon. C'est plus simple.
Cédric se tourna en souriant vers ses beaux-parents.
— Le but du jeu est d'être encore plus de mauvaise foi que l'autre.
Valentin observa un peu désolé :
— De toute manière, si elle est fâchée, elle ne voudra plus me parler.
— Oh ! moi je suis sûre que si mon chéri ! allez ! Va vite te changer maintenant. Tu vas avoir froid.
— Oh ! moi je suis sûre que si mon chéri ! allez ! Va vite te changer maintenant. Tu vas avoir froid.
Valentin disparut dans la maison.
— Tu es certaine qu'elle reviendra le voir ?
Michèle répondit en riant.
— Cela fait plusieurs jours que je la vois roder par ici. Je l'ai même vue plusieurs fois essayer de regarder par-dessus la haie. Je pense qu'on la reverra.
Le lendemain, quand après s'être baigné dans la piscine, Valentin retourna se promener sur la route, il ne tarda pas à voir apparaître un vélo qui se dirigeait vers lui à toute allure. Le vélo pila devant lui et Sidonie manqua de s'étaler par terre. Elle était rouge comme une tomate et il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre sa respiration.
— Pourquoi t'as des cannes ?
Valentin sourit rassuré.
— C'est tout une histoire.
— C'est tout une histoire.
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