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Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Cybèle et pourtant — Chapitre 35

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unzeste85
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Cybèle et pourtant

Chapitre 35

Mauvais endroit, mauvais moment
— J'ai un mauvais pressentiment !
C'était la troisième fois que Golmem exprimait son inquiétude. Il le faisait régulièrement à chaque expédition au Sud Soudan. Il n'était pas spécialement peureux, mais il était de nature pessimiste. Sophie haussa les épaules avec insouciance. Depuis plusieurs mois elle vivait sur un petit nuage. Bien sûr les expéditions n'étaient pas sans risque, mais la contrée était plutôt calme en ce moment. Les affrontements entre factions rivales s'étaient déplacés vers l'Est. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle Marc avait accepté de la laisser aller seule, accompagnée de Golmem qui faisait fonction de chauffeur et de garde du corps, pour récupérer un enfant ou un vieillard qu'on voulait leur confier. Marc avait été très réticent, mais elle avait réussi à le convaincre de la laisser y aller sans lui. Il faut dire qu'il était surchargé de travail depuis qu'il avait accepté de nouvelles responsabilités au sein de Caritas, ce qui lui imposait de nombreux déplacements à N'Djamena.
Comme Sophie était la seule à qui il faisait confiance pour le remplacer dans les expéditions au Soudan du Sud, il avait bien été obligé d'accepter la proposition de cette dernière. Ses relations avec Sophie étaient au beau fixe. Il lui faisait la confiance la plus totale depuis qu'elle avait réussi, à force de patience et d'amour, à ramener Leila dans le monde des vivants. Leila ! L'adorable bout de chou qu'elle adorait et qui le lui rendait bien. Il lui semblait qu'elle ne l'aimerait pas plus si elle en avait été elle-même la génitrice. La petite fille était maintenant presque totalement tirée d'affaire. Elle avait fait des progrès spectaculaires en français. Elle ne possédait pas encore un vocabulaire très étendu, mais utilisait avec aisance celui qu'elle connaissait. De toute façon, elle n'avait pas encore six ans. Il n'y avait donc pas péril en la demeure.
Voyant les progrès de Leila, certains membres de l'équipe avaient suggéré qu'elle aurait peut-être intérêt à retourner avec les autres enfants. Sophie, complètement paniquée à l'idée d'être séparée de la petite, se préparait à se battre pour la garder avec elle quand Marc intervint avec autorité :
— Il n'est pas question de retirer Leila de la garde de Sophie. La petite est encore très fragile. Elle fait encore des cauchemars la nuit. Elle aura encore longtemps besoin de Sophie. De toute manière, c'est Sophie qui décidera elle-même si et quand Leila possèdera assez d'autonomie pour se passer d'elle.
— Cela risque de durer très longtemps !
— Cela durera ce que cela durera ! Je refuse de les séparer.
Sophie lui aurait bien sauté au cou pour l'embrasser mais elle se retint et se contenta de regarder d'un air reconnaissant et affectueux cet homme qu'elle avait détesté d'emblée et que maintenant elle appréciait de plus en plus. Elle se demandait néanmoins pour quelles raisons Marc semblait attacher autant d'importance à la relation qui existait entre elle et l'enfant. Lorsque Marc vit le regard de Sophie posé sur lui, il plongea le nez dans son assiette en rougissant légèrement.
— Tu sais, Golmem, tu ne devrais pas t'inquiéter. Le coin est tranquille depuis pas mal de temps.
— Justement ! ils vont finir par revenir un jour.
— Quel pessimiste tu fais.
Elle avait de l'affection pour Golmem et c'était réciproque. Il était très dévoué. Il ne faisait pas partie des « Enfants de Teresa » mais leur était prêté à l'occasion par les missionnaires pour lesquels il travaillait. Durant les trajets, ils devisaient tous les deux simplement. Il racontait le Tchad et elle lui parlait de la vie en France.
— C'est certainement bien moins dangereux de rouler ici que sur une route en France. On a sûrement beaucoup moins de chances de sauter sur une mine au Tchad que de se faire emboutir par un chauffard là-bas.
Golmem éclata de rire :
— On voit que tu n'as jamais vu les voitures et les camions circuler à N'Djamena !
— Les gens conduisent si mal que ça ?
— Pour eux, conduire consiste à écraser l'accélérateur et à donner de violents coups de volants pour tourner ou pour éviter le gars qui vient en face. Le pire, c'est aux croisements : ils ont une idée bien arrêtée sur les questions de priorité : c'est leur véhicule qui a la priorité, même si c'est le convoi présidentiel qui passe.
— Et alors ?
— Parfois, ils arrivent à s'éviter, parfois non. Dans le deuxième cas, s'ils sont encore en vie, ils descendent de leurs véhicules et se battent en plein milieu du carrefour. Ça sert de constat à l'amiable.
Sophie éclata de rire. Golmem avait beaucoup d'humour. Cette discussion avait changé les idées de son compagnon de route qui continua à bavarder d'un ton léger.
Brusquement, un bruit épouvantable vint interrompre la conversation. Le véhicule fut projeté en l'air et retomba plus loin sur la route où il se mit à faire d'interminables tonneaux. Sophie essaya de s'accrocher à quelque chose mais elle fut projetée d'un bout à l'autre de la cabine comme une poupée de chiffons. Au moment où le véhicule s'immobilisait enfin après un dernier tonneau, elle sentit une douleur atroce lui déchirer l'abdomen. Avant de sombrer dans le néant, elle eut juste le temps d'avoir une dernière pensée : Leila ! mon amour !
A l'hôpital
— Dieu ! que j'ai mal ! qu'est ce qui m'arrive ? pourquoi je ne peux pas bouger ? Pourquoi j'ai si mal ? ou suis-je ?
Sophie essaya d'ouvrir un œil, mais le referma précipitamment, blessée par la lumière agressive. Elle essaya de le rouvrir lentement pour lui permettre de se réaccoutumer à la lumière, en faisant de nombreuses pauses. Lorsqu'elle l'eut ouvert complètement et réussi à le garder ainsi, elle fit de même avec le second. Elle entreprit alors d'analyser sa situation : Elle était dans une pièce qui semblait être une chambre d'hôpital. Cela voulait dire qu'elle était vivante et qu'elle y voyait des deux yeux. Elle essaya de bouger une jambe, puis l'autre, puis ses bras et s'aperçut qu'elle était attachée. Des aiguilles étaient fixées dans le creux de ses deux coudes et y amenaient des liquides contenus dans des sacs en plastique suspendus à côté du lit. Elle baissa les yeux pour regarder son ventre qui lui faisait si mal. Elle ne vit pas grand-chose en dehors de tuyaux qui semblaient en sortir. Grand Dieu ! Que lui était-il arrivé ? Il fallait qu'on vienne ! Qu'on lui explique !
Elle essaya d'appeler mais aucun son ne put sortir de sa bouche. Quelque chose obstruait cette dernière ainsi d'ailleurs que ses narines. Elle sentit la panique l'envahir. Elle allait mourir étouffée. Puis elle se calma. Si elle avait dû mourir étouffée cela se serait produit depuis longtemps. Et puis, les hôpitaux ne font pas mourir leurs patients étouffés comme ça. Elle comprit qu'elle avait été tubée, sans doute pour pouvoir respirer et aussi être nourrie. Elle fut rassurée sur ce point-là. On s'occupait d'elle. Mais cela ne lui disait pas ce qui lui était arrivé. Ah si ! Elle se souvenait ! Elle était dans sa baignoire et prenait un bain quand elle avait fait un malaise. Elle n'aurait pas dû prendre cette deuxième dose d'héroïne. C'était sûrement ça ! Mais c'était bizarre tout de même ! Quand on fait une overdose on ne vous met pas des tuyaux dans le ventre. Ce devait être autre chose.
Brutalement, le visage d'une petite fille s'imposa à ses pensées et elle se souvint de tout. Leila ! Leila ! Où es-tu mon amour ? Et un torrent de larmes inonda son visage. Quelque instants plus tard, une jeune femme en blouse blanche entra dans la pièce et s'approcha du lit.
— Tout va bien. Vous êtes tirée d'affaire. Il faut vous reposer.
Puis, l'air un peu soucieux elle appela quelqu'un au téléphone.
— Docteur ? Elle s'est effectivement réveillée. Oui, les constantes sont satisfaisantes. Tout semble s'être bien amélioré. Il y a juste que… elle pleure ! Je crois que c'est de chagrin… Oui, naturellement ! Je m'en occupe tout de suite.
Elle sortit de la pièce et revint quelques instants après avec une seringue.
— Vous êtes sortie du coma ce qui est très bien. Cependant, vous allez avoir une période difficile à cause du choc du réveil. Je vais vous administrer un sédatif qui va vous faire dormir. Rassurez-vous, nous ne vous ferons pas dormir vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais il va falloir que vous soyez très patiente. Vous avez failli mourir et vous êtes restée dans le coma presque trois semaines.
Sophie la regarda piquer la seringue dans le goutte-à-goutte et y injecter son contenu. Elle ne demandait que ça : Dormir pour ne pas penser à son chagrin. Quelques secondes plus tard, elle était endormie.
Le lendemain, à son réveil, elle eut la surprise de constater qu'elle avait un visiteur. Le père Dominique ou plutôt Dominique, ainsi qu'il exigeait qu'on l'appelle, était assis à côté d'elle et priait en fermant les yeux. Lorsqu'il eut terminé sa prière, il se tourna vers elle et constata qu'elle s'était réveillée. Alors il se pencha vers elle et lui fit un baiser sur le front.
— Bonjour, ma chère enfant. Tu nous as causé à tous bien des frayeurs. Mais je suis sûr que ton état va s'améliorer petit à petit, même s'il te faudra t'armer de patience.
Elle le regarda avec étonnement. Il était donc à N'Djamena ?
Il la laissa se réveiller complètement et enchaina :
— Je sais que tu ne peux pas parler alors je vais t'indiquer un code très simple afin que nous puissions échanger. Pour dire « oui », cligne plusieurs fois des yeux rapidement. Pour dire « non », ferme les pendant quelques secondes. Si tu as besoin de quelque chose, tu écarquille les yeux plusieurs secondes. Si tu en as marre que je parle, tu fermes les yeux en comptant lentement jusqu'à vingt. Dis-moi « oui » si tu as compris.
Sophie cligna rapidement des yeux pour indiquer qu'elle avait compris.
— Désires-tu que je te parle ?
— Oui.
— Sais-tu ce qui t'est arrivé ?
— Non.
— Veux-tu que je t'en parle ?
— Oui.
— Comme un convoi de l'armée tchadienne devait emprunter l'itinéraire que vous suiviez, des rebelles, tchadiens sans doute, avaient posé des mines sur la route. Malheureusement pour vous, vous êtes passés juste avant le convoi et vous avez sauté sur une mine. Ton chauffeur, Golmen je crois, a été tué sur le coup. Quant à toi, en dehors de nombreuses ecchymoses, tu as eu l'abdomen transpercé par le levier de vitesse sur lequel tu t'es empalée. Tu aurais dû normalement en mourir, mais le convoi tchadien est arrivé quelques minutes plus tard. Ils ont immédiatement prévenu l'armée française qui disposait par chance d'un hélicoptère médicalisé et qui t'a transportée d'urgence à N'Djamena. Là, ils ont réussi à stabiliser ton état et tu as été ramenée en France par avion spécial. Tu te trouves à l'hôpital Purpan de Toulouse. Il paraît qu'ils ont fait des miracles. En tout cas tu es apparemment sauvée. Bien entendu l'équipe de Marc a été prévenue de ce qui s'était passé et tout le monde là-bas est effondré.
En entendant parler de l'équipe, Sophie ne put empêcher l'image de Leila s'imposer de nouveau à elle et elle se remit à pleurer. Dominique la regarda bouleversé.
— Tu as mal ?
— Oui.
— J'appelle une infirmière.
— Non !
— Tu ne pleures pas d'avoir mal ?
— Non.
— Tu veux que j'essaye de deviner ?
— Oui.
— Tu as du chagrin ?
— Oui.
— C'est à cause de tes parents ?
— Non.
— C'est à cause de quelqu'un d'autre ?
— Oui.
— En France ?
— Non.
— Au Tchad ?
— Oui.
— C'est quelqu'un qui est au camp des « Enfants de Teresa » ?
— Oui.
— Un membre de l'équipe ?
— Non.
— Un religieux ?
— Non.
— Quelqu'un dont tu t'occupes ?
— Oui !
— Un enfant ?
— Oui ! Oui ! Oui ! (Elle avait cligné frénétiquement des yeux).
— C'est un enfant auquel tu es particulièrement attachée ?
— Oui ! Oui ! Oui !
— Tu voudrais des nouvelles ?
— OUI ! Elle se mit à pleurer de plus belle.
— Après-demain je dois avoir un contact avec Marc. Je te promets de lui demander des nouvelles de l'enfant. Je t'en apporterai le lendemain, si tu veux.
— OUI ! Elle le regarda d'un air suppliant.
— En attendant, je vais prier pour vous deux, afin que Dieu vous réunisse à nouveau.
Après le départ de Dominique, Sophie prit une résolution. Elle allait être une patiente modèle et faire tout ce qu'on attendrait d'elle. Mais dès qu'elle serait sur pieds, elle retournerait là-bas. Elle ne resterait pas une seconde de plus que nécessaire loin de son enfant. En attendant cet instant, elle aussi allait prier ; prier pour Leila, pour la mémoire de Golmem, pour les vieillards et les enfants du camp, pour toute l'équipe et pour Marc ; Marc qui saurait protéger son enfant jusqu'à son retour. Une forme de sérénité remplaça son chagrin. On ne pouvait rien contre la fatalité. Il était plus utile de penser à l'avenir que de s'appesantir sur le présent. Elle, elle avait un avenir, Golmem, lui, n'en avait plus. Cette sérénité retrouvée permit à son état de s'améliorer suffisamment pour qu'on lui enlève rapidement les tubes qu'on lui avait placés dans les narines et dans la bouche. On lui détacha aussi les bras. Tout ceci lui donna une impression de résurrection.
Au début, elle eut un peu de mal à parler, mais elle s'entraina et se mit même à chanter. Les infirmières, ravies, l'encouragèrent vivement à continuer. Il est bien connu que le moral du patient a une influence importante sur l'évolution de son état. Lorsque Dominique vint lui rendre de nouveau visite, comme promis, il la surprit en train de chanter. Elle l'accueillit avec un grand sourire.
— Bonjour Dominique ! C'est très gentil de prendre de ton temps pour passer me voir. Je sais que tu es quelqu'un de très occupé.
— Je t'avais promis que je viendrais. Mais je ne m'attendais pas à te trouver comme ça. Ton moral a l'air de s'être considérablement amélioré.
— Oui. J'ai décidé que l'avenir est plus important que le présent. Me lamenter sur ma situation ne sert à rien. Mais, dis-moi, as-tu pu avoir des nouvelles de la petite fille pour laquelle je me fais du souci ?
Il toussota.
— Elle va bien.
— C'est tout ?
— Elle est en bonne santé. Ne t'en fais pas.
— Ne tourne pas autour du pot. C'est de son moral que je te parle. Comment prend-elle mon absence ?
— Eh bien, elle n'a pas très bien réagi.
— C'est-à-dire ?
— Elle semble avoir un peu régressé.
— Allez ! Accouche ! Si tu espères me ménager en restant dans le vague, tu fais exactement le contraire.
— Bon d'accord ! Son moral ne va pas bien du tout. Elle a de nouveau complètement arrêté de parler. Le matin, elle campe à l'entrée de la maison des vieillards et elle t'attend. L'après-midi, elle va regarder jouer les autres enfants, mais ne participe plus aux jeux. La seule personne dont elle accepte la présence est Marc. Il fait tout ce qu'il peut pour s'occuper d'elle. Il l'a prise avec lui la nuit. Mais il n'arrive pas à lui tirer le moindre mot. Quand il la prend sur ses genoux, elle se contente de se blottir contre lui et pleure en silence.
Sophie fut bouleversée par ces nouvelles et sentit qu'elle allait se remettre à pleurer. Alors, elle se souvint de la résolution qu'elle avait prise. Ce n'était pas en pleurant qu'elle résoudrait son problème. Elle respira profondément plusieurs fois pour lutter contre la tension qui l'habitait.
— Très bien ! Plus vite je me rétablirai, plus vite je pourrai retourner m'occuper de mon enfant.
— Ton enfant ?
— Mon enfant !
Retour au Tchad
— Nous venons d'atterrir à l'aéroport de N'Djamena. Il est quatre heures et la température extérieure est de vingt-trois degrés. La compagnie Royal air Maroc vous souhaite un excellent séjour.
Enfin ! Elle était de retour. Sa convalescence avait été interminable, mais ça y était. Elle allait pouvoir reprendre son travail, s'occuper des vieillards, faire jouer les enfants, et surtout, surtout, retrouver son amour, sa petite Leila adorée. Elle en était certaine, son retour effacerait les problèmes que son absence avait déclenchés chez la petite fille. Et puis, très égoïstement, elle avait besoin de Leila. Elle tremblait d'émotion rien que de penser qu'elle allait de nouveau pouvoir la prendre dans ses bras, la tenir contre elle toute la nuit en s'enivrant de son odeur et du souffle de sa respiration contre son cou. Dieu sait si elle avait fait preuve de patience pendant ces trois longs mois. Elle avait fait l'admiration des infirmières par le sérieux qu'elle mettait à suivre leurs instructions et les avait conquises grâce à sa gentillesse et à ses chansons.
Elle n'avait pas vu une seule fois ses parents ni son prétendu fiancé et, apparemment, ils n'avaient pas pris de nouvelles, mais cela ne lui avait pas manqué du tout. Elle ne tenait pas à ce qu'ils prennent des nouvelles, car malgré ses instructions, une infirmière aurait risqué de faire une gaffe et de leur confier que leur fille, à cause de son accident, ne pourrait jamais avoir d'enfant. Elle aurait alors perdu tout intérêt pour eux et ils auraient été alors capables de lui couper les vivres. Or elle avait encore besoin de leur argent pour le donner aux « Enfants de Teresa ». Ces derniers l'auraient sans doute gardée, même sans sa contribution financière, mais elle tenait à respecter ses engagements et ils avaient besoin d'argent. Lorsqu'elle avait téléphoné à ses parents pour leur annoncer qu'elle repartait pour le Tchad, sa mère s'était contentée de lui rappeler qu'elle devrait rentrer après deux années de service pour se marier.
Elle avait été soutenue pendant toute sa convalescence par Dominique qui passait régulièrement bavarder et prier avec elle. Elle avait aussi fait prévenir ses deux amies de son état et celles-ci étaient, elles aussi, passées régulièrement la voir. Armelle venait la voir le samedi quand elle pouvait, mais son activité professionnelle l'occupait beaucoup pendant la semaine et Philippe et elle, n'avaient pas trop du week-end pour s'occuper de leur intérieur et de leur premier enfant. MarieClaude, par contre, passait la voir plusieurs fois par semaine. Parfois elle venait seule, mais le plus souvent elle venait avec ses deux jumeaux. Elle faisait preuve à son égard d'une tendresse qui la bouleversait d'autant plus qu'elle-même n'avait pas été très gentille à une époque. MarieClaude priait aussi avec elle et avec Dominique lorsque, par hasard, leurs visites coïncidaient. Tous ces soutiens affectueux et attentionnés l'avaient grandement aidée.
Elle n'avait cependant jamais parlé de Leila car cette dernière était pour elle un bijou qu'elle gardait en secret dans l'écrin de son cœur.
Il était pourtant grand temps que tout cela se termine. Mais, justement, c'était terminé et l'avenir lui paraissait à cet instant des plus radieux. Elle se dirigea vers la sortie. Elle allait encore devoir attendre plusieurs heures avant qu'on vienne la chercher. Elle s'efforcerait de dormir un peu malgré les insectes qui, comme la première fois, infestaient les lieux. Mais quand elle pénétra dans le hall des arrivées, elle entendit un hurlement :
— Maman ! Maman !
Elle se tourna bouleversée dans la direction d'où venait le hurlement et aperçut une petite fille qui courait vers elle comme une folle. Elle ne put faire un pas de plus et tomba à genoux en hurlant à son tour :
— Leila !
La petite fille se jeta dans ses bras et couvrit de baisers son visage ruisselant de larmes. Leila la regardait d'un air extasié ne sachant que répéter sans arrêt avec passion : « Maman ! Maman ! », tandis qu'elle-même, entre deux hoquets, lui répondait en la serrant dans ses bras de toutes ses forces « Mon amour ! Mon amour ! ». Elle était bouleversée de tenir dans ses bras son enfant, bouleversée aussi parce que celle-ci s'était remise spontanément à parler, bouleversée enfin car Leila l'appelait « Maman ». Sentant une présence auprès d'elles, elle leva les yeux et aperçut Marc qui se dandinait en la regardant d'un air ému. C'était lui qui était venu la chercher et il avait emmené Leila avec lui. Elle se releva et, Leila accrochée à son cou, elle déposa un baiser sur la joue de cet homme de trente-quatre ans qui rougit comme un gamin.
— J'ai pensé que tu aurais hâte de la voir.
— Je te remercie pour l'immense joie que tu viens de me causer. C'est le plus merveilleux cadeau de bienvenue dont j'aurais pu rêver.
— Tu m'as manqué, tu sais… enfin, je veux dire tu nous as manqué à tous.
— Eh bien, je crois bien que tu m'as un peu manqué toi aussi. Je veux dire, naturellement, vous m'avez tous manqué.
Marc devint de nouveau rouge comme une pivoine et, s'efforçant de garder un ton naturel, il remarqua :
— Tu as remarqué que Leila s'est remise à parler dès qu'elle t'a vue ?
— Oui, et aussi que ses premiers mots ont été « Maman ».
— C'est vrai ! C'est toi, maintenant, sa maman.
Il eut du mal à terminer sa phrase tant il paraissait ému. Sa voix s'étrangla et Sophie crut bien qu'il allait se mettre à pleurer.
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unzeste85
22 novembre 2025 à 08:23
Vous n'êtes pas très loin et les paris sont ouverts.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Monplaisir71
Monplaisir71
21 novembre 2025 à 18:47
Comment ne pas avoir l'œil mouillé à la fin de cette épisode. Sophie et Leila sont désormais fusionnelles. Je verrai bien un mariage Sophie et Marc avec pour témoin Marie-Claude et Leila en demoiselle d'honneur.
C'est à chaque épisode un vrai bonheur de lecture...
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de OlivX
OlivX
21 novembre 2025 à 11:17
Episode émouvant, le lien entre Sophie et Leila est definitivement celui d'une mère et de sa petite fille, d'autant plus que suite à son accident Sophie ne pourra jamais enfanter.
On se demande combien de temps il va encore falloir attendre avant que Marc ne lui avoue ses sentiments, car il y a peu de doute sur le fait qu'il en soit tombé amoureux.
Soyez respectueux
Répondre

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