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Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Cybèle et pourtant — Chapitre 20

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unzeste85
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Cybèle et pourtant

Chapitre 20

Retour à Condom
Le mardi matin, Cédric et MarieClaude reprirent l'avion pour Toulouse. Ils atterrirent à l'aérodrome de Blagnac un peu avant dix heures. Après avoir récupéré les bagages, Cédric laissa MarieClaude dans le Hall d'arrivée de l'aérogare et rejoignit le parking où il avait garé son Audi à l'aller. Il était un peu inquiet, se demandant dans quel état il allait la retrouver mais manifestement personne n'avait touché au véhicule. La somme à payer à la sortie était rondelette mais, fort heureusement, il disposait d'une carte d'abonnement fournie par Airbus. Ils se rendirent d'abord chez eux où ils déposèrent rapidement la valise contenant les tableaux et récupérèrent la tenue que Cédric devait mettre pour le mariage d'Armelle puis ils repartirent immédiatement pour se rendre directement à Condom.
Michèle commençait à s'impatienter. Elle avait hâte de revoir sa fille et se demandait avec anxiété si son séjour s'était bien passé. MarieClaude lui avait bien téléphoné deux fois pendant son séjour à Èze et lui avait dit que tout allait bien, mais elle les avait tellement habitués, par le passé, à cacher ses soucis que sa mère attendait de la voir avant d'être rassurée. Vers midi, enfin, le portail s'ouvrit et l'Audi pénétra dans la propriété avant d'aller se ranger à l'emplacement habituel. Cédric en sortit et alla ouvrir la portière de droite afin de permettre à une élégante jeune femme de sortir. Il alla ensuite décharger les bagages tout en conversant avec celle-ci. L'anxiété de Michèle redoubla. La jeune femme était probablement Sophie, mais où se trouvait donc MarieClaude ? Elle essaya de voir si elle était à l'arrière mais il n'y avait personne d'autre. MarieClaude avait-elle encore eu un accident ? A ce moment-là l'élégante jeune femme se retourna et lui fit de grands signes.
— Maman !
MarieClaude se dirigea vers sa mère en riant de joie et la serra tendrement dans ses bras. Celle-ci la laissa faire quelques instants puis se recula pour la contempler. MarieClaude s'était complètement transformée en l'espace d'une quinzaine de jours. Sa jolie coiffure, son maquillage, ses ongles vernis et sa tenue élégante la mettaient admirablement en valeur. Mais le plus frappant, c'était la gamine amoureuse et encore étonnée d'un bonheur auquel elle ne s'attendait pas et qui s'était transformée en une jeune femme épanouie et sûre d'elle. Quinze jours plus tôt, c'est Michèle qui aurait serré sa fille dans ses bras, pas le contraire. Voyant le regard étonné et admiratif de sa mère, MarieClaude tourna complaisamment sur elle-même.
— Alors ? Qu'en penses-tu ? Ça me va bien non ?
— Merveilleusement bien ma chérie, mais tu aurais dû me prévenir. Quand tu es sortie de la voiture, je ne t'ai pas reconnue ; j'ai cru que c'était quelqu'un d'autre et que tu avais eu encore un accident.
— J'ai voulu te faire une surprise. Et puis je n'allais pas te téléphoner pour te dire « Ne t'inquiète pas mais je suis devenue plus jolie ».
Cédric s'approcha à son tour et embrassa Michèle.
— C'est toi qui lui a offert tout ça ?
— Non ! C'est ma sœur ainée Catherine qui lui a offert comme cadeau de fiançailles.
— Ta sœur est très généreuse.
MarieClaude intervint.
— Attention ! il n'y a pas que ça ! Elle m'a offert aussi un deuxième chemisier, une jupe taille haute comme le pantalon et une adorable robe que je mettrai pour le mariage d'Armelle. Je la mettrai aussi pour notre mariage civil.
— Ah non ! Pour ton mariage civil, c'est nous qui t'achetons un ensemble. Cédric va nous amener à Toulouse et on ira te commander ton ensemble et ta robe de mariée. Rassure-toi, c'est toi qui choisiras ce que tu voudras.
— D'accord ! Ah oui, j'oubliais ! Catherine va avoir un second bébé et c'est moi qui serai la marraine.
— Si je comprends bien, ton séjour s'est bien passé.
— Merveilleusement bien ! Ils sont tous adorables. Ils m'ont reçue comme si j'étais leur fille. (Elle réfléchit un instant) Mais c'est toi ma maman.
Michèle et Cédric rirent de bon cœur.
— Rassure-toi, je ne suis pas jalouse. Je suis ravie que tes futurs beaux-parents t'aiment. Ce sont des choses très importantes pour l'équilibre d'un couple. Mais entrez vite. Ton papa ne va pas tarder. Je vous ai préparé un bon repas pour fêter votre retour. Benoît ! Ta sœur est arrivée !
Benoît dévala les escaliers et s'arrêta interdit en apercevant MarieClaude, puis il émit un sifflement flatteur.
— Dis donc ! Tu es un vrai canon comme ça ! Si mes copains te voient, ils vont avoir la langue qui traine par terre.
— Benoît, tu pourrais être un peu moins vulgaire, s'il te plait ?
— Pardon maman ! Mais elle est vachement jolie comme ça.
MarieClaude était ravie de l'impression qu'elle faisait. Elle avait hâte toutefois de vérifier cette impression auprès de personnes étrangères car il y avait une bonne dose de subjectivité dans les réactions de ceux qui l'aimaient. Bientôt ils entendirent arriver la voiture de Roger Roussel. Ce dernier arriva à grands pas. Quand il aperçut MarieClaude, il ne lui laissa même pas le temps de lui dire bonjour. Il la prit dans ses bras et la souleva de terre pour la faire tournoyer dans les airs en disant :
— Qui c'est la fifille à son papa ? C'est MarieClaude ! C'est mon petit bout de chou !
Puis il la reposa par terre, lui fit deux énormes baisers sur la joue et, l'écartant un peu de lui, il la regarda d'un œil critique.
— Tu as plutôt bonne mine. Mais tu n'es pas assez grosse, il faut que tu prennes des Kilos sinon ton mari va s'estimer volé sur la marchandise. Tiens ! Prends exemple sur ta mère. Voilà une femme qui a ce qu'il faut là où il faut.
Ils s'esclaffèrent tous les quatre. Roger les regarda étonné.
— Il y a quelque chose que je devrais savoir ?
— Tu ne remarques pas de changement chez ta fille ?
Il regarda MarieClaude avec attention.
— Ben heu… Tu as bronzé. Ah oui ! Très jolie ta nouvelle canne !
Michèle prit un air indulgent.
— Allez ! Viens manger.
Ils s'assirent tous autour de la table. Roger regardait avec satisfaction sa famille attablée autour de lui. Il n'était jamais aussi heureux que quand il était entouré de son petit monde. Son regard s'attarda sur chacun. Brusquement il regarda MarieClaude d'un air songeur.
— C'est bizarre, il y a quelque chose qui a changé chez elle, mais je n'arrive pas à voir quoi.
Michèle lui répondit d'un air dégouté :
— Elle a changé de coiffure, elle est maquillée, et elle a des vêtements à la dernière mode. Voilà ce qui a changé.
Roger regarda sa fille.
— Ah oui ! Je me disais bien. De toute façon, c'est toujours MarieClaude hein ?
Et il se remit à manger tranquillement. Benoît glissa à Cédric :
— On dit que l'amour est aveugle, mais l'amour paternel, je ne te dis pas.
A la fin du repas, ils se rendirent sur la terrasse pour prendre le café comme d'habitude.
— Alors les jeunes ! Vous avez prévu quelque chose pour cet après-midi ?
Cédric s'étira.
— Pour commencer, on va faire une bonne sieste au bord de la piscine. Ensuite on fera… pas grand-chose et après on se reposera.
— Ça va vous épuiser. Soyez prudents.
— En fait, comme c'était notre dernière soirée à Èze, on s'est couchés assez tard. Ce matin, il a fallu qu'on se lève à cinq heures pour être à six heures à l'aéroport.
MarieClaude était heureuse de se retrouver avec Cédric à Condom. Elle avait énormément apprécié son séjour à Èze mais maintenant la maison de ses parents lui convenait parfaitement. Ce qui la tracassait néanmoins, c'était le fait de ne pas bouger. Certes la villa avec sa terrasse et sa piscine était très agréable à vivre, mais elle avait énormément apprécié les sorties faites pour le piquenique et pour aller à Grasse puis à Monaco. Elle avait très envie de faire des sorties de ce genre. En plus, elle avait envie de se montrer maintenant que, grâce à Catherine, elle avait un aspect plaisant. Elle décida d'en parler à Cédric.
— Tu sais ce que j'aimerais ?
— Non ! Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
— Eh bien, naturellement si ça te fait plaisir à toi aussi, j'aimerais que nous fassions un peu de tourisme dans la région.
— Tu as des idées précises ?
— Non, mais je pense qu'on pourrait se renseigner sur les sites qu'il serait intéressant de visiter.
— Tu as raison. Nous n'allons pas passer une dizaine de jours à ne rien faire. A Èze, même pour aller à la plage, il fallait sortir. La piscine, c'est très chouette, mais ça incite un peu trop à être casanier. Au lieu de ne rien faire après la sieste, on ira regarder sur internet quels sont les sites intéressants des environs.
Ils commencèrent donc par une bonne sieste puis Cédric alla chercher sa tablette et ils se mirent à explorer les diverses possibilités qui s'offraient à eux. Ils se mirent d'accord sur un programme réaliste permettant de voir une quantité de choses intéressantes sans être obligés d'aller au bout du monde. Ils allèrent ensuite nager ensemble dans la piscine. Ils attendirent le retour de Michèle qui avait décidé de travailler à mi-temps pendant qu'ils étaient là. Au retour de celle-ci, ils lui annoncèrent qu'ils seraient absents pour le repas de midi plusieurs jours.
— Et quel est votre programme ?
— Jeudi nous allons visiter le parc de la préhistoire à Tarascon sur Ariège ; lundi de la semaine prochaine nous visitons Cahors et Saint-Cirq-Lapopie. Le mercredi suivant nous irons à Lourdes et le vendredi suivant nous irons à Bordeaux visiter le musée des Beaux-Arts.
— Comme vous ne serez pas là j'en profiterai pour travailler la journée complète et en compensation je resterai à la maison demain, vendredi, ainsi que le mardi et le jeudi de la semaine prochaine. Je pourrais en profiter pour vous emmener ce vendredi passer la journée à Toulouse afin que nous puissions nous occuper des tenues de mariage. Vous pourrez en profiter pour me faire visiter votre logement.
— Certainement, mais il n'y a pas de provisions pour le repas de midi. Je vous emmènerai dans un petit restaurant où nous sommes déjà allés avec MarieClaude. Tu sais ma chérie, celui de la place Dupuy, le « Bistrot du matou ». Je pense que l'après-midi devrait vous suffire pour vos emplettes.
— Bien sûr ! Si on y est à quatorze heures, on devrait avoir fini avant dix-sept heures. Pour la robe de mariée, nous irons chez Elsa Gary Rue Peyras. C'est en centre-ville pas loin du musée des Augustins. Il y a pas mal de boutiques de vêtements pour femme dans le coin. MarieClaude n'aura que l'embarras du choix.
— J'en profiterai pour aller de mon côté acheter un costume pour le mariage civil. Pour le mariage religieux je pense plutôt louer un smoking, mais ce qui m'ennuie un peu, c'est qu'il faudra le rapporter après le mariage alors que nous partirons dès le lendemain en voyage de noces.
L'allusion au voyage de noces n'était pas tombée dans l'oreille d'une sourde.
— Ça y est ? Tu sais où on va ?
— Bien sûr que je sais où on va, mais toi tu ne le sauras pas. Ce sera une surprise.
— Te rends-tu compte que je vais passer un mois infernal à me poser la question ? Si ça se trouve, je serai tellement énervée que je n'arriverai pas à dormir et le jour du mariage, je tomberai malade et je ne pourrai pas y assister.
— Tu as raison de soulever ce point ma chérie. Je crois qu'il est peut-être inutile d'aller vendredi t'acheter ta robe de mariée et vos tenues pour le mariage civil.
— Si !!!!! on y va !
— Mais si tu ne peux pas te marier parce que tu ne sais pas où tu iras en voyage de noces…
— Finalement, je crois qu'avec de la volonté j'arriverai à surmonter mon martyre.
— Admirable ! Toutes mes félicitations !
— N'empêche que piquer la curiosité d'une femme sans la satisfaire relève du sadisme le plus pur.
— Ce que tu dis là c'est du sexisme.
— Non ! C'est si tu le disais toi que ce serait du sexisme. Chez moi c'est une forme de compliment.
MarieClaude et Cédric continuèrent à bavarder avec Michèle. Cédric aimait beaucoup Michèle. Le côté très maternel de celle-ci était extrêmement agréable et s'accordait bien avec son physique légèrement plantureux. Ce physique semblait d'ailleurs beaucoup plaire à Roger qui répétait sans arrêt qu'elle avait ce qu'il faut là où il faut. D'ailleurs il valait mieux, compte tenu du gabarit de ce dernier, qu'il ait une épouse robuste.
La dot
Quelques temps plus tard, ils virent arriver Roger. Lui aussi essayait de passer le plus de temps possible avec ses enfants, mais, chez lui, cela se traduisait par le fait qu'il n'arrivait pas à vingt heures. Il était avec Benoît. En effet, ce dernier profitait des vacances pour apprendre le métier sur le tas. Benoît monta dans sa chambre et Cédric resta seul avec Roger tandis que MarieClaude allait aider sa mère à préparer le repas du soir. Roger regarda Cédric d'un air sérieux.
— J'ai à te parler de choses importantes.
— Je suppose qu'il s'agit d'un sujet dont MarieClaude m'a parlé.
— Il s'agit de la dot de MarieClaude.
— Sa dot ?
— Bien sûr c'est normal. Benoît héritera un jour de l'entreprise. Il faudra que nous fassions un partage équitable entre nos deux enfants. La dot est donc une avance sur la part de MarieClaude.
— Tu sais, moi j'épouse MarieClaude sans dot.
— Ce n'est pas une raison pour la spolier et c'est maintenant plutôt que dans vingt ou trente ans que vous en aurez besoin. Alors voilà : MarieClaude va déjà disposer de cent mille euros grâce à divers placements faits en son nom et qui sont nets d'impôts. A cela va s'ajouter la somme de quatre cent mille euros au titre d'une avance sur son héritage. Cette somme sera grosso-modo taxable à vingt pour cent. Vous pourrez donc disposer d'une somme de quatre cent vingt mille euros nets d'impôts. Ça devrait vous permettre de vous acheter de quoi vous loger.
— Ah ça oui ! et même très bien. J'ai une capacité d'endettement de trois cent mille euros sur vingt ans qui augmentera car je suis en début de carrière. Ça fait environ sept cent mille euros. Ça nous permettra d'acheter tout de suite notre logement définitif au lieu de procéder en deux fois. Je connais un secteur de Toulouse où les prix permettent d'avoir des logements à des prix intéressants. C'est le secteur de la côte pavée. C'est là que MarieClaude louait sa chambre. Je vais commencer par là pour mes premières recherches.
— MarieClaude dispose d'un compte bancaire que j'ai ouvert en son nom. J'y verserai les Quatre cent mille Euros de sa dot d'ici votre mariage. Je te communiquerai d'autre part tous les documents nécessaires pour que vous puissiez disposer des cent mille Euros d'épargne. Disons qu'à partir de la mi-septembre vous disposerez de tous les fonds nécessaires.
Pendant que Roger et Cédric parlaient argent, Michèle et MarieClaude parlaient cuisine.
— Alors ! La maman de Cédric est une bonne cuisinière ?
— Disons qu'elle a quelques spécialités qu'elle fait très bien, mais en dehors de ça, elle fait une cuisine plutôt simple. Compte tenu du temps qu'il fait sur la côte d'azur, c'est d'ailleurs mieux comme ça.
— Qu'est-ce qu'elle a comme spécialité ?
— Le premier jour elle nous a fait par exemple un tian.
— C'est un joli nom. Qu'est-ce que c'est ?
— C'est un plat à base de courgettes, d'aubergines et de tomates.
— Ah oui ! Comme une ratatouille.
— Non ! C'est un plat qui se fait au four.
— Explique-moi.
— Eh bien, tu coupes tes légumes en rondelles et tu ranges les rondelles debout dans un plat qui va au four. Tu assaisonnes avec du sel, du poivre et des herbes de Provence, tu arrose d'un filet d'huile d'olives et tu enfournes une trentaine de minutes. C'est très bon car les légumes sont un peu confits.
— Ça n'a pas l'air compliqué.
— En fait, le tian est une base autour de laquelle de nombreuses variations sont possibles. Par exemple, on peut intercaler des tranches fines de jambon blanc entre les légumes. Moi, je leur ai fait un tian sur un lit de jambon : J'avais acheté deux tranches de jambon épaisses que j'avais mises au fond du plat. Ils ont beaucoup apprécié.
— Tu as fait la cuisine ?
— Oui ! La maman de Cédric doit beaucoup s'occuper de sa boutique car on est en pleine saison. Alors, j'ai décidé que je pouvais bien l'aider. Et puis, tu sais, j'aime bien faire la cuisine.
— En tout cas, il faudra que je fasse un tian un jour. Je trouve très intéressante l'idée d'une base qui sert à composer une variété de plats.
Le lendemain matin, MarieClaude et Cédric profitèrent d'une matinée particulièrement chaude pour utiliser la piscine. Ils nagèrent longuement ensemble et retournèrent plusieurs fois dans l'eau après s'être fait sécher au soleil. Contrairement à la terre ferme, MarieClaude était très à l'aise dans l'eau. Sa jambe gauche la gênait pour nager la brasse, mais elle pratiquait le dos et la nage libre avec un très bon style. Elle ne nageait pas très rapidement, mais cela n'avait guère d'importance.
Pendant ce temps, Michèle s'affairait dans sa cuisine. A midi, les deux jeunes gens montèrent se rhabiller puis attendirent le retour de Roger et de Benoît. Quand tout le monde fut là, ils se mirent à Table.
— Aujourd'hui, je vous ai fait une spécialité provençale : Un tian ! annonça Michèle triomphante. C'est MarieClaude qui m'a ramené la recette d'Èze. Vous allez m'en dire des nouvelles !
Elle repartit dans sa cuisine et revint avec ce qui ressemblait plutôt à un pâté en croute. MarieClaude lui demanda un peu étonnée :
— C'est un tian ?
— Oui ! C'est un tian en croute. J'ai fait comme tu m'as dit, mais j'ai remplacé le jambon par des lardons et l'huile d'olives par de la graisse d'oie. Ça aura plus de goût. Mais c'est un tian : C'est fait au four.
Elle servit tout le monde. C'était naturellement très bon, mais ça n'était évidemment pas un tian. Benoît et Roger goûtèrent gravement le plat sous le regard anxieux de Michèle.
— C'est très bon, ma chérie, très bon. Peut-être un peu léger, mais très bon.
— Oui, maman papa a raison. C'est très bon. Tu sais ce qui serait bien la prochaine fois que tu nous en feras un ? Ça serait de rajouter une béchamel bien relevée avec peut-être des petits champignons. J'aime bien la béchamel avec des petits champignons.
Cédric et MarieClaude se regardèrent écœurés. Aucune chance pour que Michèle fasse un jour une cuisine légère. Il faudrait qu'ils compensent en mangeant très léger quand ils ne seraient pas à Condom. Après le café, ils retournèrent faire la sieste sur la terrasse.
— Ton papa m'a parlé de ce qu'il allait te donner à l'occasion de ton mariage. Cela devrait nous permettre d'acheter une grande maison du côté de la côte pavée.
— C'est où ?
— C'est le quartier où tu habitais. Qu'est-ce que tu en penses ?
— Je ne sais pas, c'est toi qui sais pour toutes ces choses. Alors, c'est à toi de dire ce qu'il faut faire.
— Je pensais acheter une maison de sept pièces avec un jardin.
— Ça fait beaucoup de pièces non ?
— Pas tant que ça. Un séjour double, ça fait déjà deux pièces. Tu rajoutes une chambre pour les parents, trois chambres d'enfants et un atelier de peinture pour toi.
— Trois chambres d'enfants ?
— J'aimerai bien avoir trois enfants, mais si on en a moins, ça fera une chambre d'amis.
— Moi, trois ou quatre enfants, ça me va bien. Comme je peindrai à la maison, ça me permettra de m'occuper de ma petite famille.
— Au fait. Tu parles l'allemand ?
— Assez bien je crois.
— Tu parles combien de langues ?
— Le français, l'anglais et l'allemand. Mais je comprends aussi assez bien l'espagnol. Pourquoi ?
— J'ai un très bon ami à Hambourg. Il s'appelle Helmut Messener et parle très bien le français. Par contre sa femme Gisela le parle très mal. Je comptais les inviter tous les deux à notre mariage, mais j'aimerais que Gisela ne soit pas trop isolée.
— Benoît aussi parle un peu l'allemand ainsi qu'Armelle. La femme de ton ami ne sera pas isolée.
— Je lui téléphonerai en fin d'après-midi pour les inviter. S'ils peuvent venir, je demanderai à Helmut d'être mon témoin avec Philippe. J'espère que Benoît ne se formalisera pas.
— Benoît sait qu'il sera le parrain de notre premier enfant, donc il ne se formalisera pas.
— Je pense à une chose. Il n'y a que deux témoins qui signent, mais on peut en prendre plus de deux. Ce qui pourrait être sympathique, ce serait que tu prennes Benoît comme troisième témoin et moi Catherine.
— Oui ! c'est une bonne idée. Même s'ils ne signent pas, ça a un sens.
Vers dix-huit heures, Cédric appela Helmut.
— Tu vas bien Helmut ?
— Très bien ! Tu es en vacances ?
— Oui ! Jusqu'au dix-huit ! Et toi ?
— Moi, je serai en vacances début septembre.
— Tu vas quelque part ?
— Nous partons une semaine le treize. Pourquoi ?
— Tu sais, la jeune fille dont je t'avais parlé ?
— Oui, je m'en souviens. Ça y est, tu t'es déclaré ?
— Non seulement je me suis déclaré, mais on se marie le six septembre.
— Félicitations ! Je suis content pour toi.
— Je souhaiterais vous inviter au mariage et te demander d'être un de mes témoins.
— J'en suis très honoré ! Je suis sûr que Gisela sera d'accord, mais je vais tout de suite le lui demander. Ne quitte pas.
Quelques instants plus tard, Helmut reprit le téléphone.
— Gisela est très contente. Mais elle parle très mal le français. Elle vous demande de lui pardonner.
— Dis-lui de ne pas s'en faire. MarieClaude (c'est son nom) parle bien l'allemand, son frère et sa meilleure amie aussi le parlent un peu.
— Elle va être contente.
— Je t'enverrai les détails par mail. Ça se passera à Condom. C'est une petite commune à mi-chemin entre Toulouse et Bordeaux.
— OK ! J'attends donc ton mail.
La robe de mariée
Le lendemain, c'était le jour de leur première sortie. Il fallait compter deux heures et demie pour se rendre au parc de la préhistoire. Ils décidèrent de partir vers dix heures et demie, ce qui les fit arriver vers les treize heures. Une fois sur place, ils commencèrent par se rendre au petit restaurant du parc. La nourriture n'était pas très compliquée. Le tout était de trouver des plats légers. Ils optèrent pour une salade mixte et pour du poulet rôti avec un assortiment de légumes. Ils se permirent tout de même un sorbet comme dessert. Vers quatorze heures, après un café pour Cédric et un thé pour MarieClaude, ils se dirigèrent vers le bâtiment appelé « Espace muséographique ». C'était un espace sombre ponctué d'effets de lumières. La première partie était constituée de consoles présentant divers sujets sous forme de films documentaires.
On pouvait voir successivement une histoire de la préhistoire, un documentaire sur la conservation des grottes puis une rétrospective sur l'art préhistorique à travers le monde. Suivaient enfin un documentaire sur l'interprétation de l'art des Cro-Magnon et enfin un documentaire traitant de l'évolution du mobilier à cette époque. La deuxième partie était composée du fac-similé de deux grottes : celle de Niaux et celle de Marsoulas. On se serait vraiment cru dans de vraies grottes. Enfin, la visite se terminait par un film d'immersion utilisant un écran de cinq mètres et le sol lui-même pour faire faire au spectateur une visite virtuelle de plusieurs grottes. Ils sortirent de l'espace muséographique enchantés ; C'était très bien réalisé et l'ambiance feutrée et fraîche à l'intérieur de l'espace rendait la visite particulièrement agréable.
Il leur restait à effectuer la visite d'un certain nombre de sites aménagés en extérieur, en particulier, un labyrinthe des sons, un campement préhistorique, un sentier des traces et un panorama de la chasse. Ils passèrent trois bonnes heures au total, puis, après avoir acheté quelques souvenirs à la boutique, retournèrent à Condom où ils arrivèrent en fin d'après-midi. Ils étaient tous les deux enchantés de leur journée. MarieClaude était particulièrement ravie. Elle avait beaucoup apprécié ce qu'ils avaient vu. Son autre sujet de satisfaction était dû au regard qu'elle avait surpris chez un certain nombre de personnes sur leur passage. C'était un regard non plus de pitié, mais plutôt de sympathie : Ils formaient visiblement un couple agréable à regarder.
Du coup, elle qui auparavant avait tendance à marcher les yeux baissés en cherchant à être le plus invisible possible, se mettait à avancer d'un pas assuré en jetant autour d'elle des regards épanouis et joyeux, ce qui naturellement entrainait chez les autres un regain de sympathie. Catherine avait donc bien raison quand elle avait parlé d'un effet boule de neige. Elle découvrait que plaire n'était pas honteux et pouvait être très agréable. C'était encore plus agréable quand elle apercevait le regard fier et conquérant de Cédric quand elle marchait à son bras.
Le jour suivant, fut consacré aux courses pour le mariage. Ils décidèrent de partir en milieu de matinée. MarieClaude et sa maman s'installèrent à l'arrière et Cédric les emmena à Toulouse. Une fois arrivés à destination, ils commencèrent par passer au logement des jeunes gens. Cédric examina son courrier pendant que MarieClaude faisait visiter l'appartement à Michèle. A treize heures, ils étaient assis au « Bistrot du matou ». A quatorze heures, Cédric récupéra l'Audi et amena Michèle et sa fille rue Peyras.
— Je pense que j'aurai fini le premier. Je vous attendrai à la brasserie des beaux-arts à l'intérieur. Si par hasard vous êtes les premières vous faites de même.
— Entendu ! A tout à l'heure.
MarieClaude et sa maman se rendirent immédiatement chez Elsa Gary et demandèrent à voir les collections de robes de mariées.
— Nous avons quatre séries : Les « Délicates », les « Féériques », les « Jolies filles » et les « Courtes ».
MarieClaude examina attentivement les différents modèles et en choisit un dans chaque série : « Première fois » dans la série « Délicates », « Ylang-Ylang » dans la série « Féériques », « Capucine » dans la série « Courtes » et « Manteau dentelle » dans la série « Jolies filles ». Elle les essaya l'une après l'autre.
— Finalement, j'hésite entre « Capucine » et « Manteau dentelle ».
— Tu ne préfères pas les longues ?
La vendeuse intervint.
— Je suis plutôt d'accord avec Mademoiselle. Vous avez une silhouette filiforme qu'il faut corriger au lieu de l'accentuer avec une robe longue. D'ailleurs votre robe courte et vaporeuse vous va à ravir.
— Par contre j'hésite vraiment entre ces deux modèles. « Capucine » est plus gaie et « Manteau dentelle » est plus romantique.
— Dans quel état d'esprit vous mariez-vous ?
— Ce que je ressens, c'est que ce mariage est pour moi un évènement à la fois gai et romantique.
— Là, je ne peux pas vous aider.
MarieClaude hésita longuement avant de conclure ;
— Finalement, c'est « Manteau dentelle » qui me fait le plus rêver. Je vais me décider pour ce modèle.
— Il vous va à merveille. Non seulement il coupe votre silhouette, mais en plus, comme vous avez de très jolies jambes, c'est bien de les montrer. Par contre, il vous faudra mettre des bas alors qu'en août, il fait plutôt chaud.
— Je me marie début septembre.
— Heureusement, en septembre il fait déjà moins chaud. Je suppose que vous voudrez un voile.
— Oui, mais je n'en voudrais pas un trop long.
— Il y en a un en dentelle assorti au modèle « Manteau dentelle ». Il ressemble plutôt à un grand fichu. Il ne va que jusqu'au bas du dos. Je vous propose de remettre la robe que vous avez choisie ainsi que le voile. Vous verrez ainsi ce que ça donne. Je vous conseille de le faire tenir avec un joli diadème ; c'est plus simple que de le faire tenir dans les cheveux avec des barrettes.
— Eh bien c'est d'accord ! Va pour « Manteau dentelle », le voile qui va avec et le diadème. Vous avez des chaussures de mariage ?
— Absolument, ce ne sont pas des produits Elsa Gary, mais nous proposons des chaussures qui s'accordent avec l'esprit de nos robes.
— Je souhaiterais un modèle avec un talon compensé de cinq centimètres au maximum, de couleur blanc cassé comme la robe.
— Nous avons justement des modèles qui ont été sélectionnés pour aller avec une robe « Manteau dentelle ». Vous choisissez le modèle qui vous convient. Si nous n'avons plus la taille, nous la commanderons. Il nous faut une semaine au plus pour la recevoir.
Elles sortirent du magasin une dizaine de minutes plus tard, le temps de formaliser la commande et de verser un acompte, puis se dirigèrent vers les boutiques de vêtements situées à proximité.
— Je voudrais une robe un peu dans l'esprit de celle que je porte, mais en plus habillée.
— Un peu comme une robe de cocktail ?
— Oui !
Ce n'est qu'au quatrième magasin que MarieClaude trouva son bonheur. En sortant du magasin, Michèle regarda sa montre.
— On a encore le temps de passer à la bijouterie Saoya. Que préfères-tu ? Un collier en or ou un collier de perles ?
— Si on trouve un collier en or d'une forme suffisamment légère, je préfère l'or ; sinon j'aime aussi beaucoup les perles.
Chez Saoya, elles trouvèrent un collier en or qui plaisait beaucoup à MarieClaude. Elles se rendirent ensuite à la brasserie des beaux-arts où elles retrouvèrent Cédric qui les attendait.
— Etes-vous satisfaites de vos achats ?
— Oui ! Tu ne devineras jamais ce que j'ai choisi. D'ailleurs je ne te le dirai pas. C'est un secret.
— Bien sûr !
— Je suis sûre que tu ne devinerais pas.
— Je n'en ai pas l'intention.
— N'empêche que tu serais drôlement surpris si tu savais.
— Mais je n'ai pas du tout envie de savoir.
— Tu ne veux pas essayer de deviner pour voir ?
— Non !
— Tu es odieux. Hein maman qu'il est odieux.
— Oui ma chérie, je suis positivement outrée.
— Ça ne se voit pas.
— C'est au fond de moi.
— Vous êtes tous contre moi !
— Oui ma chérie. Bois ta grenadine, ça te consolera.
— Eh bien, puisque c'est comme ça, tu ne sauras pas ce que j'ai choisi. Voilà !
— J'en suis très attristé.
— Je peux juste te dire que c'est une robe courte en dentelle.
— Je n'ai rien entendu !
— Avec un voile court assorti.
— Je n'entends toujours rien.
— Et les chaussures assorties aussi et puis un joli collier en or.
— Je suis sourd.
— Je suis désolée, mais tu auras beau insister, tu n'en sauras pas plus.
Michèle avait la larme à l'œil. MarieClaude le remarqua.
— Quelque chose ne va pas maman ?
— Tout va bien. Je suis émue parce-que tu vas te marier.
En réalité, la petite scène à laquelle elle venait d'assister l'avait tout d'abord attendrie car elle lui rappelait la petite fille de six ans qui était si gaie et spontanée ; mais brutalement, la jeunesse volée de cette petite fille lui était revenue en pleine figure.
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