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Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Cybèle et pourtant — Chapitre 19

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Cybèle et pourtant

Chapitre 19

LE CORDON BLEU
Après qu'ils soient repartis, MarieClaude observa avec un peu de nostalgie.
— Dommage que ce soit un terrain militaire. L'endroit est vraiment idyllique.
— Ne t'en fais pas, il y a des tas d'autres endroits comme celui-ci. J'ai encore des tas de choses à te faire voir. Demain et samedi, si tu veux bien, on fera une journée plage-farniente.
— Ça me va très bien.
— Dimanche, Catherine, Richard et Hugo viennent de nouveau et lundi, on va à Monaco. Je t'invite au restaurant. On ira visiter le musée océanographique.
— Mais tes parents ? Ta maman a peut-être déjà prévu quelque chose.
— Je ne pense pas. Maman a besoin de s'occuper de sa boutique. On est en pleine saison. Elle peut difficilement s'absenter. Elle nous a déjà consacré pas mal de temps. Elle l'a fait volontiers, mais elle stresse beaucoup de ne pas être dans sa boutique.
— Je croyais qu'elle avait confiance en Coralie ?
— Elle a toute confiance en Coralie quand elle est présente. Coralie est pleine de qualités, mais elle est encore très jeune. Elle a besoin d'être encadrée. L'ancienne assistante a pris sa retraite il y a un an. Maman pouvait lui confier la boutique plusieurs semaines en toute quiétude. Elle ne peut pas encore faire la même chose avec Coralie. Normalement elle ne prend des vacances qu'en morte saison. Elle ferme alors sa boutique. Tu vois, elle est ravie de venir à Condom pour le mariage d'Armelle et, évidemment pour le nôtre. Mais tant qu'elle ne sera pas à Èze, elle s'inquiètera pour sa boutique.
MarieClaude remarqua :
— Pour papa c'est tout à fait pareil. C'est pour ça qu'il ne prend pratiquement jamais de vacances. Comme maman n'imagine pas en prendre loin de lui, on a toujours passé toutes nos vacances à Condom. Seul Benoît est parti l'hiver au ski pour plus d‘un week-end quand il a été assez âgé pour y aller seul. Papa ne veut pas l'avouer, mais il a hâte que Benoît ait acquis assez d'expérience pour le remplacer une semaine ou deux chaque année.
— Benoît n'est pas effrayé par toutes ces contraintes ?
— Pas du tout ! Depuis qu'il a dix ans, il a toujours dit qu'un jour il remplacerait papa. C'est lui qui a décidé de faire une école de gestion. De toute façon il a décidé que la société resterait dans la famille. Papa a toujours été très honnête avec lui et ne lui a jamais caché la difficulté du métier. Il est donc parfaitement au courant.
— Je crois que je serais incapable de faire ce que fait ton père.
— Moi aussi j'en serais incapable.
— Oui, mais toi, tu es une artiste.
— Avec tous ces gens qui le disent, je vais finir par croire que c'est vrai.
MarieClaude était un peu pensive. Elle n'avait pas réalisé que Marielle était obligée de s'occuper de sa boutique tout en s'efforçant de leur rendre le séjour le plus agréable possible. Elle se dit qu'il fallait faire quelque chose.
— Ça t'ennuierait si nous n'allions à la plage que l'après-midi ?
— Non ! c'est surtout pour toi. C'est moins stressant le matin car il y a moins de monde, mais si tu penses que ça ira quand même, pourquoi pas ? A quoi penses-tu ?
— Je pense que ce serait sympa si je m'occupais de faire la cuisine à la place de ta maman demain et après-demain. Tu pourras m'aider, mettre le couvert et acheter le pain. Comme ça, ta maman pourra se mettre directement les pieds sous la table en rentrant. En plus, cerise sur le gâteau, ça la rassurera sur mes talents de cuisinière.
— On peut toujours le lui proposer, mais je ne suis pas sûr qu'elle veuille. Elle aura des scrupules.
— Dans ce cas, je compte sur toi pour m'aider à la convaincre.
— Remarque, maintenant que j'y pense, quand Catherine était encore à la maison, il lui arrivait très souvent de s'occuper du repas de midi, et ça arrangeait bien maman.
— Ça serait bien aussi que tu passes un petit coup d'aspirateur dans les chambres et le séjour. Juste un petit coup.
— Pas de problème.
MarieClaude regarda par la fenêtre. Elle s'étonna de ne pas reconnaître le paysage.
— J'ai l'impression qu'on ne prend pas exactement le même chemin qu'à l'aller.
— En effet, on ne rentre pas par Grasse mais par Draguignan. Au lieu de récupérer l'autoroute vers Cannes, on la récupère du côté de Saint Raphael. Ça nous fera gagner plus d'une dizaine de minutes. En plus, l'autoroute en Mercedes c'est de tout repos.
Vers dix-neuf heures, ils étaient de retour à Èze. Cédric avait eu le temps de refaire le plein de la Mercedes en arrivant. Christian et Marielle étaient déjà rentrés tous les deux.
— Comment c'est passé votre pique-nique les jeunes ?
— Très bien. L'endroit était idyllique. Cédric nous avait trouvé un endroit ombragé et il y avait des nuées de papillons. Je ne savais pas que ça pouvait sentir aussi bon sous les pins parasol. Cédric m'a expliqué que c'était la sève chauffée au soleil.
— Alors tu es contente ?
— Oui, bien que j'ai éprouvé deux des plus grandes frayeurs de ma vie.
— Il vous est arrivé quelque chose de grave ?
— Non pas du tout. Ma première frayeur, je l'ai eue dans les gorges du Verdon à l'aller. J'étais côté ravin et c'est vraiment très impressionnant.
— Et la deuxième fois c'était au retour je suppose ?
— Non ! Au retour, je n'étais pas côté ravin. C'est au moment de repartir qu'il nous est arrivé une histoire qui m'a fait très peur mais qui s'est bien terminée. Figurez-vous que nous étions sur un terrain militaire et que nous ne nous en étions pas aperçus. Cédric était parti ranger les affaires dans la Mercedes quand brusquement j'ai vu apparaître quatre types armés jusqu'aux dents, en tenue de combat et le visage couvert de peinture. Sur le moment j'ai bien cru que c'étaient de martiens. Inutile de dire qu'ils étaient aussi étonnés que nous de cette rencontre. Finalement on s'est expliqués et tout s'est bien terminé.
— Cédric, tu ne savais pas qu'il était interdit de pénétrer sur un terrain militaire ? Vous auriez pu avoir de gros ennuis.
— Bien sûr que si ! j'étais au courant ! Mais ce que je ne pouvais pas savoir, c'est que le grillage de protection et le panneau d'interdiction avaient été arrachés volontairement sur une cinquantaine de mètres à l'aide d'un tracteur. Heureusement, je m'étais un peu méfié et je n'avais pas pénétré plus d'une centaine de mètres. Quand ils ont vu les dégâts faits au grillage, ils ont compris qu'on n'y était pour rien. Ils nous ont juste demandé notre identité et nos coordonnées.
— Ma pauvre MarieClaude ! Tu n'es pas trop traumatisée ?
— Non, pas du tout ! C'était même plutôt drôle à la fin.
Cédric remarqua au passage.
— C'est dommage que je n'aie pas pu faire une photo quand je suis arrivé sur les lieux après avoir entendu les hurlements de MarieClaude. Il fallait voir la mine ahurie des quatre soldats contemplant MarieClaude qui les menaçait avec un siège de camping. Et, pour corser le spectacle, il y avait un soldat un peu simplet auquel le lieutenant qui était arrivé entre temps essayait laborieusement de soutirer des informations. A la fin il nous a demandé si on connaissait Forrest Gump. En repartant on était pliés en deux.
— Donc tout est bien qui finit bien ?
— Absolument maman ! Ça nous fera un excellent souvenir.
Pendant le repas du soir, MarieClaude demanda à Cédric :
— Tu penses à dire à ta maman ce que nous voudrions ces prochains jours ?
— Ah oui ! Maman on a un service à te demander.
— Quoi donc ?
— MarieClaude voudrait profiter de nos vacances pour se perfectionner en cuisine. Alors, on a pensé que tu voudrais bien la laisser faire le repas de midi demain et samedi.
Marielle regarda Christian puis ils regardèrent Cédric et éclatèrent de rire.
— Mon pauvre garçon ! Tu ne t'améliores pas. Je crois que tu ne sauras jamais mentir. Surtout évite de jouer au Poker. Tu te ferais plumer en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. C'est toi qui as eu l'idée de présenter ainsi les choses MarieClaude ?
— Non, je voulais juste te rendre service. Je ne savais pas qu'il comptait présenter les choses de manière aussi… cousue de fil blanc.
Cédric se renfrogna.
— C'est toi qui m'as dit que tu voulais te perfectionner.
— Il faudra que tu apprennes à mieux écouter, mon chéri. J'ai dit que je voulais rendre service à ta maman qui a besoin de s'occuper de sa boutique et j'ai ensuite rajouté que j'aurais ainsi l'occasion de prouver que j'étais bonne cuisinière. Ce n'est pas la même chose, il me semble.
— En plus, c'était tout à fait inutile de présenter les choses ainsi. Ça me rendra bien service et je te remercie beaucoup de ton offre, MarieClaude.
— Si tu veux et si vous n'êtes pas morts empoisonnés d'ici là, je peux même préparer le repas de dimanche ou au moins m'occuper seule d'une partie.
— Pourquoi pas ? De toute manière, si ça se trouve, tu es meilleure cuisinière que moi. J'ai quelques plats que je sais bien faire, mais je n'innove jamais. En fait, je suis contente de faire plaisir à des invités, mais la cuisine ne me passionne pas.
— Moi, j'ai hérité de ma maman sa passion de la cuisine. Par contre nous avons une grosse différence. Maman aime faire une cuisine gourmande à l'ancienne. C'est délicieux car elle cuisine merveilleusement bien, mais c'est très copieux et les matières utilisées sont toujours très riches. Moi, ce qui me plait, c'est d'expérimenter des manières de préparer une cuisine qui soit à la fois diététique, gaie et agréable à manger. Mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi quand tu dis que tu n'es pas une bonne cuisinière. Tu fais des plats qui ne sont pas sophistiqués, mais tu les fais très bien. C'est toujours très bon. Depuis mon arrivée, je me régale à chaque repas.
— Eh bien c'est entendu ! C'est toi qui nous feras la cuisine chaque fois que tu voudras.
Le lendemain, comme convenu, MarieClaude et Cédric restèrent à la maison pour s'occuper du ménage et de la cuisine. Cédric commença par aller chercher le pain, puis s'occupa de passer l'aspirateur dans les chambres et le séjour. Il décida ensuite de mettre tout de suite le couvert avant d'aller rejoindre MarieClaude dans la cuisine. Marielle avait prévu de faire une salade d'endives toute simple et des soles meunières avec du riz. MarieClaude décida de changer les recettes. Elle avait repéré la présence de raisins secs et d'huile de noix. Elle prépara donc une salade composée d'endives coupées en rondelles avec des raisins secs, une pomme coupée en lamelles très fines et des petits carrés d'emmental. Elle assaisonna le tout avec de l'huile de noix et du vinaigre de cidre. Pour les soles, elle décida de les faire en filets cuits au four. Cédric admira la dextérité avec laquelle MarieClaude enlevait la peau des poissons et retirait les filets.
Elle les mit ensuite dans un plat à gratin huilé avec un peu d'huile d'olive et les enduisit eux-mêmes d'un peu d'huile d'olive passée au pinceau. Elle ajouta quelques herbes, du sel et du poivre et laissa le plat sur la table de la cuisine. Pendant ce temps, elle coupa des carottes en julienne et les fit cuire à la vapeur. Vers midi et quart, elle fit préchauffer le four puis enfourna ses filets de sole. A midi et demie, Marielle et Christian arrivèrent. La salade était prête et ils purent se mettre à table tout de suite. Le mélange des goûts de l'endive un peu amère, de la pomme et des raisins secs qui apportaient le goût sucré, des cubes d'emmental et de l'huile de noix apportant de la douceur et du vinaigre de cidre apportant la note d'acidité était très réussi et la cuisinière se fit féliciter. MarieClaude retourna ensuite en cuisine. Elle avait réchauffé les carottes au four à micro-ondes et fit fondre un peu de beurre, qu'elle ajouta aux légumes avec du persil haché.
Elle dressa ensuite les carottes au centre d'un plat à servir et disposa autour les filets de soles qu'elle venait de sortir du four. Elle déglaça le plat à gratin avec du jus de citron et arrosa les filets de la sauce obtenue avant d'apporter triomphante le plat sur la table du séjour. Le résultat était particulièrement réussi et elle se fit de nouveau féliciter.
— C'est délicieux. Mais ça a dû te donner beaucoup de travail.
— Maman, si tu avais vu la vitesse avec laquelle elle a enlevé les peaux et détaché les filets, tu n'en serais pas revenue.
Vers dix-sept heures, la digestion terminée, ils décidèrent d'aller à la plage. Il y avait nettement plus de monde que la première fois, mais il restait encore assez de place pour s'installer et d'ailleurs, une partie des vacanciers commençait déjà à s'en aller. Ils purent reprendre leurs promenades le long du bord. La canne de MarieClaude lui permettait de se déplacer beaucoup plus facilement et de manière beaucoup moins disgracieuse. Elle était en résine et donc ne risquait pas de s'abimer dans l'eau de sorte qu'elle put s'en servir pour marcher le long du bord. A dix-neuf heures, ils étaient de retour et, après s'être changée, MarieClaude tint absolument à s'occuper du repas du soir. Néanmoins Marielle alla elle aussi dans la cuisine car elles avaient plaisir à discuter ensemble. Christian et Cédric se retrouvèrent donc seuls pendant un certain temps et discutèrent en mettant le couvert.
— As-tu commencé à réfléchir à l'endroit où vous habiterez après votre mariage ?
— J'ai commencé, mais je n'ai pas encore pris de décision. Nous pouvons pour quelques temps rester dans notre logement actuel, mais ça va être rapidement trop petit. Nous avons besoin au minimum d'une deuxième pièce tout de suite car je veux absolument que MarieClaude dispose d'un atelier. Mais dès que nous aurons notre premier enfant, ce qui devrait arriver dans trois à quatre ans, il nous en faudra une de plus. Après ça dépendra du nombre d'enfants que nous aurons en définitive. Si nous en avons deux, on tiendra six ans au plus. On peut imaginer que je prenne un emprunt sur vingt ans, mes revenus me permettent d'emprunter au maximum trois cent soixante mille Euros.
— Du disposeras en plus de l'ensemble des livrets que nous avons ouverts et alimentés pour toi. Ça devrait te faire à peu près cent mille Euros de plus.
— Je voudrais en garder la moitié pour nous équiper. Ça nous amène vers quatre cent mille Euros. Il faut que je regarde ce qu'on peut trouver à Toulouse ou bien dans les environs immédiats. Je voudrais trouver une maison individuelle ancienne mais pas à retaper.
— Les prix sont élevés à Toulouse ?
— C'est beaucoup moins cher qu'en région parisienne ou sur la côte d'Azur, mais à condition d'être en banlieue. De toute façon, en centre-ville il n'y a que des immeubles et c'est en général hors de prix.
— Et à la campagne ?
— Je n'y tiens pas pour deux raisons. La première, c'est que ça augmente très vite les temps de trajet pour aller au travail ou faire des courses. La deuxième c'est que je ne veux pas risquer de laisser mon épouse et mes enfants isolés dans une maison de campagne quand je ne serai pas là.
— Tu peux opérer en deux temps, c'est-à-dire acheter un premier logement que tu revendras quelques années plus tard pour en racheter un plus grand.
— Oui mais j'ai fait le calcul. L'inflation est très faible, donc le logement prendra peu de valeur s'il n'en perd pas. D'autre part, avec un emprunt sur vingt ans, le capital restant dû ne diminue que très lentement. Ça veut dire qu'il faut attendre au moins une quinzaine d'années pour que ça vaille le coup.
— Et MarieClaude, elle ne t'a pas dit si elle avait quelque chose ?
— Je ne lui ai pas demandé et de toute façon elle n'est probablement pas au courant. Son père ne m'en a pas parlé et je ne vais tout de même pas leur demander. Ça ferait un peu coureur de dot. S'il y a quelque chose à savoir, il me paraît évident que je le saurai très vite.
— Donc « Wait and See ».
— Pour l'instant.
— Nous avons finalisé le voyage de noces avec le père de MarieClaude. Il te dira ce qu'il a prévu pour votre séjour. Je n'ai pas les détails, mais je crois que vous devriez être contents.
— Comment ça se présente du point de vue des horaires ?
— Vous prendrez un vol Toulouse Charles de Gaulle le dimanche sept septembre à treize heures trente. Ça ne vous obligera pas à vous lever trop tôt après la nuit de noces.
— Ça, c'est une très bonne idée !
— Je m'en doute. Le vol est un peu compliqué ensuite mais les correspondances sont assurées. Vous prenez un vol pour Amsterdam à dix-huit heures trente-cinq et arrivez à dix-neuf heures cinquante-cinq. Vous avez ensuite un vol pour Nairobi qui part à vingt et une heures et arrive à six heures dix. Vous serez en première classe, de sorte que vous pourrez assez bien dormir. A huit heures trente, vous avez un vol pour Mombasa qui arrive à neuf heures trente. Votre retour se fera dans le sens inverse du dix-huit au dix-neuf et vous ferez aussi Nairobi Amsterdam de nuit, ce qui devrait vous amener à Toulouse en début d'après-midi. Ça vous fera un séjour sur place du huit au dix-huit septembre. Comme le dix-neuf est un vendredi, ça vous laissera tout un week-end pour vous reposer.
Marielle et MarieClaude revinrent bientôt avec le repas.
— De quoi parliez-vous ? Vous aviez l'air de faire des conciliabules.
Il n'était pas question de parler de voyage de noces devant MarieClaude. Christian choisit de parler du logement pour ne pas éveiller de soupçons.
— Nous étions en train de parler de votre futur logement, MarieClaude. Cédric me faisait part de ses réflexions à ce sujet.
— Papa m'a dit qu'il voulait en parler avec toi. Je n'ai aucune idée de ce qu'il veut te dire. C'est une affaire d'hommes, non ? Je veux dire, pas pour choisir la maison, mais pour payer.
— Dis donc ! Tu n'aurais pas une mentalité de femme entretenue par hasard ?
— Ça devrait te convenir, vu que tu as une mentalité de macho.
— Vous avez vu comment MarieClaude part au quart de tour ?
— J'ai surtout remarqué qu'elle ne manquait pas d'esprit de répartie.
Le lendemain matin, MarieClaude décida d'aller faire son marché pour le repas de midi. Il fallait qu'elle s'y prenne tôt pour avoir le temps ensuite de préparer le repas.
— Tu es prêt Cédric ?
— C'est moi qui t'accompagne décida Christian.
Devant l'hésitation de MarieClaude, il rajouta :
— Ça me fait plaisir.
— Cédric, tu peux me passer ta carte de crédit ou ton porte-monnaie ?
— Ah non ! Vous n'y pensez pas. Il est hors de question de vous laisser payer de la nourriture. Tu veux faire la cuisine ? Très bien ! Mais c'est moi qui paierai. Et je te préviens, si je sens que tu essaie d'acheter quelque chose de moins cher que ce que tu avais prévu, on ne sera plus copains.
— Alors je vais vous dire tout de suite ce dont j'ai besoin : Une salade frisée, deux courgettes, deux aubergines, quatre tomates, un kilo de pèches et un citron. Ensuite deux tranches bien épaisses de jambon blanc et un morceau épais de jambon de parme. Enfin, un pot de miel de lavande.
— Pour les fruits, les légumes et le miel, on ira au marché du samedi. On ira chercher le jambon à la charcuterie. Il est plus frais qu'au marché. Le soleil ne réussit pas à la charcuterie.
Après avoir fait les courses, MarieClaude et Christian revinrent vers la voiture.
— Vous avez été très gentil de m'accompagner. Ça m'a fait plaisir.
— Tu sais, tu peux ma tutoyer si tu veux.
— Il ne faut pas m'en vouloir, mais je n'ai pas le tutoiement facile. Si j'essaie de me forcer, ça sonne faux et je perds toute spontanéité.
— Pourtant, tu tutoie Marielle.
— Oui, mais je ne sais pas pourquoi. C'est une exception. Je n'arrive pas à tutoyer les adultes. Tenez, par exemple ! Je connais les parents d'Armelle depuis ma plus tendre enfance et j'ai passé de nombreux week-ends chez eux, à manger et à dormir. Eh bien, je n'ai jamais réussi à les tutoyer.
— Je suppose que Marielle et toi, avez une relation particulière.
— Je crois que sa manière de m'accueillir à l'aéroport a créé cette relation. J'ai cru un moment qu'elle allait me prendre sur ses genoux.
MarieClaude passa son bras sous celui de Christian et s'appuya contre son épaule.
— Mais je vous aime beaucoup.
— Moi aussi je t'aime beaucoup.
Une fois revenue, MarieClaude s'enferma dans la cuisine et interdit aux deux hommes de venir voir ce qu'elle faisait. A midi, elle sortit enfin et monta se changer. Quand Marielle revint de sa boutique, MarieClaude retourna dans la cuisine et revint avec une salade de frisée dans laquelle elle avait remplacé les lardons par du jambon de parme dont elle avait retiré le gras. Derrière, elle leur servit un tian sur un lit de jambon blanc. Enfin, en dessert, elle apporta quatre coupes de sorbet de pêche au miel.
— Qu'est-ce qui t'a donné l'idée pour la salade et le tian ?
— Pour la salade, j'avais l'idée d'une frisée aux lardons, mais je me suis dit que les lardons ce n'était peut-être pas très indiqué. Comme le jambon de parme a beaucoup de goût, ça ne peut que convenir. Pour le tian, j'ai regardé sur internet et il y avait des recettes de tian avec du jambon, mais on intercalait des tranches fines de jambon entre celles de légumes. J'ai pensé que pour faire un plat complet on pouvait mettre du jambon au fond, comme ça il resterait moelleux.
— En tout cas, c'est très réussi et le sorbet était délicieux.
Pendant qu'ils prenaient le café, Christian leur demanda :
— Avez-vous prévu quelque chose de particulier cet après-midi ?
— Nous pensions tout bêtement aller à la plage vers dix-sept heures. Pourquoi ? Tu as quelque chose à nous proposer ?
— Ça vous dirait d'aller visiter une parfumerie à Grasse ? C'est la capitale de la parfumerie.
— Ça te dirait MarieClaude ?
— Tu sais bien que quand on parle parfum à une femme, on en fait ce qu'on veut. Bien sûr que ça me dirait !
— Je vous propose la visite de la parfumerie Fragonard.
— Y a-t' il un rapport avec le peintre ?
— Tout à fait ! La parfumerie a été nommée ainsi au début du siècle dernier en hommage au peintre qui était originaire de Grasse. Comme je sais que tu es une passionnée de peinture, je te propose de visiter aussi le musée Fragonard de Grasse. Il présente une quinzaine d'œuvres majeures du peintre ce qui en fait la deuxième collection après le Louvre. Il y a aussi des œuvres de deux autres peintres grassois qui lui sont contemporains, en particulier sa belle-sœur.
— Oui, Marguerite Gérard. Ils ont même peint des tableaux ensemble. Je ne savais pas qu'il y avait tant de choses à voir à Grasse. Ce doit être une ville intéressante. C'est loin ?
— On y est passé l'autre jour à l'aller. Il faut compter une heure.
Ils passèrent tout d'abord une bonne heure à la parfumerie où ils bénéficièrent d'une visite guidée. La partie concernant la fabrication des parfums était particulièrement intéressante. Ils terminèrent par la boutique dans laquelle la jeune fille choisit un parfum que Cédric lui offrit. Ils se rendirent ensuite au musée où ils passèrent presque deux heures. Naturellement, MarieClaude connaissait une partie des toiles et en fit une présentation à chaque fois. Christian était assez stupéfait. Cédric l'était moins car ce n'étais pas la première fois qu'il assistait à ce genre de présentation. Il était tout de même émerveillé. A la fin de la visite, Christian la félicita.
— Avec toi pour guide, je pense qu'une visite de musée ne peut être qu'intéressante. Tu es très pédagogue.
Monaco
Le lendemain matin, MarieClaude se mit tout de suite à préparer le repas de midi car elle voulait avoir le temps de se préparer avant l'arrivée de Catherine. Pour gagner du temps, Marielle l'aida et tout fut prêt rapidement. Il ne resterait qu'à mettre le plat principal au four. MarieClaude monta dans la chambre pour se changer. Marielle l'aida à se mettre du rouge à ongle et du gloss avant de lui maquiller discrètement le visage. MarieClaude enfila ensuite sa jupe montante et le chemisier blanc et termina en se mettant un peu de parfum. Catherine arriva alors que MarieClaude finissait de se préparer de sorte qu'elle était encore au pied de l'escalier quand celle-ci redescendit. Elle la regarda un peu surprise, puis son regard se fit approbateur.
— Je vois que tu as suivi mes conseils. Ton maquillage est tout à fait réussi et te met particulièrement en valeur.
— Ta maman m'a aidée à choisir les bonnes teintes et aussi à me maquiller, car je n'ai pas encore l'habitude.
— Tu verras que ça vient très vite. Tu as vu Hugo comme ta tatie est jolie ? Tu vois ? même Hugo apprécie.
Le petit garçon avait pris la main de MarieClaude et, la regardant avec un grand sourire, il dit de sa voix fluette :
— Tatie !
Le lendemain matin, MarieClaude se pomponna de nouveau et ils se rendirent à Monaco. En chemin Cédric fournit à MarieClaude quelques informations.
— La famille Grimaldi règne sur la principauté depuis sept-cent ans. En fait, elle en est à l'origine. Tout a commencé à Gênes vers la fin du treizième siècle par la guerre civile qui a opposé les Guelfes qui étaient partisans du pape et les Gibelins qui étaient pour l'empereur. Ce sont les Gibelins qui ont gagné. Du coup certaines familles Guelfes se sont exilées. Parmi elles il y avait la famille Grimaldi. Ils ont fini par s'établir sur le rocher vers le milieu du quatorzième siècle. A l'époque de Louis treize la principauté est entrée définitivement dans la mouvance française tout en étant indépendante sauf pendant une courte période lors de la révolution française. Contrairement à la principauté d'Andorre qui est constituée de plusieurs communes, la principauté de Monaco est constituée d'une unique ville qui se confond donc avec l'état monégasque. Le prince Albert premier a fondé en 1910, le Musée Océanographique, qu'il a légué par testament à l'Institut Océanographique créé par lui à Paris.
— C'est bizarre cet état qui est entièrement en France.
— Il y a quand même une façade maritime. Ce n'est d'ailleurs pas le seul cas : En Italie, il y a la république de San Marin qui elle, est carrément à l'intérieur des terres et n'oublie pas le Vatican qui est un petit bout de Rome.
— La France n'a jamais essayé de conquérir Monaco ?
— Pas depuis la révolution française. Il y a des accords selon lesquels la France garantit l'indépendance de la principauté. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a jamais eu de problèmes. Les derniers remontent au début des années soixante.
— Que s'est-il passé ?
— Il y avait des négociations difficiles parce que les sociétés françaises établies à Monaco ne payaient pas d'impôts à la France. Le prince Rainier trois a révoqué le ministre d'état français et du coup la France a établi des barrages douaniers sur tous les accès de Monaco pendant la nuit. Ça a été une énorme pagaille le lendemain matin. Finalement tout a fini par s'arranger.
— Qu'est-ce que c'était ce ministre d'état ?
— Le ministre d'état, c'est tout bêtement le chef de gouvernement. C'est lui qui dirige les différents services de l'état. A l'époque c'était obligatoirement un fonctionnaire français, mais il devait être agréé par le prince. Maintenant il peut être monégasque mais il doit être agréé par les deux parties.
Comme ils étaient partis tôt, ils décidèrent de visiter le musée océanographique le matin et de déjeuner tranquillement ensuite au restaurant « La Terrasse » du musée. Comme son nom l'indique, il est situé sur la terrasse du musée et se trouve à quatre-vingt-cinq mètres au-dessus de ma Méditerranée. La vue est splendide et l'ambiance est agréable. Ils purent rentrer tôt, ce qui leur permit de préparer leurs bagages à l'avance afin de profiter pleinement de leur dernière soirée avec Marielle et Christian.
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