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Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Cybèle et pourtant — Chapitre 34

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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unzeste85
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Cybèle et pourtant

Chapitre 34

Les progrès de Leila
— Je t'ai vue Leila ! C'est très vilain de tricher.
— Pas vrai ! Ze trice pas !
— Alors pourquoi tu as avancé ton cheval alors que ça n'était pas à toi de jouer ?
— Pas tricer ! Aller plus vite !
Sophie avait demandé à Martin, le responsable technique de leur petit groupe de leur fabriquer un jeu de petits chevaux géant. Il avait réussi à en confectionner un, fait de bric et de broc à partir de divers objets de récupération. Les enfants étaient enchantés et adoraient y jouer. Pour que tout le monde puisse jouer, elle les regroupait par équipe de quatre : les rouges, les bleus, les verts et les jaunes. Comme il y avait une trentaine de gamins et de gamines, il fallait organiser deux parties. Le jeu provoquait des hurlements de joie chaque fois qu'une équipe avait fait un joli coup et des cris de frustration quand un cheval devait revenir à son point de départ.
Sophie se désolait un peu que Leila n'arrive toujours pas à prononcer correctement les « je » et les « che », mais celle-ci avait fait de tels progrès depuis son arrivée que la jeune femme en était tout de même très fière et surtout très heureuse.
Sa petite Leila ! Les débuts n'avaient pas été faciles du tout. Leila était un cas qu'ils ne savaient pas traiter. Il leur aurait fallu un psychologue, mais il n'y en avait probablement aucun dans tout le Tchad. Les psychologues sont un luxe pour pays riches. Ils avaient commencé par essayer de l'intégrer à la troupe des enfants, espérant que leur présence pourrait la débloquer. Cela avait été un cuisant échec. La petite fille restait toute la journée au milieu des autres, absente et complètement immobile, ne se déplaçant que quand on venait la prendre par la main. Dès qu'on la lâchait, elle s'immobilisait de nouveau et restait là où on l'avait amenée jusqu'à ce qu'on revienne la chercher pour l'emmener ailleurs. La nuit, c'était pire. Elle faisait des cauchemars et se réveillait en hurlant. Ses hurlements réveillaient tout le dortoir, terrorisant les autres enfants qu'il fallait ensuite aller rassurer un à un pour les faire se rendormir… jusqu'au prochain cauchemar.
Les autres enfants commençaient à être perturbés par sa présence. Le bouquet, c'était qu'elle n'était pas propre la nuit de sorte que chaque matin il fallait nettoyer ses draps. Heureusement, les lits des enfants étaient munis d'alèses et les dégâts étaient limités. Cette situation compliquait la vie de tout le monde et traumatisait les autres enfants. Il fallait trouver une solution.
Au bout d'une semaine, le problème fut abordé au cours du repas du soir. On ne pouvait pas continuer à faire dormir la petite fille avec les autres enfants. Martin proposa qu'on la transfère à l'orphelinat d'Abéché. Il avait à peine eu le temps de finir sa phrase que Marc poussa un rugissement.
— C'est inhumain !
Ses compagnons le regardèrent avec étonnement. D'habitude, il réagissait plus froidement, paraissant surtout préoccupé par les problèmes d'organisation. Il rajouta plus calmement :
— A Abéché, ils ne sont pas mieux équipés que nous et ils gèrent plusieurs centaines de gosses. Ils sont surchargés de travail et n'ont pas de temps à consacrer à chaque enfant. Alors, ils vont au plus pressé. Tout ce qu'ils feront, ce sera d'isoler cette pauvre gosse des autres enfants. Elle n'aura aucune chance de s'en sortir et, dans cinq six ans, on la retrouvera errant dans les rue d'Abéché à moitié cinglée, mendiant et se prostituant. Vous savez très bien que j'ai raison.
— D'accord, mais alors que proposes-tu ?
— Je ne sais pas encore, mais on ne peut pas l'abandonner à son sort. Elle a déjà trop souffert.
— Très bien ! intervint Sophie. C'est moi qui vais m'en occuper.
— Toi ?
— Oui moi ! Il n'y a qu'à mettre dans ma case un lit enfant avec une protection.
Sylvie intervint :
— Tu risques de ne pas beaucoup dormir la nuit.
— De toute façon, je me lève plusieurs fois chaque nuit pour m'occuper de mes protégés. Quand elle me réveillera, j'en profiterai.
— Ça me paraît un peu scabreux comme solution.
Marc intervint avec véhémence :
— Eh bien moi, ça ne me paraît pas scabreux du tout. Si quelqu'un peut faire quelque chose pour Leila, c'est bien Sophie. Si elle échoue, personne d'autre ne pourra réussir à récupérer la petite.
— Ah, parce qu'ensuite tu comptes sur elle pour ça ?
— Oui ! Nous n'avons aucun psychologue à notre disposition pour traiter le problème de Leila. La seule chose que nous puissions faire pour elle, c'est de lui consacrer du temps et de l'amour.
— Sophie est déjà débordée de travail.
— Oui, mais pas plus que chacun d'entre nous. Quant à l'amour, elle en a à revendre.
Sophie rougit de plaisir en l'entendant parler d'elle ainsi. Marc était d'habitude plutôt avare de compliments, alors celui-ci avait d'autant plus de valeur.
Naturellement, les premiers jours furent difficiles, mais Sophie s'y attendait. Elle n'avait jamais imaginé qu'elle allait régler le problème d'un seul coup de baguette magique. Le comportement de Leila pendant la journée n'avait pas évolué et ses nuits étaient toujours ponctuées de cauchemars et marquées par ses incontinences urinaires. Les cauchemars intervenaient de manière irrégulière, de sorte que l'emploi du temps nocturne de Sophie en était totalement chamboulé. A chaque cauchemar, elle se levait précipitamment et prenait la petite dans ses bras. Elle la serrait contre elle en la berçant puis, une fois Leila rendormie, la nettoyait éventuellement, la recouchait et allait s'occuper de ses protégés. Au bout de quelques jours, elle se rendit compte qu'elle arrivait de plus en plus rapidement à calmer Leila et à la rendormir. Sa présence et ses câlins faisaient du bien à la petite fille. Elle décida donc de la faire dormir avec elle.
Elle transféra la protection dans son lit et improvisa une couche avec des serviettes qu'elle avait emmenées dans ses bagages. Le soir, elle prenait la petite contre elle et elles s'endormaient dans les bras l'une de l'autre. Cette décision eut deux conséquences : La première fut celle espérée, à savoir la diminution spectaculaire du nombre de cauchemars. La deuxième, inévitable, fut que rapidement Sophie se mit à éprouver pour Leila des sentiments maternels. Leila n'était plus pour elle une petite enfant en détresse qu'il fallait essayer de récupérer, mais tout simplement « sa Leila ». Le soir, lorsque venait l'heure de dormir et qu'elle sentait la petite fille se blottir contre elle, elle ressentait un immense bonheur. Pendant la journée, l'attitude de Leila avait changé : Elle ne restait plus immobile et complètement amorphe comme durant les premiers jours, mais suivait Sophie comme son ombre où que celle-ci se rende et quoiqu'elle fasse.
Sophie prit l'habitude de tenir la petite fille par la main mais dès qu'elle était obligée de la lâcher, celle-ci s'accrochait à son short. Même pendant la nuit, lorsque Sophie se levait pour aller s'occuper de ses protégés, la petite se levait aussi et l'accompagnait. Lors du repas du soir, Leila était sur ses genoux et mangeait dans son assiette. Naturellement, à la moindre occasion, Sophie la prenait dans ses bras et la câlinait en l'embrassant tendrement. Elle se mit à lui parler sans arrêt, commentant tous ses gestes et expliquant tout ce qu'elle faisait.
Elle chantait toujours pendant qu'elle faisait la toilette des vieillards. Comme Leila donnait l'impression d'être attentive à ses chansons, elle se mit à chanter régulièrement tout au long de la journée. Les enfants dont elle s'occupait l'après-midi apprécièrent eux aussi ses chansons et se mirent à les apprendre. Le camp se mit à résonner de chants d'enfants pendant toute la journée. Cela donna une idée à Sophie : Chaque après-midi, les enfants l'accompagnaient chez ses protégés et leur chantaient une chanson. Le concert ne durait pas très longtemps, mais il suffisait à faire rayonner de bonheur les yeux des vieillards. Un jour, pendant le concert, Sophie s'aperçut que Leila s'était mise à chanter avec les autres enfants. C'était la première fois qu'elle s'exprimait. Sophie en fut si émue qu'elle fondit en larmes. Pendant le restant de l'après-midi, Leila continua à chanter avec les autres enfants.
Ce soir-là, à la fin du repas, Sophie se mit à fredonner une des chansons que Leila avait chantées l'après-midi. A son grand bonheur, celle-ci se mit à chanter elle aussi sous le regard ébahi des autres convives. A la fin de la chanson, toute la tablée exprima bruyamment sa joie. Marc resta plus discret. Il avait le regard plongé dans son assiette, mais Sophie s'aperçut qu'il était pâle et que ses mains tremblaient. Il était manifestement violemment ému.
L'attitude de Leila se mit à changer, en particulier vis-à-vis des autres enfants. Elle commença à participer timidement aux jeux et aux chansons. Peu à peu elle prit de l'assurance et se mit à participer de manière plus active. Par contre, elle restait encore muette en dehors des chansons. Sophie s'en désolait un peu, mais manifestement sa relation avec la petite fille était bénéfique à cette dernière et tous les espoirs étaient permis.
L'émotion de Marc le soir où Leila avait chanté pour la première fois avait surpris Sophie. Elle se mit à observer discrètement ce dernier et se rendit compte que, très souvent, il les regardait de loin, Leila et elle. Mais dès qu'il voyait qu'elle le regardait elle aussi, il prenait un air affairé et reprenait ses occupations. Un soir, au moment du repas, Sophie s'installa à côté de Marc avec la petite sur ses genoux. Au bout de quelques temps, prétextant un besoin pressant, elle mit d'autorité cette dernière sur les genoux de Marc avant de sortir de la tente. Lorsqu'elle revint quelques minutes plus tard, Leila était toujours sur les genoux de Marc et mangeait dans son assiette sous le regard ému de ce dernier. Elle se rassit et Marc lui rendit Leila avec regret.
— Elle ne me dérangeait pas, tu sais !
L'affection d'un deuxième adulte ne pouvant que faire du bien à la petite fille, Sophie prit l'habitude de s'asseoir à côté de Marc pour le repas du soir et de lui permettre de prendre Leila sur ses genoux pendant une partie du repas. Marc était toujours aussi ému et traitait Leila avec infiniment de douceur sous le regard attendri de toute la tablée.
Un matin, comme d'habitude, au moment de se lever, Sophie prit Leila dans ses bras et l'embrassa tendrement.
— Bonjour ma Leila !
— Bonzour ma Sophie !
Le cœur de Sophie fit un bond dans sa poitrine : La petite avait dit ses premiers mots. Durant la journée, Leila ne prononça pas d'autre phrase que « Bonzour ma Sophie », mais Sophie eut l'impression d'avoir remporté la victoire la plus importante de sa vie. Le soir, au repas, elle annonça la nouvelle à ses compagnons. Elle était rayonnante et Leila aussi. Tout le monde exprima sa joie à l'heureuse nouvelle. Leila resta sagement sans rien dire sur les genoux de Sophie mais, lorsque cette dernière l'installa sur les genoux de Marc, elle lui fit un grand sourire et lui dit d'un air triomphant :
— Bonzour ma Marc !
— Bonjour ma Leila !
Marc serra la petite dans ses bras et l'embrassa tendrement. Lorsqu'à la fin du repas tout le monde sortit de la tente, il s'approcha discrètement de Sophie et lui murmura :
— Merci Sophie.
— Merci de quoi ?
— Merci d'être qui tu es.
Sophie fut bouleversée par ces mots. D'abord parce qu'ils avaient été prononcés par Marc. Elle s'était aperçue que l'opinion qu'il avait d'elle lui importait énormément. Ensuite parce que ses paroles lui rappelaient celles qu'avait prononcées Cédric à l'hôpital après son overdose : « sois qui tu aimerais être ». Elle avait réussi à se débarrasser de tout ce fatras éducatif qui lui avait été inculqué pendant toute sa jeunesse et était comme un poisson dans l'eau dans cette petite équipe dont le seul but était de faire le bien.
Les jours qui suivirent, Leila commença à dire quelques premiers mots comme « veux, veux pas, manger, boire, pipi, caca ». C'était encore peu et surtout utilitaire mais l'important était que ses blocages étaient en train de disparaitre. D'autre part, il ne fallait pas oublier que Leila n'était pas francophone au départ. Ses parents parlaient une des nombreuses langues coexistant au Sud Soudan. Elle avait donc tout à apprendre de la langue française. Heureusement, à son âge, on pouvait s'attendre à ce qu'elle progresse rapidement. C'est pour cela que Sophie était convaincue de l'importance de lui parler toute la journée ainsi qu'elle le faisait depuis le début.
Elle décida ensuite de s'attaquer aux problèmes d'incontinence urinaire de Leila. Le soir, en lui mettant sa couche improvisée, elle lui disait sous forme de recommandation en lui montrant la couche :
— Pas pipi Leila ! oh non ! pas pipi !
Lorsqu'elle s'apercevait pendant la nuit ou au petit matin qu'un petit accident s'était produit, elle montrait la couche à Leila en disant d'un air désolé :
— Oh ! pipi ! Leila pipi !
Lorsqu'au petit matin elle constatait que la couche était sèche, elle s'exclamait sur un ton joyeux :
— Bravo ! Leila pas pipi !
Rapidement, la petite comprit où Sophie voulait en venir et se mit à répéter les mêmes formules qu'elle. Sophie lui fit comprendre qu'il fallait prendre ses précautions avant de dormir. La petite fille fit preuve de bonne volonté y compris pendant la nuit quand elles allaient rendre visite aux vieillards. En quelques semaines le problème fut réglé à leur grande satisfaction à toutes les deux. Il arrivait encore, malheureusement, que Leila fasse des cauchemars la nuit, même si c'était devenu nettement plus rare. Sophie pensait qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que le problème disparaisse rapidement si tant est que ce soit possible. L'horrible scène à laquelle Leila avait assisté lors du meurtre de ses parents resterait probablement gravée à tout jamais dans sa mémoire. Il fallait seulement espérer qu'un grand nombre de bons souvenirs lui rempliraient suffisamment la tête pour adoucir sa perception du passé.
Sophie se rendait bien compte qu'il s'agissait là de raisonnements à trois sous mais elle n'avait rien d'autre sur quoi s'appuyer. Seul un très bon psychologue serait capable de traiter le problème et cela ne pourrait se réaliser qu'en France. Mais on n'en était pas là.
Progressivement, grâce à Sophie qui continuait à lui parler à la moindre occasion et aux autres enfants avec lesquels elle était bien obligée de communiquer pour participer à leurs jeux, Leila enrichit considérablement son vocabulaire. Comme elle était loin d'être sotte, elle se mit à développer des stratégies pour gagner lorsque les jeux comportaient une part de compétition. Il lui arrivait même de tricher à l'occasion, mais Sophie n'arrivait pas à déterminer si c'était pour gagner ou simplement par espièglerie car, la plupart du temps, lorsqu'elle se faisait reprocher de tricher, elle éclatait de rire.
— Pas tricer ! Aller plus vite !
— Leila tu es une friponne !
— Oui ! Friponne !
— Et la petite fille éclata de rire.
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Monplaisir71
19 novembre 2025 à 10:14
Marie-Claude et Cédric seraient sans aucun doute très heureux de voir Sophie aussi épanouie et dévouée. J'ai hâte que leurs chemins se recroisent tant les retrouvailles devraient être émouvantes.
Soyez respectueux
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Frodon
19 novembre 2025 à 09:06
Doux, tendre…. J’adore !
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Frederyc
18 novembre 2025 à 23:18
Magnifique récit et si humaniste !
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Photo de profil de OlivX
OlivX
18 novembre 2025 à 16:50
Episode terriblement émouvant.
Marc révèle une sensibilité que son coté bourru avait jusque là caché
Soyez respectueux
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Mibou
18 novembre 2025 à 15:04
Cher unzesrz85
Vos textes sont des enchantements et nous permettent de rêver et de s'évader. Surtout, ne changez rien en espérant que rien n'arrivera de fâcheux à vos personnages.
Merci.
Soyez respectueux
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