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Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Cybèle et pourtant — Chapitre 7

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Cybèle et pourtant

Chapitre 7

Timidité
MarieClaude avait attendu avec impatience que le samedi arrive. Le jour venu elle se rendit dès qu'elle le put aux bureaux de l'association où on devait leur donner les bons de participation et leur indiquer les heures et lieux de rendez-vous. Le bureau était prévenu du fait que Sophie était remplacée par Cédric et MarieClaude devait se charger du bon de participation de ce dernier. Elle trépignait littéralement d'impatience en faisant la queue. Enfin elle obtint les billets et les informations nécessaires et alla s'installer sur un banc devant l'école pour parler tranquillement à Cédric. Elle l'appela et il répondit aussitôt.
— Allô ?
— C'est MarieClaude, dit-elle timidement.
— MarieClaude ? Tu ne peux pas savoir comme je suis heureux de t'avoir au téléphone. D'où téléphones-tu ?
— Je suis assise sur un banc devant l'école et je voulais te préciser…
Cédric l'interrompit :
— J'arrive tout de suite !
Moins de dix minutes après il était là et il s'assit près d'elle sur le banc.
— C'est gentil d'être venu mais je t'aurais donné ton bon de participation demain matin au car.
— Je sais. Alors dis-moi comment vas-tu ? Tu n'as pas été trop fatiguée par toute cette marche à pied dimanche dernier ?
— Je…
— Tu sais j'ai été vraiment enchanté du temps qu'on a passé ensemble. J'ai trouvé ça trop court.
Il était euphorique.
— Je…
— Il faudra la prochaine fois que tu me fasses visiter le musée d'art moderne.
— Je…
— Ce que je voudrais surtout savoir (Il devint soudain grave) c'est comment tu as digéré ce qui s'est passé à la fin. Je dois t'avouer que j'ai été bouleversé par ton autoportrait et par le récit que tu m'as fait ensuite. Si j'avais pu être là, jamais une chose pareille n'aurait pu se passer. Je rêve qu'un jour ça puisse n'être plus qu'un très mauvais souvenir.
— Tu sais, tu es la seule personne à qui j'ai raconté cette histoire.
— Je suis fier que tu m'aies fait assez confiance pour le faire. Je ne te décevrai jamais à ce sujet et sur aucun autre sujet d'ailleurs.
MarieClaude avait le cœur qui battait à rompre dans sa poitrine. Ce n'était pas une déclaration d'amour, et il n'y en aurait peut-être jamais, mais c'était au moins une profonde marque d'affection. Quoiqu'il arrive leur relation ne serait jamais superficielle. Cédric reprit :
— Est ce que ça te dirait qu'on aille un peu discuter autour d'un verre ?
— J'aime autant rester ici au soleil. Elle ajouta d'une voix à peine audible étonnée de sa propre audace : Avec toi.
Cédric à son tour sentit son cœur battre la chamade. Il mourait d'envie de la prendre dans ses bras et il était sur le point de lui dire son amour pour elle mais il se retint. Il avait trop peur de l'effaroucher, de la faire fuir ou tout simplement d'essuyer un refus. Il ne voulait pas apparaître comme le séducteur qu'il n'était pas. C'était pour la vie qu'il voulait construire quelque chose avec elle et il lui semblait que c'était incompatible avec une approche à la hussarde. Il lui faudrait encore du temps avant de se déclarer. Le garçon habituellement solide et sûr de lui se sentait comme un gamin intimidé face à une petite bonne-femme qui pourtant était tout sauf intimidante. Il se contenta de répondre :
— Moi aussi j'aime bien être avec toi.
MarieClaude fut un peu déçue. Elle avait perçu l'émotion de Cédric et pensé un court instant qu'il allait lui dire quelque chose de plus fort. Mais elle se raisonna : Il était tellement gentil avec elle et il aurait peut-être un jour envie de s'engager plus avant. Sait-on jamais. En attendant, elle savourait le bonheur d'être à ses côtés, même si elle aurait préféré être entre ses bras.
— Voici le programme des réjouissances : Il y aura deux autocars qui partent à 8 heures 30 de la place Esquirol. Il faut être sur place au plus tard à 8 heures. Le trajet dure trois heures et demie dont une halte d'une demi-heure à Ax-les-thermes ou on nous servira un petit café rapide. En arrivant à Andorre la vieille nous nous diviserons en deux groupes. Le premier groupe dont nous faisons partie ira directement déjeuner dans un restaurant où une salle nous est réservée. Je ne connais pas le menu. Les cars nous emmènent à 14 heures au musée du tabac où il y a l'exposition permanente sur le tabac et une exposition temporaire sur des peintres espagnols de la fin du dix-neuvième siècle. Ensuite on nous emmènera visiter le Sanctuaire de Meritxell de 16 heures à dix-sept heures. Ensuite quartier libre à Andorre la vieille. Le retour se fait à dix-neuf heures. Le deuxième groupe est un groupe de randonneurs. Ils ne viendront pas au restaurant mais partiront directement en randonnée dans la montagne en emportant des sandwichs pour manger un peu en route. Ils reviendront à dix-neuf heures pour prendre un repas dans le restaurant ou nous-mêmes serons allés à midi et repartiront en car vers vingt et une heure. Philippe et Armelle ne souhaitaient pas rentrer trop tard car le lendemain ils vont passer quelques jours à Condom et aimeraient y être relativement tôt. Comme de mon côté je ne peux pas marcher très longtemps nous avons choisi le premier groupe. Voilà je crois que je n'ai rien oublié. Tu veux que je te donne tout de suite ton billet ?
— Ce n'est pas la peine car je passerai te chercher à huit heures moins le quart en voiture. Bien sûr au retour je te ramènerai.
— Tu sais si ça te dérange je peux demander à Armelle que Philippe et elle passent me chercher.
— Non seulement ça ne me dérange pas mais j'y tiens absolument. De toute façon, quand tu auras besoin d'aller quelque part, j'aimerais que ce soit à moi que tu le demandes. Si j'ai une impossibilité je te le dirai.
— D'accord.
— Parle-moi un peu de Condom. C'est joli ?
— Assez joli mais c'est une petite ville de province de sorte que c'est relativement peu animé. Il y a à peu près sept mille habitants. Je suppose qu'Èze doit être beaucoup plus animée.
— C'est évidemment très animé pendant la saison touristique qui dure en gros de début avril à fin octobre. A partir de la Toussaint et jusqu'à fin mars c'est beaucoup plus calme d'autant plus qu'il n'y a que trois mille habitants. Maman profite de la morte saison pour visiter des salons et aussi pour aller voir des artisans d'art avec lesquels elle a déjà travaillé. Elle a un goût très sûr de sorte que son affaire marche bien. Je t'ai dit qu'elle avait fait les beaux-arts à Paris je crois. Vous devriez bien vous entendre quand tu viendras à Èze.
MarieClaude sentit son cœur faire un nouveau bond dans sa poitrine. Il voulait la présenter à ses parents, c'était évident. Pour en avoir le cœur net elle répondit :
— Et toi aussi tu devrais venir nous voir à Condom.
— J'y compte bien !
— C'est vrai que tu viendras au mariage d'Armelle et Philippe.
— Oui mais j'espère bien que tu me feras connaître tes parents avant.
MarieClaude n'osait pas y croire. Il semblait que Cédric avait des intentions précises à son sujet. Sous l'émotion elle en fit tomber son sac par terre et dut s'y reprendre à trois fois pour le ramasser. En fait Cédric avait volontairement abordé le sujet car il voulait la préparer peu à peu à la déclaration qu'il comptait lui faire. Donc il valait mieux commencer tout de suite. Il ne manqua pas de remarquer le trouble qu'il avait provoqué chez MarieClaude et il commença à penser qu'il pourrait bien arriver à la conquérir s'il ne brusquait pas trop les choses.
Le ciel, jusque-là limpide commença à se couvrir et un petit vent frais se mit à souffler. MarieClaude se mit à frissonner.
— Tu sais, on ferait mieux d'aller prendre quelque chose de chaud insista Cédric. Je connais un salon de thé près des allées Jaurès. C'est assez intime. Nous y serions tranquilles.
Ils reprirent donc la voiture où Cédric, toujours aussi prévenant l'installa le plus confortablement possible. La voiture était déjà très confortable mais il mettait un point d'honneur à traiter MarieClaude comme un bibelot précieux. Ils s'installèrent bientôt dans un coin intime du salon de thé, commandèrent deux chocolats et se remirent à parler de sujets divers et variés Ils n'avaient aucun mal à trouver des sujets. Cédric contemplait MarieClaude sans même essayer de le faire discrètement. Celle-ci était sur un petit nuage.
Au bout d'une heure il la raccompagna chez elle. En le quittant, elle lui fit un petit baiser tendre sur la joue et cette fois ce fut lui qui rougit.
Arrivée
Le lendemain matin Cédric se leva à six heures pour aller faire une demi-heure de footing. A son retour, il prit une bonne douche, se lava les cheveux et se rasa avec application. Il choisit pour s'habiller un pantalon en coton beige, une chemise blanche à manches courtes, un pull léger couleur caramel et une paire de mocassins marron clair. A huit heures moins le quart il sonna à la porte du petit pavillon. Cette fois il était pile à l'heure. Ce fut la vieille dame qui lui ouvrit. Il lui dit bonjour, mais avant qu'elle eut pu lui répondre, MarieClaude surgit de sa chambre. Elle portait la même jolie tenue que le dimanche précédent. Cette fois elle avait réussi à rester dans sa chambre pour l'attendre, mais il ne fallait pas lui en demander plus. Elle se précipita avec enthousiasme vers Cédric, lui claqua un gros baiser sur la joue et le prenant par le bras se dirigea fermement vers la voiture en disant :
— Au revoir madame Alquier. Je rentrerai sans doute tard ce soir. Ne vous inquiétez surtout pas.
En arrivant à la voiture, Cédric se retourna vers la vielle dame et lui adressa un petit sourire d'excuse. Elle n'avait pas même eu l'occasion de dire un seul mot. Elle les regarda partir un peu interloquée, puis, souriant en elle-même, elle rentra chez elle. La petite était entre de bonnes mains.
Pendant le trajet jusqu'à la place Esquirol MarieClaude n'arrêta pas de babiller avec animation. Elle était euphorique. Il faisait beau, elle était avec Cédric, tout allait bien. A la fin elle s'arrêta songeuse un court instant puis reprit d'un ton convaincu :
— Je suis sûre que ça va être une super journée.
Arrivés à destination, Cédric gara sa voiture au parking payant et ils se dirigèrent vers le lieu où attendaient les cars. Armelle et Philippe venaient tout juste d'arriver. Armelle embrassa Cédric affectueusement pendant que Philippe en faisait de même avec MarieClaude. Puis Armelle présenta les deux garçons l'un à l'autre.
Cédric mon cousin, Philippe mon fiancé. Cédric et Philippe se serrèrent la main.
— Armelle m'a beaucoup parlé de toi Philippe. Je suis content de faire ta connaissance.
— Armelle m'a aussi beaucoup parlé de toi. Elle est si enthousiaste quand elle le fait que j'en suis presque jaloux.
Philippe était assez grand mais d'un gabarit plus modeste que Cédric. Il était blond et plutôt joli garçon. Il ne paraissait pas très vieux mais il semblait déjà très mûr. Armelle et lui étaient manifestement faits l'un pour l'autre et leur couple donnait une agréable impression d'harmonie. Les deux garçons sympathisèrent tout de suite et, immédiatement, une ambiance chaleureuse régna entre les quatre jeunes-gens. Comme ils étaient arrivés dans les premiers ils purent choisir quatre places sur la même rangée à cheval sur l'allée centrale. Bien entendu Armelle et Philippe se mirent à côté l'un de l'autre du côté gauche de l'allée centrale, Armelle se mettant côté fenêtre. MarieClaude préféra être du côté de l'allée et Cédric se mit donc côté fenêtre. Pour parler aux autres, Armelle et Cédric devaient se pencher en avant, mais c'était finalement la meilleure solution car elle n'isolait pas MarieClaude tout en permettant quand même aux deux garçons de bavarder.
Le car se remplit peu à peu et les nouveaux arrivants commencèrent à bavarder eux aussi en s'interpellant joyeusement. Cédric constata rapidement que comme l'avait prévenu Armelle, ils n'avaient rien à voir avec la faune qu'il avait côtoyée lors de la soirée chez Sophie. L'ambiance était simple et chaleureuse. Ici les gens n'étaient pas là pour parader mais pour s'amuser. Les deux cars partirent bien entendu avec dix minutes de retard pour attendre les inévitables retardataires. C'est en général prévu et les organisateurs prennent une marge de sécurité. Au pire ils pouvaient écourter la pause à Ax-les-Thermes. A l'aller, il était prévu que les cars ne prendraient pas l'autoroute mais l'ancienne route de Narbonne parallèle à celle-ci. C'est pour cela qu'il fallait presque deux heures pour rallier Ax-les-Thermes. Si on ajoutait la demi-heure de halte et un peu plus d'une heure pour arriver à Andorre la Vieille, ils arriveraient aux alentours de midi et quart.
L'ambiance était gaie et bruyante. Les passagers s'interpellaient d'un bout à l'autre du car. Parfois on ne s'entendait plus. Les deux couples essayaient bien de converser entre eux mais ils étaient presque obligés de crier pour arriver à s'entendre. Cédric et MarieClaude se mirent à bavarder entre eux comme Armelle et Philippe. Ils riaient ensemble en entendant les garçons se moquer chacun de l'accent de son voisin en l'imitant. Cédric avait l'impression qu'ils avaient tous le même accent mais ce n'était visiblement pas le cas pour eux et il fallait entendre les Biterrois se moquant de l'accent des Narbonnais qui se moquaient de ceux de Carcassonne lesquels singeaient les perpignanais et réciproquement. Peu à peu l'excitation retomba et, comme deux étudiants avaient amené leur guitare, ils se mirent à chanter des airs traditionnels de la région. Philippe, Armelle et MarieClaude se mirent à chanter comme tous les autres. Cédric était enchanté.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas rencontré une ambiance aussi chaleureuse. MarieClaude avait une jolie voix avec un léger accent du Sud-Ouest qui ajoutait à son charme.
Vers dix heures et demie ils arrivèrent à Ax-les-Thermes comme prévu. Les garçons se dégourdirent les jambes pendant que les filles se précipitaient vers les toilettes. Ensuite il y eut une distribution de café et de biscuits et, à onze heures, ils reprirent la route. Cette dernière portion était une route de montagne qui montait jusqu'à la principauté d'Andorre. Les passagers pouvaient contempler le magnifique paysage qui se présentait à eux. La route s'élevait peu à peu le long des flancs de vallées étroites et ombragées. Le ciel était limpide et les bords de la route étaient couverts de fleurs. La flore de montagne est étonnamment variée car tous les cent mètres ou moins l'orientation change ce qui modifie les conditions d'ensoleillement. Par ailleurs de nombreux petits ruisseaux descendent de la montagne, ce qui crée des zones d'humidité. Ce sont ces écarts d'ensoleillement et d'humidité qui entraînent la variété de la flore.
Afin de mieux voir le paysage, MarieClaude était penchée devant Cédric et s'appuyait des deux mains sur ses genoux. Comme elle risquait de fatiguer, Cédric lui avait passé le bras autour des épaules pour la maintenir. Ils étaient tout près l'un de l'autre, même si MarieClaude n'osait pas s'appuyer complètement sur Cédric. Elle était tout de même assez près pour qu'il s'enivre de son odeur. Elle sentait bon. Il avait envie qu'elle reste ainsi contre lui. Elle, de son côté, n'avait aucune envie de se rasseoir normalement de sorte que, même quand le paysage offrait moins d'intérêt, ils restaient ainsi faisant semblant de continuer à s'y intéresser. Ils s'étaient même subrepticement rapprochés un peu plus l'un de l'autre. Armelle, de l'autre côté de l'allée regardait aussi le paysage et quand ce n'était pas le cas, elle ne pouvait pas les voir car Philippe lui bouchait la vue. Philippe par contre les regardait avec curiosité.
Il les savait proches mais ne s'attendait pas à cette forme d'intimité. Ils lui donnaient l'impression d'être coupés du reste du monde. Il pensa, amusé, au proverbe qui dit que les amoureux sont seuls au monde. Ce qui amusait le plus Philippe c'était qu'ils n'osaient manifestement pas s'appuyer l'un contre l'autre alors que ça aurait été nettement plus confortable pour tous les deux. Il aurait presque eu envie de leur dire « Allez ! Ne soyez pas si timides ! Allez-y franchement puisque vous en mourez d'envie !». Il se retenait car il se souvenait qu'Armelle et lui-même avaient eu la même approche timide quand ils étaient tombés amoureux l'un de l'autre.
Enfin les cars arrivèrent à Andorre la Vieille et les déposèrent devant le restaurant. Il était midi dix ; ils étaient à l'heure. Ils pénétrèrent tous dans la grande salle et les quatre amis s'installèrent en bout de table, les garçons en face des filles. Il y avait pas mal de brouhaha dans la salle et l'ambiance était extrêmement joyeuse mais comme les participants devaient s'interrompre pour manger, le bruit n'était pas aussi assourdissant que dans le car. Ils purent donc discuter entre eux plus facilement, les garçons d'un côté et les filles de l'autre. Leurs discussions étaient animées mais Philippe remarqua que Cédric et MarieClaude se jetaient alternativement des regards appuyés et en perdaient le fil de la discussion. Philippe ne pouvait voir quel type de regard Cédric portait sur MarieClaude mais il avait peu de doute à ce sujet. Quand à MarieClaude, les regards de quasi adoration qu'elle adressait à Cédric ne laissaient aucun doute sur les sentiments qu'elle lui portait.
Armelle ne semblait rien remarquer. Il fallait croire que Cédric était plus discret. Au moment de manger la volaille qui constituait le plat de résistance, Cédric, voyant que MarieClaude avait un peu de mal à dépiauter la sienne, lui prit son assiette et le fit à sa place puis la lui rendit tout en continuant à discuter avec Philippe avec le plus grand naturel. Manifestement, s'occuper de MarieClaude était une chose qui lui semblait aller de soi. Ils donnaient l'impression d'être un couple et cette impression s'amplifia au cours de la journée. Ils n'en étaient pas encore un mais se comportaient de la même manière, même s'ils n'affichaient aucune marque trop explicite des sentiments qu'ils se portaient. Mais à la lumière de ce dont il s'était rendu compte pendant le trajet puis le repas, Philippe découvrit un tas de petits signes qui le confortèrent dans ses premières impressions.
Visites
Vers quatorze heures les cars revinrent les chercher pour les mener au musée du tabac à Sant Julia de Loria quelques kilomètres au sud d'Andorre la Vieille. Le musée se situait dans un bâtiment du début du vingtième siècle dans les locaux de l'ancienne fabrique de tabac Reig fermée en 1957. Les visiteurs étaient guidés par un système multimédia expliquant les différents procédés du travail du tabac, la manufacture des produits et leur commercialisation. Pour cette visite ils n'avaient pas besoin des explications de MarieClaude qui d'ailleurs n'aurait pas été très à l'aise pour aborder un sujet qui ne la concernait pas du tout. Elle se contenta donc d'écouter et de regarder comme tout le monde. Elle était accrochée au bras de Cédric qui, de manière tout à fait naturelle, avait posé sa main sur la sienne. Armelle avait bien remarqué la chose mais elle n'y voyait qu'une simple marque de gentillesse.
Philippe y voyait la confirmation de ses soupçons d'autant plus que, de temps en temps, MarieClaude appuyait furtivement la tête contre l'épaule de Cédric.
Après la visite de l'exposition permanente, visite qui les avait relativement peu intéressés, ils furent dirigés vers une salle où se tenait l'exposition temporaire. Comme une exposition permanente sur le tabac n'était pas susceptible d'attirer grand monde, le musée organisait régulièrement des expositions temporaires sur des sujets variés. Il y avait eu, par exemple une exposition sur le photographe Robert Doisneau. Cette fois il s'agissait d'une exposition sur des peintres espagnols. Le peintre principal de l'exposition était Joaquin Sorolla y Batisda qui avait peint sur une période s'étalant en gros de 1880 à 1920. Il y avait aussi des œuvres de plusieurs peintres contemporains de Sorolla comme Gonzalo Bilbao et d'autres plus jeunes formés dans l'atelier de Sorolla comme José Mongrell. Joaquin Sorolla fut le plus grand représentant du mouvement luministe espagnol.
Le luminisme tentait de capturer et de rendre la lumière et les couleurs de l'Espagne et en particulier de sa façade méditerranéenne. Les tableaux de Sorolla présentent des scènes de la vie des gens du peuple. Il y a aussi des paysages. Dans tous les cas, l'artiste s'attachait à rendre l'effet de la lumière sur ses sujets.
Là, par contre, MarieClaude était intarissable. Elle avait soigneusement potassé le sujet en allant chercher sur internet des informations sur les œuvres exposées. Elle lisait bien l'espagnol et le comprenait assez bien, surtout si son interlocuteur ne parlait pas trop vite. Par contre, elle ne le parlait pas très bien car elle manquait de pratique. Elle n'avait pas eu trop de mal à traduire les informations qui étaient la plupart du temps fournies dans cette langue.
Le guide officiel était plus un interprète qu'un spécialiste et en dehors d'un texte tout préparé il ne pouvait guère répondre à des questions.
Il était là surtout parce qu'Andorre est majoritairement de langue catalane et espagnole même si le président de la république française est coprince d'Andorre avec l'évêque d'Urgel. Il n'était pas aussi bien documenté que MarieClaude. De plus, comme elle était passionnée par la peinture et possédait des qualités pédagogiques indéniables, elle était beaucoup plus intéressante que lui. Au début, nos quatre amis étaient un peu en arrière du groupe des visiteurs et MarieClaude faisait la présentation pour ses trois compagnons. Les étudiants qui étaient devant eux entendirent ses explications et se mirent à les suivre. Puis d'autres étudiants, voyant qu'il y avait un autre guide qui avait l'air de passionner ses auditeurs, se rapprochèrent à leur tour. Bientôt la plupart des étudiants s'étaient regroupés derrière MarieClaude et écoutaient ses explications dans un silence religieux. A la fin le guide officiel se rendit compte de la chose.
Il se résigna et se contenta d'écouter mêlé à la foule. Il était d'ailleurs très satisfait de compléter ses propres connaissances. A la fin de la visite il remercia MarieClaude et les participants la félicitèrent, ce qui la fit rosir de plaisir. Cédric se rengorgeait. Il était fier pour MarieClaude. Il aurait voulu dire au monde entier « Voyez comme elle est merveilleuse !». La plupart du temps MarieClaude était restée accrochée à son bras et les rares fois où elle avait dû le lâcher pour montrer un détail intéressant sur une toile, il avait gardé une main protectrice sur son épaule. Il avait d'ailleurs passé plus de temps à la regarder qu'à regarder les tableaux. Quand il était avec elle il avait de plus en plus de mal à se concentrer sur autre chose. Bien entendu, Philippe qui ne pouvait pas s'empêcher de les observer discrètement avait remarqué leur manège.
Il était très attendri de voir les deux tourtereaux s'approcher l'un de l'autre avec précaution sans oser se livrer complètement. Il n'était pas surpris que le beau garçon prévenant qu'était Cédric ait séduit MarieClaude. Au début il avait été un peu surpris de les voir si proches car il était évident que Cédric devait plaire à de nombreuses femmes nettement plus séduisantes qu'une jeune fille timide, pas jolie et boiteuse de surcroît. Mais à présent ce qui lui paraissait évident c'est que c'étaient les qualités affectives et morales de MarieClaude qui avaient séduit Cédric et que très probablement il la voyait belle car il voyait son âme.
La visite terminée, ils retournèrent vers les cars qui les amenèrent cette fois au nord d'Andorre la Vieille à Meritxell afin de visiter le sanctuaire de Notre Dame de Meritxell. Arrivés sur place, Philippe, qui avait amené un appareil photo, commença par prendre quelques photos de l'entrée du sanctuaire puis, comme le site s'y prêtait particulièrement, leur proposa de prendre quelques photos d'eux-mêmes. Ils firent tout d'abord des photos des deux filles ensemble, puis des deux garçons, puis d'Armelle et Philippe et enfin, Philippe demanda à Cédric et MarieClaude de se mettre l'un près de l'autre pour qu'il puisse les prendre à leur tour. Ils prirent donc la pause en souriant, Cédric entourant les épaules de MarieClaude de son bras gauche. Philippe, malicieusement, demanda à Cédric s'il avait aimé l'exposition sur les peintres tout en les visant avec l'appareil photo. Cédric lui répondit succinctement et, bien entendu, MarieClaude regarda Cédric pendant qu'il répondait.
Philippe put ainsi capter le regard d'adoration qu'elle jetait à Cédric et prit un instantané. Il fit ensuite mine de gronder MarieClaude et leur dit qu'il fallait qu'il prenne une autre photo. Mais cette fois, ce fut à MarieClaude qu'il demanda si elle avait préparé la visite du sanctuaire avec la même minutie que pour les peintres espagnols. Ce fut cette fois Cédric qui regarda MarieClaude pendant qu'elle répondait. Philippe immortalisa aussitôt le regard chargé de toute la tendresse du monde qu'adressait Cédric à MarieClaude, puis dit en riant à Cédric qu'il ne pourrait jamais les prendre en photo si un seul d'entre eux regardait à la fois. Cette fois il ne posa pas de question et prit une nouvelle photo. Il en prit ensuite une ou deux autres pour donner le change. Puis ils commencèrent la visite pendant que MarieClaude donnait les premières explications.
— Ce qu'il faut savoir en premier c'est que Notre Dame de Meritxell est la patronne de la principauté d'Andorre. Elle a une très grande importance pour les Andorrans qui la vénèrent. A l'origine il y a ce que certains appellent une légende et d'autres un miracle et qui date du douzième siècle :
Un jour de la fête des Rois, des habitants du hameau de Meritxell, en se rendant à pied jusqu'au village de Canillo pour y assister à la messe, eurent la surprise de trouver un rosier sauvage en fleur en plein mois de janvier. Intrigués par la plante, ils s'en approchèrent et virent au pied du rosier une statue de la Vierge. Ils firent part de leur découverte au recteur qui décida, après la messe, de ramener la statue, accompagné de tout le village, à l'église de Canillo.
Le lendemain, à l'ouverture de l'église, la statue de la vierge avait disparu. Un voyageur passant par-là avertit le recteur qu'il venait de découvrir au pied d'un rosier en fleur, une statue de la Vierge. Le village se rendit alors à nouveau sur les lieux et découvrit qu'effectivement, la statue était bien là, et que malgré les fortes chutes de neige de la nuit, le rosier était fleuri et que la neige avait fondu tout autour.
Il fut alors décidé de construire une église pour protéger et adorer cette statue de la Vierge dans le hameau de Meritxell. Au seizième siècle un sanctuaire de style roman fut construit et la statue y fut transférée.
Malheureusement l'ancien sanctuaire roman du seizième siècle, a totalement disparu dans un incendie, dans la nuit du 8 au 9 septembre 1972. La statue représentant la Vierge a également été détruite.
Le parlement d'Andorre a alors décidé de faire bâtir un nouveau sanctuaire et a commandé sa conception à Ricardo Bofill un architecte catalan très connu qui le conçut comme une réinterprétation de l'art roman. Une reproduction de la statue détruite fut réalisée à partir des nombreuses photos dont on disposait et installée dans le nouveau sanctuaire. L'ancienne chapelle restaurée contient elle aussi une reproduction de la statue de plus petite dimension. En admirant le sanctuaire, on remarque les très nombreuses arches rappelant l'architecture romane et qui viennent adoucir la sévérité des formes de l'ensemble.
Un chemin a été aménagé tout autour du sanctuaire. Il comporte des escaliers car il domine le sanctuaire dans sa partie arrière, offrant une vue saisissante sur l'intérieur de ce dernier et en particulier sur le magnifique cloître.
La visite du site et le parcours du chemin aménagé était un enchantement d'autant plus que le temps magnifique qui régnait ce jour-là mettait particulièrement en valeur les couleurs et les contrastes. Ils terminèrent la visite en parcourant paresseusement le chemin en bavardant et en admirant le spectacle qui leur était offert. Cédric avait pris MarieClaude par la main pour l'aider à franchir le premier escalier et ensuite n'avait plus lâché celle-ci. Ils savouraient cet instant magique où ils sentaient leurs cœurs progresser doucement l'un vers l'autre.
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Photo de profil de Frodon
Frodon
24 décembre 2025 à 07:24
Cédric et MarieClaude semblent bien avoir trouver leur âme sœur. Je me réjouis de leur bonheur.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Armen75
Armen75
21 décembre 2025 à 09:15
Délicieux. Merci
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Gubbe
30 août 2025 à 17:54
Cela fait du bien de lire cette trés belle histoire,
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Photo de profil de Frederyc
Frederyc
30 août 2025 à 00:07
Adorable !
Soyez respectueux
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