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Couverture de Cybèle et pourtant, par unzeste85
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Cybèle et pourtant — Chapitre 28

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Cybèle et pourtant

Chapitre 28

La chambre de Valentin
- Comment trouves-tu ta nouvelle chambre Valentin ?
Le petit garçon inspecta la chambre. C'était un grand jour pour lui. Cela faisait trois mois qu'il attendait le moment où il quitterait définitivement l'hôpital, ne s'y rendant que pour ses séances de rééducation. Ces dernières se passaient moins mal qu'au début. Les douleurs étaient beaucoup moins vives et les progrès étaient devenus sensibles. Ceci, ajouté à l'affection que lui témoignaient Cédric, MarieClaude et toute la famille Roussel, avait ranimé son courage. Il commençait à croire qu'un jour il remarcherait.
La remise des clés de la nouvelle maison de Cédric et MarieClaude s'était faite finalement à la mi-décembre, mais il avait fallu du temps à ceux-ci pour procéder aux premiers aménagements. Ils avaient réussi à organiser leur déménagement le vingt-trois décembre, mais les fêtes de Noel étaient venues perturber leur emploi du temps.
Simona avait obtenu la garde de Valentin et avait décidé qu'il passerait les fêtes de Noël à Condom chez ceux qu'il considérait désormais comme son papy et sa mamie, ce qui comblait ces derniers. Les parents du petit garçon avaient protesté, mais ils étaient plutôt mal placés pour le faire étant donné qu'ils s'étaient dessaisis volontairement de l'autorité parentale au profit de leur fille. Le juge aux affaires familiales avait peu apprécié leur décision de ne plus venir passer le week-end auprès de leur fils. Certes, ils n'étaient pas aisés, mais Auch n'est qu'à une heure de Toulouse en voiture et une heure trente en train. D'autre part, il est possible de rajouter un lit pour un accompagnant adulte dans la chambre d'un enfant hospitalisé. Lorsqu'il avait convoqué Simona afin de vérifier si elle avait les qualités requises pour s'occuper de son petit frère, il avait eu la surprise de la voir arriver accompagnée de cinq autres adultes aux visages remplis d'anxiété.
Simona lui avait expliqué qui ils étaient et quel était leur projet à tous pour faciliter la vie du petit garçon. Il n'avait pas hésité très longtemps avant de prendre une décision positive en faveur de la jeune femme. Lorsqu'il entendit les cris de joie des Roussel, il n'eut aucun doute : Il avait pris la bonne décision.
La fête de noël avait été un enchantement pour le petit garçon. Roger avait installé dans le jardin un gigantesque arbre de noël illuminé de centaines de lampes de toutes les couleurs, et de guirlandes. Valentin avait été scandaleusement gâté par ses « Grands-parents » qui ressentaient tous les deux un profond amour pour cet adorable blondinet. Depuis trois mois, il faisait du charme à Michèle qui craquait complètement. Il fallait reconnaître que si le petit garçon menait Michèle par le bout du nez, ce n'était pas pour autant un enfant capricieux. Lorsque, par hasard, il se voyait refuser quelque chose, il le prenait avec philosophie. Simona ne pouvait financièrement soutenir la comparaison avec ses futurs beaux-parents en matière de cadeaux. Elle avait toutefois réussi à lui trouver une maquette à réaliser soi-même qui lui avait beaucoup plu. Quant à MarieClaude, elle avait réalisé un tableau représentant la grande sœur de Valentin.
Contrairement à son habitude, elle n'avait pas réalisé une œuvre abstraite mais un portrait très ressemblant et particulièrement réussi. Elle l'avait fait encadrer pour que Valentin puisse le mettre au mur de sa nouvelle chambre.
Les jours suivants, pendant que Valentin retournait passer une dernière semaine à l'hôpital, le jeune couple avait réussi à aménager le séjour, l'atelier de peinture et deux chambres à l'étage. Cédric avait un peu rechigné au début car il était prévu initialement que leur chambre soit au rez-de-chaussée, l'étage étant réservé aux enfants, mais MarieClaude avait fait valoir que Valentin avait peur du noir et serait rassuré de les savoir proches. Cédric n'arrivait pas à refuser quoi que ce soit à son épouse. Il accepta donc l'organisation qu'elle proposait. L'atelier de peinture était équipé de façon encore sommaire, mais il était nécessaire, dès le début, que MarieClaude puisse l'utiliser puisqu'elle allait devoir désormais être présente tous les après-midi de la semaine. Elle avait par contre eu à cœur de préparer une belle chambre pour Valentin. Les meubles étaient fonctionnels mais de couleurs gaies.
Ils avaient été ornés d'autocollants variés représentant principalement des animaux. Elle avait aussi mis des autocollants sur les montants du lit médicalisé et l'avait recouvert d'un couvre-lit orné d'un grand motif représentant un cow-boy sur son cheval sur fond de prairie. Elle avait fait réaliser deux posters à partir de photos prises au Kenya. Sur la première figurait un Galago installé confortablement sur une table de restaurant. Il était assis sur son arrière-train et était en train de manger un morceau de fruit qu'il tenait avec ses pattes de devant. Sur l'autre on voyait un couple de singes verts avec leur petit. Le portrait de Simona avait été accroché au-dessus du lit en compagnie d'un crucifix en bois.
Valentin examina d'un air satisfait le couvre-lit, les deux grands posters et le portrait de sa sœur. Cette chambre lui plaisait énormément. Comme beaucoup d'enfants, il adorait les photos d'animaux et le dessus de lit était superbe. Il allait se tourner vers MarieClaude pour lui exprimer son bonheur, quand il remarqua le crucifix.
— Pourquoi t'a mis un crucifix ?
— Ça ne te plait pas ?
— Ben… ça fait drôle. A la maison, il n'y en avait pas.
— Tu n'es pas baptisé ?
— Si ! Mon papa disait que ça pouvait pas faire du mal.
— Mais, tu n'es pas souvent allé à la messe, je suppose.
— On n'y est jamais allé. Et puis papa a dit que le bon dieu, il ne servait à rien puisqu'il n'avait rien fait pour que je n'aie pas mon accident.
— C'est ce que tu penses ?
— Ben… c'est vrai qu'il a rien fait. Peut-être qu'il aime pas les petits garçons qui font des bêtises.
— Moi je crois qu'il aime tous les petits enfants et même ceux qui font des bêtises.
— Alors, pourquoi il m'a fait avoir un accident ?
— Dis-moi, c'est le bon dieu qui conduisait la mobylette ?
— Non… c'était moi.
— Tu penses qu'il aurait dû conduire la mobylette à ta place ?
— Ya pas la place ! Il aurait fallu que je descende.
— C'est exact mon chéri. Et il ne pouvait pas conduire non plus la voiture qui t'a blessé parce qu'il y avait déjà quelqu'un au volant. Mais dis-moi, ta chambre te plait ?
— Oui ! Elle est super !
— Tu aurais préféré que ce soit le bon dieu qui la décore au lieu que ce soit moi ?
— Oh non ! Je suis sûr que ça aurait été moins bien !
— Eh bien, tu vois, ce n'est pas dieu qui conduisait la mobylette, ce n'est pas lui qui conduisait la voiture et ce n'est pas lui qui t'a fait une belle chambre. Dieu nous dit ce qui est bien et ce qui est mal, mais c'est nous qui décidons de faire ce que nous voulons. Ça ne veut pas dire qu'il s'en fiche. Il est content quand nous faisons ce qui est bien et il n'est pas content quand nous sommes méchants.
— Ça le met en colère ?
— Oui, ça le met très en colère et souvent il a envie de nous punir, mais son fils Jésus Christ que tu vois sur la croix au-dessus de ton lit lui demande de nous pardonner.
— Pourquoi il est sur une croix ?
— C'est toute une histoire. Si tu veux je peux te donner un livre qui raconte sa vie. Ça s'appelle les évangiles. Si, un jour, ça t'intéresse, tu pourras les lire. En attendant, si tu préfères, je peux enlever la croix au-dessus de ton lit, mais je crois qu'il serait mieux que tu lises ce livre avant de décider.
Descente aux enfers
Sophie est assise au pied de son lit défait. Complètement apathique, elle contemple l'abominable désordre qui règne dans le studio. Du linge sale traine un peu partout sur le sol en compagnie de paquets de biscuits vides. Les draps n'ont pas été changés depuis son arrivée en septembre. Ils ont un aspect plus que douteux et émettent une odeur âcre. Tout cela aurait besoin d'être lavé, mais il faudrait d'abord vider la machine à laver du linge qu'elle contient et qui commence à sentir le renfermé. Ce n'est d'ailleurs pas elle qui a fait marcher la machine ; la femme qui vient faire le ménage deux fois par semaine a pris sur elle de faire une lessive, bien que ça ne fasse pas partie de son travail. C'était il y a quinze jours et le linge est toujours dans la machine. Le frigidaire est vide car elle a réussi l'exploit de vider son compte en trois semaines.
Depuis, elle survit grâce à quelques biscuits et barres chocolatées, vendus pour deux Euros dans un distributeur automatique situé dans le hall de la gare. Elle n'a plus de quoi s'acheter les joints de cannabis qu'elle est obligée maintenant de fumer trois par trois pour obtenir un effet suffisant. La veille, elle a réussi à obtenir que le dealer lui fasse crédit jusqu'au début du mois de janvier, quand elle aura reçu les cinq mille Euros que ses parents lui versent régulièrement. Il a fallu pour cela qu'elle accepte de monter avec lui dans une chambre de bonne sordide où elle a dû pendant plusieurs heures offrir son corps aux goûts pervers du garçon. Quand elle est sortie de là, elle est allée vomir sur le bord du trottoir sous les quolibets de la bande.
Elle a pourtant décidé de recommencer et de se prostituer carrément car elle a trop besoin d'argent et elle va en avoir besoin encore plus si, comme elle l'espère, le dealer consent à la mettre en contact avec un autre dealer qui, lui, fournit de l'héroïne. Elle espère qu'elle pourra en acheter assez pour remplacer efficacement les tonnes de cannabis qu'elle est obligée de consommer à présent. Elle regarde sa montre. C'est l'heure à laquelle elle est susceptible de trouver le plus facilement le dealer et sa bande. Elle se lève, prend son courage à deux mains et sort après voir fait un peu de toilette. Elle se dirige vers le coin de rue où se trouve habituellement la bande. C'est effectivement le cas. Le dealer la regarde arriver en ricanant.
— Tu ne vas pas me dire que tu as déjà tout fumé. Ou peut-être, as-tu tellement aimé ce qu'on a fait ensemble l'autre jour que tu en redemandes ?
Sophie lui répond d'un ton froid.
— J'ai à te parler affaire. Où pouvons-nous discuter tranquillement ?
— Dans la chambre de l'autre jour.
— D'accord, mais c'est pour parler affaires que je suis là, pas pour autre choses. Bon ! on y va ?
Une fois dans la chambre, elle passe directement à l'attaque. :
— J'ai besoin que tu me trouve un fournisseur d'héroïne. Rapidement !
— Doucement ! D'abord qui te dit que j'en connais un ?
— Si tu n'es pas un gros naze, je suis sûre que t'en connais au moins un.
— OK ! admettons. Tu sais qu'il faut du fric pour avoir de l'héroïne, beaucoup de fric.
— C'est là qu'intervient ma deuxième demande : Je veux que tu me trouves des clients.
— Tu veux devenir dealer ?
— Non imbécile ! je ne veux pas revendre de la came, je veux me vendre moi.
— Et tu veux faire ça où ?
— Dans mon studio. Combien faut-il compter pour une passe ?
— Tu es passive ou active ?
— Les deux.
— Homme ou femme ?
— Les deux.
— Alors, je peux te négocier ça deux cent Euros la passe.
— Et tu prends combien ?
— Fifty-Fifty.
— Combien de passes tu peux m'assurer chaque jour ?
— Une dizaine. Ça te ferait jusqu'à mille euros par jour, c'est-à-dire trente mille par mois.
— Ça me va.
— Quand est-ce que tu commences ?
— Quand j'aurai rencontré le type qui peut me procurer de l'Héroïne.
Bravo Valentin
— C'est incroyable ce que tu as pu changer en quelques mois MarieClaude dit le professeur Marsac. Tu es méconnaissable.
MarieClaude répondit d'un air malicieux :
— J'espère que c'est un compliment monsieur !
— Et elle fait sa coquette en plus ! Oui ! C'est un compliment. Quand tu as reçu ton diplôme fin mai, tu étais encore une gamine mal fagotée, mal dans sa peau et semblant se cacher des autres en permanence. Maintenant, je vois une jeune femme élégante et sûre d'elle.
— C'est que vous voyez une femme heureuse.
— Ça saute aux yeux. Manifestement, le mariage te réussit.
— Je dois avouer que ces derniers mois, j'ai été particulièrement gâtée par le sort. Je me sens gonflée à bloc.
— Toujours décidée à poursuivre ces deux années supplémentaires ?
— Tout à fait décidée.
— As-tu avancé sur le projet auquel tu comptes t'attaquer ?
— Oui ! J'ai réalisé un petit dossier pour vous résumer la chose. Je vous l'apporte aujourd'hui.
— Me permets-tu de le regarder maintenant ?
— Bien sûr !
Le professeur Marsac parcourut le dossier que MarieClaude venait de lui remettre. Au bout de quelques instants, il observa un peu troublé :
— Ce n'est pas exactement le genre de projet habituellement présenté. Normalement, tu es censée présenter un travail entièrement nouveau. Or tu te proposes de reprendre deux tableaux déjà réalisés pour servir de base à ton projet.
— Oui, mais je réalise deux nouveaux tableaux à partir des premiers.
— Je l'ai bien compris, mais il s'agit d'une redite.
— Pas du tout ! Mon projet consiste justement à montrer comment, à partir d'une œuvre, on peut en réaliser une autre, apparemment identique tout en étant complètement différente.
— Bigre ! c'est extrêmement ambitieux. Tu vas devoir travailler avec de formidables contraintes puisque la forme te sera imposée au départ.
— J'en suis bien consciente et je ne me lancerais pas dans cette entreprise si je n'étais pas sûre de moi.
— D'autre part, le jury n'est pas composé de professeurs de cette école. En dehors de moi, il comprendra le directeur d'un musée national et surtout une femme qui est une sommité sur le plan international en matière de critique d'art et qui est un véritable dragon. Elle est extrêmement à cheval sur les principes et elle risque d'être indisposée dès le départ par ta démarche.
— Je ne mésestime ni la difficulté de la chose, ni les risques encourus, mais je suis parfaitement capable de présenter un dossier solide. Je sais parfaitement où je vais. Je suis prête à prendre le risque.
— Dans ce cas, tu peux compter sur moi pour te soutenir autant que je le pourrai.
— Alors vous acceptez mon projet ?
— Oui ! Je te fais confiance.
— Je ne vous décevrai pas.
— Ce que je trouve extraordinaire, c'est qu'il y a encore quelques mois, j'avais le plus grand mal à te convaincre que tu étais faite pour faire ces deux années supplémentaires alors qu'aujourd'hui, tu fais preuve d'une extraordinaire confiance en toi.
— C'est que j'ai rencontré quelqu'un qui m'a fait changer la perception que j'avais de moi-même.
Simona était inquiète en se rendant ce même jour chez Cédric et MarieClaude. Celle-ci lui avait demandé de passer. Elle était restée mystérieuse, mais lui avait fait comprendre que cela concernait Valentin. Cela faisait maintenant trois mois que ce dernier habitait la maison de la Côte pavée et tout c'était bien passé jusque-là. La rééducation se passait de mieux en mieux et les praticiens de l'hôpital affichaient un optimisme prudent. Valentin s'était d'autant mieux habitué à sa nouvelle vie que MarieClaude était très attentionnée avec lui et que le couple Roussel lui témoignait une grande tendresse lorsqu'il allait à Condom. Il passait ses après-midis dans l'atelier où, pendant que MarieClaude s'occupait de son projet, il partageait son temps entre la peinture et les devoirs que lui donnait à faire un précepteur qui passait le voir deux heures par jour. Valentin avait un peu râlé au début, mais MarieClaude s'était montrée très ferme à ce sujet.
Roger et Michèle avaient exigé de payer eux-mêmes les services du précepteur. Ce traitement ne réussirait certainement pas à effacer le retard scolaire que son accident avait provoqué, mais limiterait au moins les dégâts et préparerait le petit garçon à la reprise d'une scolarité normale.
Elle sonna au portail du jardin. Elle s'attendait à voir quelqu'un arriver rapidement, mais rien. Elle commença à s'affoler et sonna de nouveaux frénétiquement plusieurs fois. Elle vit enfin arriver MarieClaude qui avançait d'un petit pas tranquille. Elle eut envie de hurler, mais arriva à se contenir.
— Alors que se passe-t-il ? Valentin ne va pas bien ?
— Si ! tout va bien. Ton petit frère voulait juste te montrer quelque chose. Il est dans l'atelier.
A moitié rassurée, Simona suivit MarieClaude jusqu'à la pièce servant d'atelier. Elle y découvrit Valentin qui la regardait d'un air triomphant : Il était debout, appuyé sur deux béquilles. Il faisait manifestement d'énormes efforts pour rester en équilibre, mais il était debout. Comme il s'épuisait manifestement et allait bientôt s'effondrer, les deux jeunes femmes se précipitèrent vers lui et l'aidèrent à se rasseoir dans son fauteuil roulant. Il regarda sa sœur rouge de fierté.
— Tu as vu ?
Simona fondit en larmes et serra tendrement son petit frère dans ses bras.
— Mon amour ! Mon petit Valentin chéri ! Je suis si heureuse ! si fière de toi !
— Tu vas le dire à papy et mamie ?
— On va téléphoner tout de suite à mamie mon chéri.
Dès qu'elles eurent annoncé la nouvelle à Michèle, celle-ci exigea qu'elles lui passent immédiatement Valentin.
— Valentin ? Mamie est très fière de toi. Papy sera lui aussi très fier quand je lui dirai. Tu mérites une belle récompense. Dis à mamie ce qui te ferait plaisir mon chéri.
Valentin fit aux deux jeunes femmes un sourire malicieux.
— Tu sais ce qui me ferait plaisir mamie ?
— Dis-moi mon chéri.
— Ça ne va pas te plaire.
— Mais mon chéri, si ça te plait, ça plaira sûrement à mamie ! Alors dis-moi ?
— Une chèvre.
Les deux jeunes femmes pouffèrent de rire. Elles imaginaient une chèvre dévorant tranquillement les massifs de fleurs que Michèle entretenait amoureusement.
— Mais… Une vraie chèvre ?
— Ben oui ! J'ai toujours rêvé d'une chèvre. Il parait que c'est très sage et puis aussi très gentil.
Michèle répondit péniblement.
— Tu sais, mon chéri, ce n'est pas toujours gentil et puis ça n'est pas sage du tout.
— Ah bon ? Tu es sûre ?
— J'en suis sûre mon chéri.
— C'est dommage.
— Oui mon chéri, c'est dommage, mais je suis sûre qu'il y aurait autre chose qui pourrait te plaire.
— Oui, mais ça ne va peut-être pas te plaire non plus. Mais ce n'est pas un animal.
— Mamie te promet dans ce cas que tu auras le cadeau que tu veux.
— Alors, j'aimerais bien avoir une PlayStation. La nouvelle.
— D'accord mon chéri.
— Avec Assassin's Creed.
— Oui.
— Et puis Batman.
— D'accord mon chéri !
Quand Michèle eut raccroché, le petit garçon observa avec une pointe de cynisme.
— Finalement ça n'était pas si difficile d'avoir une PlayStation.
— Dis donc ! Tu n'as pas honte de profiter ainsi de mamie ?
Le petit garçon éclata de rire.
— Non ! Je n'ai pas honte du tout.
Romain Bouchon
C'était son jour de pause. Au début, elle travaillait sept jours sur sept, mais s'était rapidement épuisée à la tâche. Il lui fallait se résigner à voir ses revenus diminuer d'un septième sinon elle ne pourrait continuer longtemps. Si elle avait choisi d'arrêter ce jour de la semaine, c'est parce que c'était le jour où elle pouvait le plus facilement rencontrer son nouveau fournisseur. Il était très différent du précédent ; mieux habillé, plus propre, moins vulgaire. Plus dangereux aussi probablement. Un jour, elle s'était aperçue qu'il portait une arme blanche sur lui ; un couteau long effilé qui n'était manifestement pas fait pour bricoler et, s'il pouvait couper de la viande, ce n'était certainement pas dans une assiette. L'homme était réglo, mais ce devait être plutôt risqué de le contrarier.
Depuis qu'elle avait pris la décision de fournir des prestations particulières à des clients des deux sexes, elle se sentait mieux. Le côté désagréable de son activité était compensé par les revenus importants que cela lui procurait. Elle avait maintenant un logement propre et bien rangé. Elle s'était en effet rapidement aperçue que la plupart des clients appréciaient d'avoir affaire à une jeune femme bien soignée dans un joli appartement. Ils pouvaient ainsi rêver qu'ils étaient avec une femme qu'ils avaient séduite et non avec une prostituée. Il lui arrivait même de jouer avec certains clients une sorte de comédie dans laquelle elle commençait à leur offrir le thé, puis, après un semblant de résistance, finissait par céder à leur charme. Naturellement, ces clients-là payaient le double des autres.
Elle acheva de se préparer et se maquilla soigneusement. Elle considérait qu'elle était ainsi plus discrète, les jolies filles bien habillées étant chose plutôt courante de nos jours. D'autre part, son fournisseur paraissait apprécier son look, et elle pensait que cela ne pouvait qu'améliorer leurs relations. Elle descendit dans la rue et se dirigea vers le quartier où se trouvait son dealer. Elle n'était encore qu'à mi-chemin quand elle s'entendit interpeller.
— Mais, c'est notre belle Sophie ! La belle et intelligente Sophie. Celle dont le papa est si fier !
Elle se retourna et aperçut Romain Bouchon le garçon qu'elle était destinée à épouser. Il la regardait en ricanant. Il était accompagné d'un minet assez vulgaire qui avait l'air de s'ennuyer profondément.
— Bonjour Romain. Il me semble que ça fait un certain temps que je ne t'ai pas vu.
— Si ça t'a manqué autant qu'à moi, ça n'a pas dû beaucoup t'empêcher de dormir.
— Toujours aussi galant à ce que je vois.
Romain ricana de plus belle.
— Je ne vois pas pourquoi je me donnerais du mal pour te séduire puisque de toute façon dans quelques années on va se marier.
— Ça n'a pas l'air de te remplir d'enthousiasme.
— Oh ! toi ou une autre, qu'est-ce que j'en ai à fiche ? Une fois la lumière éteinte c'est du pareil au même. De toute manière, tout ce que tu auras à faire, ça sera de te coucher sur le dos le nombre de fois nécessaires pour faire quelques gosses.
— Il n'est pas interdit d'y prendre du plaisir !
— Désolé, ma cocotte, mais tu n'es pas du tout mon genre.
Il se retourna vers son compagnon qui regardait Sophie d'un air morose.
— Pas vrai ma chérie ?
Le garçon fit la moue.
— Romain ! On y va ? Tu m'as promis une nouvelle montre.
— On y va tout de suite ma puce.
Sophie les regarda s'éloigner stupéfaite. Romain Bouchon était homo ? C'était le bouquet ! Soudain cela lui donna une idée : Elle allait révéler à ses parents l'homosexualité de Romain et ils seraient bien obligés de renoncer à leur projet de le lui faire épouser. Triomphante, elle alla rapidement refaire sa provision d'héroïne, puis rentra chez elle pour téléphoner à sa mère. Il était inutile d'essayer de parler directement à son père qui refuserait probablement de la prendre au téléphone.
— Maman ?
— Oui ?
La voix de sa mère était glaciale.
— Je voudrais avoir une entrevue avec papa et vous le plus rapidement possible.
— Je n'ai pas l'intention de déranger ton père pour un caprice.
— Il ne s'agit pas d'un caprice, mais d'une information très importante.
— Vraiment ?
— Dites à papa que cela concerne Romain.
— Peux-tu m'en dire plus ?
Sophie préférait ménager ses effets. Elle comptait bien prendre une revanche sur ses parents ; leur montrer qu'eux aussi ils pouvaient faire une bêtise.
— Je préfère vous le dire à tous les deux en même temps.
— Très bien ! Je contacte ton père et je te communique sa réponse.
— Je me permets d'insister sur l'importance de la chose.
— Je ne suis pas une idiote. Tu n'as pas besoin de répéter dix fois la même chose.
Sophie raccrocha en se frottant les mains. Elle se délectait à l'avance à l'idée d'être celle qui allait faire complètement capoter un projet élaboré dix ans auparavant sans qu'elle n'ait jamais eu son mot à dire. Dix minutes plus tard, le téléphone sonna. C'était de nouveau sa mère.
— Ton père accepte de t'accorder un entretien demain à midi et quart à l'étude notariale. Tache d'être à l'heure. J'espère pour toi que c'est vraiment important.
Elle raccrocha avant que Sophie ait pu faire le moindre commentaire. Celle-ci se dit avec philosophie que ses relations avec ses parents n'étaient pas prêtes de s'améliorer. De toute façon, la seule chose qui lui importait désormais c'était leur argent et son logement. Le reste, elle en avait fait son deuil depuis longtemps.
Le lendemain, à midi et quart, elle se trouvait en train d'attendre à l'accueil de l'étude sous le regard un peu surpris d'une secrétaire. Sa mère entra, lui fit un bref signe de la tête et pénétra directement dans le bureau de son époux. Quelques instants plus tard, la secrétaire lui fit signe qu'elle pouvait entrer à son tour. Lorsqu'elle pénétra dans la pièce, elle perdit un peu de l'assurance qui l'habitait cinq minutes plus tôt. Son père était assis à son bureau et l'observait avec froideur. Sa mère occupait un fauteuil à côté de lui. Pour Sophie, une simple chaise d'allure peu confortable avait été placée devant le bureau. D'un simple signe de tête son père lui fit signe de s'y asseoir. Ce fut sa mère qui prit la parole.
— Ton père n'a pas de temps à perdre aujourd'hui, alors dépêche-toi de nous dire ce que signifie cette allusion à Romain. Sophie se racla la gorge. Ce n'était pas le moment de se laisser impressionner. D'un ton laissant croire à une assurance qu'elle ressentait de moins en moins, elle annonça :
— Mon mariage avec Romain est impossible.
Son père la regarda avec stupéfaction, toujours sans rien dire. Ce fut de nouveau sa mère qui reprit la parole.
— Et pourquoi, selon toi, ce mariage ne pourrait-il pas se faire ?
— Parce que Romain est homosexuel.
— Vraiment ? Qui t'a dit ça ?
— Lui-même hier. Je l'ai rencontré par hasard et il me l'a dit lui-même.
— Il s'est probablement moqué de toi ou alors tu auras mal compris.
— Et comment interprèteriez-vous l'attitude de quelqu'un qui dit ma chérie et ma puce à un minet qui l'accompagne et à qui il achète des bijoux ?
Pendant ce bref échange, son père n'était pas intervenu ; toutefois, son visage était devenu écarlate. Brusquement il asséna un violent coup de poing sur le dessus de son bureau. Il se mit à hurler :
— En voilà assez ! Je me fiche complètement de savoir si ce garçon est homosexuel ou zoophile ou quoique ce soit d'autre. Je t'ai dit que tu l'épouserais et tu l'épouseras. Je n'ai pas passé dix années de ma vie à organiser le maintien de cette étude au sein de notre famille pour qu'une petite grue vienne tout gâcher maintenant. Fiche-moi le camp de cette pièce tout de suite. Nous nous reverrons le jour de ton mariage. D'ici là, je ne veux plus entendre parler de toi.
Sophie se leva tremblante et franchit en sens inverse la porte par laquelle elle était entrée même pas cinq minutes plus tôt. Au moment où elle allait refermer celle-ci derrière elle, son père rajouta rageusement une dernière phrase :
— Lui, au moins, c'est un garçon !
Elle finit de refermer la porte derrière elle et ressortit rapidement. Tout s'éclairait enfin dans son esprit. Ses parents ne lui en voulaient pas seulement à cause de ses bêtises. En fait, ils lui reprochaient surtout de ne pas être un garçon. Malheureusement, cela ne risquait pas de changer un jour.
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