Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Runway à contre-courant — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Runway à contre-courant
Chapitre 3
L'après-midi s'étire dans une atmosphère de plus en plus surréelle. Dans la salle de zootechnie, l'air est lourd de l'odeur du désinfectant et de la poussière de craie, mais mon esprit est resté coincé sur un quai de gare parisien. Assis à ma droite, David est une véritable pile électrique. Il ne regarde même plus le diaporama sur la sélection génétique bovine ; ses yeux sont rivés sur son téléphone, dissimulé dans sa trousse ouverte.
Soudain, il me donne un coup de coude si violent que mon stylo trace un trait noir rageur sur mon cahier.
— Gaspard ! murmure-t-il, la voix étranglée par l'excitation. Il est en Live. Vasco est en Live là, maintenant !
Je sens mon sang se glacer. Marion, assise juste devant nous, pivote sur sa chaise au mépris total du règlement. David pose son téléphone sur mes genoux, à l'abri du regard du prof. L'écran affiche une image d'une netteté insultante. Vasco est à l'arrière d'une berline aux vitres teintées. Il porte un pull en cachemire noir, ses cheveux sont légèrement décoiffés, et il semble flotter au-dessus de la réalité.
Le compteur de spectateurs s'affole sous nos yeux : un million deux cent mille... deux millions cinq cent mille... cinq millions. Le monde entier regarde cet homme. Pour l'instant, le chat est une cascade illisible de cœurs et de flammes.
Vasco fixe l'objectif. Il semble épuisé par son voyage, mais un sourire en coin étire ses lèvres lorsqu'il prend la parole. Sa voix grave, amplifiée par les haut-parleurs du téléphone, semble remplir toute la salle de classe.
— Ciao a tutti... commence-t-il avec ce grain de voix si particulier. Je vois que la planète entière est curieuse aujourd'hui. On me pose beaucoup de questions sur ma story de ce matin. Il rit doucement, un son qui fait vibrer mon ventre. Je viens de recevoir le message le plus adorable de ma journée. Quelqu'un me demande pourquoi je ne lui ai pas dit qui j'étais... La réponse est simple : parce que j'aimais trop la façon dont il me regardait avant de le savoir.
Un frisson me parcourt l'échine. À peine a-t-il prononcé ces mots que le chat Instagram devient fou. Les questions en français explosent, David les lit à voix basse dans un souffle court :
— C'est qui ? Vasco, il est français ? Il est mannequin aussi ? C'est un mec que tu caches ? Pourquoi il ne savait pas ? Montre sa photo !
Vasco s'amuse de ce chaos. Il replace une mèche de cheveux et continue :
— Disons simplement que j'ai rencontré quelqu'un qui ne lit pas les magazines de mode. Quelqu'un d'authentique. Et oui, c'est un très beau mec, mais il ne sait pas encore à quel point.
— Je vais canner, siffle David, livide. Le mec fait une déclaration mondiale en direct devant cinq millions de personnes à un type qui a encore de la bouse sur ses chaussures. Gaspard Roche, tu es officiellement devenu le mystère le plus recherché d'Internet !
— Je vais canner, siffle David, livide. Le mec fait une déclaration mondiale en direct devant cinq millions de personnes à un type qui a encore de la bouse sur ses chaussures. Gaspard Roche, tu es officiellement devenu le mystère le plus recherché d'Internet !
C'est alors que le moment le plus gênant de mon existence survient. La voix grésillante du surveillant déchire le silence du cours via l'interphone mural :
— Gaspard Roche est attendu au secrétariat, immédiatement. Monsieur Roche, un coursier spécial vient de déposer un colis urgent pour vous.
Le professeur s'arrête de parler, sa craie suspendue en l'air. Le silence qui suit est lourd. Puis toute la classe se tourne vers moi.
— Monsieur Roche ? interpelle le prof avec un sourcil levé. Vous avez entendu ? Allez-y, on finira ce chapitre sans vous.
Je me lève, les jambes flageolantes. David et Marion se lèvent aussi sec, sans même demander la permission.
— On t'accompagne, décrète David, le regard brillant d'une lueur démente.
Dans le couloir, David me bouscule presque. Au secrétariat, la boîte trône sur le comptoir. C'est un coffret noir mat, massif, scellé par un ruban de soie frappé du logo doré de la Méduse. Versace.
La secrétaire nous regarde comme si nous étions des extraterrestres.
— Le livreur est venu en moto-taxi, explique-t-elle. Il a dit que c'était pour Gaspard Roche et qu'il fallait le remettre en mains propres absolument.
Je déchire le ruban. À l'intérieur reposent quatre jeans. Le tissu a des reflets profonds, les boutons sont en or brossé, et les étiquettes indiquent : Édition Limitée "Medusa Gold" - 1/50.
David est en transe devant le denim.
— Non... C'est pas possible... Ce sont des pièces de défilé ! La dernière édition limitée de ce genre s'est vendue à quatre mille cinq cents euros l'unité aux enchères ! Tu as près de vingt mille euros de fringues dans une boîte !
Marion, elle, attrape la petite carte noire glissée dans le pli du tissu :
J'ai demandé à mon assistant de faire des recherches sur tous les lycées agricoles de ta région et d'appeler pour savoir si un certain Gaspard Roche y étudiait. J'espère que tu ne m'en voudras pas pour cette petite enquête, mais je voulais absolument te renvoyer ton jean... mais en mieux. Porte-les ce soir, je veux te voir dedans. V.
J'ai demandé à mon assistant de faire des recherches sur tous les lycées agricoles de ta région et d'appeler pour savoir si un certain Gaspard Roche y étudiait. J'espère que tu ne m'en voudras pas pour cette petite enquête, mais je voulais absolument te renvoyer ton jean... mais en mieux. Porte-les ce soir, je veux te voir dedans. V.
— Je vais m'évanouir, répète David. Il a mis un assistant sur le coup pour te traquer dans toute la région. Gaspard, tu n'es plus un éleveur, tu es une œuvre d'art.
Le soir, à la colocation, Marion me force à essayer l'un des jeans. Le tissu est comme une seconde peau. C'est alors que mon téléphone vibre. Vasco Solari. Appel Vidéo.
Je m'enferme en urgence dans ma chambre, mais mes deux amis sont collés à la porte. Je décroche en tremblant. L'écran s'illumine sur Vasco, dans une suite monumentale à Milan. Il est en peignoir blanc, une coupe de champagne à la main.
— Ciao, Gaspard... dit-il, et son sourire radieux balaye instantanément mon angoisse. Tu as reçu mon petit présent ?
— Je... Oui. Vasco, c'est insensé. Pourquoi avoir fait appeler tous ces lycées ? C'est de la folie.
— Je... Oui. Vasco, c'est insensé. Pourquoi avoir fait appeler tous ces lycées ? C'est de la folie.
Vasco rit, un rire chaud.
— Parce que je voulais que tu te sentes aussi spécial que tu l'es. Montre-moi ta chambre, Gaspard. Je veux voir ton univers.
Je tourne timidement la caméra vers mon petit bureau et mes bouquins de zootechnie.
— C'est... pas vraiment un palace milanais, je murmure.
— C'est vrai, répond-il d'une voix douce. C'est bien mieux. C'est réel.
— C'est vrai, répond-il d'une voix douce. C'est bien mieux. C'est réel.
Soudain, la porte de ma chambre cède. David et Marion s'étalent sur mon tapis. David se redresse et hurle face à l'objectif :
— VASCO ! JE T'AIME ! ÉPOUSE-LE, JE T'EN SUPPLIE !
Vasco s'arrête, surpris, puis explose de rire. Je reprends le téléphone, rouge de honte :
— Vasco, désolé... Ce sont mes amis, David et Marion. Sortez tous les deux, je vous en supplie ! Laissez-moi !
Je les expulse hors de la pièce. Vasco rit toujours à l'écran.
— Enchanté David, enchanté Marion ! lance-t-il alors que la porte claque. On dirait que tu as des amis très... expressifs, Gaspard.
On finit par rester au téléphone une heure entière. Vasco nous écoute, il rit, il pose des questions. Pour la première fois, je comprends que derrière l'icône, il y a un homme qui a désespérément besoin de notre normalité pour respirer.
Plus tard, alors que Vasco a raccroché pour rejoindre son gala, David reste silencieux sur le bord de mon lit. Il a déniché une perle rare sur un vieux compte d'un réseau social italien.
— Regarde ça, Gaspard, dit-il calmement.
C'est une vieille photo qui date d'il y a huit ans. On est loin des paillettes. Il est dans un petit village de vacances, assis sur un vieux muret en pierre avec ses parents. Il porte un t-shirt trop large, ses cheveux sont en bataille, brûlés par le soleil. C'est une image prise juste avant qu'il ne soit repéré.
— Ce n'est pas toi qui es ridicule, Roche, conclut David en me regardant droit dans les yeux. C'est lui qui essaie de retrouver ce gamin-là à travers toi. Tu es sa bouffée d'oxygène. Ne l'oublie jamais.
Je m'endors cette nuit-là avec le jean Versace posé sur ma chaise, sentant que ma vie simple ne sera plus jamais la même.
Le lendemain matin, la brume stagne encore sur les pâturages qui entourent la colocation, mais l'ambiance à l'intérieur est déjà électrique. Je traîne les pieds vers la cuisine, les yeux bouffis de sommeil, l'esprit encore embrumé par l'heure de conversation nocturne avec Vasco.
Je trouve David assis à la table en bois brut, un bol de café intact devant lui. Il est étrangement silencieux, penché sur sa tablette avec une concentration de neurochirurgien.
— David ? Ça va ? On va être à la bourre pour le cours de traite...
Il ne me répond pas tout de suite. Il lève une main pour m'imposer le silence, puis tourne brusquement l'écran vers moi.
— Gaspard. Approche. Regarde ça et dis-moi si on vit bien sur la même planète.
Je me penche, m'attendant à une vidéo de tracteur ou une nouvelle polémique sur les quotas laitiers. Au lieu de ça, je reçois une véritable déflagration visuelle. C'est le défilé « Oro e Carne » de l'été dernier à Milan. La musique de fond est un battement de basse sourd, presque tribal. Et au centre, marchant d'un pas lourd et assuré, il y a Vasco.
Mais ce n'est pas le Vasco au peignoir blanc de la veille. C'est une version brute, sculptée, presque intimidante. Il ne porte rien d'autre qu'un slip en lycra noir, si serré qu'il semble fusionner avec sa peau mate. Le tissu, d'une finesse indécente, est tendu à l'extrême. David pose ses doigts sur l'écran et fait un zoom avant brutal.
— Regarde-moi ça, Gaspard ! siffle David d'une voix étranglée par un mélange de jalousie et de fascination pure. C'est pas un mannequin, c'est un étalon de concours ! Regarde le relief, là... On voit tout ! Le mec est doté par la nature comme s'il devait repeupler l'Italie à lui tout seul. Le tissu est tellement tendu qu'on devine chaque courbe, chaque centimètre de son anatomie.
Je sens une vague de chaleur fulgurante m'envahir le cou, les joues, jusqu'à la racine des cheveux. J'essaie de détourner les yeux, mais David est cruel. Il suit le mouvement de la vidéo avec ses doigts, zoomant sur le renflement imposant que le slip noir tente vainement de contenir.
— David, arrête... C'est gênant, je balbutie en agrippant le bord de la table.
— Gênant ? C'est un chef-d'œuvre d'ingénierie biologique ! s'exclame-t-il en se moquant ouvertement de mon malaise. Regarde comme il remplit le truc. Y'a pas de triche, là, pas de rembourrage. C'est du lourd, du massif. Et dire que ce mec-là t'envoie des messages de bonsoir !
— Gênant ? C'est un chef-d'œuvre d'ingénierie biologique ! s'exclame-t-il en se moquant ouvertement de mon malaise. Regarde comme il remplit le truc. Y'a pas de triche, là, pas de rembourrage. C'est du lourd, du massif. Et dire que ce mec-là t'envoie des messages de bonsoir !
Il s'arrête sur un arrêt sur image particulièrement explicite où Vasco, en bout de podium, prend une pose qui accentue la cambrure de ses hanches. Son sexe est mis en avant, sa silhouette se dessinant avec une précision anatomique troublante sous le lycra.
— Je te le dis franchement, Gaspard, continue David avec un sourire de prédateur, t'as intérêt à être solide. Parce que si ce monument national décide de passer aux choses sérieuses avec toi, tes jolies petites fesses d'éleveur vont prendre cher. Très cher. Il va te démonter comme un vieux hangar après une tempête.
Je manque de m'étouffer avec ma propre salive. Les images défilent dans ma tête malgré moi : ces mains que j'ai vues sur l'écran hier, ce corps que je découvre aujourd'hui... L'idée que tout cela puisse un jour me toucher me fait frissonner de la tête aux pieds.
— T'es qu'un idiot, David, je finis par lâcher d'une voix tremblante, en m'emparant de mon sac pour fuir.
Au lycée, l'ambiance est lourde, mais d'une manière différente. Dans les couloirs, personne ne me prête attention, et pourtant, le nom de Vasco Solari est sur toutes les lèvres.
Une photo volée a fuité ce matin sur les réseaux : on y voit Vasco, à la Gare de Lyon, en train d'embrasser passionnément un homme. La photo est prise de profil, montrant Vasco qui plaque ses lèvres contre celles de son mystérieux compagnon avec une ferveur qui ne laisse aucun doute sur la nature de leur relation. On ne voit que l'arrière de la tête de l'inconnu — ma tête — enfouie sous une capuche. Mon visage est invisible, mon nom est sauf, mais la planète entière cherche à savoir qui est l'homme que l'icône mondiale embrasse avec tant de fougue.
Le Live de la veille a déclenché une chasse à l'homme mondiale. Sous les casquettes de l'enseignement agricole, les téléphones chauffent. Dans le hall, j'entends un groupe de terminales commenter la fameuse photo :
— Regarde comme il l'embrasse, c'est pas juste un pote, lance une fille les yeux rivés sur son écran.
— Le mec a l'air d'un gars normal, avec sa vieille veste, répond son pote. Vasco a vraiment craqué pour un inconnu. C'est le scoop du siècle.
— Le mec a l'air d'un gars normal, avec sa vieille veste, répond son pote. Vasco a vraiment craqué pour un inconnu. C'est le scoop du siècle.
Je passe à côté d'eux, mon sac de sport sur l'épaule, invisible. Je ressens un vertige étrange. Aujourd'hui, j'ai remis mon vieux jean d'écurie usé, celui qui sent un peu le foin, pour essayer de me fondre dans le décor. Je me sens comme un imposteur. Qui pourrait croire que le garçon sur cette photo, celui que la star la mieux payée du monde embrasse comme si sa vie en dépendait, c'est moi ?
Pendant le cours de gestion, David continue son supplice. Il a ouvert un fil de discussion sur Reddit intitulé « Vasco Solari : The Anatomy of a God ». Il fait passer son téléphone sous la table.
— Regarde les commentaires, chuchote-t-il. Y'a une meuf qui a calculé la taille de l'engin par rapport à la largeur de sa cuisse sur la photo du défilé. Apparemment, c'est hors normes. Tu réalises, Gaspard ? Tu parles à un type qui a son propre fan-club dédié uniquement à ce qu'il cache dans son slip. Si jamais tu finis dans son lit, je veux que tu prennes des mesures. C'est pour la science.
Je ferme les yeux, essayant de me concentrer sur les courbes de rentabilité d'une exploitation bovine, mais tout ce que je vois, c'est ce slip noir, ce tissu tendu à rompre, et l'assurance sauvage de Vasco sur ce podium.
— Si tu ne te tais pas, je lui dis que tu es fan de ses photos en sous-vêtements la prochaine fois qu'il m'appelle, je menace sans grande conviction.
— Oh, il le sait déjà ! Il sait qu'il fait bander la moitié de la planète ! Mais y'a que toi qu'il veut voir, petit chanceux. J'espère que t'as prévu du lubrifiant industriel, parce qu'avec un calibre pareil, tu vas marcher en canard pendant une semaine.
— Oh, il le sait déjà ! Il sait qu'il fait bander la moitié de la planète ! Mais y'a que toi qu'il veut voir, petit chanceux. J'espère que t'as prévu du lubrifiant industriel, parce qu'avec un calibre pareil, tu vas marcher en canard pendant une semaine.
Je cache mon visage dans mes mains, tandis qu'autour de nous, le lycée continue de chercher un fantôme. Personne ne se doute que le « mystère de la gare » est en train de rougir violemment devant un graphique de comptabilité.
En fin d'après-midi, alors que je suis de corvée de nettoyage dans les stabulations, l'odeur de fumier et d'ammoniac me ramène brutalement sur terre. Je suis à genoux, grattant une dalle de béton, les mains couvertes de boue séchée.
Mon téléphone vibre. Un message WhatsApp.
Je m'essuie les mains sur mon pantalon et sors l'appareil. C'est Vasco. Une photo prise dans un miroir de loge. Il est en pleine séance d'essayage, entouré de trois couturiers. Il porte un pantalon de costume ouvert, laissant apparaître l'élastique d'un slip blanc identique à celui du défilé de ce matin.
Le message dit simplement :
— Ces gens m'ennuient. Je préférerais être avec toi en ce moment. J'aimerais bien te revoir bientôt. Est-ce que tu penses à moi ?
Je regarde mes bottes sales, le seau d'eau trouble à côté de moi, puis la photo de cette icône intouchable qui m'attend. Je repense aux paroles crues de David. À ce corps puissant qui s'offre à moi à travers un écran.
Je tape une réponse, le cœur battant à tout rompre :
— Je pense à toi aussi. Beaucoup trop.
La réponse ne se fait pas attendre. Quelques secondes plus tard, le téléphone vibre à nouveau.
— On dirait que tu es un peu intimidé, Gaspard. J'ai hâte de te montrer que je suis bien réel, et pas seulement une image sur ton écran. Très bientôt.
Je manque de lâcher mon téléphone dans la bouse. Le jeu est devenu dangereux, et je ne suis pas sûr d'avoir les épaules pour supporter ce qui arrive.
La nuit n'avait été qu'une lente combustion. Il était un peu plus de minuit quand mon téléphone s'était mis à vibrer. En décrochant l'appel FaceTime, j'avais senti mon souffle se couper. Vasco était là, sur mon écran, baigné dans la lumière tamisée d'une suite d'hôtel milanaise. Il sortait manifestement de la douche ; sa peau mate était encore constellée de fines gouttelettes d'eau qui brillaient sous les appliques. Il ne portait rien d'autre qu'une serviette de bain blanche, nouée avec une négligence calculée très bas sur ses hanches.
Je n'entendais qu'à moitié ce qu'il me racontait sur sa journée épuisante. Mon regard était irrémédiablement attiré par son torse sculptural, le dessin parfait de ses abdominaux qui se contractaient à chaque mouvement. La serviette, d'un blanc immaculé, tranchait avec le hâle de sa peau et descendait si bas que l'on devinait la naissance de son pubis et la ligne de poils sombres qui s'y perdait. À chaque fois qu'il passait une main dans ses cheveux bruns encore humides, le tissu glissait d'un millimètre, révélant la tension de son ventre et le relief imposant, presque intimidant, que son anatomie dessinait sous le coton. Il semblait s'amuser de mon silence, ses yeux sombres ancrés dans les miens, un sourire en coin soulignant son assurance sauvage. Quand il avait fini par raccrocher, le noir de ma chambre m'avait paru glacial.
Le lendemain matin, la lumière crue de l'aube filtre à travers les rideaux, mais elle ne suffit pas à dissiper la fièvre. Je reste allongé, les membres lourds, l'esprit hanté par cette vision. Mon érection est là, massive, douloureuse, pulsante contre le drap.
Cédant à une pulsion irrépressible, je saisis ma tablette. Mes doigts tremblent sur le verre froid. Je cherche la vidéo du défilé « Oro e Carne » en haute définition. Je veux voir ce que le monde entier admire, ce que David décortiquait hier. Quand Vasco apparaît à l'écran, marchant d'un pas de prédateur, je sens mon cœur s'emballer. Il ne porte que ce slip en lycra noir, si fin et si serré qu'il semble faire partie de sa peau. Le tissu est tendu à l'extrême, épousant chaque centimètre de son sexe lourd qui oscille légèrement à chaque enjambée.
Je pose la tablette contre mes cuisses remontées et je commence à me caresser. Ma main se referme sur ma chair brûlante, imitant le rythme de sa marche. Je fixe l'écran, obsédé par le relief anatomique indécent que les projecteurs soulignent. Je ferme les yeux et je plaque mon autre main sur mon torse, griffant presque ma peau pour imaginer que ce sont ses mains à lui, ces mains d'artiste, qui me possèdent.
Le rythme s'accélère. Je suis lubrifié par le désir, ma main droite glissant avec une urgence frénétique. Je fixe l'image où il s'arrête en bout de podium, cette pose cambrée qui projette tout son paquet en avant. C'est massif, puissant, insupportable de perfection. Pour intensifier le fantasme, je glisse deux doigts derrière moi. L'invasion est hésitante au début, puis plus assurée, cherchant à combler ce vide que l'image de Vasco a créé en moi. La sensation de plénitude, mêlée au va-et-vient brutal de ma main sur mon sexe, me fait basculer. Je ne suis plus dans le Jura, je suis dans cette suite d'hôtel, sous lui, dévasté par sa présence.
Chaque nerf de mon corps est à vif. Je me caresse avec une force sauvage, les yeux rivés sur le zoom que la caméra fait sur son entrejambe, imaginant le contact du lycra contre ma propre peau. Je sens la fin monter, une déferlante de chaleur qui part de mes reins. Je cambre le dos, mes doigts s'enfoncent profondément alors que ma main s'accélère dans un mouvement de piston désespéré. Dans un râle étouffé, je lâche prise. Le plaisir explose, électrique, et je jouis violemment sur mon ventre, le souffle coupé, le cœur frappant contre ma poitrine comme un prisonnier.
Je reste là, hébété, fixant le plafond, le corps souillé par cette décharge d'adrénaline et de désir. C'est à cet instant précis que la porte s'ouvre violemment.
— Gaspard ! Bouge tes fesses, on va être à la bourre pour le cours de traite et David ne va pas...
David s'arrête net. Je n'ai pas eu le temps de bouger, pas le temps de me couvrir. Je suis là, nu, encore pantelant, le ventre brillant de ma semence, la tablette affichant toujours l'arrêt sur image du slip noir de Vasco.
Le silence est de plomb. Je sens le rouge me brûler le visage, les oreilles, le cou. David ne détourne pas les yeux. Son regard descend, s'attarde sur mon anatomie encore vibrante avec une surprise totale, puis remonte vers moi. Il lâche un sifflement admiratif, long et sonore, qui résonne dans la petite pièce.
— Oh putain... siffle-t-il avec un sourire de prédateur. Je savais que tu nous cachais des choses, Gaspard, mais là... Je comprends mieux pourquoi la star italienne est devenue dingue de toi. T'as un sacré calibre, mon pote. Un vrai champion de concours.
Il me fait un clin d'œil appuyé, une lueur de pur amusement dans les yeux, avant de reculer vers le couloir.
— Nettoie-moi ce chantier et grouille-toi. On part dans dix minutes. Et essuie ta tablette, je crois que Vasco a pris cher lui aussi.
Il referme la porte, me laissant seul avec une honte monumentale.
Dix minutes plus tard, je suis assis à l'arrière de la voiture, les mains crispées sur mon sac, le regard obstinément fixé sur le paysage qui défile. Marion est devant, sur le siège passager, tandis que David conduit avec un sourire qu'il ne peut réprimer.
— Ça va, Gaspard ? Tu as l'air... vidé, lance David en ajustant son rétroviseur pour capter mon regard.
— Je suis juste fatigué, David. Laisse-moi.
— Fatigué ? C'est marrant, j'aurais dit que tu avais fait une séance de sport intensif dès le saut du lit. Une vraie démonstration de vigueur.
— Je suis juste fatigué, David. Laisse-moi.
— Fatigué ? C'est marrant, j'aurais dit que tu avais fait une séance de sport intensif dès le saut du lit. Une vraie démonstration de vigueur.
Marion se tourne vers nous, un sourcil levé, intriguée par le ton de David.
— De quoi vous parlez encore ? Gaspard a fait du sport ?
— Oh, tu n'as pas idée, Marion, continue David en riant ouvertement devant ma détresse. Notre Gaspard national nous prépare une surprise anatomique... disons qu'il a des arguments de poids. Très gros arguments. Un vrai monument.
— David, je t'en supplie, tais-toi, je murmure, sentant le regard de Marion peser sur moi.
— Pourquoi ? C'est beau la nature, non ? Je te le dis, Marion, si jamais Vasco le lâche, on pourra toujours le présenter au salon de l'agriculture. Il a une génétique très... généreuse. Un calibre hors normes.
— Oh, tu n'as pas idée, Marion, continue David en riant ouvertement devant ma détresse. Notre Gaspard national nous prépare une surprise anatomique... disons qu'il a des arguments de poids. Très gros arguments. Un vrai monument.
— David, je t'en supplie, tais-toi, je murmure, sentant le regard de Marion peser sur moi.
— Pourquoi ? C'est beau la nature, non ? Je te le dis, Marion, si jamais Vasco le lâche, on pourra toujours le présenter au salon de l'agriculture. Il a une génétique très... généreuse. Un calibre hors normes.
Marion éclate de rire, même si elle ne saisit pas toute l'ampleur du désastre.
— Vous êtes débiles. Gaspard, ne l'écoute pas, il est juste de mauvaise humeur parce qu'il a moins d'énergie que toi.
— Jaloux ? Moi ? s'exclame David en tournant dans le parking du lycée. Jamais. Je suis juste admiratif. Mais fais gaffe Gaspard, à force de forcer sur les vidéos de ton Italien, tu vas finir par te froisser un muscle. Avec un équipement pareil, ça demande de l'entretien.
— Jaloux ? Moi ? s'exclame David en tournant dans le parking du lycée. Jamais. Je suis juste admiratif. Mais fais gaffe Gaspard, à force de forcer sur les vidéos de ton Italien, tu vas finir par te froisser un muscle. Avec un équipement pareil, ça demande de l'entretien.
Je bondis hors de la voiture dès qu'elle s'immobilise, le visage en feu, conscient que David ne me laissera plus jamais oublier ce qu'il a vu ce matin. Le mystère de Vasco est devenu mon secret le plus charnel, et la journée s'annonce comme un long calvaire de sous-entendus.
Fin du chapitre 3.
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