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✦ tounet777 Runway à contre-courant XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Runway à contre-courant — Chapitre 22

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Runway à contre-courant

Chapitre 22

Chapitre 22
Nous sortons enfin du studio, les jambes lourdes et l'esprit saturé par cette première séance de torture stylistique. Dès que nous franchissons les portes en verre de l'immeuble, je constate que la luxueuse berline noire nous attend déjà le long du trottoir, son moteur tournant dans un murmure à peine perceptible. Le chauffeur, impeccable, redresse sa casquette en nous voyant approcher et s'empresse de nous ouvrir la portière arrière avec une déférence presque irréelle pour le lycéen que j'étais encore hier.
Fabio nous emboîte le pas sans un mot, son sillage parfumé de vétiver et de cuir m'enveloppant alors qu'il s'installe sur le siège passager avant, à côté du conducteur. David et moi nous glissons à l'arrière, s'enfonçant dans le cuir moelleux et odorant de la banquette. Ma main cherche immédiatement celle de David, trouvant refuge dans sa paume immense et calleuse. Il la serre fort, un ancrage silencieux au milieu de ce tourbillon.
Le trajet à travers les rues de Besançon se fait dans un calme religieux. Dehors, la fin d'après-midi étire ses ombres sur les façades de pierre de Chailluz, mais je suis bien trop épuisé pour admirer le paysage. Ma tête retombe lourdement contre l'épaule massive de David, mes paupières pesant des tonnes. Je sens ses doigts caresser doucement mon poignet, un mouvement précis, lénifiant, qui tente d'apaiser l'orage de fatigue qui gronde en moi.
La voiture quitte les grands axes pour s'engager dans une ascension sinueuse, grimpant vers les hauteurs de la ville. Nous roulons vers le quartier des Buttes, un secteur réputé pour son calme et ses propriétés haut de gamme, cachées derrière des écrins de verdure. La berline ralentit puis s'immobilise devant la grille en fer forgé d'une résidence contemporaine à l'architecture audacieuse, mêlant le béton brut, le verre et le bois précieux. Une fois la grille franchie, le véhicule s'engouffre dans une rampe d'accès privée menant au sous-sol.
— Nous y sommes, annonce Fabio en se retournant partiellement vers nous, un sourire énigmatique aux lèvres.
Le chauffeur coupe le contact et s'empresse de venir nous ouvrir. En sortant de la voiture, je suis frappé par l'alignement de portes blindées en sous-sol. Un homme d'une quarantaine d'années, vêtu d'un costume gris parfaitement ajusté et tenant une tablette tactile, nous attend près de l'ascenseur privé. C'est l'agent immobilier. Ses yeux brillent de l'excitation professionnelle de ceux qui s'apprêtent à dévoiler un bien hors du commun.
— Bonjour, dit-il simplement en s'inclinant poliment, son sang-froid l'empêchant de tiquer face à nos torses nus sous nos joggings ou à notre évidente fatigue.
Il passe son badge magnétique sur le capteur de sécurité et s'efface pour nous laisser entrer. Nous y montons tous les quatre. Fabio, l'agent immobilier, David et moi. L'ascenseur privé grimpe dans un sifflement feutré, une cage de verre et d'acier qui monte directement vers le sommet du bâtiment sans marquer d'arrêt intermédiaire. C'est l'agent immobilier qui rompt le silence de la cabine, s'appropriant la présentation avec une assurance fluide et posée, tandis que Fabio écoute en connaisseur, un sourire de satisfaction aux lèvres.
— Vous vous apprêtez à découvrir un rooftop d'exception à Besançon, suspendu entre ciel et terre, commence l'agent immobilier d'une voix feutrée mais captivante. C'est un bien rare et unique qui redéfinit totalement l'art du luxe et de l'élégance. Nous allons occuper l'étage complet d'une résidence contemporaine de très haut standing. Pour vos véhicules, l'appartement dispose de cinq boxes de stationnement privatifs en sous-sol, entièrement sécurisés.
Dans ma tête, le chiffre résonne comme une absurdité. Cinq garages ? Cinq boxes pour moi tout seul ? Je jette un regard incrédule à David, qui arque un sourcil, tout aussi impressionné par ce déploiement de moyens insolent.
Le voyant de l'ascenseur indique le dernier étage. Les portes coulissent dans un glissement parfait, s'ouvrant non pas sur un palier commun, mais directement à l'intérieur de l'appartement, débouchant sur un vaste hall d'entrée baigné d'une lumière zénithale éblouissante. Mes yeux s'écarquillent. L'espace qui s'offre à nous est gigantesque, le sol en parquet de chêne massif blanchi résonne à peine sous nos pas timides.
— Bienvenue chez vous, énonce l'agent immobilier avec une certaine solennité en nous guidant à travers le hall vers la pièce maîtresse. Conçu comme un refuge paisible, cet appartement allie l'intemporalité de son élégance, le confort d'une modernité sophistiquée et des équipements de haute qualité pour satisfaire les désirs des plus exigeants.
Je marche comme dans un rêve, mes pieds nus effleurant le bois noble et immaculé. Nous débouchons sur le salon, et le vertige me prend instantanément. L'agent immobilier s'arrête au centre, embrassant le volume d'un geste fluide.
— Regardez cette salle de séjour de cinquante mètres carrés... Chaque détail a été pensé avec soin, alliant des matériaux de prestige, des technologies de pointe et une architecture intérieure d'une grande subtilité. Ses vastes espaces baignés de lumière naturelle créent une atmosphère sereine. Au centre, vous disposez d'une magnifique cheminée contemporaine.
Le séjour de 50 m² est épuré, meublé de pièces design aux tons crème et grège. Mais ce qui me coupe véritablement le souffle, c'est ce qui se trouve au-delà du verre. Les baies vitrées coulissantes s'ouvrent sur de généreuses terrasses extérieures, deux balcons et un rooftop privatif qui encercle littéralement la totalité de l'appartement. L'agent s'approche de la vitre pour la faire coulisser.
— Ce rooftop dépasse le simple concept d'appartement : il incarne un véritable art de vivre. Les passionnés de biens rares et précieux seront séduits par les généreuses terrasses extérieures, mais surtout par cette vue époustouflante, ce panorama à couper le souffle au cœur même de Besançon.
Je m'approche du garde-corps et regarde à l'extérieur. La ville entière s'étale à mes pieds, minuscule et grandiose à la fois. La Citadelle Vauban se détache fièrement contre le ciel de fin de journée, la boucle du Doubs scintille en contrebas, et les toits de la vieille ville semblent former une mosaïque miniature. Nous sommes au-dessus du monde, protégés de l'agitation, installés dans un nid d'aigle de verre et d'acier.
— C'est... c'est irréel, murmuré-je, la voix tremblante de stupeur, terrassé par le gigantisme de l'endroit.
L'agent immobilier sourit devant mon émerveillement et nous invite à le suivre vers le couloir qui dessert l'aile nuit.
— Le bien se distingue par ses prestations incomparables. Il dispose de trois chambres au total, de trois toilettes et de deux salles de bain complètes. L'appartement est également équipé d'un système de chauffage individuel au gaz par le sol, ce qui garantit une chaleur douce et uniforme sous vos pas. Vous disposez aussi d'une grande cave sécurisée en sous-sol. Et pour conclure, la suite parentale est digne des plus luxueux hôtels.
Nous pénétrons dans la chambre principale. C'est une pièce immense, dotée de son propre balcon privé. Un lit king-size trône au centre, flanqué de chevets en marbre. Au fond, un dressing sur mesure en noyer sombre s'ouvre sur une salle de bain privative monumentale. En jetant un coup d'œil par la porte entrouverte du dressing, je constate avec stupéfaction que mes vêtements, mes quelques bouquins, mes paires de baskets et mes maigres affaires personnelles sont déjà là. Les déménageurs ont tout apporté depuis mon ancien logement pendant que je souffrais au studio. Tout est méticuleusement rangé, aligné, intégré à ce décor de magazine. Les finitions impeccables transforment véritablement cet appartement en une pépite absolue du marché immobilier.
Le vertige me prend. C'est trop grand, trop beau, trop luxueux pour le gamin que je suis. Je me tourne vers Fabio, le cœur battant à tout rompre, soudain assailli par une angoisse purement matérielle, la peur d'une réalité financière qui me dépasse.
— Fabio... combien je vais devoir payer pour un endroit pareil ? C'est hors de prix, je n'aurai jamais les moyens, même avec mes premiers cachets...
Fabio laisse échapper un petit rire feutré, presque amusé par ma naïveté, et ajuste les manches de son costume de créateur.
— Rien du tout, Gaspard. Tu ne débourseras pas un seul centime. C'est Burberry qui prend l'intégralité du loyer et des charges en compte. Tu es leur nouvelle égérie mondiale, le visage de leur campagne. Tu ne peux pas habiter dans un petit appartement ordinaire. Tu as besoin de sécurité, d'un accès contrôlé par interphone, de garages privatifs pour éviter les regards indiscrets, et d'un standing qui correspond à ton nouveau statut. Cet endroit est ton bunker de luxe, entièrement financé par la maison.
Je reste planté là, stupéfait, la bouche entrouverte, écrasé par la démesure de l'industrie de la mode. David pose une main raisonnable dans le bas de mon dos, sentant ma détresse et mon étourdissement face à ce changement de vie si radical. L'agent immobilier s'avance alors vers l'îlot central en marbre de la cuisine américaine. Il y dépose proprement le jeu de clés magnétiques et le pass de la résidence, puis prend congé d'une simple révérence polie, saluant Fabio et David d'un signe de tête avant de s'engouffrer dans l'ascenseur.
Je me tourne immédiatement vers David, mes yeux suppliants ancrés dans les siens. La grandeur des pièces et le vide environnant me donnent presque le tournis.
— David... s'il te plaît, reste avec moi pour la nuit... C'est beaucoup trop grand pour moi tout seul. Je vais me perdre ici, j'ai besoin de toi, j'ai peur de ce vide.
Avant que David ne puisse répondre, la voix de Fabio retentit depuis le hall d'entrée, froide, pragmatique et inflexible, nous rappelant à la réalité de mon emploi du temps.
— Le chauffeur te cueillera ici demain matin, Gaspard. Je te rappelle ton rendez-vous à 8h tapantes au studio pour la suite du cours avec Bennett. Tu as intérêt à être en forme, à avoir les yeux bien en face des trous et à ne pas afficher de cernes. Le cours de demain sera encore plus exigeant, pas une minute de retard ne sera tolérée. Ne gâche pas tes forces cette nuit. À demain.
La lourde porte blindée de l'appartement se referme dans un déclic électronique hautement sécurisé. Fabio est parti.
Le silence retombe d'un coup sur le rooftop, un silence immense, presque lourd, interrompu uniquement par le murmure lointain de la ville en contrebas. David fait un pas franc vers moi et m'enveloppe de ses grands bras, me serrant contre son torse rassurant.
— Je reste là, Gaspard, murmure-t-il d'une voix douce et basse. Je ne te laisse pas tout seul dans ce grand nid d'aigle. Je suis là.
Un immense soupir de soulagement m'échappe. Je me laisse aller contre lui, savourant sa présence, quand soudain, la sonnerie stridente de mon téléphone portable brise brutalement l'atmosphère feutrée du salon. Je sursaute. Je glisse ma main dans la poche de mon jogging et extirpe l'appareil. Le nom de Marion s'affiche sur l'écran en lettres clignotantes. Je fronce les sourcils et décroche, portant le téléphone à mon oreille. Nous vivons tous les trois en colocation, et sa réaction ne se fait pas attendre.
— Allô, Marion ?
— C'est quoi ce bordel, Gaspard ?! retentit sa voix, à la fois paniquée et furieuse, résonnant si fort que David relève la tête. Je viens de passer devant ta chambre, la porte est grande ouverte et c'est complètement vide ! Où sont tes affaires ?! Qu'est-ce qui se passe, tu t'es fait cambrioler ou quoi ?!
Je jette un coup d'œil amusé et un peu dépassé à David, qui esquisse un sourire bienveillant.
— Calme-toi, Marion, tout va bien, je te jure, répondu-je d'une voix que je tente de vouloir rassurante. C'est une longue histoire... Écoute, prends un bloc-notes. Je vais te donner une adresse. Viens nous rejoindre tout de suite à l'appartement des Buttes, et je t'expliquerai tout de vive voix. Tu ne vas pas en croire tes yeux.
Après lui avoir dicté l'adresse de la résidence contemporaine et raccroché, je range le téléphone. Nos bouches se rencontrent alors dans un baiser d'une fougue sauvage, une étreinte électrique et passionnée qui tente d'exorciser le stress accumulé de cette journée folle. David me presse contre lui, ses mains brûlantes enserrant ma taille avec une force couveuse.
Mais alors que je tente de me cambrer pour approfondir notre baiser, un gémissement de douleur aiguë m'échappe, me forçant à rompre le contact. Je me détache doucement, grimaçant, la main appuyée sur mes lombaires.
— Putain... je souffle, le visage crispé. Je suis complètement courbaturé. Bennett m'a littéralement massacré le dos, les épaules et les cuisses avec ses exercices de posture et sa marche militaire. J'ai l'impression que chacun de mes muscles est en compote, comme si j'avais été passé sous un rouleau compresseur.
David laisse échapper un grondement de rire tendre, ses yeux sombres brillant d'une affection infinie pour mon corps endolori.
— Viens là, Gaspard. On va régler ça. Une bonne douche chaude va te détendre les muscles et chasser toutes ces tensions avant que ton amie n'arrive.
Il me prend délicatement par la main, veillant à ne pas brusquer mes mouvements, et me guide à travers l'appartement vers la salle de bain de la suite parentale. Lorsque nous poussons la porte en verre dépoli, nous restons tous les deux abasourdis par la grandeur architecturale de la pièce. C'est un véritable temple de bien-être, entièrement revêtu de marbre noir et blanc poli. Au centre, une immense douche à l'italienne, entourée de parois vitrées monumentales, ressemble à une pièce à part entière, spacieuse comme un studio d'étudiant. Le pommeau de douche fixe, ancré directement dans le plafond, est large comme une roue de voiture, promettant une véritable pluie tropicale.
David actionne les mitigeurs encastrés dans le mur. Immédiatement, une vapeur chaude, épaisse et parfumée au cèdre commence à envahir l'espace, opacifiant les grands miroirs et créant un cocon de chaleur protecteur. Avec des gestes d'une infinie délicatesse qui tranchent radicalement avec sa carrure de colosse, il m'aide doucement à faire glisser mon jogging le long de mes hanches, prenant garde à mes cuisses douloureuses. Il se déshabille à son tour, abandonnant ses vêtements au sol, et me guide doucement sous le jet d'eau brûlante.
L'eau chaude se déverse en cascade sur mes épaules fatiguées, dénouant instantanément les nœuds de tension qui me paralysaient le haut du corps. Je ferme les yeux, laissant échapper un long soupir de soulagement en sentant la chaleur pénétrer mes muscles meurtris. David se place juste derrière moi, son torse humide venant se coller contre mon dos. Ses mains immenses et calleuses, enduites d'un savon onctueux, se posent sur mes omoplates. Avec une force parfaitement maîtrisée, il commence à masser fermement mes trapèzes et mes lombaires, pétrissant ma chair contractée par les heures passées à défiler au millimètre près sur le parquet ciré.
— Ça va un peu mieux, Gaspard ? murmure-t-il tout près de mon oreille, sa voix grave couvrant à peine le bruit de l'eau qui s'écoule lourdement sur le receveur en ardoise.
— C'est le paradis... je réponds d'une voix faible, ma tête basculant en arrière pour venir s'appuyer contre son épaule solide. S'il te plaît, ne t'arrête jamais, je suis tellement crevé...
David ne répond pas par des mots. Son souffle chaud caresse mon cou alors qu'il fait pivoter mon corps engourdi pour me faire face. Sous le ruissellement continu de l'eau tiède qui sculpte ses muscles puissants, ses yeux sombres s'ancrent dans les miens avec une intensité troublante, chargée d'une promesse de douceur absolue. Ses pouces viennent caresser mes pommettes, essuyant les gouttes d'eau sur mon visage, avant de descendre lentement le long de mon cou, de mes clavicules, pour venir encadrer ma taille.
Le contact de sa peau brûlante contre la mienne me fait frissonner malgré la chaleur ambiante. David réduit le peu de distance qui nous sépare, collant son torse massif contre ma poitrine. Le contraste entre sa carrure imposante et ma silhouette fatiguée accentue cette sensation de protection totale. Il penche la tête et prend mes lèvres dans un baiser d'une infinie lenteur, explorant ma bouche avec une tendresse presque révérencieuse, prenant tout son temps pour effacer les dernières traces du stress de la journée.
Ses mains descendent plus bas, glissant le long de mes hanches pour soutenir mes cuisses endolories. D'une simple pression, il m'invite à sauter. Sans hésiter, j'entoure sa taille de mes jambes, m'agrippant à ses épaules solides, tandis qu'il me plaque avec douceur contre le mur de marbre chaud de la douche. L'eau continue de couler sur nos visages et nos corps mêlés, créant une barrière sonore qui nous isole du reste du monde.
David s'assure de mon confort, ancrant ses mains sous mes fessiers pour supporter tout mon poids sans effort. Son sexe rigide se presse contre le mien, une friction électrique qui m'arrache un premier gémissement étouffé contre son cou. Il descend ses lèvres dans mon cou, y déposant des baisers humides qui me font cambrer le dos, oubliant instantanément la douleur de mes courbatures.
Cherchant le flacon de gel douche texturé sur le rebord, il en verse une quantité généreuse au creux de sa paume. Sa main descend entre nos corps pour nous enduire tous les deux, préparant mes muscles tendus avec une patience infinie. Ses doigts, d'ordinaire si rudes, se font incroyablement fluides et experts, massant et détendant la zone avec une délicatesse protectrice, attendant que je me relâche complètement contre lui. Mon front s'appuie contre son épaule, mon souffle devenant de plus en plus court et saccadé à mesure que la tension monte.
— Regarde-moi, Gaspard, murmure-t-il d'une voix rauque et basse, vibrant contre ma cage thoracique.
Je relève des paupières lourdes, plongeant mes yeux clairs dans son regard de braise. C'est à ce moment, avec une lenteur calculée pour ne pas me brusquer, qu'il s'aligne et commence à me pénétrer. Un frisson violent parcourt tout mon être alors que sa largeur me remplit. J'écarquille les yeux, retenant mon souffle, les doigts crispés dans la chair de son dos. David s'arrête aussitôt, restant immobile en moi, attendant que mon corps s'habitue à sa taille impressionnante. Ses hanches restent fixes tandis qu'il m'embrasse à nouveau, aspirant mes plaintes douces pour m'aider à surmonter la plénitude de l'invasion.
Dès que mon corps se détend et s'ajuste autour de lui, David commence ses premiers mouvements. Le rythme est d'abord d'une douceur extrême, des va-et-vient lents et profonds qui glissent parfaitement grâce à l'eau et au savon. À chaque poussée, sa virilité vient heurter mon point de sensibilité le plus intime, déclenchant des vagues de plaisir si intenses que mes jambes se serrent plus fort autour de ses hanches. Je perds totalement pied, suspendu à sa force, balayé par les sensations.
Le clapotis de l'eau sur le sol en ardoise se mêle au bruit plus sourd et rythmé de nos corps qui s'entrechoquent. David accélère légèrement la cadence, trouvant un angle parfait qui me fait perdre la tête. Ses grognements sourds résonnent contre mon oreille, trahissant le contrôle immense qu'il s'impose pour rester doux. Ses mains me maintiennent fermement contre le marbre, m'offrant un ancrage indestructible au milieu de cette tempête sensorielle. Le plaisir monte en flèche, direct, brûlant, se propageant de mes lombaires jusqu'au bout de mes doigts.
— David... putain, David... je gémis, la voix brisée par l'extase, incapable d'articuler la moindre phrase cohérente alors que le point de non-retour approche.
Sentant la fin imminente, il accentue la profondeur de ses mouvements, me submergeant complètement. Ma propre libération me submerge en premier, se répandant entre nos deux torses collés dans un spasme violent qui me laisse tremblant et à bout de souffle. Ce spectacle brise les dernières barrières de David ; avec quelques coups de reins plus appuyés et possessifs, il se tend à son tour, grognant mon nom contre ma tempe alors qu'il se libère profondément à l'intérieur de moi, prolongeant l'étreinte dans une ultime pulsion de chaleur.
Le silence de la pièce ne revient que très lentement, meublé par le bruit de la douche et nos respirations haletantes. David me garde contre lui de longues minutes, refusant de rompre le contact, me berçant doucement sous le jet d'eau qui commence à rincer nos corps lavés de toute fatigue.
Quand nous sortons enfin de la cabine de douche, le corps fumant et la peau rougie par la chaleur, nous nous enveloppons dans de grands draps de bain moelleux et épais trouvés dans les placards du dressing. David me ramène une dernière fois contre lui dans le couloir, déposant un baiser doux, lent et protecteur sur mon front, tandis que nous attendons l'arrivée imminente de Marion dans notre nouveau havre de paix.
— Je suis tellement fier de toi, Gaspard, me souffle-t-il à l'oreille. Tu vas y arriver, et ce soir, je ne bouge pas d'ici.
Je souris dans la pénombre du grand couloir, la fatigue toujours présente mais le cœur infiniment plus léger.
Le bourdonnement feutré de la douche s'estompe enfin, laissant place à la tiédeur saturée de vapeur de la salle de bain. Enveloppé dans un drap de bain au moelleux protecteur, je me laisse guider par David vers l'immense dressing en noyer sombre. Mes muscles, bien que détendus par l'eau brûlante et notre étreinte passionnée, tirent encore douloureusement à chaque mouvement.
David s'habille en un éclair dans la pénombre, enfilant ses affaires de sport avant de se tourner vers les portants où les déménageurs ont méticuleusement aligné mes nouvelles affaires. Un sourire fier et un brin provocateur étire ses lèvres alors que ses doigts parcourent les étoffes luxueuses. Il en sort un ensemble Burberry flambant neuf : un pantalon de mi-saison à la coupe impeccable et un pull en maille de cachemire d'une douceur irréelle, teinté d'un beige texturé caractéristique de la maison.
— Allez, Gaspard, me dit-il en me tendant les vêtements. Enfile ça. Je veux absolument voir à quoi ressemble mon homme dans ses habits de haute couture. Tu vas être d'un chic absolu pour accueillir Marion.
— David, je suis crevé, et même si Marion s'attend à ce que j'aie un contrat avec Burberry, elle m'a habitué à me voir en vieux sweat troué dans notre coloc, soufflé-je avec un faible sourire. Elle n'est pas prête.
— Justement, insiste-t-il en déposant un baiser rapide sur mon épaule encore humide. Change de dimension. Fais-moi plaisir.
Je cède, séduit par l'étincelle d'admiration dans ses yeux sombres. Le tissu glisse sur ma peau avec une fluidité divine ; la coupe est si parfaite qu'elle semble épouser mes lignes sans la moindre entrave, structurant ma silhouette de mannequin naissant. À peine ai-je le temps de réajuster le col qu'une sonnerie stridente et électronique retentit, brisant la sérénité du rooftop. L'interphone.
Nous nous approchons de l'écran de contrôle situé dans le couloir. La caméra grand angle affiche une scène d'un contraste saisissant sur le pas de la porte de la résidence. Marion est là, les bras ballants, pivotant sur elle-même, le visage décomposé par la stupeur en contemplant le hall de marbre et de verre des Buttes. Juste à côté d'elle se tient un jeune homme d'une trentaine d'années, d'un calme olympien. Il est intégralement vêtu d'un ensemble blanc immaculé et porte à bout de bras une table de massage pliante en aluminium, flanquée d'une mallette de cuir compartimentée.
David appuie sur le bouton d'ouverture dans un déclic sonore, puis déverrouille la lourde porte blindée de l'appartement. Marion entre en trombe, les yeux exorbités, prête à déverser un torrent de paroles, mais le jeune homme en blanc lui emboîte le pas avec une assurance feutrée, coupant court à toute explosion.
Il pose délicatement son matériel au sol, redresse sa posture et s'avance vers nous avec un sourire professionnel et mesuré.
— Bonjour. Je suis Thomas Laroche, masseur-kinésithérapeute. J'ai été briefé et envoyé en urgence par Monsieur Fabio Demonti, au nom de la maison Burberry. Je dois m'assurer que la nouvelle égérie mondiale, Monsieur Gaspard Moinel, soit parfaitement opérationnelle, détendue et libérée de toutes ses raideurs musculaires pour son cours de demain matin à huit heures tapantes avec Monsieur Bennett. Où puis-je m'installer pour procéder à la séance ?
Je reste un instant coi, la bouche de nouveau entrouverte face à cette organisation militaire. Avant même que je ne puisse aligner deux mots, David fait un pas en avant et prend les devants d'une voix calme et assurée :
— Vous pouvez aller dans la chambre parentale, juste au bout du couloir à droite. Il y a largement la place et vous y serez au calme.
— Parfait, merci, répond Thomas en récupérant sa table pliante et sa mallette.
Marion, quant à elle, regarde alternativement le kiné qui s'éloigne vers l'aile nuit, l'immensité des cinquante mètres carrés du salon baigné par les lumières nocturnes de Besançon, et ma propre personne, métamorphosée dans cet ensemble Burberry d'un luxe insolent. La moutarde lui monte au nez, mêlée d'une incompréhension totale face à tout ce déploiement.
— C'est quoi ce bordel apocalyptique, Gaspard ?! hurle-t-elle à moitié, les mains sur les hanches. Je savais que tu avais décroché un contrat avec Burberry, d'accord, mais je pensais que c'était juste pour poser sur trois photos ! Je rentre à la coloc, ta chambre est rasée, vide comme si tu n'avais jamais existé ! Je te harcèle au téléphone, tu me donnes une adresse dans le quartier le plus cher de la ville, et là... je débarque dans un château de verre, tu portes des fringues de défilé, et un mec en blanc m'annonce que tu as un masseur privé payé par la marque ?! Explique-moi le reste de l'histoire avant que je fasse un anévrisme !
David laisse échapper un grondement de rire tendre et pose une main sur l'épaule de Marion pour tenter de canaliser son énergie débordante. Je me tourne vers mon amie, le corps encore endolori par les tortures de Bennett.
— Marion, s'il te plaît, calme-toi... Je savais pour le contrat, mais tout le reste est allé beaucoup trop vite pour moi aussi, je te jure. Mais là, regarde-moi, je suis un vrai morceau de bois, j'ai l'impression que mes muscles vont se déchirer si je fais un pas de plus. Laisse-moi juste faire cette séance. Installe-toi confortablement dans le canapé, sers-toi un verre dans la cuisine si tu veux. Je te jure que je t'explique tout ce délire dans les moindres détails dès qu'il a fini.
— Je vais veiller sur elle et commencer à lui raconter le début de l'histoire, ajoute David avec un clin d'œil complice, ravi de l'effet produit. Va te faire soigner, mon Gasp.
Marion soupire, capitulant face à l'évidence de ma fatigue, et se laisse enfoncer dans le cuir crème du canapé design, les yeux toujours ronds.
— C'est d'accord, grogne-t-elle, mais tu as intérêt à tout me déballer, du premier centime au moindre garage !
Je rejoins Thomas dans la suite parentale. En quelques minutes, avec une efficacité silencieuse, il a déplié sa table au centre de la pièce, tamisé les lumières intérieures et disposé ses flacons d'huiles essentielles. Une odeur apaisante d'arnica, de gaulthérie et de lavande commence à saturer l'air, transformant la chambre en un véritable sanctuaire de guérison.
— Je vais vous demander de vous déshabiller entièrement pour le massage, Monsieur Moinel, me demande-t-il d'une voix douce et monocorde. Vous pouvez placer vos vêtements sur le fauteuil et vous allonger sur le ventre.
Un coup de sang subit me monte aux joues. Complètement déshabillé ? Devant un inconnu ? Je me sens soudainement dépourvu, une pointe de honte et de timidité paralysant mes mouvements. Sentant mon hésitation et voyant mes pommettes s'empourprer sous la lumière tamisée, Thomas m'adresse un sourire bienveillant, dénué de tout jugement.
— Ne vous inquiétez pas, c'est tout à fait normal d'éprouver un peu de gêne au début, ajoute-t-il d'un ton rassurant. Tout va bien se passer, je travaille de manière très protocolaire. Dès que vous serez installé, je placerai une serviette pour préserver votre intimité.
Rassuré par son professionnalisme, je retire mon ensemble Burberry tout neuf, le cœur battant un peu plus vite, et m'allonge rapidement face contre terre sur le revêtement frais de la table, glissant mon visage dans la fente matelassée. Comme promis, Thomas déploie aussitôt une grande serviette blanche et épaisse qu'il ajuste sur mes fesses pour tout cacher. Cependant, pour pouvoir travailler efficacement les lombaires et la zone sacrée particulièrement meurtrie, il rabat légèrement le haut du tissu, laissant entrevoir le haut de la cambrure de mes fesses et la naissance de mes reins. Mes bras pendent sur les côtés. Je pousse un long soupir, sentant déjà la lourdeur de mon corps s'enfoncer dans le support.
— Monsieur Demonti m'a prévenu que vous aviez subi un entraînement de posture intensif, murmure Thomas en frottant vigoureusement ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer. Nous allons nous concentrer sur la chaîne postérieure : les lombaires, les trapèzes et les extenseurs des cuisses. Surtout, respirez profondément et signalez-moi si la pression est trop forte.
Le premier contact de ses mains est une surprise. Elles sont chaudes, fermes, et immédiatement enduites d'une huile tiède qui glisse sur ma peau. Il commence par de grands effleurages longitudinaux, partant du bas de mes reins, effleurant la limite de la serviette, pour remonter jusqu'à la racine de mon cou. La sensation de glisse est divine, mais dès qu'il applique une pression plus appuyée, un frisson de douleur me traverse.
— C'est très tendu ici, commente le kiné en insistant sur la zone sacrée, juste au-dessus du pli de la serviette. Les muscles érecteurs du rachis sont complètement verrouillés. Vous avez forcé sur la cambrure ?
— Bennett... Bennett m'a forcé à rester cambré et droit pendant des heures, la poitrine en avant, le menton haut, murmuré-je, la voix étouffée par le matelas. J'avais l'impression de porter un bloc de béton.
— C'est une réaction de défense classique, explique Thomas. Le muscle se contracte pour protéger la colonne face à un effort inhabituel. On va dénouer ça.
Ses pouces s'ancrent de chaque côté de ma colonne vertébrale. Il commence à pratiquer des mouvements circulaires profonds, des frictions transversales qui forcent les fibres musculaires à se relâcher. À chaque passage, j'ai l'impression qu'il écrase des nœuds de tension gros comme des billes. La douleur est vive, sur le fil du rasoir, mais elle s'accompagne d'une libération immédiate, d'une chaleur diffuse qui circule enfin dans mes lombaires meurtries. Un gémissement sourd m'échappe, un mélange de plainte et de soulagement pur.
— Tout va bien ? Demande-t-il, suspendant son geste un instant.
— Oui... oui, continuez, s'il vous plaît. C'est douloureux mais ça fait un bien fou.
Il remonte ensuite vers mes omoplates et mes trapèzes. Ses mains puissantes saisissent les muscles à pleine paume, pratiquant un pétrissage vigoureux, digne d'un athlète de haut niveau. Je sens ses doigts s'enfoncer sous la pointe de mes omoplates, là où la fatigue accumulée s'est cristallisée en pointes acérées. Ma tête bascule légèrement, mes paupières se ferment plus lourdement encore. Le contraste entre la douceur du cadre, le silence feutré de la suite et la technicité presque chirurgicale de ses mouvements me plonge dans un état second, une léthargie hypnotique.
— Votre agent a eu le bon réflexe, continue Thomas tout en travaillant le haut de mon dos avec ses avant-bras, étirant les grands dorsaux dans un mouvement fluide de va-et-vient. Si nous avions laissé passer la nuit sans intervenir, demain matin, vous auriez été incapable de marcher droit. Vos muscles auraient été tétanisés par les courbatures.
— Fabio sait exactement ce qu'il fait..., dis-je, songeant à la froide efficacité de mon mentor. Il ne laisse rien au hasard.
— Dans ce milieu, votre corps est votre outil de travail, Monsieur Moinel. Il faut en prendre soin comme d'un instrument de précision.
Le masseur redescend ensuite vers mes membres inférieurs. Il glisse habilement la serviette pour découvrir mes cuisses tout en gardant mon intimité parfaitement protégée. Ses mains se posent sur mes ischio-jambiers et mes quadriceps, s'attaquant aux muscles sollicités par la marche militaire imposée par Bennett. Ses pouces tracent des lignes fermes le long des muscles, drainant l'acide lactique accumulé. À chaque pression ascendante, je sens le sang circuler à nouveau, chassant cette sensation de jambes de plomb qui me paralysait depuis la sortie du studio.
Le traitement dure près d'une heure. Une heure de pétrissages, de percussions légères, d'étirements passifs où mes articulations craquent doucement, reprenant leur place légitime. Peu à peu, la douleur aiguë s'efface pour laisser la place à une torpeur délicieuse, une sensation de flottement absolu. Mon esprit se vide, lavé des angoisses de la journée, de la démesure de l'appartement et de la pression du contrat de Burberry. Sous les mains expertes de Thomas, ma timidité initiale s'est complètement envolée : je ne suis plus la future égérie mondiale traquée par les exigences de la mode, mais simplement un corps reconnaissant qu'on répare avec bienveillance.
— Voilà, Monsieur Moinel. Nous arrivons au terme de la séance, annonce enfin la voix douce du kiné.
Il passe une dernière fois ses mains tièdes sur l'ensemble de mon dos pour harmoniser les énergies, puis utilise une serviette sèche pour éponger l'excédent d'huile essentielle, laissant ma peau douce, parfumée au cèdre et à la lavande, et incroyablement vivante.
— Restez allongé encore deux ou trois minutes, le temps que votre tension se rééquilibre. Buvez beaucoup d'eau ce soir pour éliminer les toxines que nous venons de libérer. Demain matin, vous vous réveillerez un peu courbaturé, mais vos articulations seront souples. Vous pourrez affronter Monsieur Bennett sans crainte.
— Merci... infiniment, Thomas. Vous m'avez sauvé la vie, murmuré-je, émergeant lentement de mon cocon de bien-être.
Le kiné sourit, range ses flacons et commence à replier sa table avec la même discrétion qu'à son arrivée. Je me redresse lentement, m'asseyant sur le bord du lit king-size, avant de me rhabiller sans hâte. Mon corps me semble étrangement léger, presque fluide, débarrassé de sa cuirasse de contractions. Je réenfile mon pull Burberry en cachemire beige, savourant la sensation de propre et de confort qui m'enveloppe désormais.
Lorsque je repousse la porte de la suite parentale pour retourner vers le salon, je trouve David et Marion assis côte à côte sur le grand canapé en grège. David a tenu sa promesse : un verre à la main, Marion écoute mon petit ami avec une expression où la colère a totalement capitulé devant une fascination mêlée d'excitation. Elle se tourne vers moi, me détaillant de la tête aux pieds, prête à entendre la suite de ce conte de fées moderne dont je suis, malgré moi, le héros central.
Fin du chapitre 22.
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