Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Runway à contre-courant — Chapitre 21
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Runway à contre-courant
Chapitre 21
Chapitre 21
La nuit n'est qu'un long tunnel de veille où le sommeil refuse de m'accorder le moindre répit. Bien que je sois resté blotti de toutes mes forces dans les bras protecteurs de David, calé contre sa poitrine massive qui se soulevait régulièrement, mes yeux sont restés grands ouverts, fixant les ombres mouvantes sur le plafond de ma chambre. Le moindre grincement du parquet, le moindre sifflement du vent contre les volets me faisaient sursauter, me rappelant instantanément la violence du coup de pied du livreur contre notre porte. Je me suis accroché au torse de David comme à une bouée de sauvetage au milieu d'un naufrage, savourant sa chaleur, mais l'angoisse de ce qui m'attendait aujourd'hui me rongeait l'estomac.
Lorsque l'aube finit par poindre, filtrant une lumière grise et blafarde à travers les rideaux, je m'extirpe des draps avec une lourdeur infinie. En me mirant dans la glace de la salle de bain, le constat est sans appel : j'ai des cernes violacés qui creusent mon regard et la mine transparente d'un condamné. Aujourd'hui est le jour où ma vie bascule définitivement. Aujourd'hui, je signe les papiers qui effacent mon avenir de lycéen ordinaire.
Nous finissons à peine d'enfiler des vêtements décents et de boire un café brûlant en silence qu'un coup sec, lourd et terriblement professionnel retentit à la porte d'entrée. Mon cœur rate immédiatement un battement. La panique de la veille me remonte à la gorge en une fraction de seconde. David pose sa tasse avec force sur le comptoir, me jette un regard rassurant et s'avance d'un pas lourd vers l'entrée. Il ouvre la porte d'un coup sec, sa haute stature prête à bloquer toute intrusion.
Sur le palier se tient un homme d'un certain âge, habillé d'un costume sombre impeccable, une casquette de chauffeur professionnel à la main. Il s'incline légèrement avec un sourire courtois.
— Bonjour. Je suis le chauffeur envoyé par la maison Burberry pour monsieur Moinel. La voiture est avancée en bas de l'immeuble.
Je m'avance dans le couloir, sentant une immense vague de panique m'envahir alors que mes yeux balayent l'appartement. Les larmes me montent presque aux yeux sous le coup du stress.
— Attendez... murmuré-je, la voix tremblante en me tournant vers David. David, j'ai... j'ai complètement oublié. Je n'ai pas commencé mes cartons. Rien n'est prêt. Je ne peux pas partir comme ça, mes affaires sont partout, mes cours, mes vêtements... On n'a rien emballé !
Le chauffeur, qui a entendu ma détresse, intervient aussitôt d'un ton calme, posé et extrêmement rassurant :
— Ne vous inquiétez pas pour cela, monsieur Moinel. Monsieur Demonti a absolument tout prévu. Une équipe de déménageurs professionnels est déjà en route et viendra s'occuper de l'intégralité de vos cartons et du transport de vos affaires plus tard dans la matinée.
L'homme se tourne ensuite vers David, détaillant sa carrure impressionnante avant de poursuivre :
— En revanche, monsieur Demonti demande à ce que vous, monsieur Léman, vous soyez présent pour les accueillir. Le planning est le suivant : je vous accompagne tous les deux au lycée dans un premier temps. Une fois les formalités administratives de monsieur Moinel terminées, je vous redépose ici, à l'appartement, pour que vous puissiez guider les déménageurs et leur indiquer précisément ce qui appartient à monsieur Moinel, afin qu'ils ne prennent pas vos affaires personnelles par erreur. Pendant ce temps, j'accompagnerai Gaspard directement à son cours de coaching de défilé, où monsieur Demonti l'attend en personne.
David hoche la tête, une lueur de soulagement dans les yeux face à cette logistique parfaite. Il pose sa main lourde sur mon épaule contractée.
— Tu vois, Gaspard ? Fabio gère le truc. On y va ensemble, je ne te lâche pas pour le lycée. Allez, prends ton sac et tes papiers.
Le trajet en voiture se fait dans un silence presque religieux. Je suis assis à l'arrière de la luxueuse berline aux vitres teintées, ma main fermement serrée dans celle de David. Je regarde défiler les rues de la ville, sentant la boule dans mon ventre grossir à chaque intersection qui nous rapproche de mon établissement. Lorsque le véhicule noir s'immobilise enfin devant les grandes grilles en fer forgé du lycée, le cauchemar commence.
Dès que la portière s'ouvre et que je pose un pied sur le trottoir, j'ai l'impression que le temps s'arrête dans la cour. C'est l'heure de la pause. Des dizaines d'étudiants sont agglutinés près des grilles. En un instant, tous les visages se tournent vers moi. Les conversations meurent instantanément, remplacées par un bourdonnement de chuchotements étouffés. Ce n'est plus le Gaspard invisible et discret qui rasait les murs il y a encore une semaine.
Alors que nous traversons la cour, David marchant à mes côtés comme un rempart vivant, le malaise devient proprement insupportable. Je me sens comme une bête de foire, un animal exotique lâché au milieu du zoo. Les élèves s'écartent sur notre passage, me pointant ouvertement du doigt. Je vois des groupes de garçons s'agiter, de parfaits inconnus avec qui je n'ai jamais échangé un seul mot. À plusieurs reprises, je capte le reflet de lentilles de téléphones portables. Ils n'osent pas venir vers moi en face, la timidité ou une forme de respect stupide les retient, mais ils lèvent leurs smartphones à bout de bras pour me prendre en photo et me filmer de loin, pensant être discrets. Le stress de la veille me serre la gorge, me coupant presque le souffle. J'ai l'impression d'être traqué.
— Regarde droit devant toi, me souffle David, sa voix basse et ferme agissant comme un ancrage. Calcule-les pas. On va directement au secrétariat.
Nous montons les marches du bâtiment administratif et nous nous présentons à l'accueil. On nous fait immédiatement monter vers le bureau du proviseur. L'ambiance feutrée du couloir de la direction me permet enfin de relâcher un peu la pression, même si mes mains tremblent toujours. Après quelques minutes d'attente, la secrétaire nous ouvre la porte du bureau directorial.
Le proviseur, un homme sévère en costume gris, nous invite à nous asseoir. Sur son bureau, mon dossier scolaire est grand ouvert. Il ajuste ses lunettes, m'observe un long moment par-dessus ses verres, puis pousse un profond soupir en tapotant les feuilles de mes relevés de notes.
— Bien... Gaspard. J'ai devant moi votre demande de déscolarisation définitive. Je dois vous avouer que je tombe des nues. Pourquoi arrêter vos études maintenant ? Vous êtes un excellent élève, vos professeurs soulignent votre sérieux et vos capacités. Vous avez un très bel avenir académique devant vous. C'est un gâchis de tout abandonner si près du but.
Je jette un coup d'œil rapide à David, qui hoche discrètement la tête pour m'inciter à parler. Je prends une inspiration tremblante, redressant un peu le dos.
— Monsieur le proviseur... je ne pars pas sur un coup de tête. La vérité, c'est que j'ai signé un contrat international très important avec la maison Burberry. Ma vie a pris un tournant complètement imprévu et je dois partir immédiatement à l'étranger pour travailler. Je ne peux plus concilier les cours et mes obligations professionnelles.
Le proviseur se recule dans son fauteuil, ses sourcils se fronçant davantage. Son expression ne se détend absolument pas.
— Oui... En effet, j'ai bien vu l'affiche géante au centre-ville hier soir en rentrant chez moi. Je vous reconnais, bien sûr. Pour tout vous dire, depuis ce matin, les professeurs et l'ensemble du personnel du lycée ne parlent absolument que de ça en salle des profs. Tout le monde est en émoi. Mais si vous voulez mon avis professionnel, arrêter vos études de cette manière n'est pas une bonne chose. Pas du tout. Le monde du mannequinat est éphémère, instable. Les professeurs et le personnel administratif sont tous extrêmement dubitatifs et inquiets face à ce qui vous arrive. Nous pensons que vous prenez un risque inconsidéré pour de la poudre aux yeux.
La discussion dure près d'une heure. Une heure entière pendant laquelle le proviseur tente de me raisonner, de me proposer un aménagement, de m'expliquer que la célébrité ne remplace pas un diplôme. Mais ma décision est prise, scellée par les clauses du contrat que Fabio m'a fait signer. Finalement, face à mon hochement de tête obstiné, il me tend le stylo d'un air résigné. Je signe les documents officiels. Dans un déclic sec, le papier est rangé. Je ne suis officiellement plus lycéen. Je n'appartiens plus à ce monde.
Quand nous sortons enfin du bureau, les couloirs sont vides, les cours ayant repris. David passe son bras autour de mes épaules, me serrant brièvement.
— C'est fait, Gaspard. Tu es libre. Ne pense plus à ce qu'il a dit, il fait juste son boulot de vieux prof.
Mais alors que nous franchissons les portes vitrées pour sortir du bâtiment et traverser le parvis du lycée en direction de la voiture, notre trajectoire est brusquement coupée. Trois filles se tiennent là, barrant le passage. Je les reconnais immédiatement : ce sont les trois filles les plus populaires, les plus hautaines et les plus méchantes du bahut. Le genre de filles qui passent leur temps à critiquer les autres sur les réseaux sociaux et qui, en deux ans, ne m'avaient jamais jeté le moindre regard, me considérant sans doute comme un moins que rien invisible.
Elles s'avancent vers nous avec des sourires mielleux, exagérés et terriblement hypocrites. L'une d'elles, une grande blonde aux cheveux parfaitement lissés, prend la parole d'une voix faussement amicale :
— Oh, salut Gaspard ! On t'attendait trop ! Franchement, on a vu l'affiche Burberry en ville, c'est juste un truc de malade ! Tu es trop beau dessus. On voulait trop te féliciter.
Je reste figé, déstabilisé par cette soudaine marque d'attention de la part de personnes qui m'ignoraient royalement la veille. Mais très vite, le naturel revient au galop. Les deux autres se mettent à se recoiffer nerveusement, ajustant leurs hauts, prenant des poses exagérées devant David et moi, lorgnant la voiture de luxe qui nous attend plus bas.
— Du coup, enchaîne la deuxième en mâchant son chewing-gum tout en se dandinant, on se disait... comment tu as fait pour entrer là-dedans ? Parce que nous, franchement, on pense grave qu'on a le profil. On se trouve vraiment belles et on se dit qu'on a carrément toutes nos chances pour poser pour de grandes marques nous aussi. Tu ne pourrais pas nous donner le numéro de ton agent ? Ou nous introduire auprès des photographes ? On ferait des photos de ouf ensemble, ça te ferait de la notoriété en plus !
Je reste bouche bée face à tant d'arrogance, de prétention et de bêtise. Elles ne s'intéressent pas à moi, elles veulent juste s'accrocher à ma soudaine lumière pour glaner un peu de célébrité artificielle.
À mes côtés, David, qui a écouté toute la scène, ne peut pas se retenir. Un rire franc, sonore et profondément moqueur s'échappe de sa poitrine. Il secoue la tête, observant les trois filles de haut en bas avec un mépris non dissimulé.
— Non mais laissez tomber, les filles, lâche David d'un ton cinglant, un grand sourire ironique aux lèvres. Vous n'avez absolument aucune chance. Le milieu de la haute couture recherche de l'authenticité et de la classe, pas... ça. Rentrez en cours, c'est mieux pour vous.
Le visage des trois filles se décompose instantanément. Leurs sourires mielleux s'effacent pour laisser place à une fureur noire. Elles se sentent profondément vexées, humiliées par le tacle gratuit et tellement vrai de David. Elles font une moue dédaigneuse et tournent brusquement les talons pour s'éloigner vers la cour.
— Pour qui il se prend ce gros porc... marmonne la blonde à voix basse, pensant qu'on ne l'entend pas. De toute façon, Gaspard a juste eu un coup de chance, il est moche en vrai.
— Ouais, une vraie tête de victime, renchérit sa copine dans un sifflement venimeux.
— Ouais, une vraie tête de victime, renchérit sa copine dans un sifflement venimeux.
Leur méchanceté gratuite me pique un instant, mais je n'ai même pas le temps d'accuser le coup. Alors qu'elles s'éloignent à pas rapides, je vois l'une d'elles sortir discrètement son téléphone de sa poche. En douce, en se retournant à moitié, elle nous prend en photo de dos, l'appareil dissimulé sous son bras, sans doute pour aller cracher son venin et publier le cliché sur ses comptes privés.
David l'a vue lui aussi. Il serre les poings, ses muscles se tendant sous son t-shirt, mais il se retient pour moi. Il me pousse doucement vers la berline.
— Allez, viens, Gaspard. On ne calcule pas les vipères. Monte dans la voiture.
Le chauffeur nous ouvre la portière. Nous nous glissons à l'arrière. La voiture démarre dans un glissement silencieux, laissant derrière elle le lycée, les chuchotements, les téléphones volants et ma vie d'avant. Le chauffeur jette un coup d'œil dans le rétroviseur et s'adresse à David :
— Je vous redépose à l'appartement dans dix minutes, monsieur Léman. Les déménageurs ne devraient plus tarder. Ensuite, j'emmènerai monsieur Moinel à son cours de défilé. Monsieur Demonti insiste pour que vous soyez d'une précision absolue avec l'équipe pour les affaires.
David hoche la tête, son regard se tournant vers moi, plein d'une immense tendresse et d'une inquiétude latente. Je me laisse aller contre son épaule, fermant les yeux, terrifié par la vitesse à laquelle le monde extérieur est en train de me dévorer, mais soulagé d'avoir encore quelques minutes à passer contre lui avant le grand saut.
La berline s'immobilise dans un glissement parfait au bas de notre immeuble. À travers les vitres teintées, je vois déjà l'énorme camion de déménagement stationné en double file, les warnings clignotant comme les balises d'un compte à rebours impitoyable. Ma gorge se noue instantanément. Le moment de la séparation est là, et l'idée de me retrouver seul face à mon destin me donne le vertige.
David tourne son visage massif vers moi. Ses yeux bleus plongent dans les miens, chargés d'une force tranquille qui tente de faire rempart contre ma panique. Sans un mot, il passe une main lourde derrière ma nuque et m'attire contre lui. Nos lèvres se rencontrent dans un baiser long, profond, presque désespéré. C'est un ancrage texturé de chaleur, de goût de café et de promesses muettes. Quand il se détache doucement, son pouce caresse ma joue cernée.
— Respire, Gaspard, me murmure-t-il, sa voix basse vibrant contre mes lèvres. Je trie tes affaires avec amour, je ne laisse rien traîner qui ne te ressemble pas. Dès que ces mecs ont fini de charger le camion, je te rejoins directement là-bas. Je serai là avant la fin de ton cours, je te le promets. Ne te laisse pas démonter par ces gens de la mode. Tu vas les bluffer.
Le chauffeur, qui observe la scène avec une neutralité toute professionnelle dans son rétroviseur, baisse légèrement sa vitre pour s'adresser à David avant qu'il ne descende.
— Monsieur Léman, voici ma carte avec mon numéro personnel. Dès que le déménagement est finalisé et que tout est en ordre dans l'appartement, appelez-moi sur ce numéro. Je repasserai vous chercher immédiatement pour vous conduire au studio de coaching. Monsieur Demonti insiste pour que vous ne perdiez pas de temps.
— C'est noté, merci, répond David d'une voix ferme en saisissant le petit carton.
— C'est noté, merci, répond David d'une voix ferme en saisissant le petit carton.
Il me jette un dernier regard intense, me donne une petite tape rassurante sur la cuisse et s'extirpe de la voiture. La portière se referme dans un bruit mat, lourd, définitif. À travers la vitre, je le regarde s'éloigner vers les déménageurs qui s'activent déjà sur le trottoir. Sa haute stature s'efface derrière le hall de notre immeuble, et avec elle, ma dernière bouée de sauvetage. La berline redémarre aussitôt. L'habitacle de luxe me paraît soudain trop grand, trop froid, d'un silence de cathédrale qui m'étouffe. Pour tromper l'angoisse, je sors machinalement mon téléphone. Mauvaise idée. Sur mes réseaux, les premières notifications tombent. Des photos volées de moi, de dos, marchant sur le parvis du lycée avec David, accompagnées de commentaires acides ou de rumeurs absurdes lancées par les filles populaires. Ma vie privée est en train de se dissoudre en place publique. Je verrouille l'appareil, les mains tremblantes, les yeux fixés sur le cuir des sièges.
Le trajet dure une vingtaine de minutes qui me permettent de mesurer l'ampleur du gouffre qui s'ouvre sous mes pieds. La voiture s'arrête finalement dans une ruelle chic du centre-ville, devant un ancien bâtiment industriel réhabilité en loft d'architecte. Le chauffeur m'ouvre la portière avec un petit signe de tête.
— C'est ici, monsieur Moinel. Au deuxième étage. Bonne chance pour la suite.
Je monte les marches en colimaçon, les jambes lourdes, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes. Lorsque je pousse la lourde porte en verre du studio, je suis accueilli par une lumière blanche, crue, presque chirurgicale, qui me donne immédiatement mal à la tête. Le sol est un immense parquet blond, ciré à l'extrême, qui reflète les spots du plafond comme un miroir d'eau. Sur tout un pan de mur, des miroirs en pied gigantesques me renvoient l'image de ma propre détresse : un jeune homme de 21 ans, épuisé par une nuit blanche, flottant dans un sweat trop large, les yeux battus et le teint livide.
Au centre de la pièce, Fabio Demonti m'attend. Impeccable dans un costume croisé bleu nuit qui semble ne souffrir d'aucun pli, un gobelet de café à la main, il discute nerveusement avec un autre homme. En me voyant entrer, Fabio s'interrompt et me détaille de la tête aux pieds. Ses sourcils se froncent immédiatement à la vue de mes cernes violacés.
— Enfin, Gaspard. Tu as une mine affreuse, la presse people ferait des gorges chaudes de ta tête ce matin, dit-il d'un ton sec et distant, sans même prendre la peine de me saluer. Mais nous n'avons pas le temps pour les états d'âme ou les crises de nerfs. Je te présente Bennett Wright. C'est lui qui va concevoir ta démarche pour le défilé Burberry à Londres. C'est un expert. Écoute-le comme si ta vie en dépendait.
Bennett Wright se tourne vers moi. C'est un homme d'une trentaine d'années, grand, extrêmement mince, blond platine avec des cheveux coupés si court qu'on devine la forme de son crâne. Son allure est follement élégante, presque maniérée dans sa façon de tenir ses mains ou d'incliner la tête, mais son regard d'un vert glacial dément immédiatement toute douceur. Il émane de lui une autorité naturelle, froide et coupante comme une lame de rasoir.
— D'accord, murmuré-je, totalement intimidé par l'atmosphère.
— Ne me dis pas "d'accord", Gaspard ! tranche Bennett d'une voix étonnamment forte et stridente pour sa silhouette fine, avec un accent britannique aristocratique très prononcé qui étire ses voyelles et fait rouler ses "r". On m'a dit que tu étais un diamant brut trouvé par hasard. Pour l'instant, je ne vois qu'un jeune homme de 21 ans totalement voûté qui a l'air de vouloir s'excuser d'exister et qui traîne une fatigue pathétique. Regarde-moi ce désastre !
— Ne me dis pas "d'accord", Gaspard ! tranche Bennett d'une voix étonnamment forte et stridente pour sa silhouette fine, avec un accent britannique aristocratique très prononcé qui étire ses voyelles et fait rouler ses "r". On m'a dit que tu étais un diamant brut trouvé par hasard. Pour l'instant, je ne vois qu'un jeune homme de 21 ans totalement voûté qui a l'air de vouloir s'excuser d'exister et qui traîne une fatigue pathétique. Regarde-moi ce désastre !
Il commence à faire le tour de ma personne, marchant lentement, me jaugeant comme une pièce de viande sur un étal d'exposition. Je me sens terriblement mal à l'aise, nu et minuscule sous son inspection indiscrète.
— Avant même d'apprendre à marcher, poursuit Bennett en arquant un sourcil parfait de son air très britannique, il va falloir désapprendre la marche de tous les jours. Un vrai coach ne commence jamais par faire défiler. On va d'abord briser la glace... et briser tes mauvaises habitudes de civil. Va au bout du studio, là-bas. Et marche vers moi, naturellement. Va !
Je m'exécute, le rouge me montant instantanément aux joues. Je traverse le parquet, mais l'immensité des miroirs latéraux me déstabilise complètement. Je sens mes bras ballants, mes pieds lourds, mes hanches rigides.
— Arrête ! Arrête ça ! C'est horrible ! hurle soudain Bennett en frappant des mains, son accent anglais coupant ses mots de manière sèche, me faisant sursauter. Tu marches comme un collégien qui traîne ses pieds après les cours parce qu'il a séché les maths ! Regarde-toi dans le miroir, regarde ce désastre !
Il s'approche à grands pas, me saisit fermement par l'épaule et me pousse sans ménagement face à la glace.
— Regarde cette posture, Gaspard. Épaules voûtées, les mains qui oscillent n'importe comment, le regard fuyant vers le sol... C'est une asymétrie totale, tu penches à gauche ! Tu es une égérie Burberry, pas un fantôme dépressif ! Vérification de la posture, tout de suite !
Il se place juste derrière moi et plaque ses mains froides sur mon corps pour me réaligner de force selon les standards impitoyables de la haute couture. Il tire mes épaules en arrière dans un craquement sec de mes omoplates, me forçant à bomber le torse.
— L'ancrage ! Transfère le poids de ton corps sur l'arrière, Gaspard. Les hanches légèrement vers l'avant, voilà, pousse le bassin ! Ne te cambre pas comme une idiote, garde les abdominaux gainés ! Et ce port de tête... c'est une catastrophe. Imagine un fil de soie qui part du sommet de ton crâne et qui te tire de force vers le plafond. Les épaules doivent tomber. Détendues, mais fixes ! Tu es un roi, pas un mendiant !
Je tente désespérément de maintenir la position qu'il m'impose, mais chaque muscle de mon dos se contracte sous l'effort. C'est une posture totalement contre-nature, presque douloureuse.
— Et respire, bon sang ! me crie-t-il à l'oreille, sa prononciation anglo-saxonne sifflant contre ma tempe et me faisant frissonner de malaise. Tu bloques ta respiration ! Le stress te paralyse complètement. Inspire par le ventre, Gaspard. Par le ventre ! Si tu respires par la poitrine, ta cage thoracique va bouger de manière saccadée quand tu marcheras sous les projecteurs, et ça va ruiner la coupe du vêtement. C'est moche, c'est d'un amateurisme crasse !
Je me tourne légèrement vers Fabio, jetant un regard d'appel au secours, espérant un soupçon de pitié ou de soutien. Fabio reste debout près du mur, les bras croisés, le visage totalement de marbre.
— Ne me regarde pas avec ces yeux de chien battu, Gaspard, me lance Fabio d'un ton glacial et impersonnel. Écoute Bennett et obéis. Ce qu'il te dit est la loi de cette industrie. Si tu ne maîtrises pas ces bases aujourd'hui, tu seras à Londres la semaine prochaine pour les essayages de vêtements et les retouches, puis pour les essais de défilé avec les tenues officielles. Et le vrai défilé aura lieu dans quinze jours. Si tu rates ces étapes, tu seras la risée du milieu et tu nous feras perdre des millions. Travaille et ferme ta bouche.
Je le regarde, complètement affolé, sentant mon cœur rater un battement sous l'impact de cette annonce.
— Comment ça, la semaine prochaine ?! m'exclamé-je, la voix étranglée par la panique. Vous... vous ne m'aviez pas dit que ce serait déjà aussi rapide ! Je ne suis pas prêt, c'est impossible !
— On ne te demande pas ton avis, Gaspard. Le calendrier de la Fashion Week n'attend personne, tranche Fabio sans ciller.
— On ne te demande pas ton avis, Gaspard. Le calendrier de la Fashion Week n'attend personne, tranche Fabio sans ciller.
La rudesse de ses mots me comprime la poitrine. Je ravale mes larmes de fatigue et de honte, m'ancrant de mon mieux dans le sol, le corps tendu à s'en rompre les tendons.
— Bien. Passons à la mécanique pure, décrète Bennett de sa voix haut perchée et rythmée après de longues minutes de corrections posturales intensives.
Il sort un rouleau de scotch d'électricien noir de sa poche, s'accroupit avec une souplesse de chat et trace une ligne droite parfaite de quinze mètres sur le parquet ciré.
— La ligne, explique-t-il en se redressant et en pointant un doigt autoritaire vers le sol. C'est la chorégraphie mathématique de la mode. Pour un homme chez Burberry, la marche doit être linéaire, dynamique, mais avec un léger croisement. Tu vas marcher en posant tes pieds l'un presque devant l'autre sur cette ligne de scotch. Et attention : le talon d'abord, puis la pointe. Pas l'inverse, sinon tu as l'air d'un canard en plastique ! Vas-y, montre-moi que tu as un cerveau.
Je m'élance sur la ligne noire. Je pose le talon, puis la pointe. Je me sens profondément ridicule, titubant comme si je marchais sur une corde raide au-dessus du vide.
— Plus de rythme ! aboie Bennett, son accent hachant chaque syllabe. Tu es d'une lenteur mortelle ! Tu n'es pas à un enterrement !
Il se dirige vers une console et lance une liste de lecture. Un tempo lourd, un morceau électronique de défilé survolté à 118 battements par minute, envahit le studio, faisant vibrer les vitres et résonner les basses directement dans ma poitrine malade. Le rythme est rapide, martial, terriblement oppressant.
— Calque chaque pas sur le temps fort ! Gauche, droite, gauche, droite ! Suis le rythme ! Et tes bras, Gaspard ! Qu'est-ce que c'est que ces pendules de grand-mère ?
Je perds complètement le fil de ma démarche. Mes bras se mettent à osciller de manière désordonnée pour essayer de garder l'équilibre face à la vitesse imposée.
— Non, non, non ! Arrête-toi tout de suite ! hurle Bennett en coupant la musique d'un coup sec qui me claque aux oreilles. C'est un désastre absolu ! Tu lances tes bras comme si tu courais après un bus ! Les bras doivent rester près du corps, Gaspard ! Les mains détendues, pas de poings fermés, tu n'es pas là pour boxer ! Le mouvement de tes bras doit être minimal, uniquement induit par le roulement subtil de tes épaules. Recommence depuis le début ! Et si tu regardes encore une fois tes pieds pour vérifier si tu es sur le scotch, je te fais enlever tes chaussures et tu marcheras sur des punaises !
Mes cuisses commencent déjà à me brûler à force de maintenir cette tension artificielle et ces foulées millimétrées. La sueur perle sur mon front, coulant le long de mes tempes et se mêlant à la fatigue écrasante de ma nuit blanche. Je me sens humilié, d'une maladresse crasse, totalement inadapté à ce monde de paillettes qui ressemble en réalité à un camp d'entraînement militaire sadique.
— On passe à l'ADN Burberry, annonce Bennett après une heure de torture mécanique pure, ignorant royalement mes soupirs d'épuisement et ma respiration courte. On ne défile pas pour Burberry comme pour Versace ou Balenciaga, Gaspard. Pas de déhanchement outrancier, pas de provocation vulgaire. Burberry exige une élégance britannique moderne. Une attitude à la fois noble, flegmatique et un peu brute. Ce que nous, les Anglais, appelons le style sans effort. Tu es un aristocrate des temps modernes qui se fiche éperdument du reste du monde parce que la terre lui appartient.
Il s'approche de moi, son visage fin et ses yeux de serpent à quelques centimètres du mien, son parfum d'eau de Cologne poivrée m'entêtant.
— Le regard, Gaspard. Fixe un point imaginaire tout au bout du studio, pile à la hauteur des yeux de l'objectif du photographe principal. Tu ne baisses jamais les yeux. Jamais ! Même si tu as peur de trébucher, même si une chaussure te blesse le talon. Ton regard doit être perçant, sûr de lui, presque arrogant, mais teinté d'un détachement aristocratique absolu. Tu es le roi, ils sont tes sujets. Regarde-moi avec cette arrogance !
Je le fixe, essayant de masquer la panique qui me tord le ventre et la fatigue qui embrume ma vision.
— Mieux. Mais ton visage exprime encore trop de fragilité, trop de peur. Sois un bloc de glace. Maintenant, la gestion du vêtement. Être égérie signifie porter les pièces maîtresses de la collection avec naturel.
Bennett se tourne vers un portant, ramasse un long trench-coat iconique en gabardine beige et me le jette sur les épaules avec une certaine violence. Le tissu est lourd, rigide, rigoureusement coupé.
— Le manteau. Comment marcher avec un manteau long sans se prendre les pieds dans les pans ? Il faut envoyer la jambe vers l'avant avec assez d'énergie pour chasser le tissu à chaque pas. C'est un coup de pied subtil dans le vide. Et les mains... Glisse ta main droite dans la poche. Non ! Pas comme ça, grand dieu ! Tu enfonces ta main comme si tu cherchais tes clés au fond de ton jean, tu déformes complètement la silhouette du vêtement, on dirait que tu as froid en hiver ! De manière éditoriale, Gaspard ! Juste le pouce à l'extérieur de la poche, ou la main à moitié engagée de façon fluide. Voilà, regarde la ligne !
Je tente de m'adapter à ses ordres contradictoires, mais le manteau lourd entrave mes mouvements de débutant. Chaque pas devient un calcul mental d'une complexité épuisante : maintenir le port de tête, aligner le fil de soie, garder les bras fixes, donner le coup de pied pour chasser le manteau, planter le regard arrogant, suivre le rythme effréné à 118 battements par minute... Ma tête est en surcharge totale d'informations, prête à exploser de fatigue.
— Et maintenant, le demi-tour. Le demi-tour, ordonne Bennett en frappant sèchement dans ses mains pour relancer mon mouvement de sa voix teintée de cet accent d'outre-Manche indéboulonnable. Arrivé au bout de la ligne, ce qu'on appelle la fosse, là où s'agglutinent les photographes et les flashs. Tu t'arrêtes net. Tu poses. Un arrêt de deux secondes complètes, face au public. Tu leur donnes ton regard le plus lourd, le plus soutenu, tu les transperces. Puis, un pivot classique : un demi-tour fluide sur tes appuis, sans aucune rupture de rythme, et tu repars. Montre-moi ce que tu as dans le ventre !
Je marche le long de la ligne noire, je sens le manteau lourd battre mes mollets à un rythme irrégulier. Arrivé au bout du scotch, je m'arrête net, je tente de fixer mon propre reflet dans le miroir pendant deux secondes, mais mes yeux cillent sous la lumière. Je pivote sur mon talon gauche, je m'emmêle légèrement dans le bas du manteau et je manque de trébucher sur le parquet ciré avant de reprendre ma marche à la hâte, le visage brûlant de honte.
— Horrible ! Une vraie rupture de rythme ! Tu as pivoté comme un vieux meuble qu'on déplace à bout de bras ! s'exclame Bennett, exaspéré, ses intonations britanniques montant dans les aigus alors qu'il lève les bras au ciel. Tu as l'air d'un amateur !
C'est à ce moment précis que la lourde porte du studio s'ouvre à nouveau dans un léger grincement. Je tourne la tête malgré l'interdiction, le cœur bondissant d'un coup dans ma poitrine. David entre dans la pièce. Sa carrure de colosse, rassurante, solide et familière, détonne immédiatement dans cet univers de lignes épurées et de silhouettes filiformes. En croisant son regard bleu azur, je sens mes yeux se mouiller instantanément de soulagement. Il est là. Il a tenu sa promesse et a réussi à me rejoindre avant la fin de mon calvaire.
— Ne distrais pas mon mannequin, toi là-bas ! lance Bennett sans ménagement à l'adresse de David, avant de se tourner vers moi, sa voix retrouvant un ton impérieux de sergent-chef anglais. C'est l'heure du test ultime. En condition réelle, Gaspard. Fabio, éteins les lumières principales, s'il te plaît.
Fabio actionne un boîtier mural. Le studio plonge immédiatement dans la pénombre, à l'exception d'une unique rangée de spots blancs et violents qui éclairent la ligne de scotch au sol comme un véritable podium de la semaine de la mode. Bennett rallume la musique à plein volume, le tempo électronique agressif résonne jusque dans mes os, me faisant vibrer de l'intérieur. Il sort son téléphone portable, active la caméra et se place tout au bout de la ligne, l'objectif braqué sur moi.
— C'est le moment de vérité, Gaspard. Simulation totale. Musique à fond, lumières aveuglantes, pression maximale. Tu pars du fond du studio, tu viens jusqu'à moi sur la ligne, tu poses deux secondes complètes face à ma caméra, tu fais ton demi-tour sans faillir et tu repars. Je te filme et j'envoie le résultat à la direction. Donne-moi du Burberry, ou je te jure que je te fais passer la nuit ici à récurer le sol avec tes genoux. Marche !
Je prends une immense et profonde inspiration qui fait brûler mes poumons fatigués. Dans l'obscurité du bord de la piste, je cherche désespérément le regard de David. Il me fixe intensément, ses bras croisés sur son torse puissant, et me fait un léger, presque invisible, signe de la tête. Un mouvement de menton qui veut dire : Vas-y, mon grand, montre-leur qui tu es. Je m'élance. Mes cuisses brûlent comme si du feu coulait dans mes veines, mes muscles crient de fatigue après ces heures de tension. Mais quelque chose se passe en moi. Je redresse mes épaules avec force, je m'ancre sur l'arrière de mes appuis, j'imagine ce foutu fil de soie qui me grandit. Je fixe l'objectif du téléphone de Bennett sans ciller un seul instant, malgré la lumière crue des spots qui me brûle la rétine et me fait monter les larmes aux yeux. Je donne le coup de pied nécessaire pour chasser le manteau de mes jambes à chaque enjambée.
Je cale mon rythme de manière métronomique sur le morceau électronique survolté. Arrivé au bout de la ligne, pile face à l'appareil, je m'arrête net. Un, deux. Je plante mon regard le plus perçant, le plus froid, le plus lourd, ignorant la goutte de sueur qui coule le long de ma tempe. Je pivote sur mes pieds d'un mouvement que j'essaie de rendre le plus fluide possible. Le manteau beige tournoie majestueusement autour de mes jambes sans m'entraver, et je repars vers le fond du studio d'un pas royal, sans jamais baisser les yeux.
Bennett coupe brutalement la musique. Le silence qui retombe sur le loft est presque assourdissant, uniquement troublé par le sifflement de ma respiration courte. Mes poumons se soulèvent douloureusement sous mon sweat.
— Viens là, dit Bennett d'un ton soudainement plus calme, presque respectueux, son accent se faisant plus doux alors qu'il baisse son téléphone. Regardons le visionnage critique ensemble.
Fabio s'approche à pas lents, et David nous rejoint également dans la lumière retrouvée du studio. Nous nous bousculons tous les quatre autour du petit écran de Bennett. Le prof lance la vidéo. Je me vois apparaître à l'image, et le contraste me coupe le souffle : le jeune homme apeuré et cerné du lycée a totalement disparu pour laisser place à une silhouette altière, mystérieuse, d'une noblesse presque inquiétante sous les spots crûs.
— Regarde, commente Bennett en faisant défiler la vidéo au ralenti avec son doigt sur l'écran, articulant ses mots français avec cette musicalité typiquement britannique. Là, au début, ta posture est tout simplement parfaite. Ton ancrage est excellent, la ligne droite est respectée au millimètre. Mais regarde ici, à mi-chemin... Tu as eu une micro-hésitation de l'épaule gauche, tu as voulu regarder tes pieds, juste avant le pivot parce que tu as paniqué. On va corriger ça lors des prochaines séances, ce n'est qu'un détail mécanique. Mais le reste...
Il éteint son écran d'un coup sec, lève ses yeux verts vers moi et esquisse pour la toute première fois de la journée un vrai sourire, franc et dénué de toute arrogance.
— Le vêtement ne te porte pas, Gaspard. C'est toi qui portes le vêtement. Quand tu entreras sur le podium de Burberry à Londres, la terre entière doit croire que tu es né pour ça. Et après ce que je viens de voir sur cette vidéo... je crois bien qu'ils vont tous le croire. La séance est terminée pour aujourd'hui. Va te reposer.
Mes jambes fléchissent presque sous le coup du soulagement et de l'épuisement accumulé. J'ai les muscles en compote, une surcharge d'informations phénoménale dans le cerveau, mais en sentant le bras puissant de David glisser discrètement autour de ma taille pour me soutenir dans l'ombre du studio, je comprends que ma démarche de lycéen ordinaire est morte aujourd'hui sur ce parquet ciré. Je viens de faire mes premiers pas de mannequin vedette.
Alors que je savoure ce bref instant de répit, adossé contre le flanc solide de David, Fabio range son téléphone dans sa poche et me fixe d'un air qui ne laisse place à aucune négociation. Le couperet de la réalité retombe immédiatement.
— Ne te détends pas trop vite, Gaspard, intervient Fabio d'une voix coupante, brisant la maigre euphorie qui flottait dans la pièce. Ce n'était qu'un échauffement. Demain matin, je veux que tu sois dans ce studio à 8h tapantes pour la suite du cours avec Bennett. Pas une minute de retard. Les retouches à Londres approchent et tu as encore un travail colossal à fournir.
Bennett hoche la tête en croisant les bras, son sourire s'effaçant pour laisser réapparaître son masque de sergent-chef de la mode.
— Absolument, ajoute Bennett avec son accent tranchant. Huit heures précises. Et viens avec des vêtements plus ajustés, que je puisse traquer la moindre faiblesse de ton bassin. Repose-toi ce soir, parce que demain, je ne te raterai pas.
Un frisson de lassitude me traverse l'échine, mais je hoche la tête, incapable de protester sous le regard vigilant de mes deux bourreaux. David resserre doucement sa poigne autour de ma taille, m'incitant doucement à faire demi-tour pour quitter enfin cet endroit.
Fin du chapitre 21.
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