00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ tounet777 Runway à contre-courant XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Runway à contre-courant — Chapitre 27

30 minutes
1
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de tounet777
tounet777
Histoires publiées
516
Abonnés
167
J'aime cumulés
6.3k
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

Ce chapitre tient tout entier dans cette mécanique du compte à rebours : chaque détail du protocole — la peau polie jusqu'à la limite de la douleur, les gorgées d'eau comptées, l'isolement qui se referme — resserre l'étau un peu plus. On aime la façon dont la tension entre Gaspard et Vasco s'infiltre partout, même dans les couloirs techniques, sans jamais se résoudre. Et quand la vie personnelle de Gaspard cherche à s'imposer malgré tout, le contraste avec la mécanique froide du protocole rend chaque instant plus vertigineux.

Runway à contre-courant

Chapitre 27

Le lundi matin se lève sur Londres dans une brume de pollution et de pluie fine, une semaine exacte avant le jour fatidique. Le compte à rebours est désormais enclenché : la Fashion Week commence jeudi, et le défilé Burberry, placé en clôture stratégique le lundi suivant, doit en être le point d'orgue absolu. Pour moi, cette journée marque l'entrée dans la phase terminale du protocole. Je ne suis plus seulement un homme, un provincial qui essaie de survivre à la tentation ; je suis devenu une mécanique de précision, un secret d'État jalousement gardé, un investissement à plusieurs millions de livres que la maison s'apprête à verrouiller.
La stratégie de la marque est d'une efficacité redoutable : toute la presse internationale, les blogueurs et les acheteurs sont persuadés que Vasco est l'unique vedette humaine de ce défilé. Mon nom n'a filtré nulle part, aucun journaliste n'a encore réussi à m'identifier. Pourtant, l'ironie est totale : mon visage s'affiche déjà en taille XXL sur toutes les campagnes publicitaires de la marque aux côtés de Vasco, placardé sur les abribus et les façades des grands magasins, mais personne ne sait qui je suis. Pour le monde de la mode, je suis une silhouette magnétique, un fantôme sans identité. Ils s'attendent tous à un énième triomphe en solo de Vasco sur le podium, mais ils se tromperont royalement. Le jour J, le séisme viendra de l'ombre, et c'est ma présence physique combinée à ce coup d'éclat qui va tout balayer.
À 7h00 précises, une berline noire aux vitres teintées nous attend devant l'hôtel. Fabio est assis à l'avant, le téléphone déjà greffé à l'oreille, hurlant contre un attaché de presse pour s'assurer qu'aucun paparazzi ne traîne dans le secteur. Vasco monte après moi, s'installant sur la banquette de cuir avec une fluidité de fauve. Il ne dit rien, mais sa cuisse vient se coller contre la mienne, une pression ferme, délibérée, qui me traverse comme une décharge électrique à travers le tissu de mon jean. Je tente de me reculer, mais l'espace est restreint. Il tourne la tête vers moi, un sourire en coin flottant sur ses lèvres magnifiquement dessinées. Ses yeux noirs me disent : Regarde comme tu trembles déjà.
La berline s'arrête dans les quartiers de l'Est londonien, devant une ancienne centrale électrique désaffectée, un titan de briques rouges et d'acier rouillé privatisé et entièrement transformé par la marque. C'est la première fois que je découvre le lieu réel du défilé. L'immensité du bâtiment me coupe le souffle. À l'intérieur, le sol d'origine a été recouvert d'une immense plaque de résine noire laquée, un miroir parfait de plus de soixante mètres de long qui luit sous une armature de projecteurs monumentale.
Le Directeur Artistique est déjà au centre de la structure, entouré d'une cour de producteurs, de régisseurs et de techniciens. Il est méconnaissable, dévoré par le stress de la dernière semaine, les yeux injectés de sang, une cigarette éteinte au coin des lèvres.
— Non ! Non ! Ce n'est pas le bon angle pour la caméra fixe numéro trois ! hurle-t-il en anglais, sa voix résonnant avec un écho caverneux sous les voûtes de fer. Si la focale est trop large, on perd l'impact de la chair ! Je veux que le public sente la sueur et la peau ! L'attention doit se focaliser sur l'inconnu des campagnes, pas seulement sur Vasco ! C'est le contraste qui va faire exploser l'audience !
Fabio me pousse par l'épaule vers le début du podium où le coach de marche m'attend.
— Allez, Gaspard, en place. Le revêtement en résine glisse comme de la glace, tu as intérêt à ancrer tes appuis. N'oublie pas que même si ton visage est partout sur les murs de la ville, personne ne sait encore qui tu es. Tu dois entrer sur cette piste comme si tu possédais les lieux, pour que la surprise soit totale.
Je m'avance sur la piste. Les conditions n'ont plus rien à voir avec le confort feutré du studio de répétition. Ici, la perspective est vertigineuse, et la lumière des projecteurs est si blanche, si crue, qu'elle efface les reliefs de la pièce pour ne laisser que nous. Je commence à marcher, le dos droit, fixant le point invisible au bout de la ligne noire. Mes chaussures de cuir glissent sur la résine laquée ; le moindre faux pas, le moindre balancement excessif des hanches est amplifié par le reflet sous mes pieds.
— Plus de hargne, Gaspard ! crie le coach de marche à l'aide d'un mégaphone. Tu n'es pas là pour plaire, tu es là pour imposer ta présence ! Vasco, entre en scène !
Vasco s'élance à l'autre bout du podium. Sa marche est parfaite, d'une régularité métronomique, une démonstration de force tranquille. Nous avançons l'un vers l'autre pour la simulation du passage numéro 15. À mesure que la distance se réduit, mon cœur s'emballe. Les techniciens s'activent autour de nous, installant les bandes adhésives blanches en forme de T au sol — les T-marks.
— Stop ! Stop right there ! (Arrêtez ! Arrêtez-vous juste là !) hurle le Directeur Artistique en se précipitant vers nous, bousculant un assistant.
Il se positionne à un mètre, le visage contracté par la tension. Il pointe du doigt le sol, entre les pieds de Vasco et les miens.
— C'est ici. Au centimètre carré près. Vasco, ton pied gauche doit mordre la ligne blanche. Gaspard, tu t'arrêtes exactement face à lui, à vingt centimètres. C'est le point focal pour la captation internationale. Les caméras de télévision du monde entier seront braquées sur ce spot précis. C'est ici que se joue le scandale. C'est là que le public va réaliser qu'on ne lui a pas tout dit !
Je fixe le repère au sol, la gorge sèche. Vasco est si près de moi que je peux sentir la chaleur de son corps à travers mon manteau.
— On ne répète pas le baiser ! tonne soudain le Directeur Artistique en agitant ses mains de manière frénétique. Surtout pas ! Si vous le répétez maintenant, l'impact sera mort la semaine prochaine. Le public repère immédiatement une chorégraphie mécanique. Je veux de la surprise, je veux de la fougue brute, de la rage ! Ce baiser doit être magnifique, dévastateur, et non répété ! Vous calez les marques, vous vous fixez dans les yeux, vous mimez le geste de retirer les trenchs, mais vos lèvres ne se touchent pas avant le jour J ! Est-ce que c'est clair ?
— C'est parfaitement clair, murmure Vasco, ses yeux noirs rivés sur les miens, une lueur de triomphe sadique y dansant.
Vasco lève lentement les bras, mimant le geste de saisir les revers de mon trench. Ses longs doigts frôlent le tissu juste sous mon menton. Il se penche légèrement, brisant la distance réglementaire que le créateur vient d'établir.
— Tu entends ça, petite chose ? me chuchote-t-il, sa voix si basse qu'elle se perd dans le brouhaha des techniciens. Pas de répétition. Ce qui veut dire que la première fois que ma langue entrera dans ta bouche, ce sera devant des millions de personnes. Eux s'attendent à me voir marcher seul, et ils vont enfin pouvoir mettre un nom sur le mec des affiches publicitaires en train de se faire prendre la bouche. Tu n'auras pas le temps de t'habituer. Tu vas la prendre de plein fouet, cette fougue. Et tu vas adorer ça.
Je reste figé, les yeux écarquillés de stupeur, incapable de formuler la moindre réponse tandis qu'il s'écarte avec un grand sourire, me laissant seul sur ma marque blanche, le corps grelottant de panique.
À 11h30, on nous escorte vers les structures modulaires installées à l'arrière de la centrale électrique pour le Final Look Test. C'est le moment du verrouillage absolu de l'image.
Je suis installé sur une chaise de barbier en cuir, sous des néons d'une violence inouïe. Le maquilleur en chef et la coiffeuse s'emparent de mon visage. Pendant plus de trois heures, je subis une véritable opération de chirurgie esthétique de surface. On teste des dizaines de textures de gels, de poudres pour matifier la peau sans lui enlever son éclat naturel sous les projecteurs de la centrale.
— Plus de structure sur les pommettes de Gaspard ! aboie le Directeur Artistique en entrant comme une tempête dans la cabine, faisant sursauter les assistantes. Il doit avoir l'air d'un ange déchu, pas d'un enfant de chœur ! L'effet de surprise doit être foudroyant. Quand il va apparaître torse nu aux côtés de Vasco, le contraste doit être parfait. Accentuez l'ombre sous les yeux, mais gardez la peau du torse parfaitement lumineuse !
On me fait enfiler le pantalon écossais du passage 15. Je retire ma chemise pour me mettre en condition pour le passage dénudé. Le maquilleur en chef applique une huile sèche sur mes clavicules et mes pectoraux pour vérifier la réfraction de la lumière. Le Directeur Artistique s'approche, saisit un appareil Polaroïd et prend plusieurs clichés sous différents angles.
Le bruit sec du Polaroïd retentit à plusieurs reprises. Il attend que les images se développent, les inspecte à la loupe sous une lampe de bureau, puis hoche la tête avec une satisfaction nerveuse.
— C'est ça. Plus rien ne bouge.
Il prend les photos et les scotche fermement sur le grand tableau en liège des coulisses, à côté de mon nom. À partir de cet instant précis, le look est verrouillé. Pas une mèche de cheveux, pas une nuance de teint ne pourra être modifiée d'ici le lundi suivant. Je regarde mon propre visage sur le papier glacé : c'est exactement les mêmes traits que sur les immenses affiches de la campagne Burberry qui inondent la ville, mais ici, j'ai l'air d'une créature irréelle, sculptée pour le sacrifice.
L'après-midi est consacrée au traitement de la matière première : mon corps. Le passage torse nu exige une perfection anatomique absolue. C'est le lancement du protocole de Body Tuning, une méthode d'une rigueur athlétique extrême supervisée par le nutritionniste de la maison.
— À partir de maintenant, Gaspard, tu entres en restriction hydrique contrôlée, m'explique le nutritionniste en me tendant un flacon de suppléments minéraux. On coupe les glucides complexes et on réduit drastiquement ton apport en eau de jour en jour. Le but est de vider l'eau stockée entre la peau et les tissus musculaires. À J-3, ta peau doit littéralement coller à tes muscles. Tes abdominaux et tes veines doivent ressortir de façon spectaculaire sous les flashs. C'est de la déshydratation de haut niveau, ton corps va crier famine, mais c'est le prix pour le rendu visuel.
La sensation de soif commence déjà à me tirailler la gorge alors qu'on me dirige vers la table de soins corporels. Deux esthéticiennes s'activent sur moi pour un gommage complet à base de cristaux de sel et d'huiles essentielles pour éliminer la moindre peau morte. Ma peau est frottée, polie jusqu'à la limite de la douleur, puis hydratée avec des lotions spécifiques pour effacer la moindre imperfection. On procède ensuite à une épilation minutieuse des quelques poils superflus sur mon torse et mes bras pour que la surface soit parfaitement nette, lisse comme du marbre.
— Il faut que la peau ait le temps de perdre ses rougeurs d'ici le défilé, commente Fabio en observant le travail, les bras croisés. Tu es un diamant brut, Gaspard. Tout le monde pense que Vasco va faire son show habituel, mais c'est sur toi que tous les projecteurs vont se braquer. Il faut que tu sois impeccable quand Vasco va te déshabiller.
À 16h00, la pression change de nature. On m'installe dans un petit bureau de production face à l'équipe de communication de Burberry et deux spécialistes des relations publiques. C'est l'heure du Media Training. La marque sait que mon profil de nouveau visage, dont les traits hantent déjà toutes les campagnes publicitaires mais dont l'identité est farouchement gardée secrète, va déclencher une tempête médiatique hors norme dès la fin du défilé.
— Gaspard, regarde-moi, dit la directrice de la communication d'un ton sec et direct. Les coulisses après le show seront un zoo. Les journalistes de Vogue, de i-D et de Dazed vont se ruer sur toi avec des micros parce que personne ne t'attendait en vrai. Tu vas être fatigué, ton cœur va battre, mais tu dois maîtriser chaque mot qui sort de ta bouche. On va faire des simulations.
Elle allume une caméra vidéo braquée sur mon visage et brandit un micro fictif.
— Gaspard ! C'était incroyable ! Votre visage est sur toutes les campagnes publicitaires avec Vasco depuis des semaines, mais personne ne savait qui vous étiez ! Comment un garçon de province se retrouve-t-il à sortir de l'affiche pour voler la vedette sur le plus grand défilé de Londres ?
Je bafouille, pris au dépourvu :
— Eh bien… j'étais juste là, et on m'a trouvé…
— Non ! Coupe ! crie-t-elle en tapant sur la table. Trop banal ! Tu dois utiliser les éléments de langage de la maison. Tu as été repéré à Londres par le plus pur des hasards, précisément lors du tournage de cette fameuse campagne Burberry de Vasco. C'est là que l'étincelle s'est produite. C'est cette histoire exclusive qu'on veut vendre. Tu es le secret le mieux gardé de cette Fashion Week.
Elle se penche vers moi, un regard acéré.
— Et surtout, ils vont te harceler sur l'affaire des fuites. Des photos volées ont fuité sur le net il y a quelques semaines, des clichés flous pris par un paparazzi sur cette fameuse plage, le jour du shooting de la campagne, où Vasco t'embrasse à l'abri des regards. La toile s'enflamme depuis des jours pour savoir qui est ce garçon mystère qui partage l'affiche et les lèvres de Vasco, mais personne ne te connaît encore. Lundi, ils feront enfin le lien entre le modèle anonyme de la campagne, l'inconnu de la plage et le garçon sur le podium. Recommençons la simulation. Tu dois exprimer une gratitude absolue envers la marque, tout en maintenant le flou.
L'exercice dure deux heures. On m'apprend à formater mes réponses, à sourire avec détachement, à éluder les questions pièges pour maintenir le mystère.
— Et maintenant, la question cruciale, reprend la directrice en me fixant avec insistance. Gaspard, ce baiser avec Vasco sur le podium… c'était d'une intensité folle. Ça confirme ces fameuses photos volées qui ont fuité sur la plage il y a quelques semaines lors du shooting ? Qu'est-ce qui s'est réellement passé entre vous ?
Mon sang se glace. Je baisse les yeux.
— C'était juste pour la collection…
— Non ! Tu dois rester mystérieux, m'interrompt-elle. Tu dois répondre : « L'alchimie fait partie de la vision de Burberry pour cette collection. Vasco est un partenaire extraordinaire, la plage appartenait aux coulisses de la campagne, la surprise appartient au podium. » Tu ne parles pas de ta vie privée. Tu ne mentionnes pas ton passé ni ton petit ami en province. Rien. Tu vends du rêve, du scandale et de l'inconnu. Compris ?
Je hoche la tête, la glotte nouée, réalisant que ma propre identité est en train d'être effacée au profit d'un personnage de papier glacé conçu pour un coup d'éclat prémédité.
Il est 19h30 quand nous rentrons enfin au Connaught. Je suis épuisé, la tête vide, la gorge desséchée par le protocole de déshydratation. Alors que je m'apprête à glisser ma clé dans la serrure de ma suite, Fabio me retient par le bras. Son visage est d'une sévérité absolue.
— À partir de ce soir, Gaspard, tu es sous couvre-feu strict. L'isolement total. Tu as interdiction formelle de quitter cette chambre. Pas de sortie en boîte, pas de promenade nocturne dans Londres. Si tu te fais une égratignure, si tu prends un bleu en glissant sur un trottoir, le passage torse nu et l'effet de surprise du lundi de clôture sont foutus. Surtout maintenant que tout le monde cherche à mettre un nom sur le visage des campagnes et des photos volées de la plage. Si un journaliste te croise dans le hall et fait le rapprochement avant le show, notre stratégie s'effondre. Tu dois dormir au moins neuf à dix heures par nuit. Je ne veux pas voir l'ombre d'une cerne lundi prochain. Tu es verrouillé jusqu'au jour J.
— Je sais, Fabio… Je vais me coucher, dis-je d'une voix éteinte.
— Je veillerai personnellement à ce que personne ne dérange ton sommeil, ajoute Fabio avec un sous-entendu qui vise clairement la suite d'à côté. Tout le monde voit ton visage sur les murs de Londres, mais laissons-les ignorer qui tu es jusqu'au bout. C'est toi qui vas rafler la mise.
Je pousse la porte de ma chambre et m'enferme à double tour. Le silence de la pièce me retombe dessus comme une chape de plomb. Je m'allonge sur le lit, le corps endolori par le gommage, l'esprit saturé par les consignes de marche et les éléments de langage.
Je regarde le plafond. Dans sept jours, à cette heure précise, le monde entier qui s'attendait à célébrer Vasco découvrira enfin l'identité du garçon mystère de la campagne publicitaire, confirmant sous les projecteurs le scandale des photos de la plage qui ont fuité il y a quelques semaines. Ils m'auront vu recevoir la langue de Vasco dans ma bouche, mon torse nu collé contre le sien, peau contre peau, sous les yeux d'un David impuissant et jaloux derrière son écran. Je suis physiquement et mentalement verrouillé dans cette cage dorée, gardé secret pour l'explosion finale, tandis que mes défenses intérieures achèvent de se consumer.
La soirée s'étire dans le silence de ma suite du Connaught. Isolé, coupé du reste du monde, je sens le poids de la stratégie Burberry écraser mes épaules. Avant que Fabio ne vienne me confisquer mes appareils, j'ai besoin d'une ancre. Mes doigts, rendus un peu tremblants par la faim naissante, composent le numéro de David. Le téléphone sonne trois fois avant qu'il ne décroche.
— Allô, Gaspard ? Sa voix traverse les centaines de kilomètres qui nous séparent, chargée d'une lassitude qui me serre le cœur.
— David… Ça me fait du bien de t'entendre. La pression est dingue ici, le protocole s'accélère.
Un silence s'installe, lourd, pesant. Je sens sa rancœur, cette colère sourde qui ne l'a pas quitté depuis mon départ, alimentée par la peur de ce monde de la mode auquel je commence à appartenir.
— J'imagine, répond-il d'un ton un peu distant. C'est difficile de savoir ce que tu vis là-bas. Tu es enfermé dans leur bulle.
— David, s'il te plaît, ne sois pas fâché… C'est du business. Tout est orchestré par la marque, je n'ai aucun contrôle sur ce qu'ils préparent pour le show.
Je l'entends soupirer profondément à l'autre bout du fil. La colère semble lentement s'émousser en lui, remplacée par une résignation pragmatique, l'envie de se rassurer lui-même.
— Je sais, Gaspard. Je sais bien… Au fond, je me répète que ce n'est qu'un immense coup de pub. Une mise en scène théâtrale pour faire le buzz et vendre des vêtements. Ça va te faire un bien fou pour ton avenir, c'est ce qu'il faut se dire. Il faut que tu passes par là pour réussir.
Ses mots agissent comme un baume immédiat sur ma culpabilité. Il accepte la situation, ou du moins, il essaie de s'en convaincre.
— Merci de comprendre… Je suis tellement fatigué. Ils me font faire une diète hydrique, mon corps est à plat.
Un long silence s'étire au téléphone. J'entends sa respiration, plus lourde, plus grave. Puis, sa voix change, se dépouille de toute sa froideur pour devenir d'une vulnérabilité totale.
— Gaspard… Attends. Ne raccroche pas. Il faut que je te dise quelque chose… Quelque chose que je ne t'ai encore jamais dit.
Mon cœur rate un battement dans ma poitrine. Le silence du Connaught devient absolu.
— Je t'aime, Gaspard. Je ne te l'ai jamais dit avant, par pudeur ou par peur, mais je t'aime. Ne te perds pas là-bas.
Ces mots me transpercent, m'apportant une vague de chaleur et de soulagement inespérée. C'est l'absolution que j'attendais. Rassuré par cet aveu puissant qui me relie à ma province, je sens mes paupières s'allourdir sous le poids d'une fatigue monumentale.
— Moi aussi, David… Moi aussi.
Je raccroche et me glisse sous les draps. Terrassé par l'épuisement physique et psychologique, je sombre instantanément dans un sommeil lourd, une léthargie de fatigue pure.
Le lendemain matin, le réveil sonne de très bonne heure, alors que Londres est encore plongée dans l'obscurité. Les consignes sont strictes : je dois arriver parmi les premiers. À peine descendu de la berline noire, je pénètre dans l'ancienne centrale électrique désaffectée. Le lieu officiel du défilé est transfiguré. La salle est immense, totalement vide de public, ce qui accentue son gigantisme industriel, mais l'activité y est déjà frénétique. Des dizaines de techniciens s'activent dans l'ombre, grimpant sur les structures d'acier, tandis qu'une musique techno-industrielle assourdissante crache des haut-parleurs, réglée pour tester la puissance du système sonore.
C'est là que je le vois. Vasco. Il est arrivé en même temps que moi. En raison des nouveaux ordres de la direction, nous n'avons plus le droit de nous parler, mais son comportement est une provocation de chaque seconde. Il profite du moindre instant où les regards se détournent pour me harceler de sa présence.
Alors que je marche dans un couloir technique sombre, à l'abri des structures, pour rejoindre les coulisses, Vasco surgit d'un angle mort. Avant que je ne puisse réagir, il me pousse fermement dans un coin reculé, me bloquant contre le mur de briques froides. Son corps athlétique et puissant vient se plaquer contre le mien avec une assurance prédatrice. La chaleur qui émane de lui est étouffante, presque sauvage. Il ne dit pas un mot, respectant la consigne de silence à la lettre, mais ses yeux noirs ancrés dans les miens crient sa domination.
Lentement, il lève une main et fait glisser ses doigts brûlants le long de mon cou, ses phalanges effleurant ma peau avec une lenteur calculée, avant de presser fermement son pouce contre ma lèvre inférieure. C'est une caresse appuyée, lourde, intensément sensuelle, presque sexuelle. Sa cuisse musclée s'insinue de force entre les miennes, maintenant une pression intime et délibérée qui me plaque encore plus contre la brique. Mon cœur cogne contre ma poitrine comme un prisonnier en cage, ma respiration se coupe. Le contraste entre le froid du mur et la brûlure de son corps me donne le vertige. Je sais que je devrais me dégager, appeler Fabio, penser à David et à ses mots de la veille, mais je suis totalement subjugué, piégé par l'audace du geste et la décharge de désir brut qui me traverse. Je reste là, soumis, et je ne fais rien pour l'en empêcher. J'abandonne toute résistance, le laissant me toucher, me consumer dans cette pénombre étouffante.
Un nouveau sourire triomphant, cruel et magnifiquement dessiné étire ses lèvres lorsqu'il s'écarte brusquement au bruit de pas approchant dans le corridor. Il me jette un dernier regard brûlant avant de disparaître, me laissant haletant, le corps en feu, terrassé par une tension sexuelle insoutenable.
La voix de Fabio retentit dans le mégaphone, me sortant de ma torpeur et me ramenant brutalement à la réalité technique. C'est l'heure des tests dynamiques. Je suis poussé vers le début du podium de résine laquée noire.
— En place, Gaspard ! On calibre le rythme ! me crie le coach de marche.
Je m'avance sur la piste. L'exercice est complexe : je dois caler mon pas de manière obsessionnelle sur un tempo strict de 120 BPM, alors que des jeux de lumière stroboscopiques ultra-violents balaient la piste, brisant tous mes repères visuels. Le sol est un miroir parfait qui dédouble chaque mouvement et accentue le vide de la salle.
Pour mon passage dénudé, l'exigence devient chirurgicale. Je retire mon trench et reste torse nu sous les voûtes de fer. Au centre de la piste, une armée d'ingénieurs lumière s'active.
— Attends là, Gaspard, ne bouge plus ! hurle le Directeur Artistique depuis la console de régie. Montez l'intensité sur le panneau central ! Ajustez la focale des découpes !
Pendant de longues minutes, ils orientent et tamisent les projecteurs monumentaux. L'objectif est complexe : ils doivent sculpter ma musculature, faire ressortir le dessin de mes pectoraux et de mes abdominaux asséchés par la diète, sans pour autant créer d'ombres bizarres ou disgracieuses sur les reliefs de mon visage. Chaque faisceau blanc est calculé au millimètre pour transformer mon corps inconnu en une statue de marbre lumineuse.
— On passe à la simulation du passage 15 ! Le Stop & Stare ! Mettez-vous en position ! ordonne le régisseur général.
C'est le moment clé du défilé, la clé de voûte de tout le stratagème médiatique. Je repars au bout de la piste tandis que Vasco se positionne à l'autre extrémité. Au signal, le débutant et la star connue s'avancent l'un vers l'autre. Nos marches sont froides, rectilignes, dictées par le rythme de la musique. À mesure que la distance se réduit, la tension accumulée dans le couloir technique menace de me faire exploser.
Arrivés exactement à la marque invisible au sol, au centimètre carré près, nous nous arrêtons net. Mais nous ne nous embrassons pas. Conformément aux ordres, nos lèvres restent interdites. Nos visages se figent à seulement dix centimètres l'un de l'autre. Le contraste est saisissant. Je peux voir les battements de ses cils, sentir le souffle de sa respiration sur ma peau. Nous nous fixons intensément dans les yeux, maintenant une tension électrique incroyable, une promesse de scandale suspendue dans le vide pendant trois secondes pleines.
Pendant ces trois secondes de face-à-face figé, le temps s'arrête dans la centrale électrique. Ce n'est pas pour nous que nous restons ainsi, mais pour la technique. Dans l'ombre des tribunes vides, les réalisateurs vidéo de la captation internationale s'affolent derrière leurs écrans de contrôle.
— Caméra deux, resserre le cadre ! Zoom sur l'axe des yeux ! Plus bas, plus bas ! hurle le réalisateur dans les casques.
Ils ajustent frénétiquement leurs zooms, basculent d'un objectif à un autre et vérifient minutieusement les angles de prise de vue. Ils doivent s'assurer que le cadrage sera absolument parfait le jour J pour les télévisions du monde entier, sans qu'une épaule de Vasco ou un bras mal positionné ne vienne cacher l'action principale. C'est une géométrie du désir et du scandale. Au signal sonore de la régie, la tension se brise. Nous rompons le contact visuel et reprennons notre marche froide vers la sortie, le baiser restant pour aujourd'hui purement virtuel.
À 13h30, une camionnette de la marque nous escorte discrètement vers les ateliers de haute couture de Burberry. C'est l'heure du Re-Fitting de sécurité. Le stress intense des derniers jours, les heures d'entraînement épuisantes avec le coach de marche et la diète hydrique stricte ont commencé à modifier ma silhouette.
Je suis conduit dans une cabine baignée d'une lumière blanche crue. Pour la toute dernière fois avant le défilé, j'enfile mes tenues officielles, y compris le look minimaliste et dénudé du grand final. La couturière en chef et ses assistantes se précipitent sur moi, des bandes de craie et des dizaines d'épingles entre les lèvres.
— Regardez ici, il a perdu près de deux centimètres de tour de taille avec la déshydratation, constate la couturière en observant le pantalon écossais. Le tissu baille légèrement sur les hanches, ça va glisser pendant la marche.
Elles se mettent au travail directement sur mon corps. Leurs mains agiles épinglent, ajustent, reprennent les coutures au millimètre près pour que le vêtement épouse mes formes comme une seconde peau. Je reste immobile, presque sans respirer, sentant la pointe froide des aiguilles frôler ma peau nue encore vibrante des attouchements de la matinée.
Une fois que le vêtement tombe à la perfection absolue, le Directeur Artistique passe sa tête dans la cabine et valide d'un hochement de tête sec.
— C'est parfait. Verrouillez-moi ça.
Le vêtement est délicatement retiré de mon corps. Sous mes yeux, il est placé dans une lourde housse de protection noire, hermétiquement fermée par une fermeture à glissière sécurisée, sur laquelle est apposée une étiquette blanche portant mon nom de famille. À partir de cet instant précis, la tenue est mise sous scellés. Plus personne n'a le droit d'y toucher, de la déplacer ou de l'ouvrir jusqu'au moment exact où je devrai m'habiller dans les coulisses, quelques minutes avant le show.
Vers 16h00, on me dirige vers une pièce carrelée et ventilée à l'arrière des ateliers pour la session de Spray Tan. C'est une étape esthétique incontournable pour les défilés de mode, mais elle devient d'autant plus cruciale pour mon passage torse nu, où la moindre imperfection cutanée serait amplifiée par la haute définition des caméras.
Un expert en bronzage de studio m'accueille. Je dois me mettre en sous-vêtements jetables et me positionner au centre d'une cabine d'aspiration. À l'aide d'un pistolet compresseur, l'expert applique une brume auto-bronzante ultralégère et invisible sur l'ensemble de mon corps. Le premier objectif est d'unifier la carnation : il s'agit d'effacer les moindres traces de bronzage "de la rue", comme les marques de t-shirt sur les épaules ou les lignes des chaussettes sur les mollets, pour obtenir une peau parfaitement homogène, d'un teint impeccable sous les projecteurs.
Le travail devient artistique lorsque l'expert change de buse pour appliquer une technique de contouring corporel très subtile. En utilisant une brume légèrement plus ambrée, il vient ombrer les creux naturels de mon corps. Ses gestes sont précis : il souligne discrètement le dessin de mes abdominaux, creuse les lignes sous mes pectoraux et accentue le relief de mes clavicules.
— Garde les bras levés, Gaspard. Reste bien immobile, me lance-t-il alors que l'air froid des ventilateurs se déclenche pour le séchage.
Je dois rester figé comme une statue pendant de longues minutes. Le moindre mouvement prématuré, la moindre flexion de la peau risquerait de créer une tache ou une marbrure irréversible. Ma peau doit sécher pour devenir une surface parfaite, lisse et sculptée.
La journée de répétitions s'achève à 18h30. Je suis épuisé, la peau tirée par l'autobronzant, la gorge sèche. Fabio et le coach de marche m'isolent dans un petit bureau de production pour une session de conditionnement mental intense. C'est le moment de canaliser le trac qui commence à monter sérieusement à l'approche de l'échéance.
Le coach pose ses mains sur la table et me fixe avec une gravité extrême.
— Gaspard, écoute-moi bien. À partir de maintenant, l'interdiction de te parler ou de croiser Vasco en coulisses est absolue. Si vous vous croisez dans un couloir, tu tournes la tête. Vous ne devez pas vous humaniser avant le show. Pour nourrir le réalisme du baiser de demain, vous devez accumuler une forme de frustration charnelle et de mystère l'un envers l'autre. Le public doit ressentir que vous mourez d'envie de vous sauter dessus. Cette tension ne s'invente pas, elle se construit dans le manque.
Les images de Vasco me bloquant dans le coin obscur me reviennent en mémoire, faisant grimper ma température interne. Le manque est déjà là, dévorant, pulsant sous ma peau.
Le coach se lève, s'approche de ma chaise et saisit mon menton pour forcer mon regard à croiser le sien. Sa voix descend d'un ton, devenant hypnotique :
— Tu as vu l'énergie qu'il y avait entre vous ce matin sur le podium juste en vous regardant ? Tu as senti cette électricité pure traverser la pièce alors que vos lèvres étaient à dix centimètres ? Garde cette frustration en toi, Gaspard. Laisse-la macérer toute la nuit. Demain, quand tu marcheras vers lui, quand tu l'auras enfin en face de toi sous les flashs des milliers de photographes et les yeux du monde entier, tu ne réfléchiras pas. Tu n'auras pas le temps d'avoir peur ou de penser à ton passé. Tu l'attrapes, tu l'embrasses. Ce sera de l'instinct pur, de la rage sauvage. Ce soir, dans ton lit, tu visualises la marche, tu visualises son visage, et tu laisses ton corps se préparer à l'explosion.
Il est 20h00 passées lorsque la berline me ramène enfin au Connaught. Fabio m'escorte jusqu'à ma suite, s'assurant qu'aucun journaliste ne traîne dans le hall. Avant de me laisser seul, il me tend un plateau-repas scellé, préparé par le nutritionniste attitré de la maison de couture.
Le menu de ce soir est d'une rigueur quasi ascétique : une assiette très légère, composée uniquement de blancs de poulet pochés à l'eau et de pousses d'épinards cuites à la vapeur. Le point crucial est l'absence totale de sel. Le sodium est strictement banni, car il stocke l'eau entre la peau et les tissus musculaires. En supprimant le sel et en limitant mes gorgées d'eau à de minuscules gorgées, mon corps va se vider de son eau sous-cutanée. C'est le secret pour que ma peau "colle" littéralement à mes muscles demain, rendant mes abdominaux et mes veines d'une netteté spectaculaire pour mon passage dénudé. Ma gorge me brûle, mais je force chaque bouchée insipide à descendre.
Dès que j'ai terminé, Fabio frappe à la porte pour récupérer le plateau… et mes derniers liens avec l'extérieur.
— Donne-moi ton téléphone, Gaspard. Ordre de la direction. Pas de réseaux sociaux ce soir, rien qui puisse perturber ton esprit ou risquer de faire fuiter ton identité avant le grand choc. C'est l'extinction des feux immédiate.
Je lui remets l'appareil sans protester. La porte se referme, le verrou tourne. Je me retrouve plongé dans l'obscurité totale de ma chambre. Les consignes du protocole stipulent que je dois dormir au moins neuf heures d'un sommeil ininterrompu. C'est le prix à payer pour effacer les derniers traits de fatigue de mes traits et préserver la fraîcheur absolue de mon visage que la presse s'apprête à découvrir en gros plan.
À la fin de ce deuxième jour, je suis allongé dans le noir, le corps affûté comme une lame de rasoir, la peau sèche et tendue par le protocole. Je me sens comme un volcan prêt à entrer en éruption. Le plan technique est verrouillé dans les moindres détails, mon corps est sculpté pour le sacrifice visuel, et l'absence forcée de répétition du baiser, combinée à l'agression sensuelle de Vasco ce matin, a créé une tension électrique insoutenable qui ne demande qu'à exploser le jour J.
Fin du chapitre 27.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 28
Londres, Fashion Week. Gaspard, jeune provincial de vingt et un ans, est séquestré dans une suite du Connaught sous protocole de silence absolu : téléphone confisqué, régime draconien, black-out total. Dans quatre jours, un défilé Burberry dont le monde entier ignore les coulisses. À ses côtés, Vasco, la star mondiale dont la seule présence le dévaste. Entre répétitions militaires et compte à rebours serré, Gaspard avance vers quelque chose d'immense — dont il ne mesure pas encore l'ampleur.
27 minutes
4
0
0
Chapitre suivant

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ tounet777 Le carnet bleu XSTORY
Le carnet bleu
Chapitre 5
Par tounet777
0
0
1
Gays
✦ tounet777 Le carnet bleu XSTORY
Le carnet bleu
Chapitre 6
Par tounet777
0
0
1
Gays
✦ tounet777 Le carnet bleu XSTORY
Le carnet bleu
Chapitre 7
Par tounet777
0
0
1
Gays
✦ Nils Marange La peau des autres XSTORY
La peau des autres
Chapitre unique
Par Nils Marange
0
0
5
Hétéro
✦ tounet777 Costume sur mesure, cul sur mesure XSTORY
Costume sur mesure, cul sur mesure
Chapitre unique
Par tounet777
0
0
5
Gays
✦ Mlle_Helened Top Model XSTORY
Top Model
Chapitre 1
Par Mlle_Helened
107
12
19.2k
Trans & QIA+
✦ tounet777 Le carnet bleu XSTORY
Le carnet bleu
Chapitre 4
Par tounet777
0
0
2
Gays
✦ MelanieD Secrétariat particulier XSTORY
Secrétariat particulier
Chapitre 2
Par MelanieD
99
4
9k
Hétéro
✦ tounet777 Le carnet bleu XSTORY
Le carnet bleu
Chapitre 3
Par tounet777
0
0
3
Gays
✦ tounet777 Dans la peau d'Andréa XSTORY
Dans la peau d'Andréa
Chapitre unique
Par tounet777
0
0
3
Gays

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio