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✦ tounet777 Runway à contre-courant XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Runway à contre-courant — Chapitre 36

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Runway à contre-courant

Chapitre 36

Chapitre 36
La valise abandonnée sur le sol de l'entrée n'existe déjà plus. Le baiser qui nous a liés contre la porte close ne s'interrompt pas ; il se déplace, lourd, fiévreux, guidé par l'urgence de nos pas aveugles qui nous entraînent vers la chambre. David ne me lâche pas. Ses doigts restent ancrés dans ma nuque, maintenant ma bouche contre la sienne avec une ferveur qui confine à la rage. C'est une faim brute, celle d'un homme qui a frôlé le vide et qui s'accroche à la vie.
L'obscurité de la pièce nous enveloppe. David me pousse doucement contre le bord du matelas. Ses yeux brillent d'une lueur nouvelle, lavés de leurs larmes, animés par un soulagement si puissant qu'il en devient électrique.
— Tu es là, murmure-t-il contre mes lèvres, son souffle court se mêlant au mien. Tu es vraiment là.
— Je suis à toi, David. Fais ce que tu veux de moi. Tout ce que tu veux.
Mes mots agissent comme un déclic. Ses mains descendent le long de mon cou, frôlent mes clavicules et s'emparent du tissu de mon pull. Il le tire vers le haut d'un geste sec, impatient. Je lève les bras, me laissant dépouiller de cette armure de coton. Quand l'air frais de la pièce lèche ma peau nue, un frisson me parcourt l'échine, mais la chaleur des paumes de David vient immédiatement l'éteindre. Il pose ses mains à plat sur mon torse, sentant mon cœur cogner contre mes côtes comme un animal en cage. Ses pouces dessinent des cercles lents, appuyés, autour de mes tétons, faisant monter une première vague de chaleur entre mes cuisses.
Je m'occupe de son sweat à mon tour. Mes doigts tremblent sur le coton, pressés de retrouver la texture familière de sa peau. Nous nous débarrassons de nos vêtements dans une hâte presque douloureuse, un abandon de tissus qui jonchent le parquet. Quand nous nous retrouvons nus l'un en face de l'autre, la lumière tamisée de la ruelle dessine les contours de nos corps. David me regarde avec une intensité qui me brûle. Il n'y a plus de défilés, plus de caméras, plus de public. Il n'y a que cette vérité charnelle.
Il s'approche, sa queue déjà raide et chaude venant effleurer ma cuisse. Le contraste entre sa peau légèrement fraîche et la mienne, brûlante de culpabilité et de désir, me fait lâcher un gémissement étouffé. David me fait basculer sur le dos. Le matelas s'enfonce sous notre poids combiné.
Cette approche est une lente possession. Il commence par mes lèvres, un baiser plus doux cette fois, presque liquide, avant de descendre le long de ma gorge. Sa langue trace une ligne humide jusqu'à mon oreille qu'il mordille doucement, me faisant cambrer le dos. Ses mains coulent sur mes flancs, agrippent mes hanches avec une fermeté possessive. Il descend encore, sa bouche voyageant sur mon abdomen, s'attardant dans le creux de mes hanches. Je sens son souffle chaud sur mon sexe qui palpite, tendu à en mourir, perlant déjà d'un désir incontrôlable.
David lève les yeux vers moi, un sourire farouche et confiant flottant sur ses lèvres humides.
— Je veux que tu oublies tout, Gaspard. Tout, tu m'entends ? Il n'y a que moi ce soir.
— Il n'y a que toi, David... s'il te plaît...
Il ne me fait pas attendre. Ses doigts, enduits d'un lubrifiant trouvé à tâtons sur la table de chevet, se glissent entre mes fesses. Le premier contact me fait sursauter, l'index pénétrant lentement mon intimité encore serrée. David murmure des mots doux contre ma cuisse pour me détendre, tandis que son pouce masse ma base pour accentuer le plaisir. Il ajoute un deuxième doigt, initiant un mouvement de va-et-vient régulier, cherchant le point précis qui me fait perdre la tête. Quand il le trouve, un spasme secoue tout mon corps, et ma tête se renverse en arrière dans l'oreiller. Je suis ouvert, offert, totalement à sa merci.
David se redresse, sa queue magnifique et pulsante dressée contre son ventre. Il saisit mes jambes, les replie contre ma poitrine, m'exposant entièrement à lui. L'énergie qui émane de lui est incroyable ; il n'est plus le garçon brisé de l'entrée, il est le maître de cette étreinte.
Il positionne son gland contre mon entrée humide. Il prend son temps, savourant ma crispation de plaisir, puis, d'un coup de rein franc et vigoureux, il s'enfonce en moi.
— Ah... David !
Le cri m'échappe, aigu, déchirant le silence de la chambre. La sensation de plénitude est immédiate, massive, presque douloureuse tellement elle est bonne. Il est entièrement en moi, chaud, énorme, remplissant chaque millimètre de mon être. David reste immobile un instant, le visage contracté par l'extase de notre jonction, ses muscles tendus au-dessus de moi.
Puis, le rythme s'installe. Et ce n'est pas une danse tendre, c'est une baise sauvage, intense, dictée par l'énergie du désespoir et de la reconquête. David se met à marteler mes hanches avec une force incroyable. À chaque coup de rein, ses couilles s'écrasent contre mes fesses dans un claquement humide et régulier qui excite mes sens jusqu'à la folie. Ses mains se plantent dans le matelas de chaque côté de ma tête, ses bras tendus, ses yeux fixés dans les miens à chaque va-et-vient.
— Regarde-moi, Gaspard, halète-t-il, le souffle court, ses traits durcis par l'effort et le plaisir. Regarde qui te prend. Dis mon nom.
— David... oui, plus fort, encule-moi... David !
Le langage se fait cru, dépouillé de toute pudeur. Je dérive complètement dans le plaisir pur. Le frottement de sa queue contre ma prostate déclenche des décharges électriques qui se propagent dans tout mon abdomen. Mes mains s'accrochent à ses épaules musclées, mes ongles s'enfoncent dans sa peau pour ne pas sombrer. Le mouvement de David devient de plus en plus rapide, de plus en plus lourd. Il me soulève presque du matelas à chaque impact, me repoussant contre la tête de l'art avant de me ramener à lui.
La chaleur dans la pièce devient étouffante. La sueur perle sur nos fronts, glisse entre nos torses qui s'entrechoquent dans un bruit de succion érotique. Mon propre sexe, totalement délaissé mais stimulé par les assauts répétés de David à l'intérieur de moi, est au bord de l'explosion. Des gouttes de liquide séminal coulent le long de ma tige, mouillant mon ventre.
David accélère encore, trouvant un angle qui me fait hurler de plaisir. Ses coups de rein sont courts, violents, profonds. Il me prend avec une rage possessive, comme s'il coulait son âme et sa semence directement dans mes veines pour y effacer toute autre trace.
— Je viens, Gaspard... putain, je vais jouir en toi... murmure-t-il, sa voix brisée par l'imminence de l'orgasme.
L'annonce de sa jouissance est le coup de grâce pour mes propres sens. Un frisson d'une violence inouïe part de mes reins. Mon sexe se contracte. Dans un râle sourd, ma semence jaillit en jets puissants, épais, blancs, qui viennent éclabousser mon torse, mon menton, et s'étaler entre nos deux ventres collés. La vague de plaisir me submerge, me coupant les poumons.
Au même instant, David pousse un cri rauque, viscéral, et donne trois derniers coups de rein d'une profondeur absolue. Il se fige, ancré au plus profond de moi, tandis que je sens distinctement les pulsations de sa queue me remplir. Sa propre jouissance explose à l'intérieur, chaude, abondante, inondant mes entrailles. Son sperme déborde de notre point de contact, glissant le long de mes cuisses dans un mélange de sueur et de lubrifiant.
Le silence retombe sur la chambre, troublé seulement par le sifflement de nos respirations hachées. David s'effondre sur moi, son corps lourd et détendu écrasant le mien avec une douceur infinie. Le pacte est scellé. Nos fluides mêlés sèchent lentement sur nos peaux, témoins de cette nuit où les corps ont parlé là où les mots avaient échoué.
L'obscurité se referme à peine sur les derniers soubresauts de notre étreinte charnelle. Allongés au milieu des draps encore froissés, nos souffles courts s'apaisent enfin dans le silence de la chambre. C'est à cet instant précis, juste avant que le sommeil ne nous emporte, que je me tourne vers David. Mes yeux cherchent les siens dans la pénombre, habités par une urgence nouvelle qui contraste avec la langueur de mon corps repu.
— Il faut que j'aille voir mes parents demain, David, lui dis-je à voix basse. Je ne leur ai pas donné un seul signe de vie depuis le début de la Fashion Week. Il faut absolument que tu viennes avec moi. Sans toi, je n'aurai pas la force d'entrer.
Dans le noir, encore enveloppé de ma chaleur, il me dit oui. Je sens son soulagement, mais je devine aussi sa blessure cachée. Après m'avoir possédé avec cette rage de me garder, après avoir accepté l'inacceptable – l'idée de me partager avec Vasco pour ne pas me perdre –, il veut être là. Il veut être mon ombre, mon ancrage, l'homme de confiance qui me regarde redevenir un fils.
Le lendemain, le moteur de la vieille citadine de David s'éteint dans un soupir de ferraille. Le silence qui suit n'a rien d'apaisant. Les mains crispées sur le plastique usé du volant de sa voiture, je fixe le pare-brise. Ces mains que les photographes s'arrachaient désormais ont les phalanges blanches. Le trajet depuis notre appartement s'est fait presque sans un mot, bercé seulement par le ronronnement de l'autoroute et le poids de ce qui nous attend. La réalité du matin a le goût d'un réveil de bois brut.
Devant nous, la ferme familiale semble n'avoir pas bougé d'un millimètre. Les grands bâtiments agricoles en tôle, le vieux hangar à tracteurs et les champs de maïs qui s'étendent à perte de vue forment ce décor brut où j'ai grandi. Pourtant, quelque chose cloche. Le rideau de la cuisine s'agite à peine la voiture stationnée dans la cour de terre battue. Derrière la clôture du premier enclos, un ouvrier agricole feint de vérifier le niveau d'une citerne, le regard obstinément rivé sur notre portière.
— Regarde-les, murmuré-je à David, ma voix brusquement redescendue d'une octave, perdant cette assurance que j'affiche sur les podiums. Ils guettent. Depuis trois jours, mon téléphone n'arrête pas de sonner, mais le leur doit être un enfer.
David pose sa main sur ma cuisse, là où le jean laisse deviner la chaleur de ma peau. Une chaleur qui, quelques heures plus tôt, lui appartenait tout entière.
— On est ensemble, Gaspard. Respire. Je suis là.
Je tourne mon visage vers lui, un sourire fragile et reconnaissant adoucissant mes traits fatigués. Puis, j'ouvre la portière.
L'accueil n'a pas le temps de se faire sur le perron de la maison d'habitation. La porte d'entrée s'ouvre à la volée avant même que nous n'ayons franchi le petit carré de pelouse. Ma mère, Éliane, apparaît. Elle porte un tablier de cuisine taché par-dessus un gilet en laine trop grand, ses cheveux gris attachés à la hâte. Son visage, d'ordinaire si paisible, est marqué par des cernes profonds et une tension que je ne lui ai jamais connue pendant les deux années où, avec David et Marion, nous l'accueillions pour les week-ends à la coloc.
— Gaspard ! Mon Dieu, Gaspard...
Elle se jette à mon cou. Ce n'est pas l'étreinte fière d'une mère qui retrouve son fils prodige, mais le geste désespéré d'une femme qui vérifie que ma chair et mon sang n'ont pas été altérés par le monde extérieur. Je me laisse faire, enfouissant mon visage dans son cou, retrouvant pour quelques secondes les gestes d'un enfant coupable.
Quand elle se détache de moi, ses yeux embués de larmes se posent sur mon compagnon.
— David... Oh, David, tu es là toi aussi. Heureusement. Entrez, entrez vite, avant que les gens de la coopérative ou les voisins ne se mettent à regarder.
La maison sent le café chaud, le feu de bois et la cire à meuble, cette odeur immuable qui me rassure d'ordinaire. Mais sur la grande table de la salle à manger, là où l'on prend d'habitude les repas de chantier, le décor habituel a été balayé. À la place de la toile cirée usée se trouvent des piles de magazines people aux couvertures criardes, des éditions imprimées de journaux de mode et un bloc-notes couvert de numéros de téléphone raturés.
Mon père, Jean-Claude, est assis là, les lunettes de lecture sur le nez, l'air hagard devant l'écran de la tablette numérique que je lui ai offerte à Noël dernier. C'est un homme de la terre, un agriculteur qui a passé sa vie entière à genoux dans les cultures ou au volant de ses machines, un travailleur qui n'a jamais eu affaire qu'à des réalités concrètes. Le voir perdu dans les limbes d'Internet a quelque chose de déchirant.
Il se lève, sa haute stature un peu voûtée par les années de dur labeur, et me serre la main avant de me tirer contre lui pour une bourrade virile, mais ses yeux cherchent des réponses.
— Tu t'es enfin décidé à couper ton internat de luxe ? lance-t-il, tentant de masquer son angoisse sous une ironie un peu bourrue. Ta mère ne dort plus, Gaspard. Le téléphone n'arrête pas de sonner, même les coopératives et les syndicats appellent !
— Je sais, papa. Je suis désolé. Les contrats, les défilés... Tout va trop vite.
Ma mère nous pousse vers les chaises en bois, s'agitant pour servir du café que personne n'a vraiment envie de boire. Ses mains tremblent légèrement contre la porcelaine.
— Trop vite ? Mais c'est de la folie furieuse ! éclate-t-elle en s'asseyant enfin, les mains jointes sur ses genoux. Gaspard, le maire a appelé à la coopérative. Le maire ! Il voulait savoir quand tu revenais pour organiser une réception à la mairie du village. La boulangère m'a montré une photo de toi en première page d'un magazine parisien. Et puis... et puis il y a ce grand garçon, ce... ce Vasco.
Le nom tombe comme un couperet dans la pièce. Du coin de l'œil, je vois David se tendre instantanément. Ses doigts se crispent sous la table, frôlant le tissu de son pantalon. Entendre ce nom prononcé par ma mère, au cœur même de notre exploitation familiale, redonne à notre situation toute sa complexité.
Mon père tape du poing sur la table, pas fort, mais assez pour faire tinter les tasses.
— Ta mère a raison, Gaspard. Dans nos métiers, on travaille dur, on sait ce que vaut un sou, mais là on n'y comprend plus rien. On nous appelle de partout. Des cousins éloignés qu'on n'a pas vus depuis vingt ans nous demandent des places pour des défilés à Paris. Et hier, un homme a sonné à la grille avec un gros appareil photo. Il a fallu que je menace de lâcher le chien de garde et de sortir le tracteur pour qu'il dégage du chemin ! Ils disent que tu es une star. Que tu gagnes des fortunes. Mais ils montrent aussi des photos de toi... avec ce garçon, à Londres, à la sortie d'un hôtel. Les gens du canton jasent, Gaspard. Au marché, ils demandent ce que ça veut dire.
Je jette un coup d'œil rapide vers David. Mes yeux lui crient à l'aide. Je sais que notre secret, notre pacte de la nuit, est une bombe que je ne peux pas lâcher ici. Mes parents ne sont pas armés pour comprendre la complexité d'un amour partagé, la détresse d'un couple qui se fragmente pour survivre. Révéler ma double vie, dire que je compte les garder tous les deux, c'est m'exposer à un rejet immédiat, à une incompréhension totale qui briserait le cœur de ma mère.
Alors, je repositionne le masque du mannequin sur mon visage. Ce sourire calme, un peu détaché, presque professionnel, que j'arbore devant les journalistes.
— Papa, maman, écoutez-moi, dis-je d'une voix posée, en étendant mes mains sur la table comme pour apaiser le jeu. Tout ça, ce que vous voyez dans les magazines, ce n'est pas la vraie vie. C'est du business.
Ma mère me regarde, les sourcils froncés, oscillant entre l'espoir d'être rassurée et la peur d'être menée en bateau.
— Du business ? Des photos où tu embrasses un autre homme sur la joue au milieu d'une rue, c'est du business ?
— Oui, maman, réponds-je sans ciller, fixant son regard avec une incroyable assurance. C'est ce qu'on appelle du marketing. Dans le milieu de la mode, surtout à Londres ou à Paris, les agences ont besoin de créer des histoires pour faire parler des vêtements. Vasco est le mannequin le plus connu de l'agence. Moi, je suis le nouveau. Mon agent, Fabio, a mis en scène cette complicité pour que les photographes s'intéressent à nous. Plus on fait parler de nous, plus les marques nous embauchent. C'est un faux couple. Une mise en scène, rien de plus.
Le mensonge sort de ma bouche avec une fluidité effrayante. David me fixe, le cœur battant à tout rompre. Je sais à quel point c'est faux. Je sais que la veille, ma détresse face à mon attirance pour Vasco était réelle. Mais à cet instant, pour protéger mes parents, j'efface Vasco d'un trait de plume, le reléguant au rang d'un simple outil de travail.
Mon père retire ses lunettes, croisant les bras sur sa poitrine de vieux travailleur de la terre. Son regard se déplace vers David.
— Et toi, David ? Tu étais au courant de ce... de ce cinéma ?
Le piège se referme. Mes parents le fixent, cherchant sur son visage la validation de mon histoire. Ils savent qu'il est mon compagnon, mon pilier solide loin du strass. S'il vacille, si s'exprime la moindre hésitation, tout le château de cartes s'effondre.
David décroche ses mains de ses genoux et les pose à son tour sur la table. Il s'efforce d'esquisser un sourire serein, le sourire d'un homme qui gère la situation avec maturité.
— Bien sûr, Jean-Claude, dit-il, sa voix étonnamment stable malgré la tension ambiante. Gaspard m'a tout expliqué dès le départ. C'est difficile à comprendre quand on n'est pas dans ce milieu, mais la mode fonctionne comme le cinéma ou le théâtre. On crée des rôles. Ce que font Gaspard et Vasco devant les caméras, c'est de la comédie pour les journalistes. Quand le défilé est fini, Gaspard revient ici. Auprès de moi. Auprès de vous, à la ferme.
Un immense soupir de soulagement franchit les lèvres de ma mère. Elle porte une main à sa poitrine, comme si on venait de lui retirer un poids de dix tonnes.
— Ah... Mon Dieu, tu me rassures, David. Tu ne peux pas savoir. Quand j'ai vu ces torchons, j'ai cru que mon fils était devenu fou, qu'il détruisait tout ce qu'il avait construit avec toi. Les gens sont tellement méchants, ils écrivent n'importe quoi...
— C'est le jeu des médias, maman, reprend-je, profitant de la brèche pour enfoncer le clou. Il ne faut rien croire de ce qui est écrit. C'est juste du travail. Mon vrai quotidien, ma vraie vie, elle n'a pas changé.
Le soulagement dans la pièce est palpable. Mais très vite, la joie de ma mère laisse place à une autre forme d'angoisse, plus sourde, plus lancinante. Elle jette un regard inquiet vers la fenêtre qui donne sur les hangars, comme si le monde extérieur était devenu un prédateur tapi dans l'ombre de nos terres.
— C'est bien que ce soit pour le travail, mon chéri, murmure-t-elle, sa voix tremblante de nouveau. On est tellement fiers de toi, tu sais. Quand on voit ton visage sur ces grands papiers glacés, on se dit que notre fils, le fils d'agriculteurs du coin, a réussi quelque chose d'extraordinaire. Mais ça me fait peur, Gaspard. Ça me fait terriblement peur.
— Peur de quoi, maman ?
— De ce monde-là, répond-elle en désignant les magazines d'un geste impuissant. Ce monde où on t'oblige à mentir, à faire semblant d'être quelqu'un d'autre pour vendre des habits. Où des inconnus viennent rôder autour de l'exploitation. Tu es si jeune, tu n'as pas l'habitude de tout ça. Et si ces gens finissaient par te détruire ? Si tu te perdais là-dedans ?
Mon père hoche la tête, le visage sombre.
— Ta mère a raison. Ici, on sème, on récolte, on sait d'où viennent les choses. L'argent, le succès de la ville, c'est bien beau, mais on voit comment ça finit ces histoires-là. Un jour tu es en haut, le lendemain on te traîne dans la boue. Et ce Fabio, ton agent... qui nous dit qu'il veut ton bien ? Pour lui, tu n'es peut-être qu'un produit à vendre. Qu'est-ce qui se passera si demain la mise en scène ne leur suffit plus ? S'ils te demandent d'aller encore plus loin ?
Je garde le silence un instant. L'argument de mon père tape juste, pile là où la blessure saigne encore. La mise en scène a déjà dépassé le cadre du marketing ; elle est entrée dans ma vie privée et menace de briser mon équilibre. Mais je ne peux rien laisser paraître. Je dois rester le fils fort, le jeune homme qui contrôle sa destinée.
— Je sais que vous vous inquiétez, dis-je en prenant la main de ma mère. Mais je ne suis pas seul. J'ai mon agence qui me protège, et surtout, j'ai David. C'est pour ça que je voulais qu'il soit là aujourd'hui. Il est mon équilibre. Tant que je l'aurai à mes côtés, rien ne pourra m'arriver là-bas. Je sais d'où je viens, je n'oublierai jamais cette terre.
Mes propres mots résonnent d'une manière étrange. Pour mes parents, c'est la preuve d'un amour solide et d'une fidélité sans faille envers David. Pour moi, c'est le rappel cruel de notre secret : j'ai besoin de lui comme d'un ancrage pour m'autoriser à m'envoler vers l'autre. Sa présence à mes côtés est le prix à payer pour que je puisse supporter la folie de ma double vie.
Ma mère essuie une lèvre du revers de la main, un sourire timide réapparaissant sur son visage.
— Tu as de la chance d'avoir un garçon comme David, Gaspard. Promets-moi de prendre soin de lui, malgré toutes tes bêtises de mannequins.
— Je te le promets, maman.
— Bon, lance mon père en se levant, l'atmosphère s'étant enfin détendue. Puisque tout ça n'est que de la comédie pour les Parisiens, on va s'ouvrir une bonne bouteille pour fêter ton retour. Tu restes manger, au moins ? Ta mère a préparé un rôti.
— Bien sûr qu'on reste, papa. On est là pour ça.
Pendant que mes parents s'affairent dans la cuisine, une effervescence joyeuse remplaçant enfin l'angoisse des derniers jours, David et moi restons seuls dans la salle à manger. Le silence revient, mais ce n'est plus le même. Les magazines sur la grande table semblent nous narguer, témoins silencieux du mensonge que nous venons de sceller ensemble.
Je m'approche de lui, profitant du bruit des assiettes qui s'entrechoquent dans la pièce d'à côté. Je pose ma main sur son épaule, mon visage tout près du sien.
— Merci, David, chuchoté-je, les yeux brillants d'une émotion brute. Merci d'avoir joué le jeu. Je ne savais pas comment leur dire... Je ne pouvais pas leur infliger ça.
Il me regarde. Je ressens à la fois son immense tendresse et cette pointe de douleur chez lui, devenu le complice d'une illusion.
— Je l'ai fait pour eux, Gaspard. Et pour toi. Mais rappelle-toi d'une chose : le marketing a ses limites. Un jour ou l'autre, la réalité finit toujours par rattraper les plus beaux mensonges.
Je hoche la tête, le regard se voilant d'une légère inquiétude, avant que la voix de ma mère ne nous appelle depuis la cuisine, nous invitant à rejoindre la table pour un repas qui, sous le vernis des apparences, s'annonce chargé de non-dits.
Fin du chapitre 36.
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Chapitre 37
Réfugié dans un village avec David, son compagnon, Gaspard — mannequin au cœur d'un scandale public — tente de se faire oublier. Mais une simple promenade nocturne dans les rues désertes suffit à réveiller tous ses instincts de survie. Dans ce monde où chaque regard peut devenir une sentence et chaque ombre cacher un objectif, la trêve provinciale qu'il s'est accordée peut-elle vraiment tenir ?
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