Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Runway à contre-courant — Chapitre 17
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Runway à contre-courant
Chapitre 17
Chapitre 17
David me garde serré contre lui un long moment, ses bras puissants autour de mon corps nu, sa respiration encore lourde contre mon cou. Je tremble légèrement, encore sous le choc de l'appel de Fabio et de tout ce que cela implique. Mon esprit tourne à mille à l'heure : Fashion Week de Londres, défilé, coach, nouveau contrat… tout est en train de s'accélérer bien trop vite.
Il finit par s'écarter juste assez pour prendre mon visage entre ses mains. Son regard est intense, déterminé.
— Tu vas devenir fou si tu restes enfermé ici à ruminer, murmure-t-il. On va sortir. Juste une balade pour te changer les idées, un film au cinéma, et on ira manger un truc après. Rien de compliqué. Je reste avec toi tout le temps. Tu ne seras pas seul.
Je le regarde, hésitant. L'idée de sortir me terrifie, surtout après avoir vu l'affiche géante. Mais l'idée de rester ici à tourner en rond me terrifie encore plus.
— D'accord… je souffle finalement. Mais je ne veux pas rester longtemps dehors.
David sourit légèrement et m'embrasse sur le front.
— Promis. On fait ça tranquille.
Nous nous habillons. David reste extrêmement tactile : il passe derrière moi pour m'aider à mettre mon sweat, ses mains glissant lentement sur mon ventre, déposant un baiser dans mon cou. Il me touche constamment — une main sur ma hanche, un frôlement dans mon dos, un baiser sur ma tempe — comme s'il avait besoin de me sentir près de lui à chaque seconde.
Nous sortons vers 16h. Le ciel est gris, l'air frais. David marche tout près de moi, sa main régulièrement posée dans mon dos ou sur ma hanche. Chaque fois qu'il me touche, je me sens à la fois rassuré et encore plus nerveux. Nous marchons une vingtaine de minutes dans les rues du centre. Au début, tout va bien. Personne ne fait attention à nous.
Puis, en passant près d'un arrêt de bus, je sens des regards insistants. Deux jeunes filles nous croisent et s'arrêtent net. Elles se mettent à chuchoter entre elles avec excitation. Mon estomac se noue violemment. David sent immédiatement ma tension. Il passe un bras autour de ma taille et me serre fermement contre lui, possessif, tout en continuant à marcher comme si de rien n'était.
— Respire, me murmure-t-il à l'oreille, ses lèvres effleurant ma peau. Je suis là.
Je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. Une fois. Deux fois. Plusieurs fois. Je n'ose pas regarder. Mon cœur s'emballe.
Nous arrivons au cinéma. Dans la file pour acheter les tickets, je remarque un petit groupe de trois filles qui nous observent avec insistance. Elles se donnent des coups de coude, les yeux écarquillés. L'une d'elles sort discrètement son téléphone. Je deviens livide, la gorge serrée. David resserre son bras autour de moi, sa main posée sur ma hanche de manière protectrice.
— Tout va bien, me chuchote-t-il en embrassant ma tempe. Je suis avec toi.
Je me force à regarder droit devant moi, essayant d'ignorer les murmures et les regards qui pèsent sur nous. Dès que nous entrons dans la salle, je sens un poids énorme sur ma poitrine. Pendant tout le film, David garde sa main sur ma cuisse, la caressant lentement pour m'apaiser. Mais je n'arrive pas à me concentrer. Je passe mon temps à vérifier mon téléphone du coin de l'œil. Les notifications s'accumulent.
Après le film, David propose d'aller au fast-food. Je n'ai pas très faim, mais j'accepte parce que je ne veux pas rentrer tout de suite.
Au fast-food, la situation empire nettement.
Nous sommes en train de commander quand je sens un regard particulièrement insistant. Un jeune homme d'environ 17 ou 18 ans, casquette à l'envers, nous observe depuis le comptoir. Il sort rapidement son téléphone et commence à filmer en live TikTok, le sourire aux lèvres.
Il s'approche de notre table dès que nous nous asseyons, téléphone tendu devant lui.
— Hey ! C'est toi sur la pub Burberry avec Vasco Solari, non ? lance-t-il, excité, tout en continuant son live. Regardez les gars, je suis avec lui là !
Je deviens écarlate. Mon cœur bat si fort que j'ai du mal à respirer. Une sueur froide coule dans mon dos. Je baisse la tête, les mains tremblantes sur mon burger que je n'arrive même pas à manger. J'ai l'impression que tout le fast-food nous regarde maintenant.
David passe immédiatement un bras autour de mes épaules et me tire contre son torse, son corps chaud et solide contre mon dos, comme un rempart. Sa main serre fermement mon épaule.
— Calme-toi, me chuchote-t-il à l'oreille tout en commandant pour nous deux. Je suis là. Respire avec moi.
Le jeune homme continue son live, posant des questions :
— T'es en couple avec Vasco ? La pub est trop belle ! Vous êtes vraiment comme ça dans la vraie vie ?
David se tend. Sa mâchoire se crispe contre ma tempe et sa main descend sur ma hanche, me serrant plus fort, presque possessif. Il ne dit rien, mais son corps parle pour lui : il me protège, me revendique.
Nous récupérons notre commande et essayons de manger dans un coin, mais plusieurs autres personnes commencent à nous observer avec insistance. Mon téléphone n'arrête plus de vibrer : notifications Instagram, Stories, messages d'amis qui ont vu les vidéos.
Je suis en pleine crise. Ma respiration est courte, saccadée. J'ai l'impression que tout le monde me regarde, que ma vie privée est en train d'être exposée en direct.
David me regarde avec inquiétude et colère mêlées. Il pose une main sur ma nuque, masse doucement, puis se penche pour m'embrasser sur la tempe, juste devant tout le monde, marquant clairement son territoire.
— On rentre, décide-t-il soudain d'une voix ferme. J'en ai assez vu.
Il se lève, prend nos plateaux, passe un bras protecteur et possessif autour de mes épaules et me guide fermement vers la sortie.
Le trajet du retour se fait en silence. David conduit d'une main, l'autre posée sur ma cuisse, la serrant régulièrement comme pour me rappeler qu'il est là.
Une fois à la coloc, il referme la porte derrière nous et me plaque doucement contre le mur, son corps pressé contre le mien.
— Respire, murmure-t-il contre mes lèvres. Je suis là. On va gérer ça ensemble.
Mais je sens que la tempête ne fait que commencer.
David me plaque doucement contre le mur de l'entrée, son corps chaud et imposant pressé contre le mien. Ses mains encadrent mon visage, ses pouces caressant lentement mes joues. Son regard est intense, protecteur, presque sauvage.
— Respire, murmure-t-il contre mes lèvres. Je suis là. On va gérer ça ensemble.
Mais je sens que la tempête ne fait que commencer.
Je reste un long moment contre lui, essayant de reprendre mon souffle. Mon cœur bat encore beaucoup trop fort. David finit par s'écarter légèrement, mais il garde une main sur ma taille, comme s'il refusait de rompre complètement le contact. Nous nous dirigeons vers le salon. Je m'assois sur le canapé, les jambes tremblantes. David s'installe juste à côté de moi, collé contre mon flanc, un bras passé autour de mes épaules.
Sans réfléchir, j'attrape mon téléphone. Les notifications explosent. Instagram, TikTok, Snapchat… des centaines en quelques minutes seulement. Je clique sur l'une des stories en haut de mon fil.
C'est la vidéo du jeune homme au fast-food.
On me voit clairement, rouge, mal à l'aise, tandis que David me serre contre lui, sa main possessive sur ma hanche, son corps collé au mien. La vidéo est déjà vue plus de 320 000 fois. Les commentaires défilent à une vitesse folle :
— C'est lui !! Le gars de la campagne Burberry !
— Il est trop beau en vrai, je suis mort.
— Et le mec à côté… il le tient comme si c'était son mec.
— Vasco Solari va être jaloux.
— Qui est ce gars ? Ils sont ensemble ?
— Il est trop beau en vrai, je suis mort.
— Et le mec à côté… il le tient comme si c'était son mec.
— Vasco Solari va être jaloux.
— Qui est ce gars ? Ils sont ensemble ?
Je sens ma respiration se bloquer. Ma gorge se serre. Une vague de nausée me monte. Mes mains commencent à trembler violemment.
— David… je murmure d'une voix cassée. Regarde…
Je lui tends le téléphone. Il regarde la vidéo, la mâchoire crispée, puis fait défiler les commentaires en silence. Son bras se resserre autour de moi.
Je continue de scroller, le cœur au bord des lèvres. D'autres vidéos. D'autres stories. Des captures d'écran de l'affiche géante. Des montages avec Vasco. Des gens qui spéculent sur ma vie privée. Certains me traitent déjà d'opportuniste, d'autres disent que je suis « le nouveau jouet de Vasco ».
Je commence à hyperventiler. Ma poitrine se comprime. J'ai l'impression que les murs du salon se referment sur moi.
— Tout le monde me voit… Tout le monde sait maintenant… je souffle, la voix brisée. Je ne suis plus personne… Je suis juste… ça.
David pose son téléphone et me prend dans ses bras, me serrant fort contre son torse nu. Il caresse mon dos lentement, essayant de m'apaiser.
— Respire avec moi, murmure-t-il. Lentement. Je suis là.
Je tape rapidement un message à Fabio, les doigts tremblants :
— Fabio, c'est Gaspard. Les gens me reconnaissent déjà dans la rue. Il y a des vidéos partout. Je ne sais pas comment gérer. Aide-moi s'il te plaît. Je suis en train de craquer.
À peine ai-je envoyé le message que mon téléphone sonne. C'est Vasco. Mon sang se glace. Je décroche, la voix faible.
— Allô… ?
— Gaspard ? Putain, qu'est-ce qui se passe ? J'ai vu les stories partout. Il y a une vidéo de toi avec David qui te tient par les hanches comme s'il te possédait. C'est quoi ce bordel ? Pourquoi il te serre comme ça ? Qu'est-ce qui s'est passé à ton retour de Londres ? Tu m'expliques ?
— Gaspard ? Putain, qu'est-ce qui se passe ? J'ai vu les stories partout. Il y a une vidéo de toi avec David qui te tient par les hanches comme s'il te possédait. C'est quoi ce bordel ? Pourquoi il te serre comme ça ? Qu'est-ce qui s'est passé à ton retour de Londres ? Tu m'expliques ?
La voix de Vasco est tendue, pleine de jalousie et de douleur. Je sens David se raidir contre moi, son bras se resserrant autour de ma taille.
— C'est… c'est David, mon colocataire, je bredouille. On est juste sortis manger un truc. J'étais stressé, il me soutenait…
— Stressé ? répète Vasco, la voix plus sèche et blessée. Il te tenait par la hanche comme si tu étais à lui ! Devant tout le monde ! Il y a des commentaires partout qui disent que vous êtes ensemble. C'est quoi ce bordel, Gaspard ? Il y a quelque chose entre vous ?
— Stressé ? répète Vasco, la voix plus sèche et blessée. Il te tenait par la hanche comme si tu étais à lui ! Devant tout le monde ! Il y a des commentaires partout qui disent que vous êtes ensemble. C'est quoi ce bordel, Gaspard ? Il y a quelque chose entre vous ?
Je ferme les yeux, la culpabilité me brûlant de l'intérieur.
— Non… il n'y a rien, Vasco. Je te jure. C'est juste un ami. Tout va trop vite, je ne sais plus où j'en suis…
La conversation dure de longues minutes. Vasco est blessé, jaloux, inquiet. Il me pose des questions précises sur ce qui s'est passé depuis mon retour de Londres, sur David, sur notre proximité, la voix parfois cassée. Je mens par omission, le cœur lourd. Quand je raccroche enfin, je suis épuisé, tremblant de tout mon corps.
Fabio n'a toujours pas répondu. Je regarde l'heure : il est presque minuit. Je n'en peux plus. Je compose son numéro.
— Fabio… je suis désolé de t'appeler si tard, mais je n'arrive pas à attendre jusqu'à lundi. Je suis en train de craquer. Les gens me reconnaissent dans la rue, il y a des vidéos partout… Je ne sais pas gérer ça. S'il te plaît…
Fabio soupire, mais accepte finalement.
— D'accord. Je serai à Besançon demain en fin de matinée. On va organiser une stratégie. Repose-toi cette nuit.
Je raccroche, toujours tremblant.
David, qui n'a rien perdu de la conversation, reste silencieux un moment. Puis il demande d'une voix basse, presque blessée :
— Tu lui as dit qu'il n'y avait rien entre nous… Tu comptes lui dire la vérité un jour ? Ou tu vas continuer à mentir ?
Je ne réponds pas tout de suite. Mes mains tremblent encore. David me retourne doucement face à lui, prend mon visage entre ses mains et me regarde intensément.
— Viens, murmure-t-il finalement.
Il me prend dans ses bras, me soulève légèrement et m'emmène jusqu'à sa chambre. Nous nous allongeons sur son lit. Il me serre fort contre lui, mon dos collé à son torse, une jambe passée par-dessus les miennes. Ses lèvres effleurent ma nuque.
— Dors, Gaspard. Je suis là.
Je reste longtemps éveillé, écoutant sa respiration qui finit par devenir régulière au bout d'une trentaine de minutes. Blotti dans ses bras chauds et possessifs, je me sens un peu mieux. Moins seul. Mais la tempête est bien là, juste derrière la porte.
Je me réveille malgré le peu d'heures de sommeil que j'ai réussi à grappiller. La lumière du jour filtre doucement à travers les rideaux de la chambre de David. Je suis blotti contre lui, mon dos collé à son torse chaud, ses bras puissants enroulés autour de moi comme une cage protectrice. Sa respiration est lente et régulière contre ma nuque. Je reste immobile un long moment, savourant cette chaleur, cette présence solide qui m'empêche de sombrer complètement.
Je prends doucement ses mains dans les miennes, entrelaçant nos doigts. Sa peau est chaude, légèrement calleuse. Je serre ses mains plus fort, comme si j'avais peur qu'il disparaisse. David remue légèrement derrière moi. Il dépose un baiser tendre dans mon cou, ses lèvres chaudes et douces contre ma peau.
— Bonjour toi… murmure-t-il d'une voix encore ensommeillée.
Je me retourne lentement dans ses bras pour lui faire face. Nos visages sont tout proches. Il me regarde avec une intensité calme, presque tendre, ses yeux sombres parcourant chaque trait de mon visage. Il lève une main et caresse doucement ma joue du bout des doigts, puis glisse dans mes cheveux, les repoussant en arrière avec une douceur surprenante.
Nous restons de longues minutes comme ça, simplement à nous regarder en silence. Ses doigts continuent leur exploration : ils effleurent ma mâchoire, descendent sur mon cou, reviennent sur ma tempe. Chaque caresse apaise un peu la tempête qui fait rage en moi. Il se penche et m'embrasse lentement, profondément, sans urgence. Un baiser doux, rassurant, presque amoureux. Je ferme les yeux et me laisse aller, répondant à son baiser avec une tendresse que je ne me connaissais plus.
La matinée passe lentement, comme suspendue dans le temps. Nous restons au lit un long moment, enlacés, échangeant des baisers paresseux et des caresses légères. David me serre contre lui, sa jambe passée par-dessus les miennes, comme s'il voulait me protéger du monde extérieur. Nous parlons peu. Juste des murmures, des « ça va aller », des « je suis là ». Pour la première fois depuis des jours, je me sens un tout petit peu en sécurité.
Vers 10h30, mon téléphone vibre sur la table de nuit. C'est un message de Fabio avec l'adresse d'un hôtel à Besançon.
Fabio : « Hôtel Mercure Besançon Centre. Chambre 412. Je t'attends. »
David lit le message par-dessus mon épaule et hoche la tête.
— Je t'accompagne. Pas question que tu y ailles seul.
Le trajet jusqu'à Besançon se fait dans un silence tendu. David conduit d'une main, l'autre posée sur ma cuisse, la serrant régulièrement. Je regarde par la fenêtre, le cœur lourd, l'estomac noué. Chaque panneau publicitaire que nous croisons me fait sursauter.
Nous arrivons à l'hôtel. Fabio nous attend dans le hall. Il est impeccable, costume sombre, regard froid et professionnel. Il me voit arriver avec David et fronce légèrement les sourcils.
— Qui est-ce ? demande-t-il d'un ton neutre mais direct en regardant David.
— C'est David, mon colocataire, je réponds rapidement. Je veux qu'il reste avec moi.
— C'est David, mon colocataire, je réponds rapidement. Je veux qu'il reste avec moi.
Fabio soupire, visiblement agacé par cette complication imprévue, mais il n'insiste pas davantage.
— Très bien. David, tu peux attendre ici ou dans le bar de l'hôtel si tu préfères. J'ai besoin d'être seul avec Gaspard pour la stratégie.
Je secoue immédiatement la tête, la voix tremblante mais ferme.
— Non. Je veux qu'il reste. Il fait partie de ma vie maintenant. Je ne veux rien lui cacher.
Fabio soupire à nouveau, plus fort cette fois, mais finit par accepter à contrecœur. Il nous fait monter dans une belle suite avec un petit salon privé. Nous nous installons autour d'une table basse. Fabio pose un dossier épais devant moi.
— Très bien. Commençons.
Il me regarde droit dans les yeux, la voix calme mais autoritaire.
— Regarde-moi, Gaspard. C'est normal que tu paniques. Hier encore, tu te promenais anonymement dans la rue, et aujourd'hui tout le monde veut capturer ton visage. Mais rappelle-toi une chose : Burberry ne t'a pas choisi pour ton CV ou parce que tu sais défiler. Ils t'ont choisi pour ton authenticité, ce truc brut que tu as en toi. Tu n'as pas besoin de jouer un rôle ou de faire semblant d'être un pro. Reste exactement comme tu es.
Je hoche la tête, mais mes mains tremblent sur mes genoux. Fabio continue, déployant un plan d'urgence impressionnant.
— Ceux qui te filment à chaque coin de rue avec leur téléphone ? Ce ne sont pas des ennemis, c'est ton futur public. Le problème, c'est qu'en te filmant à ton insu, ils volent l'exclusivité que l'on doit à Burberry. À partir d'aujourd'hui, on inverse le rapport de force. C'est nous qui décidons quand le monde te voit, et comment.
Fabio passe ensuite plus d'une heure à m'expliquer en détail tout le plan qu'il a préparé.
Il commence par la protection de ma vie privée. Il va me trouver un très bel appartement, une « Safe House » de haut standing, tenu totalement secret. Burberry prend tout en charge : un immeuble sécurisé avec gardien, un parking souterrain, et une entrée discrète. Les journalistes pourront chercher autant qu'ils veulent, mon nom n'apparaîtra sur aucun bail. J'y entrerai et en sortirai en voiture aux vitres teintées, invisible pour le monde extérieur.
Il prévoit aussi une voiture avec chauffeur privé dédiée à mes déplacements 24h/24 et un garde du corps discret qui m'accompagnera pour faire barrière si des passants deviennent trop pressants avec leurs smartphones.
Ensuite, il aborde la gestion de la folie médiatique. Pour calmer le jeu tout en excitant la presse, Burberry va publier un communiqué de presse stratégique qui garde mon identité secrète. Le message sera quelque chose comme : « La maison Burberry est fière d'annoncer sa collaboration exclusive avec son nouveau visage masculin pour la prochaine collection. Fidèle à son héritage de découvreur de talents, Burberry a choisi d'offrir sa confiance à une silhouette brute, moderne et mystérieuse. Afin de préserver la vision artistique du créateur, l'identité de notre nouvelle égérie ne sera révélée que lors du défilé officiel. Aucune déclaration ni image ne seront accordées d'ici là. »
Il m'apprend aussi une seule phrase réflexe à dire si quelqu'un me coince dans la rue : « Désolé, je suis contractuellement obligé de garder le secret pour Burberry. Merci pour votre soutien ! » Puis je monte dans la voiture. Le fait de citer la marque crée une barrière légale que les gens respectent.
Enfin, il parle de dompter le stress. Pour que je reprenne confiance en moi face aux objectifs, il m'envoie dans un camp d'entraînement intensif mais bienveillant : coaching de posture Burberry pour apprendre à porter le trench iconique et à marcher avec l'assurance d'un lord anglais, des exercices de respiration ventrale pour couper court aux montées d'adrénaline, et même des simulations d'agression visuelle où je serai enfermé dans un studio avec de faux photographes qui me mitrailleront de flashs en criant mon nom. Le but est que je m'habitue à la lumière, que j'apprenne à ne pas cligner des yeux et que je comprenne que le flash ne fait pas de mal.
Je l'écoute, de plus en plus submergé, la tête qui tourne. Quand il termine, je secoue la tête, la voix tremblante.
— Fabio… les cours… je ne peux pas. Je veux arrêter. Je ne suis pas prêt. C'est trop.
Fabio me regarde froidement.
— Tu n'as pas le choix. Les cours commencent lundi. C'est non négociable.
Je sens la panique monter à nouveau, plus forte.
— Alors je vais signer les papiers pour arrêter les cours à l'université. Aujourd'hui. Avant les premiers cours de coaching. Avec un garde du corps si tu veux, mais je dois le faire.
Fabio finit par accepter, à contrecœur.
Il ouvre ensuite le nouveau contrat. Pendant plus de quarante minutes, il m'explique chaque clause en détail, avec une précision froide et professionnelle.
Il commence par la clause d'exclusivité totale, le cœur du contrat. Pendant toute la durée du contrat, souvent 1 à 2 ans, j'ai l'interdiction absolue de travailler, de poser ou d'être associé à une marque concurrente comme Gucci, Dior ou Saint Laurent. Même dans ma vie privée, si je suis pris en photo par des fans dans la rue, je dois porter du Burberry ou des marques neutres, sans logo visible. S'il s'affiche avec un sweat d'une marque rivale, c'est la rupture de contrat immédiate et des pénalités financières énormes.
Il détaille ensuite le scope of work, la liste de mes obligations. La campagne officielle avec shooting photo et tournage du film publicitaire, le défilé à la Fashion Week de Londres où j'aurai l'honneur d'ouvrir ou de fermer, et les apparitions publiques aux grands événements de la marque.
Il passe à la clause de cession des droits à l'image : j'autorise Burberry à utiliser mon visage, mon corps et mon nom sur tous les supports possibles dans le monde entier, avec une durée d'utilisation définie.
Puis vient la clause de moralité, la plus stressante pour moi. Le contrat peut être annulé immédiatement si je suis impliqué dans un scandale. L'agent va contrôler indirectement mes réseaux sociaux. Plus question de poster une story alcoolisée avec mes potes.
Enfin, il aborde la rémunération et les avantages. Une avance très importante, plusieurs centaines de milliers d'euros, et un budget vêtement important pour que je sois toujours impeccable.
Je signe le contrat d'une main tremblante, la tête qui tourne, le cœur serré. Chaque signature me donne l'impression de vendre une partie de ma vie.
Fabio referme le dossier.
— Bienvenue dans ta nouvelle vie, Gaspard.
Je reste assis, sonné, tandis que David pose une main possessive sur ma cuisse, me rappelant silencieusement qu'il est toujours là.
Fabio referme le dossier du contrat avec un claquement sec qui résonne dans le petit salon de la suite. Il me regarde un instant, comme s'il évaluait mon état mental, puis continue d'une voix calme et méthodique.
— Bien. Maintenant que le contrat est signé, il faut passer à l'organisation concrète. Tu dois commencer à préparer tes cartons dès ce soir. Demain soir, si tu le souhaites, tu pourras déjà être dans ton nouvel appartement à Besançon. C'est un bel endroit, sécurisé, discret, avec tout ce qu'il faut. Burberry prend tout en charge. Et si tu veux, des gens de l'équipe pourront venir terminer de prendre tes affaires à ton appartement actuel pour tout déménager.
Je cligne des yeux, encore sonné.
— Dès demain soir… ?
— Oui. Un chauffeur passera te chercher à 8h précises à la coloc. Il t'emmènera d'abord signer les papiers pour quitter officiellement ton école. Ensuite, il te conduira directement à ton premier cours de coaching en défilé. Le coach t'attend.
— Oui. Un chauffeur passera te chercher à 8h précises à la coloc. Il t'emmènera d'abord signer les papiers pour quitter officiellement ton école. Ensuite, il te conduira directement à ton premier cours de coaching en défilé. Le coach t'attend.
Je reste silencieux quelques secondes, la gorge serrée. Tout va tellement vite. Je tourne la tête vers David, qui est assis à côté de moi, silencieux, la main toujours posée sur ma cuisse.
— Est-ce que… David peut m'accompagner ? je demande d'une voix hésitante.
David me regarde, surpris. Il serre légèrement ma cuisse.
— Et les cours ? me dit-il doucement. Je ne peux pas tout sécher non plus.
Je secoue la tête, presque suppliant.
— Juste pour la première journée… et pour l'emménagement. S'il te plaît. J'ai besoin que tu sois là. Je ne veux pas faire ça tout seul.
David me fixe longuement. Je vois dans ses yeux un mélange de possessivité, d'inquiétude et de résignation. Il finit par hocher la tête.
— D'accord. Je viendrai avec toi demain. Mais il va falloir que tu réfléchisses sérieusement à comment tu vas parler de tout ça à Vasco. Parce que tu ne pourras pas lui cacher éternellement ce qui se passe.
Je baisse les yeux, la culpabilité revenant comme une vague froide. Fabio nous observe tous les deux sans rien dire, puis reprend comme si de rien n'était.
— Très bien. Pour demain, habille-toi avec les vêtements que tu as ramenés de Londres. Les pièces Burberry que tu as reçues là-bas. Il faut que tu commences à t'habituer à porter la marque naturellement.
David tourne la tête vers moi, un sourcil levé.
— Quels vêtements ? demande-t-il, la voix neutre mais curieuse.
Je rougis légèrement.
— Burberry m'a donné quelques pièces pendant le shooting… des sweats, des chemises, un trench… des trucs comme ça.
David ne dit rien, mais je sens sa main se crisper légèrement sur ma cuisse. Fabio continue sans prêter attention à notre échange.
— Le coach de défilé est l'un des meilleurs. Il va t'apprendre la posture, le regard, la façon de marcher. Ce n'est pas aussi simple qu'on le croit. On va aussi travailler ta respiration et ta gestion du stress face aux flashs. Tu vas devoir t'habituer à être observé, filmé, jugé en permanence.
Je passe une main sur mon visage, la tête qui tourne.
— Je ne sais même pas si je vais y arriver… Tout ça me dépasse complètement.
Fabio me regarde avec une franchise presque brutale.
— Tu n'as plus le choix, Gaspard. Le contrat est signé. Burberry investit beaucoup d'argent sur toi. Ils ne le font pas à la légère. Tu vas y arriver. Et si tu paniques, souviens-toi de ce que je t'ai dit : reste authentique. C'est ça qui les a séduits.
La conversation dure encore une bonne heure. Fabio me donne tous les détails logistiques : l'adresse exacte de l'appartement, le code d'accès, le numéro du chauffeur, le planning des premiers jours. Il me parle aussi des réseaux sociaux, des interviews potentielles, des restrictions vestimentaires. Chaque mot ajoute une couche supplémentaire de poids sur mes épaules.
Quand nous quittons enfin l'hôtel, je suis épuisé. David conduit en silence pendant les premières minutes, sa main toujours sur ma cuisse.
— Tu es sûr de vouloir que je vienne demain ? finit-il par demander.
— Oui. J'ai besoin de toi.
— Oui. J'ai besoin de toi.
Il hoche la tête, mais je sens qu'il est préoccupé.
— D'accord. Mais on va devoir parler sérieusement de Vasco à un moment. Tu ne peux pas continuer à lui mentir comme ça.
Je ne réponds pas. Je regarde par la fenêtre, le paysage qui défile, l'esprit complètement saturé par tout ce qui m'attend.
La tempête ne faisait que commencer.
Fin du chapitre 17.
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