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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Runway à contre-courant — Chapitre 4

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Runway à contre-courant

Chapitre 4

Chapitre 4
Le brouhaha de la cantine du lycée agricole n'a jamais paru aussi assourdissant. L'odeur de la purée déshydratée et du poisson pané flotte dans l'air chaud, mêlée aux éclats de voix des élèves de terminale qui débattent de la puissance d'un nouveau tracteur Fendt. Je fixe mon plateau sans vraiment le voir, remuant machinalement une fourchette de petits pois.
David, assis en face de moi, me dévisage avec un sourire goguenard qui ne l'a pas quitté depuis notre « rencontre » matinale dans ma chambre. Marion, à ses côtés, nous regarde tour à tour, sentant bien que l'air vibre d'une tension inhabituelle.
— Alors, Gaspard, lance David d'une voix un peu trop forte, tu as repris tes esprits ? On dirait que t'es encore en train de planer sur ton petit nuage de lycra.
— Tais-toi, David, je murmure en jetant un coup d'œil inquiet autour de moi.
— Qu'est-ce qu'il a encore fait ? demande Marion en fronçant les sourcils. Pourquoi est-il rouge comme une tomate depuis ce matin ?
— Disons qu'il a eu un réveil très... athlétique, répond David en me faisant un clin d'œil appuyé. Une vraie performance artistique dédiée à la mode italienne.
Je m'apprête à répliquer quand mon téléphone, posé sur la table, vibre. Une notification WhatsApp. Un nom qui fait bondir mon cœur : Vasco.
Je m'empare de l'appareil, ignorant le regard inquisiteur de mes deux amis. Ce n'est pas une photo provocante cette fois, mais un long pavé de texte, d'une douceur qui me serre la gorge.
Vasco : « Mio caro Gaspard... J'espère que ta matinée n'a pas été trop pénible. Je n'arrête pas de penser à notre appel de cette nuit. Ta voix me manque déjà. Ici, Milan est une fournaise de stress, tout le monde court après des chiffres et des tissus. Je n'ai qu'une envie : m'évader avec toi. »
Un sourire idiot s'étire sur mes lèvres. Je tape fébrilement :
Moi : « C'est gentil. Moi aussi j'y pense. David ne me lâche pas d'une semelle, c'est l'enfer ici ! »
La réponse est quasi instantanée.
Vasco : « David est un bon ami, il prend soin de toi à sa manière. Mais dis-moi... dans deux semaines, c'est l'Ascension. Un long week-end férié en France. Qu'est-ce que tu as de prévu ? »
Je lève les yeux de l'écran. David me fixe, une frite suspendue au bout de sa fourchette.
— Alors ? L'étalon te donne ses ordres ?
— Il me demande ce que je fais pour le pont de l'Ascension, avoué-je à mi-voix.
— Oh là là, ça devient sérieux, intervient Marion. Il veut venir traire les chèvres avec nous ?
Je retape sur mon écran :
Moi : « Rien de spécial. David voulait qu'on aille à la foire agricole de la région, pourquoi ? »
Vasco : « Oublie la foire. J'ai plusieurs shootings prévus cette semaine-là dans un endroit magnifique. J'ai réussi à négocier pour que tu puisses m'accompagner. Je veux que tu sois là, Gaspard. Je veux te voir en vrai, pas à travers un pixel. »
Le vertige me prend. Vasco Solari veut que je l'accompagne sur son travail ? Moi, l'élève en gestion d'exploitation ?
Vasco : « Dis-moi... est-ce que ton passeport est à jour ? »
Je m'arrête net de respirer. Mon passeport. Je l'ai fait l'année dernière pour un voyage d'étude en Suisse, il est parfaitement valide.
Moi : « Oui, il est à jour. Pourquoi ? »
Vasco : « Je m'occupe de tout. Écoute-moi bien : demain matin, apporte ton passeport au lycée. Dépose-le à l'accueil dans une enveloppe à mon nom. Un coursier passe le chercher à 10h. C'est pour les réservations et une surprise. Tu me fais confiance ? »
Je fixe l'écran, le pouce tremblant au-dessus du clavier. Confiance ? Cet homme est une icône mondiale, et il me demande de lui confier mon document d'identité pour m'emmener vers cet inconnu qui m'attire tant.
— Gaspard ? Houston ? intervient David en frappant sur la table. T'as la tête d'un mec qui vient de voir la Vierge ou qui va s'évanouir. Il a dit quoi ?
— Il veut mon passeport, lâché-je dans un souffle.
Marion pose brusquement son verre.
— Ton passeport ? Pour quoi faire ? — Il veut m'emmener avec lui dans deux semaines. Un coursier vient chercher mon passeport à l'accueil demain matin.
David lâche un sifflement qui fait se retourner plusieurs élèves aux tables voisines.
— Un coursier ? Rien que ça ! Le mec ne fait pas les choses à moitié. Il t'enlève, mon pote ! C'est le début de "50 Nuances de Foin", mais version jet-set !
— C'est n'importe quoi, tempère Marion, l'air soucieuse. Gaspard, tu ne connais ce type que depuis quelques jours. Tu ne vas pas donner ton passeport à un inconnu, même s'il est célèbre. Et tes cours ? Et la ferme ?
— C'est un long week-end, Marion... bégayé-je. Et ce n'est pas un inconnu, c'est Vasco.
— Vasco pour la planète entière, mais pour toi ? insiste-t-elle. Tu réalises le fossé ? Tu vas débarquer sur un shooting de mode au milieu de gens qui coûtent le prix de ton exploitation annuelle. Tu vas te sentir comment ?
Ses paroles me piquent. Elle pointe exactement ma plus grande peur : l'inadéquation. Le futur éleveur de chèvres avec ses mains calleuses au milieu des paillettes. Mais en repensant aux messages gentils de Vasco, à l'attention qu'il me porte, je sens une force nouvelle.
— Il est gentil avec moi, Marion. Il n'est pas comme ce qu'on voit à la télé.
— Il est surtout raide dingue de toi, ajoute David en finissant son yaourt. Tu as vu comment il te regarde sur les vidéos ? Et après ce que j'ai vu ce matin... crois-moi, il ne veut pas juste discuter de la pluie et du beau temps. Il a un plan pour toi, Gaspard. Un plan très détaillé.
— Arrête de l'encourager, David ! s'énerve Marion. C'est risqué.
Le reste du repas est une longue joute verbale entre le pragmatisme inquiet de Marion et l'enthousiasme provocateur de David. Moi, je reste silencieux, mon téléphone brûlant dans ma poche. Je n'arrête pas de repenser à la scène de ce matin, à cette chaleur qui m'a envahi devant les images de Vasco, et à la sensation de ses doigts virtuels sur ma peau.
L'après-midi en cours de gestion est un calvaire. Je n'entends rien aux explications sur les amortissements de matériel. Dans ma tête, je vois ce coursier en moto arriver devant la grille du lycée, récupérer mon enveloppe, et l'emporter pour valider ce voyage vers lui.
Le soir, de retour à la colocation, je sors mon passeport de mon tiroir. Je le tourne entre mes mains. Ma photo d'identité me paraît si banale, si "petit garçon du Jura". Est-ce que cette photo va bientôt être enregistrée pour une destination que je n'ose même pas imaginer ?
Je reçois un dernier message avant de dormir.
Vasco : « N'oublie pas demain, mio caro. C'est le premier pas vers nous. Fais de beaux rêves. Je t'embrasse. »
Je glisse le passeport sous mon oreiller, le cœur battant à 180 pulsations. David passe la tête par l'entrebâillure de la porte.
— Alors, il est prêt le ticket pour le paradis ?
— Demain, David. Demain je le dépose.
— Tu as raison. Fonce. Et si jamais il y a une piscine là-bas, rappelle-toi : le maillot de bain est optionnel pour les gens comme lui.
Je lui lance un oreiller au visage alors qu'il s'enfuit en riant. Mais une fois seul, le doute revient me hanter.
L'oreiller que je viens de lui envoyer en pleine figure rebondit sur son torse musclé et finit sa course au pied du lit. David ne bronche pas ; il se contente d'un rire étouffé, ses yeux pétillant d'une malice qui me trouble. Il n'a manifestement aucune intention de quitter ma chambre. Au contraire, il s'y installe avec une aisance déconcertante. Dans son débardeur en coton blanc qui souligne la puissance de ses épaules et son simple boxeur gris, il dégage une décontraction presque provocante. Il s'affale de tout son long sur mon matelas, calant sa tête sur son coude pour me faire face, brisant sans complexe mon espace personnel.
Je reste assis à côté de lui, les doigts crispés sur l'enveloppe kraft qui contient mon passeport. Le silence de la colocation est lourd, seulement troublé par le souffle régulier de David et le battement sourd de mon propre cœur.
— Alors, l'oiseau migrateur... Toujours en train de fixer ce papier comme si c'était une carte au trésor ? lance-t-il d'une voix traînante, un sourire en coin.
— Je réfléchis, David. C'est tout. C'est une grosse décision.
— Tu réfléchis trop, Gaspard. C'est ton gros défaut. Le mec t'offre le monde sur un plateau d'argent et toi tu te demandes si l'argent est bien poli. Avoue... il ne t'a toujours pas dit où il t'emmenait ?
— Non. Rien. Il dit juste que c'est un endroit magnifique pour des shootings et que je dois lui faire confiance.
David s'esclaffe, un rire grave qui fait vibrer les lattes du lit sous nous. Il replie ses jambes, et je sens soudain la chaleur de ses genoux qui viennent se coller contre le bas de mon dos, exerçant une pression délibérée à travers le tissu fin de mon t-shirt. La sensation est électrique, mais je n'ose pas bouger, de peur de rompre ce contact qui, d'un coup, ne semble plus du tout accidentel.
— C'est dingue. Tu donnes ton identité et ton week-end à un type que tu n'as vu qu'une fois en vrai, sans même savoir si tu vas finir sur une île privée ou au fin fond de la Sicile. Remarque... avec un spécimen comme Vasco, on s'en fout de la météo. Dans une suite de luxe, on ne regarde pas souvent par la fenêtre, tu vois ce que je veux dire ?
Tout en parlant, il lève la main et la pose sur mon épaule. Ses doigts sont brûlants, et il commence à masser mon trapèze avec une lenteur calculée. Puis, d'un mouvement fluide, sa main glisse sous l'encolure de mon t-shirt, ses doigts nus s'attardant sur ma peau. Je tressaille, pétrifié, alors qu'un frisson puissant remonte le long de ma colonne vertébrale.
— Pourquoi tu n'as jamais eu de copain, Gaspard ? demande-t-il soudain.
Sa voix a changé. Elle est descendue d'une octave, devenant rauque, presque feutrée. La question me frappe comme un coup de poing. Je baisse les yeux sur mes mains, évitant ce regard qui semble vouloir lire en moi.
— Je ne sais pas... La timidité, je suppose. Je ne suis pas comme toi, je ne sais pas charmer. Et puis, ici, dans le Jura... ce n'est pas comme à Milan. Je ne sais pas comment on fait. Je me sens toujours... invisible.
— Invisible ? répète David dans un souffle. Tu plaisantes ? Regarde-toi, Gaspard. T'es le mec le plus magnétique que je connaisse. T'as un truc... une sorte de pureté sauvage qui rend les gens dingues quand ils s'en approchent d'assez près. La preuve, Vasco Solari a des milliers de types à ses pieds, mais c'est toi qu'il veut emmener.
Sa main ne quitte pas ma peau. Elle remonte lentement vers ma nuque, ses doigts s'enfonçant légèrement dans mes cheveux courts. Il se redresse un peu, réduisant l'espace entre nous jusqu'à ce que je sente le mouvement de son torse contre mon bras et l'odeur musquée de sa peau.
— Parfois, continue David, sa bouche frôlant presque mon oreille, le vrai plaisir est juste sous nos yeux, mais on est trop occupés à rêver d'ailleurs. C'est dommage. On passe à côté de choses... très charnelles. Très réelles.
Je fronce les sourcils, le cœur battant à tout rompre, troublé par cette proximité qui dépasse tout ce que nous avons connu.
— Je ne sais pas trop ce que tu essaies de me dire, David. Mais j'ai peur. Ce n'est pas un inconnu. Vasco est traqué par tout le monde. Si on se fait prendre en photo... ma vie est finie. Je ne veux pas être "le jouet" d'une star dans les journaux.
David retire lentement sa main de mes cheveux, mais pour la laisser descendre le long de ma colonne, avant de la poser fermement sur ma cuisse, juste au-dessus du genou. Il s'approche encore, son visage à quelques centimètres du mien. Ses yeux brûlent d'une intensité que je ne lui connaissais pas.
— Le secret, c'est ce qu'il y a de plus excitant, Gaspard, murmure-t-il en ancrant son regard dans le mien. Faire des choses que personne ne soupçonne... dans l'ombre d'une chambre. Vasco saura te cacher. Mais si tu as peur de ne pas être à la hauteur... sache que je suis un excellent coach. Je peux t'apprendre à être... très discret. Et très efficace.
Il laisse échapper un petit rire sombre, ses doigts se refermant avec une force soudaine sur ma cuisse, sa paume épousant la forme de ma jambe avant de glisser lentement vers le haut, s'arrêtant juste à la limite de ce qui est décent.
— T'as vraiment aucune idée de ce que tu provoques, soupire-t-il en s'écartant enfin, me laissant haletant. T'es une bombe à retardement, mon pote. Si Vasco n'était pas là, je peux te dire que je ne te laisserais pas sortir de cette chambre avant de t'avoir montré exactement pourquoi t'es tout sauf invisible.
— Tu... tu dis ça pour rire, bégayé-je, cherchant un peu d'air.
— Si ça peut t'aider à dormir, alors oui, on va dire que je rigole, répond-il avec un sourire carnassier.
Il se lève d'un mouvement souple, étirant ses bras au-dessus de sa tête. Son débardeur remonte, dévoilant son ventre plat et la naissance de ses poils qui disparaissent sous l'élastique de son boxeur. Il me fixe une dernière fois, son regard descendant lentement le long de mon corps avant de remonter à mes yeux.
— Demain, dépose ce passeport. Pars vivre ton conte de fées. Mais n'oublie pas qu'au retour, si t'as besoin d'un mec qui sait apprécier la marchandise sans avoir besoin de caméras... je suis juste à côté. Et je ne mords que si on me le demande.
Il me fait un clin d'œil chargé de sous-entendus, se dirige vers la porte et s'éclipse. Je reste seul, la peau brûlante là où il m'a touché. Ses paroles résonnent, bien plus explicites que d'habitude, mais je me convaincs que c'est encore une de ses blagues de vestiaire pour me déstabiliser.
Pourtant, en glissant mon passeport sous l'oreiller, c'est la pression de sa main sur ma cuisse et le contact de ses doigts sous mon t-shirt qui m'empêchent de trouver le sommeil, bien plus que l'ombre de Vasco Solari.
Le lendemain matin, l'air de la colocation est saturé d'une électricité nouvelle, presque irrespirable. Je n'ai quasiment pas fermé l'œil, hanté par la sensation des mains de David sur ma peau et l'ombre imposante de Vasco qui plane sur mon avenir immédiat. Je descends en cuisine, les traits tirés, mon enveloppe serrée contre ma poitrine comme un bouclier dérisoire. Marion est déjà là, touillant son café d'un air sombre, tandis que David, déjà en nage après un tour rapide à l'étable, boit son jus d'orange à même la bouteille. Son débardeur blanc, trempé de sueur, moule chaque relief de son torse et de ses épaules.
L'ambiance est glaciale. Dès que je pose l'enveloppe sur la table, David s'arrête de boire. Son regard glisse de l'objet à mon visage avec cette intensité carnassière qui me trouble tant.
— Alors, l'oiseau migrateur... On franchit le Rubicon ? lance-t-il, la voix un peu trop forte, un peu trop rauque.
— Je vais le déposer à l'accueil avant les cours, je réponds d'une voix que je voudrais assurée, mais qui trahit un léger tremblement.
Marion soupire bruyamment, posant sa tasse avec une force inutile.
— Gaspard, réfléchis encore. Ce type, c'est un autre monde. Et David, arrête de le pousser. On voit bien que tu joues à un jeu dangereux.
David hausse les épaules, un sourire provocateur aux lèvres.
— Je ne joue pas, Marion. J'aide notre petit prodige à sortir de sa réserve. D'ailleurs, regarde-le : il va partir voir le roi de la mode avec ses vieux jeans élimés et ses t-shirts de ferme ? Il va avoir l'air d'un gamin perdu.
Il se tourne vers moi, ignorant superbement les remontrances de Marion.
— Après les cours, on ne discute pas. On prend ma voiture et on va en ville. Je t'emmène faire les boutiques. On n'a pas les moyens d'aller chez les grands couturiers, mais je sais où trouver de quoi te donner de l'allure sans vider ton compte. Il te faut une armure pour affronter Vasco.
Arrivé au lycée, mon enveloppe pèse une tonne. Je me dirige vers l'accueil, le cœur battant à tout rompre. Au moment où je m'approche du guichet, le vrombissement d'une moto puissante retentit dans la cour. Un coursier intégralement vêtu de cuir noir, imposant et anonyme derrière sa visière fumée, descend de sa machine. Il se dirige droit vers moi.
— Gaspard ? demande-t-il d'une voix neutre.
Je hoche la tête. Je lui tends l'enveloppe. C'est fait. En voyant le coursier ranger mon passeport dans sa sacoche, je sens un vertige m'envahir. Aussitôt, je sors mon téléphone pour envoyer un message à Vasco :
— C'est fait. Le coursier a mon passeport.
La réponse ne tarde pas. Un signal familier, et les mots s'affichent :
— Parfait. Respire, Gaspard. Tout va bien se passer, je m'occupe de tout. Tu es en sécurité avec moi.
Ces mots m'apaisent un instant, mais la journée reste un brouillard. À chaque intercours, je sens le regard de David peser sur moi. Il ne se cache plus. Il me frôle, pose sa main sur mon épaule en public, ou murmure des plaisanteries à double sens devant les autres stagiaires.
À 17 heures, David m'attend. Il démarre en trombe. Le trajet est tendu. David conduit nerveusement, sa main venant se poser sur mon genou, ses doigts remontant vers l'intérieur de ma cuisse.
— Détends-toi, Gaspard. On va te transformer en une version de toi que même Vasco n'osera pas toucher... ou alors qu'il n'osera plus lâcher.
En ville, faute de budget pour le luxe, il m'entraîne dans une petite boutique de prêt-à-porter tendance mais abordable.
— Tiens, essaie ça, ordonne David en me jetant une chemise d'un bleu nuit profond.
Je m'exécute dans la cabine étroite. Le rideau s'écarte brusquement. David entre et referme derrière lui.
— Laisse, tu vas casser les coutures, dit-il d'un ton étrangement chaud.
Ses mains remplacent les miennes. Il déboutonne ce que j'avais commencé, ses doigts effleurant ma poitrine nue avec une lenteur calculée. Il fait glisser ses paumes sur mes épaules nues, descendant le long de mes bras pour lisser les manches.
— T'as une peau incroyable, Gaspard. Tu devrais la montrer plus souvent.
Il passe derrière moi, ses mains s'attardant sur ma taille pour cintrer la chemise. Dans le miroir, son regard brûlant est fixé sur ma nuque. Son torse est pressé contre mon dos, son souffle chaud dans mon cou.
— On va aussi prendre des sous-vêtements. Quelque chose de... fin. On ne sait jamais qui aura le privilège de te déshabiller là-bas.
Il choisit des pièces ajustées, les touche, les soupèse, tout en me lançant des regards explicites.
De retour à la colocation, alors que je monte l'escalier, j'entends des éclats de voix monter de la cuisine. C'est Marion et David. Je m'arrête dans l'ombre.
— Tu crois que je ne vois pas ton petit manège ? crie Marion. Tu le touches sans arrêt ! Tu es jaloux de Vasco au point de vouloir marquer ton territoire avant qu'il ne parte ? C'est pathétique !
— Et alors ? Si je suis jaloux, c'est mon droit ! réplique David, sa voix vibrant de fureur. Il est tellement innocent qu'il ne comprend pas qu'un mec comme moi pourrait le rendre bien plus heureux qu'une star qui va l'oublier après un shooting !
— Laisse Gaspard tranquille, David ! Tu vas lui faire peur. Laisse-le vivre son truc avec Vasco sans essayer de te mettre entre eux !
— Je me mets là où j'ai envie d'être, Marion. Et s'il ne comprend pas les signaux, je vais devoir être beaucoup plus clair.
Je redescends dans ma chambre, les jambes en coton. Quelques minutes plus tard, on frappe. C'est David. Il s'assoit sur mon lit.
— J'ai gardé le meilleur pour la fin. C'est pour ta première nuit là-bas.
Il sort un boxer noir en matière synthétique soyeuse. Il attrape ma main et force mes doigts à caresser le tissu, puis il fait glisser sa propre main sur mon poignet, remontant lentement sous ma manche jusqu'à mon épaule.
— C'est doux, hein ? Imagine ça contre ta peau.
Ses doigts tracent des cercles insistants. Il se rapproche, son genou pressant le mien.
— Tu sais, Gaspard... si tu hésites encore... je connais d'autres manières de t'occuper ici. Des manières beaucoup plus... privées.
Il me fixe intensément, sa main remontant vers ma nuque, son pouce massant la peau derrière mon oreille.
— Je... je dois finir ma valise, David, j'articule dans un souffle.
Il sourit, un sourire carnassier.
— Bien sûr. Mais n'oublie pas. Le vrai trésor est parfois juste à côté de soi, dans la chambre d'en face.
Il sort. Je reste là, le boxer à la main. Je suis terrifié par Vasco, mais je réalise que le danger le plus troublant dort peut-être juste de l'autre côté de la cloison.
Je referme la porte de ma chambre et tourne le verrou avec une précipitation fébrile. Le cliquetis métallique résonne dans le silence comme un signal de détresse. Je suis à bout de souffle, le sang battant à mes tempes, encore secoué par l'arrogance tactile de David lors de notre virée en ville, mais surtout par les éclats de voix que je viens de surprendre dans la cuisine.
Je reste un instant hébété, le dos contre le bois froid. Les mots de Marion tournent en boucle : elle l'accusait de me toucher sans arrêt, d'être jaloux de Vasco au point de vouloir « marquer son territoire » avant mon départ. Et la réponse de David... cette voix vibrante de fureur affirmant qu'un « mec comme lui » pourrait me rendre bien plus heureux. Je ne comprends pas. Pourquoi David, mon colocataire, ce grand frère improvisé et protecteur, se mettrait-il entre Vasco et moi ? Je me sens comme un pion au centre d'un jeu dont les règles m'échappent totalement.
J'ai besoin de calme. J'ai besoin de Vasco. Je saisis mon téléphone et lance l'appel vidéo. Mon cœur rate un battement lorsque l'écran s'illumine.
Vasco répond presque instantanément. Il est dans une loge de luxe, entouré de miroirs bordés d'ampoules hollywoodiennes.
— Gaspard... ciao, piccolo leone, murmure-t-il d'une voix suave qui me fait frissonner jusqu'aux orteils.
Il pose son téléphone contre le cadre d'un grand miroir.
— Ne coupe pas, reste avec moi pendant que je me prépare. J'ai besoin de voir ton visage.
Je reste muet, hypnotisé. Sous mes yeux, Vasco porte ses mains à son cou et commence à déboutonner sa chemise de soie noire. La chemise s'ouvre lentement, révélant un torse à la peau olivâtre, parfaitement lisse. Lorsqu'il fait glisser le vêtement sur ses épaules, l'éclairage flatte la courbe de ses pectoraux et la ligne saillante de ses abdominaux. C'est une icône de papier glacé.
— Vasco... où est-ce qu'on va le week-end prochain ? je parviens à articuler.
Il rit doucement, un rire de gorge, tout en enfilant un pantalon de cuir noir si serré qu'il moule chaque muscle de ses cuisses.
— Pazienza, Gaspard. Sache seulement que là où nous allons, la lumière t'aimera autant que je l'espère. Prépare-toi à ne plus rien contrôler.
L'écran devient noir. Le silence de ma chambre retombe sur moi comme une chape de plomb.
Je suis seul, mais l'image de Vasco à moitié nu est brûlée sur mes rétines. Je sens une chaleur insupportable envahir mon corps. Je suis émoustillé, électrisé par ce désir pour l'Italien, mais les questions sur David continuent de me hanter. Pourquoi est-il si en colère ?
J'ai besoin de froid. J'attrape ma serviette et quitte ma chambre pour la salle de bain, espérant qu'une douche glacée calmera ce tumulte. Le couloir est dans la pénombre. En arrivant devant la porte, je m'arrête net. Elle est entrouverte. Une vapeur épaisse qui sent le savon au bois de santal s'en échappe, accompagnée d'un gémissement rauque, profond.
Poussé par une pulsion incontrôlable, je me rapproche de la fente. Mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression qu'il va m'entendre. À travers l'ouverture, je le vois. David.
Il est de profil sous le jet d'eau, une main appuyée fermement contre la paroi, le bras tendu montrant des muscles saillants. L'eau ruisselle sur son corps massif et sculptural. Il est nu, et ce qui me frappe immédiatement, c'est son sexe : il est rasé de près, la peau à sa base est lisse, mettant en valeur une anatomie imposante et congestionnée par le désir.
Il se branle avec une fureur animale. Sa main droite enserre sa verge énorme et sombre, dont les veines sont gonflées sous la peau tendue. Le mouvement est rapide, sec, un va-et-vient d'une vigueur sauvage qui fait claquer la peau mouillée. Contrairement à la grâce de Vasco, tout ici est force brute et pulsion. Ses doigts se resserrent sur son gland pourpre à chaque remontée, tandis que son pouce écrase la base dans un rythme frénétique.
Je vois ses muscles dorsaux se contracter violemment, ses fesses se tendre sous l'effort, et son corps entier vibrer à chaque mouvement de son bras. Les gémissements de David se font plus fréquents, se transformant en râles gutturaux.
— Ah... putain... Gaspard... murmure-t-il, sa voix brisée par l'excitation.
Il prononce mon nom comme une incantation, ses doigts labourant son sexe avec une énergie désespérée. À cet instant, je sens mon propre sexe durcir douloureusement contre mon jean. Je bande à en avoir mal, fasciné par la vue de ce sexe rasé et luisant qui s'agite entre ses doigts. Sa main s'accélère encore, devenant un flou de chair et d'eau. Il rejette la tête en arrière, la gorge exposée, les muscles du cou saillants sous la pression de l'orgasme qui monte.
Soudain, il lâche un dernier cri rauque, le corps secoué de spasmes puissants. Sous mes yeux écarquillés, je vois son sperme blanc et épais jaillir en jets successifs, frappant la paroi de la douche avec force. David reste quelques secondes le front contre le carrelage, haletant lourdement, sa main tremblante serrant encore sa verge qui pulse. Puis, lentement, il commence à tourner la tête vers la porte.
La panique me foudroie. Je recule d'un bond, fais volte-face et m'enfuis vers ma chambre sur la pointe des pieds, le corps brûlant. Je m'engouffre dans ma pièce et me plaque contre la porte, verrouillant à nouveau le loquet.
Je n'arrive pas à y croire. Mon nom... crié dans l'intimité crue de cette douche. Tout se bouscule dans ma tête : la dispute dans la cuisine, le regard de David, cette tension insupportable. David me veut. Ce n'était pas juste de la provocation de colocataire, c'était cette pulsion dévorante que je viens de voir de mes propres yeux.
Tremblant, je retire mes vêtements et me glisse sous les draps. Mon lit me semble soudain trop vaste, trop froid. Je m'allonge, fixant le plafond dans l'obscurité, le cœur battant encore la chamade. L'image de Vasco sur l'écran et la réalité brutale de David sous la douche se télescopent dans mon esprit. Je ferme les yeux, essayant de retrouver mon souffle, de calmer l'incendie qui ravage mes sens.
Le silence de la collocation est pesant, seulement troublé par le craquement lointain de la charpente. Je commence à peine à sombrer dans une sorte de torpeur nerveuse quand un bruit me fait sursauter.
Toc. Toc. Toc.
On frappe à ma porte. Doucement, mais avec une insistance qui ne laisse place à aucun doute.
Fin du chapitre 4.
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Chapitre 5
Gaspard est pris en étau entre deux désirs qui n'ont rien en commun. D'un côté, Vasco, séduisant Italien à des milliers de kilomètres, promesse romantique et lointaine. De l'autre, David, colocataire d'une présence brute et magnétique, dont le regard semble traverser les murs. Entre les silences de l'appartement et les routes qui s'ouvrent devant eux, la tension monte, inexorable. Jusqu'où Gaspard est-il prêt à aller — et que cache vraiment le calme apparent de David ?
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