Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Chrysalide : L'Effondrement des Murs — Chapitre 89
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Chrysalide : L'Effondrement des Murs
Chapitre 89
Chapitre 22 : Le Cœur en Lévitation et en Chute Libre
Scène 1 : Rochegrise
Le voyage vers Rochegrise avait commencé dans un silence confortable. À l'avant, les voix de Laurent et Sophie formaient une mélodie apaisante, leurs conversations légères s'entremêlant avec le son sourd du moteur. Yanis, assis à l'arrière, son téléphone à la main, avait son regard tourné ailleurs que sur l'écran. Il était perdu dans le paysage qui défilait, les champs jaunis par l'automne, les forêts aux couleurs de feu, et les montagnes imposantes qui se découpaient dans le ciel froid. La route glissait sous ses yeux, mais son esprit était déjà à l'arrêt, quelque part dans la chambre de Paul.
Je me sens tellement connecté à lui, même quand il n'est pas là. C'est bizarre... comme si une partie de moi était restée à Avel, rien que pour lui. Je me demande ce qu'il est en train de faire. Est-ce qu'il pense à moi, lui aussi ? Est-ce qu'il sourit en se souvenant de la veille ? Le simple souvenir de ce contact provoquait une vague de désir qui montait en lui, subtile mais puissante. Ce n'était pas un désir pressant, mais une douce et excitante certitude. Il se sentait avec Paul, même à distance. C'était une sensation nouvelle, une connexion invisible mais indéniable, comme un fil d'or les reliant à travers la distance et la peur. Paul était là, dans chaque respiration, chaque battement de son cœur.
Soudain, la voix de son père brisa le silence apaisant.
— Alors, Sophie, tu as réussi à boucler ce dossier avant de partir ? demanda Laurent, un léger soupir de soulagement dans la voix.
— Parfaitement. J'ai fini à minuit, mais c'est fait ! répondit sa belle-mère en riant. Le chef de salle était un peu stressé, mais je lui ai dit de ne pas s'inquiéter. J'ai réussi à le rassurer en lui disant que la haute saison était finie et que le repos de l'équipe serait notre priorité.
— Il faut dire que depuis quelques semaines, tu n'arrêtais pas, dit le père de Yanis avec une tendresse infinie.
— Ça va faire du bien de se déconnecter un peu.
C'est ça, la vie... la vraie vie. Le stress du travail, mais la famille qui est toujours là pour te soutenir. Un peu comme un nuage. Léger et doux.
Et toi, la nouvelle construction ? Les fondations ont l'air bonnes ?
— Oui, ça a bien avancé. Mais bon, il y a toujours ce bruit de chantier qui me pèse. J'ai hâte de n'entendre que le vent dans les sapins.
Yanis sentit son téléphone vibrer. Un message. Son cœur fit un bond. C'était Paul.
Je me sens tellement connecté à lui, même quand il n'est pas là. C'est bizarre... comme si une partie de moi était restée à Avel, rien que pour lui. Je me demande ce qu'il est en train de faire. Est-ce qu'il pense à moi, lui aussi ? Est-ce qu'il sourit en se souvenant de la veille ? Le simple souvenir de ce contact provoquait une vague de désir qui montait en lui, subtile mais puissante. Ce n'était pas un désir pressant, mais une douce et excitante certitude. Il se sentait avec Paul, même à distance. C'était une sensation nouvelle, une connexion invisible mais indéniable, comme un fil d'or les reliant à travers la distance et la peur. Paul était là, dans chaque respiration, chaque battement de son cœur.
Soudain, la voix de son père brisa le silence apaisant.
— Alors, Sophie, tu as réussi à boucler ce dossier avant de partir ? demanda Laurent, un léger soupir de soulagement dans la voix.
— Parfaitement. J'ai fini à minuit, mais c'est fait ! répondit sa belle-mère en riant. Le chef de salle était un peu stressé, mais je lui ai dit de ne pas s'inquiéter. J'ai réussi à le rassurer en lui disant que la haute saison était finie et que le repos de l'équipe serait notre priorité.
— Il faut dire que depuis quelques semaines, tu n'arrêtais pas, dit le père de Yanis avec une tendresse infinie.
— Ça va faire du bien de se déconnecter un peu.
C'est ça, la vie... la vraie vie. Le stress du travail, mais la famille qui est toujours là pour te soutenir. Un peu comme un nuage. Léger et doux.
Et toi, la nouvelle construction ? Les fondations ont l'air bonnes ?
— Oui, ça a bien avancé. Mais bon, il y a toujours ce bruit de chantier qui me pèse. J'ai hâte de n'entendre que le vent dans les sapins.
Yanis sentit son téléphone vibrer. Un message. Son cœur fit un bond. C'était Paul.
Paul (14:15) :
> Bien arrivé ? Le trajet n'a pas été trop long ?
> Bien arrivé ? Le trajet n'a pas été trop long ?
Yanis se retint de sourire trop largement. Il se contenta de tapoter une réponse rapide.
Yanis (14:16) :
> Presque ! Plus que 15 min. Et toi ? Tout va bien ?
> Presque ! Plus que 15 min. Et toi ? Tout va bien ?
Une minute plus tard, le téléphone vibra à nouveau.
Paul (14:17) :
> Ça va. Juste un peu... bizarre. Mon père a demandé si j'allais voir des amis ce week-end. J'ai dit que non. Je me suis demandé si ce n'était pas une question piège pour savoir si j'allais me distraire au lieu d'étudier…
> Ça va. Juste un peu... bizarre. Mon père a demandé si j'allais voir des amis ce week-end. J'ai dit que non. Je me suis demandé si ce n'était pas une question piège pour savoir si j'allais me distraire au lieu d'étudier…
Un pincement lui serra le cœur. C'est si triste... Il est là-bas, seul, obligé de se protéger, même de sa propre famille. Moi, je ne connais pas ça. C'est ça qui rend les choses si différentes entre nous.
Leurs conversations continuaient, Yanis et Paul. Des petites bulles de texte qui tissaient une toile invisible. Paul lui racontait des détails insignifiants : ce qu'il avait mangé au petit-déjeuner, le livre qu'il était en train de lire, la météo grise d'Avel. Chaque mot était une parcelle de son monde que Paul lui offrait. Yanis se laissait envahir par ces fragments de la vie de Paul.
Leurs conversations continuaient, Yanis et Paul. Des petites bulles de texte qui tissaient une toile invisible. Paul lui racontait des détails insignifiants : ce qu'il avait mangé au petit-déjeuner, le livre qu'il était en train de lire, la météo grise d'Avel. Chaque mot était une parcelle de son monde que Paul lui offrait. Yanis se laissait envahir par ces fragments de la vie de Paul.
Paul (14:25) :
> Je suis en train de relire « Le Vieil Homme et la Mer ». J'aime le silence qu'il y a dans ce livre.
> Je suis en train de relire « Le Vieil Homme et la Mer ». J'aime le silence qu'il y a dans ce livre.
Yanis, tout en souriant, répondit.
Yanis (14:26) :
> C'est marrant, moi j'aime bien le bruit. Le bruit de la vie, tu vois ?
> C'est marrant, moi j'aime bien le bruit. Le bruit de la vie, tu vois ?
Paul répliqua.
Paul (14:28) :
> Oui... Je comprends. Chez moi, le silence est lourd, il pèse. Mais dans les livres, il m'apaise.
> Oui... Je comprends. Chez moi, le silence est lourd, il pèse. Mais dans les livres, il m'apaise.
Yanis ferma les yeux, et il visualisa Paul, assis sur son lit, la lumière pâle du jour filtrant à travers les volets, son téléphone à la main, tapant ces messages rien que pour lui. L'imagination de Yanis prenait le relais, remplissant les blancs, dessinant les contours d'une intimité qu'ils n'avaient pas encore.
Rochegrise, nichée au cœur d'un massif montagneux, était un monde à part. L'air y était vif et pur, et les bruits de la nature (le vent dans les sapins, le craquement des feuilles mortes sous les roues) remplaçaient l'agitation urbaine. Les maisons étaient des chalets de bois et de pierre, avec de larges toits en pente pour résister aux chutes de neige. Des cheminées fumaient déjà, exhalant une odeur de bois brûlé. Cette ville était le refuge familial ultime pour Yanis. La distance avec Avel n'était pas qu'une question de kilomètres, c'était aussi un changement d'univers. Ici, les préoccupations de Saint-Exupéry semblaient lointaines et futiles. C'était un lieu de mise en terre, un endroit où Yanis pouvait se reconnecter à la simplicité et à la force de sa famille maternelle, une force forgée par le climat rude et les saisons très marquées.
Le quartier d'Isabelle, la tante de Yanis, n'était pas au cœur de Rochegrise, mais un peu à l'écart, sur les hauteurs. Il était connu sous le nom simple du « Quartier des Grands Sapins », un surnom qui évoquait parfaitement le lieu. Construit à flanc de montagne, il suivait la pente douce d'une colline, et les maisons étaient espacées, leur offrant une intimité et une vue imprenable sur la vallée. De grands sapins et des bouleaux centenaires s'élevaient majestueusement entre les habitations, créant un paysage de carte postale. Les maisons étaient de véritables chalets, solides et rustiques, construits en bois sombre et en pierre locale. L'atmosphère du quartier était silencieuse et paisible, les bruits de la ville étant remplacés par le vent qui murmurait dans les arbres. Le quartier était relié au centre de la ville par un chemin de terre sinueux et un sentier pédestre qui s'enfonçait dans les bois, un rituel quotidien pour les habitants. Pour Yanis, ce trajet était un moment de calme et de réflexion, loin des pensées qui l'envahissaient à Avel.
La voiture s'engagea sur un chemin de terre bordé de grands chênes aux feuilles rouillées. Le ciel, d'un bleu clair et net, laissait filtrer un soleil pâle et oblique qui peignait de longues ombres sur la route. La maison d'Isabelle apparut au détour d'un virage. C'était une demeure de pierre, solide et rassurante, avec un toit d'ardoise et de grandes fenêtres qui paraissaient sourire. Elle semblait avoir absorbé des décennies de vie et de rires. Le jardin, un mélange de verdure en sommeil et de teintes chaudes, était tapissé de feuilles mortes. Les rosiers dégarnis s'accrochaient aux murs de pierre, et un chemin de gravier menait à une porte en bois massif.
La voiture s'arrêta devant la maison. Avant même que Laurent n'ait coupé le moteur, la porte s'ouvrit et une femme en sortit, un grand sourire sur les lèvres. C'était Isabelle, sa tante.
— Vous êtes là ! Enfin ! J'ai cru que j'allais devoir manger tout le poulet, lança-t-elle avec un rire chaleureux. Comment s'est passé le voyage ? Pas trop fatigant ?
Laurent, déjà sorti de la voiture, la serra fort dans ses bras, entouré d'une odeur de poulet rôti et du feu de cheminée.
— Non, pas du tout, on a bien roulé. Heureux de te voir. La maison sent déjà bon !
Sophie la rejoignit, échangeant un sourire avec sa belle-sœur.
— C'est vrai, une odeur d'un bon plat et de bois qui brûle… ça, c'est le bonheur.
Yanis sortit à son tour, étirant ses jambes, un sourire sur les lèvres.
— Salut Tatie !
— Yanis, mon grand ! Tu as grandi d'un coup, on dirait ! s'exclama Isabelle en lui faisant un câlin. On va s'installer un peu sur la terrasse, le soleil est encore bon. Vous avez faim ?
Isabelle, la sœur de la mère de Yanis, avait des traits doux, mais une expression plus ferme et déterminée. À une cinquantaine d'années, elle portait les marques de sa force tranquille. Ses cheveux châtains, coupés courts, mettaient en valeur son visage et ses yeux noisette. Fine et droite, elle s'habillait de manière simple mais élégante, privilégiant des vêtements de qualité aux couleurs neutres. Après le décès de sa sœur, la mère de Yanis, elle avait été un roc pour sa famille, gérant le deuil avec une force silencieuse. Son métier d'infirmière en chef dans un hôpital local lui allait parfaitement, alliant compassion et fermeté. Son humour était fin, parfois un peu sarcastique, mais toujours bienveillant.
Un homme imposant, mais aux traits doux, apparut à son tour dans l'encadrement de la porte. Il avait la cinquantaine également, avec une carrure de pompier à la retraite. Ses cheveux gris étaient en bataille et son visage était buriné par les années passées au grand air. Il avait des mains larges et fortes, et un regard calme et bienveillant. C'était Thomas, le mari d'Isabelle. Ancien pompier, Thomas était un homme d'action, qui ne parlait pas beaucoup, mais dont les gestes et le silence étaient éloquents. Il préférait réparer des choses, bricoler, aider ses proches en agissant. Sa bonté se lisait dans son regard et dans ses actions. Il était l'ancre d'Isabelle. Il avait un sens de la famille très développé et un respect immense pour les siens. Il s'approcha de Laurent et lui donna une grande tape dans le dos, le regardant avec une affection évidente.
— Bien arrivés ! Pas de pépins sur la route, j'espère ? demanda Thomas d'une voix grave.
— Non, tout a roulé. Thomas, toujours le même ! répondit Laurent en lui serrant la main chaleureusement.
Puis il se tourna vers Yanis.
— Mon grand, comment ça va ? demanda-t-il, un sourire chaleureux sur les lèvres.
— Ça va, Tonton ! Très heureux d'être ici ! répondit Yanis en lui rendant son étreinte.
Léo arriva à son tour, les bras chargés de leurs sacs.
— Salut Thomas !
— Léo ! On dirait que tu es devenu le porteur de bagages familial, plaisanta Thomas en lui faisant un clin d'œil. Laissez-moi vous aider.
Il prit le sac de Laurent et celui de Sophie et les emporta.
Les retrouvailles se poursuivirent à l'intérieur. La maison était un harmonieux mélange de modernité et d'objets anciens. Les murs étaient tapissés de photos de famille, chacune racontant une histoire d'amour et de complicité. Yanis se perdit un instant à regarder une photo de lui, enfant, dans les bras de sa mère, souriant bêtement à l'appareil. Dans un coin, une vieille commode en bois, sculptée de motifs délicats, contrastait avec un canapé moderne et épuré. Partout, des petits objets — une figurine de chat en porcelaine, un vase en verre soufflé, une pile de livres usés — témoignaient d'une vie riche et pleine. Et l'odeur... l'odeur du poulet dans le four et du bois qui se consume dans la cheminée flottait dans l'air, un parfum doux et rassurant qui lui rappelait son enfance.
La pièce principale, le salon, respirait la convivialité. Ses murs étaient recouverts de lambris de pin clair qui contrastaient avec les solides poutres apparentes en chêne massif. Le parquet de chêne épais craquait légèrement sous les pas. Au centre, une cheminée monumentale en pierre brute trônait, son foyer noirci par des années d'utilisation. Un grand feu y brûlait, diffusant une chaleur enveloppante et un parfum de bois fumé. Le mobilier se composait de profonds canapés en cuir vieilli et de fauteuils confortables recouverts de plaids et de coussins faits main. Une grande table basse en bois, usée par le temps et les jeux de société, était posée au milieu. Un immense tapis berbère recouvrait le sol près de la cheminée. La bibliothèque murale, quant à elle, regorgeait de livres, allant des classiques de la littérature aux guides de randonnée, en passant par des romans d'aventure et des ouvrages de botanique.
Margot, sa cousine, une petite fille de huit ans au visage espiègle, avec des tresses qui s'échappaient souvent de leurs élastiques, arriva en courant et se jeta dans ses bras. Elle avait les yeux marrons de sa mère et portait souvent des robes colorées et des bottes en caoutchouc, car elle adorait sauter dans les flaques. Margot était un rayon de soleil. Curieuse, bavarde et innocente, elle posait des questions sans filtre. Elle était l'incarnation de la joie de vivre et de la simplicité. Elle admirait son grand frère et sa maman, et avait un lien très particulier avec Yanis, qu'elle voyait comme un grand frère.
— Yanis ! Tu es là ! J'ai mis mes chaussettes de Noël, tu veux voir ?
— Oui, bien sûr ! Elles sont géniales, répondit-il en la retirant de terre pour mieux voir.
— Tu as été sage pour le Père Noël ?
— Non, pas du tout, chuchota-t-elle avec un rire espiègle. J'ai fait des bêtises, mais maman dit que c'est pas grave parce que je suis mignonne.
Yanis la serra fort, un amour inconditionnel pour elle le submergeant. Son innocence était un contraste frappant avec la complexité de ses propres sentiments. Elle est si pure. Elle ne connaît pas la peur, la honte, le mensonge. Elle est juste heureuse de vivre. Il se demanda si Paul avait déjà eu la chance d'avoir une enfance aussi insouciante et joyeuse, loin des attentes et des jugements.
Quelques instants plus tard, Romain apparut dans l'escalier, un grand sourire aux lèvres. À dix-huit ans, il dégageait une énergie et une assurance palpables. Grand et élancé, il affichait une silhouette athlétique trahissait son rôle de joueur de football. Ses cheveux blonds et bouclés, souvent en désordre, encadraient un visage aux traits francs. Ses yeux d'un bleu perçant, vifs et expressifs, pouvaient être à la fois malicieux lorsqu'il taquinait et doux lorsqu'il s'adressait à sa famille, ce qui reflétait bien sa personnalité de sociable et d'extraverti. Toujours un peu moqueur mais jamais méchant, il était très protecteur avec sa petite sœur et aimait la compétition amicale, même avec Yanis.
— Hé, le rêveur ! Tu as mis le temps ! On a cru que tu t'étais perdu, lança-t-il, avec un clin d'œil.
Il était habitué à voir Yanis s'absorber dans ses pensées, surtout depuis son coming-out quelques années auparavant.
— On a eu un peu de trafic, répondit Yanis, en posant Margot à terre.
— T'es sûr ? Ou tu ne t'es pas levé en rêvant à ton dernier rencard ?
Yanis sentit une chaleur monter à ses joues, mais il ne répondit rien, se contentant de sourire. Il savait que Romain, sans le savoir, ne tapait pas loin de la vérité. Ses taquineries étaient toujours amicales, pleines de l'affection simple de la famille qui accepte sans poser de questions. Il n'y avait jamais eu de drame, de grands discours, juste une acceptation discrète et totale.
Le quartier d'Isabelle, la tante de Yanis, n'était pas au cœur de Rochegrise, mais un peu à l'écart, sur les hauteurs. Il était connu sous le nom simple du « Quartier des Grands Sapins », un surnom qui évoquait parfaitement le lieu. Construit à flanc de montagne, il suivait la pente douce d'une colline, et les maisons étaient espacées, leur offrant une intimité et une vue imprenable sur la vallée. De grands sapins et des bouleaux centenaires s'élevaient majestueusement entre les habitations, créant un paysage de carte postale. Les maisons étaient de véritables chalets, solides et rustiques, construits en bois sombre et en pierre locale. L'atmosphère du quartier était silencieuse et paisible, les bruits de la ville étant remplacés par le vent qui murmurait dans les arbres. Le quartier était relié au centre de la ville par un chemin de terre sinueux et un sentier pédestre qui s'enfonçait dans les bois, un rituel quotidien pour les habitants. Pour Yanis, ce trajet était un moment de calme et de réflexion, loin des pensées qui l'envahissaient à Avel.
La voiture s'engagea sur un chemin de terre bordé de grands chênes aux feuilles rouillées. Le ciel, d'un bleu clair et net, laissait filtrer un soleil pâle et oblique qui peignait de longues ombres sur la route. La maison d'Isabelle apparut au détour d'un virage. C'était une demeure de pierre, solide et rassurante, avec un toit d'ardoise et de grandes fenêtres qui paraissaient sourire. Elle semblait avoir absorbé des décennies de vie et de rires. Le jardin, un mélange de verdure en sommeil et de teintes chaudes, était tapissé de feuilles mortes. Les rosiers dégarnis s'accrochaient aux murs de pierre, et un chemin de gravier menait à une porte en bois massif.
La voiture s'arrêta devant la maison. Avant même que Laurent n'ait coupé le moteur, la porte s'ouvrit et une femme en sortit, un grand sourire sur les lèvres. C'était Isabelle, sa tante.
— Vous êtes là ! Enfin ! J'ai cru que j'allais devoir manger tout le poulet, lança-t-elle avec un rire chaleureux. Comment s'est passé le voyage ? Pas trop fatigant ?
Laurent, déjà sorti de la voiture, la serra fort dans ses bras, entouré d'une odeur de poulet rôti et du feu de cheminée.
— Non, pas du tout, on a bien roulé. Heureux de te voir. La maison sent déjà bon !
Sophie la rejoignit, échangeant un sourire avec sa belle-sœur.
— C'est vrai, une odeur d'un bon plat et de bois qui brûle… ça, c'est le bonheur.
Yanis sortit à son tour, étirant ses jambes, un sourire sur les lèvres.
— Salut Tatie !
— Yanis, mon grand ! Tu as grandi d'un coup, on dirait ! s'exclama Isabelle en lui faisant un câlin. On va s'installer un peu sur la terrasse, le soleil est encore bon. Vous avez faim ?
Isabelle, la sœur de la mère de Yanis, avait des traits doux, mais une expression plus ferme et déterminée. À une cinquantaine d'années, elle portait les marques de sa force tranquille. Ses cheveux châtains, coupés courts, mettaient en valeur son visage et ses yeux noisette. Fine et droite, elle s'habillait de manière simple mais élégante, privilégiant des vêtements de qualité aux couleurs neutres. Après le décès de sa sœur, la mère de Yanis, elle avait été un roc pour sa famille, gérant le deuil avec une force silencieuse. Son métier d'infirmière en chef dans un hôpital local lui allait parfaitement, alliant compassion et fermeté. Son humour était fin, parfois un peu sarcastique, mais toujours bienveillant.
Un homme imposant, mais aux traits doux, apparut à son tour dans l'encadrement de la porte. Il avait la cinquantaine également, avec une carrure de pompier à la retraite. Ses cheveux gris étaient en bataille et son visage était buriné par les années passées au grand air. Il avait des mains larges et fortes, et un regard calme et bienveillant. C'était Thomas, le mari d'Isabelle. Ancien pompier, Thomas était un homme d'action, qui ne parlait pas beaucoup, mais dont les gestes et le silence étaient éloquents. Il préférait réparer des choses, bricoler, aider ses proches en agissant. Sa bonté se lisait dans son regard et dans ses actions. Il était l'ancre d'Isabelle. Il avait un sens de la famille très développé et un respect immense pour les siens. Il s'approcha de Laurent et lui donna une grande tape dans le dos, le regardant avec une affection évidente.
— Bien arrivés ! Pas de pépins sur la route, j'espère ? demanda Thomas d'une voix grave.
— Non, tout a roulé. Thomas, toujours le même ! répondit Laurent en lui serrant la main chaleureusement.
Puis il se tourna vers Yanis.
— Mon grand, comment ça va ? demanda-t-il, un sourire chaleureux sur les lèvres.
— Ça va, Tonton ! Très heureux d'être ici ! répondit Yanis en lui rendant son étreinte.
Léo arriva à son tour, les bras chargés de leurs sacs.
— Salut Thomas !
— Léo ! On dirait que tu es devenu le porteur de bagages familial, plaisanta Thomas en lui faisant un clin d'œil. Laissez-moi vous aider.
Il prit le sac de Laurent et celui de Sophie et les emporta.
Les retrouvailles se poursuivirent à l'intérieur. La maison était un harmonieux mélange de modernité et d'objets anciens. Les murs étaient tapissés de photos de famille, chacune racontant une histoire d'amour et de complicité. Yanis se perdit un instant à regarder une photo de lui, enfant, dans les bras de sa mère, souriant bêtement à l'appareil. Dans un coin, une vieille commode en bois, sculptée de motifs délicats, contrastait avec un canapé moderne et épuré. Partout, des petits objets — une figurine de chat en porcelaine, un vase en verre soufflé, une pile de livres usés — témoignaient d'une vie riche et pleine. Et l'odeur... l'odeur du poulet dans le four et du bois qui se consume dans la cheminée flottait dans l'air, un parfum doux et rassurant qui lui rappelait son enfance.
La pièce principale, le salon, respirait la convivialité. Ses murs étaient recouverts de lambris de pin clair qui contrastaient avec les solides poutres apparentes en chêne massif. Le parquet de chêne épais craquait légèrement sous les pas. Au centre, une cheminée monumentale en pierre brute trônait, son foyer noirci par des années d'utilisation. Un grand feu y brûlait, diffusant une chaleur enveloppante et un parfum de bois fumé. Le mobilier se composait de profonds canapés en cuir vieilli et de fauteuils confortables recouverts de plaids et de coussins faits main. Une grande table basse en bois, usée par le temps et les jeux de société, était posée au milieu. Un immense tapis berbère recouvrait le sol près de la cheminée. La bibliothèque murale, quant à elle, regorgeait de livres, allant des classiques de la littérature aux guides de randonnée, en passant par des romans d'aventure et des ouvrages de botanique.
Margot, sa cousine, une petite fille de huit ans au visage espiègle, avec des tresses qui s'échappaient souvent de leurs élastiques, arriva en courant et se jeta dans ses bras. Elle avait les yeux marrons de sa mère et portait souvent des robes colorées et des bottes en caoutchouc, car elle adorait sauter dans les flaques. Margot était un rayon de soleil. Curieuse, bavarde et innocente, elle posait des questions sans filtre. Elle était l'incarnation de la joie de vivre et de la simplicité. Elle admirait son grand frère et sa maman, et avait un lien très particulier avec Yanis, qu'elle voyait comme un grand frère.
— Yanis ! Tu es là ! J'ai mis mes chaussettes de Noël, tu veux voir ?
— Oui, bien sûr ! Elles sont géniales, répondit-il en la retirant de terre pour mieux voir.
— Tu as été sage pour le Père Noël ?
— Non, pas du tout, chuchota-t-elle avec un rire espiègle. J'ai fait des bêtises, mais maman dit que c'est pas grave parce que je suis mignonne.
Yanis la serra fort, un amour inconditionnel pour elle le submergeant. Son innocence était un contraste frappant avec la complexité de ses propres sentiments. Elle est si pure. Elle ne connaît pas la peur, la honte, le mensonge. Elle est juste heureuse de vivre. Il se demanda si Paul avait déjà eu la chance d'avoir une enfance aussi insouciante et joyeuse, loin des attentes et des jugements.
Quelques instants plus tard, Romain apparut dans l'escalier, un grand sourire aux lèvres. À dix-huit ans, il dégageait une énergie et une assurance palpables. Grand et élancé, il affichait une silhouette athlétique trahissait son rôle de joueur de football. Ses cheveux blonds et bouclés, souvent en désordre, encadraient un visage aux traits francs. Ses yeux d'un bleu perçant, vifs et expressifs, pouvaient être à la fois malicieux lorsqu'il taquinait et doux lorsqu'il s'adressait à sa famille, ce qui reflétait bien sa personnalité de sociable et d'extraverti. Toujours un peu moqueur mais jamais méchant, il était très protecteur avec sa petite sœur et aimait la compétition amicale, même avec Yanis.
— Hé, le rêveur ! Tu as mis le temps ! On a cru que tu t'étais perdu, lança-t-il, avec un clin d'œil.
Il était habitué à voir Yanis s'absorber dans ses pensées, surtout depuis son coming-out quelques années auparavant.
— On a eu un peu de trafic, répondit Yanis, en posant Margot à terre.
— T'es sûr ? Ou tu ne t'es pas levé en rêvant à ton dernier rencard ?
Yanis sentit une chaleur monter à ses joues, mais il ne répondit rien, se contentant de sourire. Il savait que Romain, sans le savoir, ne tapait pas loin de la vérité. Ses taquineries étaient toujours amicales, pleines de l'affection simple de la famille qui accepte sans poser de questions. Il n'y avait jamais eu de drame, de grands discours, juste une acceptation discrète et totale.
Une fois les salutations faites, les garçons montèrent à l'étage pour déposer leurs affaires. L'odeur légère du parfum pour adolescent se mêlait à celle plus subtile du linge fraîchement lavé. La chambre de Romain était un espace vibrant qui respirait l'énergie d'un jeune homme en pleine action. Les murs étaient recouverts de posters de son équipe de football favorite, mais aussi d'un collage de photos polaroids de ses amis et de sa famille, affichant son côté sociable. Ses médailles, plutôt que d'être accrochées pêle-mêle, étaient alignées sur un porte-médaille en bois qu'il avait fabriqué avec son père. Son bureau était un centre d'activité : les cahiers et les livres étaient empilés de manière un peu désordonnée, mais un stylo et une feuille de papier étaient toujours à portée de main, prêts pour les devoirs de dernière minute. La pièce était une expression de sa vie : en mouvement et pleine d'énergie, mais avec un sous-jacent d'ordre et de gentillesse. Cependant, à trois dans cette petite pièce, on se sentait vite à l'étroit. C'est pourquoi, une fois les sacs posés, ils descendirent rapidement dans le jardin.
Le soleil, bien que haut, offrait une chaleur éphémère. Il faisait bon. Léo, Romain et Yanis déambulaient ensemble dans le jardin, un labyrinthe de nature sauvage et apprivoisée. Ils passèrent près du potager, désordonné mais fertile, où des potirons entremêlés et des salades poussaient en liberté. L'odeur de la terre humide se mêlait à celle du bois coupé qui s'échappait de l'atelier de Thomas. Yanis marchait aux côtés de Léo et Romain, mais son esprit était ailleurs. Ses yeux étaient rivés sur son téléphone. Il attendait le prochain message de Paul.
Alors qu'il commençait à se demander si Paul l'avait oublié, son téléphone vibra.
Le soleil, bien que haut, offrait une chaleur éphémère. Il faisait bon. Léo, Romain et Yanis déambulaient ensemble dans le jardin, un labyrinthe de nature sauvage et apprivoisée. Ils passèrent près du potager, désordonné mais fertile, où des potirons entremêlés et des salades poussaient en liberté. L'odeur de la terre humide se mêlait à celle du bois coupé qui s'échappait de l'atelier de Thomas. Yanis marchait aux côtés de Léo et Romain, mais son esprit était ailleurs. Ses yeux étaient rivés sur son téléphone. Il attendait le prochain message de Paul.
Alors qu'il commençait à se demander si Paul l'avait oublié, son téléphone vibra.
Paul (17:30) :
> Mes parents sont allés faire des courses. Je suis seul. L'impression que ça fait 1000 ans que tu es parti.
> Mes parents sont allés faire des courses. Je suis seul. L'impression que ça fait 1000 ans que tu es parti.
Un sourire niais apparut sur le visage de Yanis. Alors, il est tout seul... Je pourrais l'appeler. Non. Mieux vaut attendre. Je ne veux pas le mettre mal à l'aise. Il se sentait à la fois malheureux pour Paul et terriblement heureux de savoir qu'il lui manquait. Il lui répondit tendrement.
Romain, qui l'observait du coin de l'œil, ne put s'empêcher de le taquiner à nouveau.
— Tu as un rendez-vous avec ton téléphone ou quoi ? Arrête de rêvasser, on dirait que tu es sur un nuage !
Léo se joignit à la plaisanterie.
— Laisse-le, Romain. On dirait qu'il est tombé amoureux d'un écran tactile.
— Très drôle, souffla Yanis. C'est juste... un ami.
— Un ami qui te fait sourire comme un idiot ? insista Romain. C'est pas comme ça que tu souris d'habitude. T'as un petit truc en plus.
Romain a raison. Je me sens léger, un peu bête, mais léger. Comme si le poids d'Avel, des cours, s'était envolé. Juste pour un week-end. Et c'est grâce à lui. À Paul.
Isabelle arriva dans le jardin, un plateau apéritif à la main.
Romain, qui l'observait du coin de l'œil, ne put s'empêcher de le taquiner à nouveau.
— Tu as un rendez-vous avec ton téléphone ou quoi ? Arrête de rêvasser, on dirait que tu es sur un nuage !
Léo se joignit à la plaisanterie.
— Laisse-le, Romain. On dirait qu'il est tombé amoureux d'un écran tactile.
— Très drôle, souffla Yanis. C'est juste... un ami.
— Un ami qui te fait sourire comme un idiot ? insista Romain. C'est pas comme ça que tu souris d'habitude. T'as un petit truc en plus.
Romain a raison. Je me sens léger, un peu bête, mais léger. Comme si le poids d'Avel, des cours, s'était envolé. Juste pour un week-end. Et c'est grâce à lui. À Paul.
Isabelle arriva dans le jardin, un plateau apéritif à la main.
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