Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Chrysalide : L'Effondrement des Murs — Chapitre 75
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Chrysalide : L'Effondrement des Murs
Chapitre 75
Scène 3 : Le Jeu de la Proximité
Le trajet jusqu'à l'appartement de Yanis avait été une traversée en apnée. Chaque coup de pédale éloignait Paul de son quartier aux allées rectilignes pour m'enfoncer dans le cœur historique d'Avel, un labyrinthe de rues pavées où les façades anciennes semblaient murmurer des histoires qu'il n'avait jamais entendues.
Paul trouvait l'immeuble de Yanis sans difficulté, mais il lui fallut un instant pour réaliser qu'il était au bon endroit. Il n'avait rien à voir avec les constructions modernes et aseptisées de son quartier. C'était une grande bâtisse en pierre, avec une façade patinée par le temps et une porte d'entrée massive en bois sombre, sculptée de motifs qu'il n'arrivait pas à déchiffrer. Le verre des fenêtres, légèrement déformé par les années, reflétait la lumière de l'après-midi en vacillant. Tout respirait une histoire, une âme que les immeubles de la rue de Paul ne possédaient pas. C'était à la fois beau et impressionnant, un peu intimidant, comme s'il était sur le point d'entrer dans un lieu secret, plein de mystères.
Il repéra le discret interphone en laiton et appuya sur le bouton correspondant à l'appartement de Yanis. Une seconde d'attente, puis la voix de Yanis résonna, claire et familière, dans le haut-parleur grésillant.
— Oui ?
Le cœur de Paul fit un bond.
— C'est Paul, répondit-il, la voix plus faible qu'il ne l'aurait voulu.
— Monte au troisième !
Un clic se fit entendre, suivi du bruit d'un lourd loquet qui se déverrouillait, et la porte s'entrouvrit, un portail vers l'inconnu. Paul s'engouffra à l'intérieur, poussé par un mélange de nervosité et de curiosité.
Le hall d'entrée, avec ses carreaux de ciment aux motifs géométriques et son plafond à moulures, sentait le bois ciré et la poussière d'une autre époque. L'immeuble s'élevait sur cinq étages, abritant divers appartements, certains transformés en bureaux discrets, d'autres encore des résidences familiales, comme celle de Yanis et sa famille recomposée. L'immeuble ne possédait pas d'ascenseur, et la cage d'escalier, bien que propre, portait les marques indélébiles du temps. Les marches en pierre polie étaient légèrement creusées en leur centre par le passage d'innombrables vies et pas, et la rampe en bois sombre, lisse, était usée par tant de mains.
L'odeur persistante de vieux bois et de poussière d'histoire, se mêlait parfois à l'arôme des cuisines voisines – un mélange réconfortant de friture, d'épices ou de café fraîchement moulu – qui s'échappait des portes entrebâillées, un patchwork olfactif de vie quotidienne qui contrastait avec l'asepsie du foyer de Paul. Contrairement à son immeuble, ici, chaque palier était unique. Les portes des appartements étaient toutes différentes, avec des paillassons bariolés, des noms écrits à la main et des bruits de vie qui filtraient à travers les murs. Ce n'était pas un simple lieu de passage, c'était un espace habité, vivant, avec ses propres règles et ses propres secrets.
Chaque pas vers le troisième étage était une ascension vers son monde, un rappel physique de la vie qui s'y déroulait, avec ses efforts et ses récompenses simples. La montée parut interminable à Paul, un chemin initiatique vers un monde qu'il ne connaissait pas.
Lorsque Yanis lui ouvrit la porte de son appartement, Paul sentit qu'il franchissait plus qu'un simple seuil. Il pénétrait dans son monde.
Et son monde n'avait rien à voir avec le sien.
Dès l'entrée, Paul fut enveloppé par une chaleur, une vie, un désordre qui aurait dû le hérisser, lui, l'apôtre de l'ordre et du contrôle. Mais étrangement, ce ne fut pas le cas. L'air était imprégné d'un mélange subtil, l'odeur de thé à la menthe se mêlant à une légère volute d'encens et au parfum réconfortant du papier vieilli. Des livres étaient partout. Pas rangés dans des bibliothèques vitrées comme des trophées, mais vivants. Ils étaient empilés sur des étagères qui ployaient sous leur poids, posés en équilibre instable sur une table basse, abandonnés ouverts sur un fauteuil en cuir usé. Les murs n'étaient pas nus et immaculés ; ils étaient une galerie d'expressions. Des posters de groupes de rock aux graphismes audacieux côtoyaient des reproductions de peintures abstraites et des photographies en noir et blanc qui semblaient capturer des instants de pure authenticité.
Ce n'était pas le silence clinique de sa maison. Un vinyle crépitait doucement sur une platine vintage, une mélodie folk dont les accords de guitare semblaient tisser une toile de fond apaisante. C'était un chaos, oui, mais un chaos harmonieux, une désinvolture organisée qui respirait la liberté. Et contre toute attente, Paul s'y sentit bien. Il n'était pas seulement à l'aise, il se sentit... accueilli. Comme si les murs eux-mêmes, si différents des siens, ne le jugeaient pas.
L'appartement était lumineux et accueillant, mais étrangement silencieux. Le crépitement du vinyle était la seule chose qui brisait le calme. Paul avait imaginé une famille recomposée, des bruits de vie qui fusent de toutes parts, mais il n'y avait que les deux garçons. Son regard balaya la pièce, à la recherche d'un indice. Yanis remarqua sa confusion. Il sourit, un sourire plein d'une compréhension que Paul ne pouvait pas encore décrypter.
— On est seuls, dit Yanis, comme s'il lisait dans les pensées de Paul. Mon père et Sophie, ma belle-mère, sont partis faire des courses, et Léo est parti au hangar pour répéter avec son groupe Un peu de calme, ça ne fait pas de mal !
Un soupir de soulagement échappa à Paul. L'idée de se retrouver seul avec Yanis, dans cet espace si personnel, le rendait à la fois nerveux et étrangement excité. L'intimité qui régnait dans cette pièce se sentait physiquement, et Paul était le seul avec Yanis à la partager.
Ils s'installèrent dans le salon. Yanis, avec une aisance qui le fascinait toujours, s'assit en tailleur sur le tapis épais, s'adossant au canapé. Paul prit place à côté de lui, un peu plus gauchement, posant son ordinateur sur la table basse en bois brut. La proximité était inévitable, immédiate. Leurs genoux se frôlèrent sous la table. Un simple contact de tissu contre tissu, mais le corps de Paul se mit en alerte. Il sentit le sang affluer à ses joues et se concentra fébrilement sur l'écran de son ordinateur, tapant le titre de leur prochaine partie : « La Voie vers la Réunification ». Le travail. C'était son ancre, son bouclier. Il était conscient de chaque micromouvement de Yanis, de son souffle calme et régulier si proche du sien, de la chaleur que son corps dégageait. Une partie de son esprit tentait désespérément de se focaliser sur les défis de la privatisation en ex-RDA, mais l'autre, la plus grande, était entièrement captivée par lui.
Paul trouvait l'immeuble de Yanis sans difficulté, mais il lui fallut un instant pour réaliser qu'il était au bon endroit. Il n'avait rien à voir avec les constructions modernes et aseptisées de son quartier. C'était une grande bâtisse en pierre, avec une façade patinée par le temps et une porte d'entrée massive en bois sombre, sculptée de motifs qu'il n'arrivait pas à déchiffrer. Le verre des fenêtres, légèrement déformé par les années, reflétait la lumière de l'après-midi en vacillant. Tout respirait une histoire, une âme que les immeubles de la rue de Paul ne possédaient pas. C'était à la fois beau et impressionnant, un peu intimidant, comme s'il était sur le point d'entrer dans un lieu secret, plein de mystères.
Il repéra le discret interphone en laiton et appuya sur le bouton correspondant à l'appartement de Yanis. Une seconde d'attente, puis la voix de Yanis résonna, claire et familière, dans le haut-parleur grésillant.
— Oui ?
Le cœur de Paul fit un bond.
— C'est Paul, répondit-il, la voix plus faible qu'il ne l'aurait voulu.
— Monte au troisième !
Un clic se fit entendre, suivi du bruit d'un lourd loquet qui se déverrouillait, et la porte s'entrouvrit, un portail vers l'inconnu. Paul s'engouffra à l'intérieur, poussé par un mélange de nervosité et de curiosité.
Le hall d'entrée, avec ses carreaux de ciment aux motifs géométriques et son plafond à moulures, sentait le bois ciré et la poussière d'une autre époque. L'immeuble s'élevait sur cinq étages, abritant divers appartements, certains transformés en bureaux discrets, d'autres encore des résidences familiales, comme celle de Yanis et sa famille recomposée. L'immeuble ne possédait pas d'ascenseur, et la cage d'escalier, bien que propre, portait les marques indélébiles du temps. Les marches en pierre polie étaient légèrement creusées en leur centre par le passage d'innombrables vies et pas, et la rampe en bois sombre, lisse, était usée par tant de mains.
L'odeur persistante de vieux bois et de poussière d'histoire, se mêlait parfois à l'arôme des cuisines voisines – un mélange réconfortant de friture, d'épices ou de café fraîchement moulu – qui s'échappait des portes entrebâillées, un patchwork olfactif de vie quotidienne qui contrastait avec l'asepsie du foyer de Paul. Contrairement à son immeuble, ici, chaque palier était unique. Les portes des appartements étaient toutes différentes, avec des paillassons bariolés, des noms écrits à la main et des bruits de vie qui filtraient à travers les murs. Ce n'était pas un simple lieu de passage, c'était un espace habité, vivant, avec ses propres règles et ses propres secrets.
Chaque pas vers le troisième étage était une ascension vers son monde, un rappel physique de la vie qui s'y déroulait, avec ses efforts et ses récompenses simples. La montée parut interminable à Paul, un chemin initiatique vers un monde qu'il ne connaissait pas.
Lorsque Yanis lui ouvrit la porte de son appartement, Paul sentit qu'il franchissait plus qu'un simple seuil. Il pénétrait dans son monde.
Et son monde n'avait rien à voir avec le sien.
Dès l'entrée, Paul fut enveloppé par une chaleur, une vie, un désordre qui aurait dû le hérisser, lui, l'apôtre de l'ordre et du contrôle. Mais étrangement, ce ne fut pas le cas. L'air était imprégné d'un mélange subtil, l'odeur de thé à la menthe se mêlant à une légère volute d'encens et au parfum réconfortant du papier vieilli. Des livres étaient partout. Pas rangés dans des bibliothèques vitrées comme des trophées, mais vivants. Ils étaient empilés sur des étagères qui ployaient sous leur poids, posés en équilibre instable sur une table basse, abandonnés ouverts sur un fauteuil en cuir usé. Les murs n'étaient pas nus et immaculés ; ils étaient une galerie d'expressions. Des posters de groupes de rock aux graphismes audacieux côtoyaient des reproductions de peintures abstraites et des photographies en noir et blanc qui semblaient capturer des instants de pure authenticité.
Ce n'était pas le silence clinique de sa maison. Un vinyle crépitait doucement sur une platine vintage, une mélodie folk dont les accords de guitare semblaient tisser une toile de fond apaisante. C'était un chaos, oui, mais un chaos harmonieux, une désinvolture organisée qui respirait la liberté. Et contre toute attente, Paul s'y sentit bien. Il n'était pas seulement à l'aise, il se sentit... accueilli. Comme si les murs eux-mêmes, si différents des siens, ne le jugeaient pas.
L'appartement était lumineux et accueillant, mais étrangement silencieux. Le crépitement du vinyle était la seule chose qui brisait le calme. Paul avait imaginé une famille recomposée, des bruits de vie qui fusent de toutes parts, mais il n'y avait que les deux garçons. Son regard balaya la pièce, à la recherche d'un indice. Yanis remarqua sa confusion. Il sourit, un sourire plein d'une compréhension que Paul ne pouvait pas encore décrypter.
— On est seuls, dit Yanis, comme s'il lisait dans les pensées de Paul. Mon père et Sophie, ma belle-mère, sont partis faire des courses, et Léo est parti au hangar pour répéter avec son groupe Un peu de calme, ça ne fait pas de mal !
Un soupir de soulagement échappa à Paul. L'idée de se retrouver seul avec Yanis, dans cet espace si personnel, le rendait à la fois nerveux et étrangement excité. L'intimité qui régnait dans cette pièce se sentait physiquement, et Paul était le seul avec Yanis à la partager.
Ils s'installèrent dans le salon. Yanis, avec une aisance qui le fascinait toujours, s'assit en tailleur sur le tapis épais, s'adossant au canapé. Paul prit place à côté de lui, un peu plus gauchement, posant son ordinateur sur la table basse en bois brut. La proximité était inévitable, immédiate. Leurs genoux se frôlèrent sous la table. Un simple contact de tissu contre tissu, mais le corps de Paul se mit en alerte. Il sentit le sang affluer à ses joues et se concentra fébrilement sur l'écran de son ordinateur, tapant le titre de leur prochaine partie : « La Voie vers la Réunification ». Le travail. C'était son ancre, son bouclier. Il était conscient de chaque micromouvement de Yanis, de son souffle calme et régulier si proche du sien, de la chaleur que son corps dégageait. Une partie de son esprit tentait désespérément de se focaliser sur les défis de la privatisation en ex-RDA, mais l'autre, la plus grande, était entièrement captivée par lui.
*
Yanis le regardait. Paul était là, dans son espace, et il ne semblait pas aussi terrifié que Yanis l'avait craint. Yanis l'observait du coin de l'œil pendant qu'il sortait ses affaires avec cette précision presque chirurgicale qui le caractérisait. Ses doigts fins pianotaient sur son clavier, le léger froncement de ses sourcils lorsqu'il lisait une de ses notes était d'une intensité captivante. Yanis voyait bien que Paul luttait pour ne pas montrer son trouble, mais sa nuque était un peu raide et la légère rougeur qui colorait ses oreilles ne le trompait pas.
Paul ne se détournait plus. Il acceptait la proximité. Il ne fuyait plus le regard de Yanis aussi vite, et Yanis le sentait. Il sentait qu'il pouvait aller un peu plus loin.
C'était devenu un jeu, une danse subtile. Une séduction patiente. Yanis voulait voir jusqu'où il pouvait aller avant que Paul ne reconstruise ses murs. Il se pencha vers son écran, prétextant un détail sur une carte de Berlin. Son bras effleura celui de Paul, délibérément. Yanis sentit le léger tressaillement de sa peau sous sa chemise, une micro-réaction, une onde de choc silencieuse. Il ne retira pas son bras tout de suite, le laissant là une seconde de trop, laissant la chaleur de son corps se mêler à la sienne.
Plus tard, Yanis se leva pour préparer du thé. C'était un rituel simple, mais aujourd'hui, il était chargé d'une intention nouvelle. Il choisit deux tasses dépareillées, celles qu'il préférait, et il laissa infuser un thé noir aux épices dont l'odeur remplit rapidement la pièce. En revenant, il lui tendit sa tasse. Leurs doigts se touchèrent. Cette fois, ce fut plus qu'un simple frôlement. Yanis laissa ses doigts s'attarder sur les siens, un contact un peu plus long que nécessaire, sentant la texture de sa peau, sa fraîcheur contrastant avec la chaleur de la céramique. Paul retira sa main, mais pas brusquement. Il y avait une hésitation, une douceur dans son recul qui était nouvelle.
Yanis le regardait boire son thé, ses lèvres se posant sur le rebord de la tasse. Son regard s'attarda sur sa bouche, sur la courbe de sa lèvre inférieure. Paul le sentit. Il leva les yeux, et leurs regards se croisèrent au-dessus de la vapeur odorante. Paul rougit, mais il ne baissa pas les yeux immédiatement. Il y avait un défi dans son regard, une question muette. C'était tout ce que Yanis attendait.
Paul ne se détournait plus. Il acceptait la proximité. Il ne fuyait plus le regard de Yanis aussi vite, et Yanis le sentait. Il sentait qu'il pouvait aller un peu plus loin.
C'était devenu un jeu, une danse subtile. Une séduction patiente. Yanis voulait voir jusqu'où il pouvait aller avant que Paul ne reconstruise ses murs. Il se pencha vers son écran, prétextant un détail sur une carte de Berlin. Son bras effleura celui de Paul, délibérément. Yanis sentit le léger tressaillement de sa peau sous sa chemise, une micro-réaction, une onde de choc silencieuse. Il ne retira pas son bras tout de suite, le laissant là une seconde de trop, laissant la chaleur de son corps se mêler à la sienne.
Plus tard, Yanis se leva pour préparer du thé. C'était un rituel simple, mais aujourd'hui, il était chargé d'une intention nouvelle. Il choisit deux tasses dépareillées, celles qu'il préférait, et il laissa infuser un thé noir aux épices dont l'odeur remplit rapidement la pièce. En revenant, il lui tendit sa tasse. Leurs doigts se touchèrent. Cette fois, ce fut plus qu'un simple frôlement. Yanis laissa ses doigts s'attarder sur les siens, un contact un peu plus long que nécessaire, sentant la texture de sa peau, sa fraîcheur contrastant avec la chaleur de la céramique. Paul retira sa main, mais pas brusquement. Il y avait une hésitation, une douceur dans son recul qui était nouvelle.
Yanis le regardait boire son thé, ses lèvres se posant sur le rebord de la tasse. Son regard s'attarda sur sa bouche, sur la courbe de sa lèvre inférieure. Paul le sentit. Il leva les yeux, et leurs regards se croisèrent au-dessus de la vapeur odorante. Paul rougit, mais il ne baissa pas les yeux immédiatement. Il y avait un défi dans son regard, une question muette. C'était tout ce que Yanis attendait.
*
Chaque contact était pour lui une décharge électrique, une brûlure douce qui se propageait dans ses veines. Quand le bras de Yanis toucha le sien, il dut retenir son souffle pour ne pas sursauter. Quand leurs doigts s'effleurèrent autour de la tasse de thé, il sentit son pouls s'accélérer, un tambour fou battant dans ses tempes. Il ne reculait plus, ne se raidissait plus comme un animal pris au piège. Pourquoi ? Il se disait que c'était l'habitude, que son corps s'accoutumait à cette présence, à sa chaleur. Il se disait qu'il ne voulait pas paraître impoli ou distant, surtout après que Yanis lui eut ouvert les portes de son univers.
Mais c'était un mensonge. Un autre. Au fond de lui, une partie de lui-même aspirait à ces contacts, les attendait, les savourait avec une intensité coupable. Chaque frôlement était une validation, une reconnaissance silencieuse de ce lien qui se tissait entre eux, un lien qu'il n'osait toujours pas nommer.
Pourtant, un nouveau tourment, plus aigu que la simple confusion de ses sens, commençait à le ronger : la culpabilité. La culpabilité de son mensonge. Alors qu'ils discutaient des difficultés d'adaptation des Allemands de l'Est, des murs dans les têtes qui persistaient, les mots de Yanis au parc lui revinrent avec la force d'un uppercut : « Je crois que le plus important, c'est de trouver sa propre vérité, tu ne crois pas ? Pas celle que les autres attendent de toi. »
La voix de Yanis résonnait dans sa tête, obsédante. Il l'invitait à l'authenticité, à la vérité. Et en réponse à la question sincère de Yanis sur son départ précipité de la fête, il lui avait servi ce mensonge pathétique : la fatigue, le bruit. Des excuses vides qui trahissaient la confiance qu'il lui témoignait. Il avait honte. Une honte cuisante qui le brûlait plus encore que la chaleur de ce contact.
Cette connexion qu'ils partageaient, si unique, si précieuse, méritait mieux que ça. Elle méritait la vérité. Même une vérité confuse qu'il ne comprenait pas encore lui-même. Un besoin viscéral de se libérer de ce fardeau, de cette duplicité, grandissait en lui. Il devait lui dire. Pas tout, non. Il n'en était pas capable. Mais il devait au moins être honnête sur une chose : son mensonge.
Le travail sur l'exposé avançait avec une fluidité déconcertante. Leurs esprits semblaient connectés, sur la même longueur d'onde. Il complétait les phrases de Yanis, et ce dernier anticipait ses questions.
Ils débattaient de la portée symbolique du Traité « Deux Plus Quatre » — qui a scellé la réunification allemande et mis fin de l'occupation alliée —, ainsi que de l'impact psychologique de cette transition sur une génération entière. Ceci incluait les « murs dans les têtes », une expression courante pour décrire les clivages idéologiques et culturels qui persistaient bien après la chute du Mur de Berlin. Yanis l'écoutait avec une attention que personne ne lui avait jamais accordée. Il ne le jugeait pas, même lorsqu'il émettait des hypothèses un peu audacieuses. Avec lui, il pouvait penser. Vraiment penser et livrer le fond de ses réflexions sans fard. Mais lui avait-il dit la vérité la plus importante ? Était-il digne de cette confiance ?
Au fil du temps, la discussion dériva. Ils vinrent à parler de musique, de films, de ces futurs incertains qui s'étendaient devant eux après le bac. Il se sentait étonnamment léger, libre de s'exprimer. Mais le poids de son mensonge restait là, une ombre au tableau de cette intimité naissante.
Alors que Yanis expliquait une théorie sur l'influence de la culture pop occidentale en RDA, il posa une main sur le canapé juste derrière l'épaule de Paul. Un geste anodin, mais sa proximité, l'odeur de son thé qui se mêlait à son parfum, tout cela créa une bulle d'intimité si intense qu'il sentit les mots lui monter aux lèvres, poussés par une urgence qu'il ne pouvait plus contenir.
Il se tourna vers lui. Le regard de Yanis, si intense, si énigmatique, le transperça. C'était un défi. Un appel. Un appel à l'honnêteté.
— Yanis, commença-t-il, sa voix à peine un murmure, mais chargée de toute la tension accumulée. Ce que je t'ai dit au parc... sur la raison de mon départ de la fête... Ce n'était pas la vérité.
Mais c'était un mensonge. Un autre. Au fond de lui, une partie de lui-même aspirait à ces contacts, les attendait, les savourait avec une intensité coupable. Chaque frôlement était une validation, une reconnaissance silencieuse de ce lien qui se tissait entre eux, un lien qu'il n'osait toujours pas nommer.
Pourtant, un nouveau tourment, plus aigu que la simple confusion de ses sens, commençait à le ronger : la culpabilité. La culpabilité de son mensonge. Alors qu'ils discutaient des difficultés d'adaptation des Allemands de l'Est, des murs dans les têtes qui persistaient, les mots de Yanis au parc lui revinrent avec la force d'un uppercut : « Je crois que le plus important, c'est de trouver sa propre vérité, tu ne crois pas ? Pas celle que les autres attendent de toi. »
La voix de Yanis résonnait dans sa tête, obsédante. Il l'invitait à l'authenticité, à la vérité. Et en réponse à la question sincère de Yanis sur son départ précipité de la fête, il lui avait servi ce mensonge pathétique : la fatigue, le bruit. Des excuses vides qui trahissaient la confiance qu'il lui témoignait. Il avait honte. Une honte cuisante qui le brûlait plus encore que la chaleur de ce contact.
Cette connexion qu'ils partageaient, si unique, si précieuse, méritait mieux que ça. Elle méritait la vérité. Même une vérité confuse qu'il ne comprenait pas encore lui-même. Un besoin viscéral de se libérer de ce fardeau, de cette duplicité, grandissait en lui. Il devait lui dire. Pas tout, non. Il n'en était pas capable. Mais il devait au moins être honnête sur une chose : son mensonge.
Le travail sur l'exposé avançait avec une fluidité déconcertante. Leurs esprits semblaient connectés, sur la même longueur d'onde. Il complétait les phrases de Yanis, et ce dernier anticipait ses questions.
Ils débattaient de la portée symbolique du Traité « Deux Plus Quatre » — qui a scellé la réunification allemande et mis fin de l'occupation alliée —, ainsi que de l'impact psychologique de cette transition sur une génération entière. Ceci incluait les « murs dans les têtes », une expression courante pour décrire les clivages idéologiques et culturels qui persistaient bien après la chute du Mur de Berlin. Yanis l'écoutait avec une attention que personne ne lui avait jamais accordée. Il ne le jugeait pas, même lorsqu'il émettait des hypothèses un peu audacieuses. Avec lui, il pouvait penser. Vraiment penser et livrer le fond de ses réflexions sans fard. Mais lui avait-il dit la vérité la plus importante ? Était-il digne de cette confiance ?
Au fil du temps, la discussion dériva. Ils vinrent à parler de musique, de films, de ces futurs incertains qui s'étendaient devant eux après le bac. Il se sentait étonnamment léger, libre de s'exprimer. Mais le poids de son mensonge restait là, une ombre au tableau de cette intimité naissante.
Alors que Yanis expliquait une théorie sur l'influence de la culture pop occidentale en RDA, il posa une main sur le canapé juste derrière l'épaule de Paul. Un geste anodin, mais sa proximité, l'odeur de son thé qui se mêlait à son parfum, tout cela créa une bulle d'intimité si intense qu'il sentit les mots lui monter aux lèvres, poussés par une urgence qu'il ne pouvait plus contenir.
Il se tourna vers lui. Le regard de Yanis, si intense, si énigmatique, le transperça. C'était un défi. Un appel. Un appel à l'honnêteté.
— Yanis, commença-t-il, sa voix à peine un murmure, mais chargée de toute la tension accumulée. Ce que je t'ai dit au parc... sur la raison de mon départ de la fête... Ce n'était pas la vérité.
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Commentaires ()
heureusement que tu publie tous les trois jours et pas toutes les semaines !!
tu devrait écrire des scenarii pour la télé !! ils raffolent de ces suspens !! pour nous envoyer ensuite sur le streaming payants pour connaitre la suite avant les autres !!