Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Chrysalide : L'Effondrement des Murs — Chapitre 29
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Chrysalide : L'Effondrement des Murs
Chapitre 29
Scène 5 : La Tentative de Rationalisation et le Paradoxe de l'Inconfort
À l'heure du déjeuner, Paul s'installa à sa table habituelle, dans un coin de la cantine, près d'un pilier froid et légèrement sale, loin du tumulte central et des groupes bruyants. C'était son bunker personnel, un petit îlot de prévisibilité dans un océan de chaos. Il sortit son plateau sur lequel trônait le repas du jour : un plat de pâtes trop cuites qui nageaient dans une sauce rosée sans saveur, accompagnées d'une portion de légumes verts bouillis et d'un yaourt nature. C'était standardisé, fade et peu appétissant, mais parfaitement prévisible. Il commença à manger avec une concentration forcée, ses mâchoires travaillant avec une régularité mécanique, chaque bouchée calculée et avalée sans plaisir. Il n'accordait aucune attention au goût ni même à la texture des aliments, se concentrant uniquement sur l'acte de manger, un ancrage dans le concret pour échapper à l'immatérialité de ses émotions.
Son esprit, cependant, ne cessa de revenir sur les événements de la matinée. L'image du regard de Yanis, cette intensité presque physique, le hantait, s'insinuant entre chaque fourchette de pâtes. Il essayait de rationaliser l'inconfort, la chaleur diffuse, l'agitation sourde qu'il avait ressentie et qui persistaient malgré l'eau froide censée le remettre d'aplomb.
Il se répétait silencieusement ses propres arguments pour se convaincre.
Ce n'était qu'un regard, un accident, une coïncidence de quelques secondes, rien de plus.
Il tentait de dédramatiser, de le réduire cela à un événement insignifiant.
Yanis a regardé la salle, et mon regard à croisé le sien. C'est moi, Paul, qui surréagis, qui vois des choses là où il n'y en a pas, comme un idiot.
Il tenta de se convaincre que cette sensation de malaise n'était qu'une réaction naturelle à une situation inattendue, une rupture de sa routine mentale habituelle, un simple dérèglement passager de ses repères. Il voulait se persuader que c'était une anomalie, pas une constante.
Pour se distraire et reprendre pied, il nota mentalement les heures de travail à consacrer à l'exposé avec Yanis, construisant une forteresse de chiffres et de faits pour se rassurer. Il visualisa la rencontre au CDI, les tables silencieuses, les rayons remplis de livres. Il imagina des piles de livres à consulter sur la chute du Mur de Berlin et la réunification allemande, des documentaires historiques, des cartes géographiques. Il se forgea des stratégies précises.
Je parlerai des faits historiques, de la géopolitique, des conséquences économiques. Pas de spéculations, pas de sentiments.
Son interaction avec Yanis devait être purement factuelle, limitée aux faits historiques et scientifiques du sujet. Il prévoyait déjà de diviser clairement les tâches, d'éviter toute discussion superflue, toute ouverture personnelle. Il dressait une sorte de plan d'action détaillé pour gérer la situation, pour la contenir dans les limites strictes du prévisible, de l'académique, de l'impersonnel. C'était son bouclier, son armure contre l'imprévu qu'incarnait Yanis.
Mais même en essayant désespérément de s'arc-bouter sur la logique et l'ordre, une petite voix persistait, insidieuse et pleine de paradoxes, une fissure dans sa cuirasse rationnelle.
Si c'est si insignifiant, pourquoi est-ce que ça te ronge ? Pourquoi est-ce que tu ne peux pas l'oublier ?
Le paradoxe était là, cruel et évident : plus il essayait de chasser Yanis de ses pensées, plus l'image du jeune homme et l'onde de choc de son regard y revenaient avec force. Il se sentait paradoxalement attiré par ce qu'il percevait comme une menace pour son équilibre, une force incontrôlable qui le poussait hors de sa zone de confort. Il était à la fois repoussé et irrésistiblement attiré.
À l'heure du déjeuner, Paul s'installa à sa table habituelle, dans un coin de la cantine, près d'un pilier froid et légèrement sale, loin du tumulte central et des groupes bruyants. C'était son bunker personnel, un petit îlot de prévisibilité dans un océan de chaos. Il sortit son plateau sur lequel trônait le repas du jour : un plat de pâtes trop cuites qui nageaient dans une sauce rosée sans saveur, accompagnées d'une portion de légumes verts bouillis et d'un yaourt nature. C'était standardisé, fade et peu appétissant, mais parfaitement prévisible. Il commença à manger avec une concentration forcée, ses mâchoires travaillant avec une régularité mécanique, chaque bouchée calculée et avalée sans plaisir. Il n'accordait aucune attention au goût ni même à la texture des aliments, se concentrant uniquement sur l'acte de manger, un ancrage dans le concret pour échapper à l'immatérialité de ses émotions.
Son esprit, cependant, ne cessa de revenir sur les événements de la matinée. L'image du regard de Yanis, cette intensité presque physique, le hantait, s'insinuant entre chaque fourchette de pâtes. Il essayait de rationaliser l'inconfort, la chaleur diffuse, l'agitation sourde qu'il avait ressentie et qui persistaient malgré l'eau froide censée le remettre d'aplomb.
Il se répétait silencieusement ses propres arguments pour se convaincre.
Ce n'était qu'un regard, un accident, une coïncidence de quelques secondes, rien de plus.
Il tentait de dédramatiser, de le réduire cela à un événement insignifiant.
Yanis a regardé la salle, et mon regard à croisé le sien. C'est moi, Paul, qui surréagis, qui vois des choses là où il n'y en a pas, comme un idiot.
Il tenta de se convaincre que cette sensation de malaise n'était qu'une réaction naturelle à une situation inattendue, une rupture de sa routine mentale habituelle, un simple dérèglement passager de ses repères. Il voulait se persuader que c'était une anomalie, pas une constante.
Pour se distraire et reprendre pied, il nota mentalement les heures de travail à consacrer à l'exposé avec Yanis, construisant une forteresse de chiffres et de faits pour se rassurer. Il visualisa la rencontre au CDI, les tables silencieuses, les rayons remplis de livres. Il imagina des piles de livres à consulter sur la chute du Mur de Berlin et la réunification allemande, des documentaires historiques, des cartes géographiques. Il se forgea des stratégies précises.
Je parlerai des faits historiques, de la géopolitique, des conséquences économiques. Pas de spéculations, pas de sentiments.
Son interaction avec Yanis devait être purement factuelle, limitée aux faits historiques et scientifiques du sujet. Il prévoyait déjà de diviser clairement les tâches, d'éviter toute discussion superflue, toute ouverture personnelle. Il dressait une sorte de plan d'action détaillé pour gérer la situation, pour la contenir dans les limites strictes du prévisible, de l'académique, de l'impersonnel. C'était son bouclier, son armure contre l'imprévu qu'incarnait Yanis.
Mais même en essayant désespérément de s'arc-bouter sur la logique et l'ordre, une petite voix persistait, insidieuse et pleine de paradoxes, une fissure dans sa cuirasse rationnelle.
Si c'est si insignifiant, pourquoi est-ce que ça te ronge ? Pourquoi est-ce que tu ne peux pas l'oublier ?
Le paradoxe était là, cruel et évident : plus il essayait de chasser Yanis de ses pensées, plus l'image du jeune homme et l'onde de choc de son regard y revenaient avec force. Il se sentait paradoxalement attiré par ce qu'il percevait comme une menace pour son équilibre, une force incontrôlable qui le poussait hors de sa zone de confort. Il était à la fois repoussé et irrésistiblement attiré.
Scène 6 : L'Encre de l'Obsession
Après le déjeuner à la cantine, Paul avait passé le reste de l'après-midi scolaire dans un état de concentration précaire. Durant le cours de physique, où il excellait d'ordinaire, les lois de Newton lui avaient paru étrangement floues. Il avait dû relire deux fois chaque énoncé ; son esprit s'égarant sans cesse vers l'image du regard de Yanis. La chaleur au creux de son ventre, cette agitation inexpliquée, l'avait accompagné comme une ombre persistante. Il avait pris des notes mécaniquement, se forçant à ne pas regarder vers la place de Yanis, de peur de l'apercevoir, et d'éviter les lieux les plus fréquentés de Saint-Exupéry pour ne pas le croiser au détour d'un couloir.
Les cours de l'après-midi s'étaient traînés, chaque minute semblant plus longue que la précédente avant l'arrivée du week-end. Il avait accéléré le pas en quittant l'établissement, fuyant la foule et l'éventualité d'une rencontre fortuite. Sa route habituellement si familière lui avait semblé étrangement modifiée, comme si le monde lui-même s'était légèrement décalé sur son axe.
Une fois rentré chez lui, il avait suivi sa routine habituelle avec une rigidité accrue : vérifier ses mails, faire quelques exercices supplémentaires, lire la presse. Mais même ces activités, d'ordinaire apaisantes, n'avaient pas suffi à chasser l'obsession. Il avait senti la tension s'accumuler en lui, un nœud d'énergie nerveuse qu'il ne pouvait libérer.
Après le dîner, un repas pris dans le silence habituel avec sa famille — où il avait été plus silencieux encore, de peur qu'une question ne trahisse son trouble — Paul se retira dans sa chambre, son esprit encore agité par la journée et l'énigme qu'était Yanis.
Il alluma sa lampe de bureau, le clic sec du bouton résonnant dans le silence de la pièce ordonnée. La lumière projetait une auréole claire sur son bureau. Il s'installa, le dos bien droit, et sortit un cahier noir à couverture rigide, sans motifs. C'était un objet qu'il utilisait pour ses réflexions personnelles les plus profondes, des pensées qu'il ne verbalisait jamais, son journal intime de la logique et de l'ordre, sa forteresse de mots.
Il prit son stylo-plume, l'encre noire et fluide, mais ses doigts hésitèrent au-dessus de la page blanche immaculée. Normalement, il y consignait ses objectifs, ses analyses de ses réussites et de ses échecs, des schémas logiques pour optimiser son temps et ses résultats.
Ce soir, c'était différent. Son esprit était saturé par une image, une sensation. Il pensait encore et toujours à Yanis. L'image de ses yeux sombres, de son regard intense dans la salle de classe de Monsieur Garnier, était vive, presque douloureuse, comme une brûlure persistante.
Il faut que je mette ça au clair. Qu'est-ce que je ressens ?
Il essaya d'écrire, de structurer ses pensées comme il le ferait avec une démonstration mathématique, mais les mots ne venaient pas. Son esprit était un brouillon illisible, ses pensées se bousculaient sans ordre. Il gribouilla quelques lignes, des phrases inachevées, des fragments de pensées qui se contredisaient et se chevauchaient : « intense », « étrange », « fascinant », « perturbant ». Il ratura, barra, recommença, incapable de trouver la formule juste pour exprimer ce qu'il ressentait. La rigueur de ses traits de plume habituels était remplacée par des boucles désordonnées et des ratures.
Puis, sans même s'en rendre compte, son stylo prit vie comme doué d'une volonté propre. Au lieu de mots, il esquissa, au bas de la page, des yeux sombres, intenses, puis le début d'un nez, la courbe de la mâchoire. C'était le visage de Yanis qui apparut sur son cahier de logique, comme un intrus, une entité qui prenait forme malgré sa volonté. Il ne s'en rendit compte qu'une fois le trait terminé, son cœur ratant un battement en voyant cette image s'imposer sur sa page, ce visage qu'il n'arrivait pas à effacer de son esprit.
Yanis… Il me déstabilise. Je déteste ne pas comprendre.
Il ferma le cahier avec un soupir exaspéré, presque un gémissement. Ce n'était pas un soupir de fatigue, mais la marque d'une frustration profonde face à son incapacité à maîtriser cet inconnu qui l'habitait. Il le rangea à la hâte, le glissant sous ses autres affaires, comme s'il tentait de cacher une preuve compromettante, une défaillance de son système formaté par le moule imposé par ses parents. Il ne pouvait pas encore mettre des mots cohérents sur ce qu'il ressentait, mais l'acte même d'essayer, et l'échec qui en découle, constituait déjà un premier pas vers la reconnaissance de cette nouvelle réalité émotionnelle. Il ne voulait pas que ce soit là, dans son cahier noir, le sanctuaire de sa logique, que cette chose inclassable, ce sentiment chaotique, prenne forme.
Les cours de l'après-midi s'étaient traînés, chaque minute semblant plus longue que la précédente avant l'arrivée du week-end. Il avait accéléré le pas en quittant l'établissement, fuyant la foule et l'éventualité d'une rencontre fortuite. Sa route habituellement si familière lui avait semblé étrangement modifiée, comme si le monde lui-même s'était légèrement décalé sur son axe.
Une fois rentré chez lui, il avait suivi sa routine habituelle avec une rigidité accrue : vérifier ses mails, faire quelques exercices supplémentaires, lire la presse. Mais même ces activités, d'ordinaire apaisantes, n'avaient pas suffi à chasser l'obsession. Il avait senti la tension s'accumuler en lui, un nœud d'énergie nerveuse qu'il ne pouvait libérer.
Après le dîner, un repas pris dans le silence habituel avec sa famille — où il avait été plus silencieux encore, de peur qu'une question ne trahisse son trouble — Paul se retira dans sa chambre, son esprit encore agité par la journée et l'énigme qu'était Yanis.
Il alluma sa lampe de bureau, le clic sec du bouton résonnant dans le silence de la pièce ordonnée. La lumière projetait une auréole claire sur son bureau. Il s'installa, le dos bien droit, et sortit un cahier noir à couverture rigide, sans motifs. C'était un objet qu'il utilisait pour ses réflexions personnelles les plus profondes, des pensées qu'il ne verbalisait jamais, son journal intime de la logique et de l'ordre, sa forteresse de mots.
Il prit son stylo-plume, l'encre noire et fluide, mais ses doigts hésitèrent au-dessus de la page blanche immaculée. Normalement, il y consignait ses objectifs, ses analyses de ses réussites et de ses échecs, des schémas logiques pour optimiser son temps et ses résultats.
Ce soir, c'était différent. Son esprit était saturé par une image, une sensation. Il pensait encore et toujours à Yanis. L'image de ses yeux sombres, de son regard intense dans la salle de classe de Monsieur Garnier, était vive, presque douloureuse, comme une brûlure persistante.
Il faut que je mette ça au clair. Qu'est-ce que je ressens ?
Il essaya d'écrire, de structurer ses pensées comme il le ferait avec une démonstration mathématique, mais les mots ne venaient pas. Son esprit était un brouillon illisible, ses pensées se bousculaient sans ordre. Il gribouilla quelques lignes, des phrases inachevées, des fragments de pensées qui se contredisaient et se chevauchaient : « intense », « étrange », « fascinant », « perturbant ». Il ratura, barra, recommença, incapable de trouver la formule juste pour exprimer ce qu'il ressentait. La rigueur de ses traits de plume habituels était remplacée par des boucles désordonnées et des ratures.
Puis, sans même s'en rendre compte, son stylo prit vie comme doué d'une volonté propre. Au lieu de mots, il esquissa, au bas de la page, des yeux sombres, intenses, puis le début d'un nez, la courbe de la mâchoire. C'était le visage de Yanis qui apparut sur son cahier de logique, comme un intrus, une entité qui prenait forme malgré sa volonté. Il ne s'en rendit compte qu'une fois le trait terminé, son cœur ratant un battement en voyant cette image s'imposer sur sa page, ce visage qu'il n'arrivait pas à effacer de son esprit.
Yanis… Il me déstabilise. Je déteste ne pas comprendre.
Il ferma le cahier avec un soupir exaspéré, presque un gémissement. Ce n'était pas un soupir de fatigue, mais la marque d'une frustration profonde face à son incapacité à maîtriser cet inconnu qui l'habitait. Il le rangea à la hâte, le glissant sous ses autres affaires, comme s'il tentait de cacher une preuve compromettante, une défaillance de son système formaté par le moule imposé par ses parents. Il ne pouvait pas encore mettre des mots cohérents sur ce qu'il ressentait, mais l'acte même d'essayer, et l'échec qui en découle, constituait déjà un premier pas vers la reconnaissance de cette nouvelle réalité émotionnelle. Il ne voulait pas que ce soit là, dans son cahier noir, le sanctuaire de sa logique, que cette chose inclassable, ce sentiment chaotique, prenne forme.
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