Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Chrysalide : L'Effondrement des Murs — Chapitre 17
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Chrysalide : L'Effondrement des Murs
Chapitre 17
Scène 2 : L'Amertume du Matin Parfait
La lumière du matin, pâle et impersonnelle, inondait la cuisine des Dubois. Elle glissait sur le carrelage immaculé, faisait scintiller l'acier des ustensiles impeccablement alignés, révélant la poussière en suspension dans l'air, une myriade de particules dansant dans cette atmosphère d'ordre quasi clinique. Chaque objet était à sa place, une symphonie silencieuse de la perfection qui régnait dans cette maison. Le tic-tac régulier et fort de l'horloge murale marquait le temps, implacable, accentuant la routine immuable du foyer.
L'odeur du café fraîchement moulu et du pain grillé flottait, un parfum censé être réconfortant. Mais pour Paul, ce matin-là, ce parfum se teignait d'une amertume insidieuse, d'un relent de cendres qui lui nouait la gorge. Il descendait les escaliers, chaque pas lui semblait peser une tonne, ses pieds traînant malgré lui. Il luttait pour marcher et respirer normalement, hyperconscient du moindre bruit de ses chaussettes sur le carrelage, assourdissant à ses propres oreilles. Épuisé par une nuit agitée, cerné, les yeux lourds, son corps était une corde tendue. Il s'efforçait de dissimuler son malaise, son anxiété sous un masque d'indifférence, une façade soigneusement construite, chaque muscle de son visage figé pour ne rien laisser paraître. Il se sentait fébrile, au bord d'un gouffre, une fine sueur perlant sous ses cheveux. Cette facette de lui-même qui s'éveillait, et qu'il refusait d'admettre, le remplissait de honte et de terreur.
Il ne pouvait admettre cette pensée, cette « déviance » qu'il sentait poindre en lui, car elle était en totale contradiction avec les attentes et les valeurs de sa famille. Il craignait le jugement de ses parents, leur incompréhension, leur déception. Révéler ses tourments serait briser l'image du fils parfait qu'il s'était efforcé d'être.
En entrant dans la cuisine, Chloé et Théo étaient déjà à table. Théo, vingt-deux ans, grand et athlétique comme son père, mais avec une allure plus jeune, incarnait la réussite familiale. Ses cheveux courts et bruns, son sourire sûr de lui, tout chez lui respirait l'ambition et la conformité. Il était le champion des études, le joueur de rugby assidu, celui qui ne manquait jamais une occasion de souligner les petits défauts de Paul. À ses côtés, Chloé, 16 ans, était plus petite que ses frères, avec de longs cheveux châtains ondulés et un visage expressif. Son style vestimentaire plus décontracté et son téléphone portable en main révélaient une indépendance d'esprit qui contrastait avec l'ordre ambiant. Elle était plongée dans sa bulle adolescente, grignotant distraitement un morceau de pain, peu attentive à l'ambiance générale, ses cheveux détachés tombant sur son visage, une expression d'ennui serein.
Théo leva à peine les yeux de son bol, un léger sourire en coin qui portait déjà le poids d'un jugement implicite.
François, le père, était comme d'habitude absorbé dans la lecture de son journal, son visage austère et soigné dissimulé derrière les pages. Sa posture était droite, imposante, même assis, respirant une aura de contrôle et d'autorité. Le froissement des pages résonnait dans le silence, presque agressivement. Catherine, la mère, s'affairait en silence devant la machine à café, son tablier impeccable et ses gestes précis. Son visage portait une légère préoccupation en observant Paul, mais elle ne s'attardait pas, habituée à la discrétion de son fils et à ne pas faire d'histoires, respectant le silence paternel. Le léger cliquetis de la vaisselle résonnait dans l'air.
Paul s'assit à table, le dos droit, la tête légèrement baissée, essayant de se fondre dans le décor, de devenir invisible. Il prit une tasse de café, ses mains tremblant légèrement alors qu'il la portait à ses lèvres. Le goût était plus amer que d'habitude, comme si son palais était faussé. Il prit une tranche de brioche, mais il eut du mal à l'avaler, sa gorge nouée, chaque bouchée devenait un effort. Il ressentait le poids des attentes familiales peser sur ses épaules, se sentant comme un imposteur, un étranger dans sa propre maison, entouré de gens qui le connaissaient si peu. Théo posa sa cuillère avec un petit claquement sec, un geste anodin qui, pour Paul, résonna comme un reproche silencieux. Chloé pouffa de rire devant son écran, une bulle d'insouciance à laquelle Paul ne pouvait accéder.
Catherine, d'une voix douce mais attentive, posa la cafetière.
Catherine, d'une voix douce mais attentive, posa la cafetière.
— Bien dormi, Paul ? Tu as l'air un peu... pâle.
Paul, d'une voix qui se voulait neutre, presque monocorde, fixa la surface de son café, puis la tasse impeccable de Théo.
— Très bien, Maman. Juste un peu fatigué.
Il tenta de prendre une gorgée de café pour éviter un contact visuel prolongé, mais il manqua de s'étouffer, son visage pâlissant encore plus.
Théo, posant sa tasse et levant enfin les yeux, un sourire narquois aux lèvres, intervint :
Théo, posant sa tasse et levant enfin les yeux, un sourire narquois aux lèvres, intervint :
— Fatigué ? Tiens donc, je croyais que tu étais le champion des études. Pas trop de révisions nocturnes qui n'ont rien à voir avec les livres ?
Le sous-entendu était léger, mais dans un sens il visa juste, touchant la paranoïa de Paul.
Chloé, sans lever les yeux de son téléphone, un sourire en coin, ajouta :
Chloé, sans lever les yeux de son téléphone, un sourire en coin, ajouta :
— Encore des nuits blanches à réviser, le génie ? Tu vas finir par devenir transparent !
Elle rit doucement, une blague fraternelle, mais qui fit mouche chez Paul, renforçant son sentiment d'être scruté.
François, sans lever les yeux de son journal, sa voix grave et autoritaire, comme une sentence, conclut :
François, sans lever les yeux de son journal, sa voix grave et autoritaire, comme une sentence, conclut :
— Les études, Paul. Il faut de l'énergie pour réussir. Pas de temps pour les futilités.
Le froissement du journal reprit, un bruit sec et définitif, comme un point final à la conversation, une injonction claire.
La phrase de son père résonna en lui, un coup de marteau sur son crâne.
Si seulement ils savaient les « futilités » qui me traversent l'esprit, les « futilités » qui me rendent malade.
Le décalage entre leur vision et sa réalité intérieure était abyssal, accentué par la présence de ses frères et sœurs, témoins involontaires de sa mascarade, de son « mensonge ». Il se sentait un imposteur, un étranger dans sa propre maison. Chaque mot de son père, chaque blague innocente de Chloé, chaque remarque cinglante de Théo, était des couteaux dans sa conscience, une piqûre de culpabilité, un rappel constant de l'abîme qui le séparait d'eux. Il avait l'impression d'être un secret ambulant, une bombe à retardement prête à exploser à tout moment, à pulvériser l'ordre établi et l'image parfaite de leur famille. Il déglutit difficilement son café, le goût, amer, presque métallique, comme le goût de la trahison qu'il ressentait envers lui-même et envers eux, de la peur de la découverte. Il voulait juste s'échapper. S'éloigner de cette table, de cette maison, de cette vie qui l'étouffait.
Si seulement ils savaient les « futilités » qui me traversent l'esprit, les « futilités » qui me rendent malade.
Le décalage entre leur vision et sa réalité intérieure était abyssal, accentué par la présence de ses frères et sœurs, témoins involontaires de sa mascarade, de son « mensonge ». Il se sentait un imposteur, un étranger dans sa propre maison. Chaque mot de son père, chaque blague innocente de Chloé, chaque remarque cinglante de Théo, était des couteaux dans sa conscience, une piqûre de culpabilité, un rappel constant de l'abîme qui le séparait d'eux. Il avait l'impression d'être un secret ambulant, une bombe à retardement prête à exploser à tout moment, à pulvériser l'ordre établi et l'image parfaite de leur famille. Il déglutit difficilement son café, le goût, amer, presque métallique, comme le goût de la trahison qu'il ressentait envers lui-même et envers eux, de la peur de la découverte. Il voulait juste s'échapper. S'éloigner de cette table, de cette maison, de cette vie qui l'étouffait.
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Commentaires ()
Merci pour ce retour honnête qui me permet de garder les pieds sur terre ! Je préfère privilégier le contexte à l'érotisme brut dans cette première phase, car c'est ce qui donnera de la force au moment où Paul lâchera enfin prise.
Vous trouvez Paul particulier, et c'est tout à fait pertinent... mais est-ce que ce n'est pas précisément cette 'déviance' qui va rendre la suite si imprévisible ? Mes lèvres sont scellées pour la suite, mais il va falloire être encore très patient pour ceux qui veulent du sexe ! 🤐
C'est une excellente observation. Pour Paul, le mot « futilité » sonne effectivement comme une condamnation, alors qu'il se bat pour ne pas sombrer face à ce qu'il ressent. Sa tête est un champ de bataille où les attentes de son père se heurtent à ses désirs naissants. On peut se demander si ce que sa famille considère comme inutile ne deviendra pas, plus tard, sa seule planche de salut... Mais mes lèvres sont scellées pour la suite !
À très vite pour la suite !
sinon oui c'est bien écrit mais j'aurais acheté le livre, je me demande si je ne l'aurai pas tout simplement refermé et rangé dans un coin de ma bibliothèque.
Attendons de voir ce que nous réserve la suite.