Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Chrysalide : L'Effondrement des Murs — Chapitre 21
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Chrysalide : L'Effondrement des Murs
Chapitre 21
Scène 3 : Un Regard Éloigné
La sonnerie stridente déchira l'air, libérant une marée d'étudiants qui déferla des bâtiments, inondant la cour de Saint-Exupéry en quelques secondes. L'espace bétonné, marqué par les années, vibrait d'un tumulte assourdissant : un brouhaha continu de conversations superposées, des éclats de rire francs et des ricanements étouffés. Le bruit sec des pas sur le bitume usé se mêlait au frottement des sacs à dos et des vêtements, tandis que l'odeur du repas de la cantine – frites, sauce tomate, graisses chaudes – flottait, portée par une brise légère. Des groupes se formaient spontanément, îlots sociaux dans ce chaos organisé, adossés aux murs ou agglutinés autour des bancs écaillés.
Yanis se retrouva au centre de son petit cercle habituel. Chloé, avec ses cheveux bleus électriques et son énergie pétillante, se tourna vers lui, ses yeux noisette brillants d'une fausse horreur.
Yanis se retrouva au centre de son petit cercle habituel. Chloé, avec ses cheveux bleus électriques et son énergie pétillante, se tourna vers lui, ses yeux noisette brillants d'une fausse horreur.
— Sérieusement, Yanis. Madame Bernard nous a déjà mis deux contrôles surprise ce mois-ci. Tu crois qu'elle va oser en faire un autre en histoire demain ? Je n'ai même pas ouvert mon cahier !
Malik, grand et élancé, jonglait avec une petite pierre avec ses mains agiles.
— Pff, l'histoire, c'est relou. On fait quoi ce week-end ? Je pensais qu'on pourrait se faire une partie de foot au city-stade samedi, si le temps tient.
Léa, aux longs cheveux châtains et aux yeux verts émeraude, se pencha vers Yanis, un sourire énigmatique sur les lèvres.
— Toi, Yanis, tu as l'air ailleurs depuis ce matin. Tu penses déjà à tes révisions pour le bac blanc de maths, c'est ça ? Toujours le plus studieux !
Yanis était là, physiquement. Son corps était légèrement tourné vers ses amis, un bras appuyé contre le mur, son sac négligemment posé à ses pieds. Il participait au rituel social de la pause. Son rire, un son un peu forcé, plus une expiration rapide qu'un vrai rire, était une réaction conditionnée au sarcasme de Malik ou à la taquinerie de Léa. Il ponctuait les phrases de ses amis de « ouais, c'est possible », « carrément », « pas faux » ou « ah bon ? », d'une voix qui ne trahissait aucune émotion particulière, une intonation plate. Il hochait la tête, une fois, deux fois, même quand la pertinence du geste était discutable.
Mais derrière cette façade de camaraderie, l'esprit de Yanis était une boussole qui déviait constamment. Ses yeux, même s'ils croisaient parfois ceux de Chloé ou Malik par courtoisie, revenaient presque instantanément à leur cible : Paul. C'était un mouvement imperceptible, une danse de l'œil qui s'entraînait à capter Paul sans que personne ne le remarque, glissant furtivement au-dessus des têtes. Les conversations de ses amis devenaient un bruit de fond, une sorte de rumeur lointaine. Les mots flottaient autour de lui, des bribes de phrases sur les devoirs, les notes, les profs, mais ils ne pénétraient pas réellement sa conscience. Son cerveau traitait les informations en surface, juste assez pour formuler une réponse pertinente, mais l'essentiel de son attention était ailleurs.
— Alors, ce devoir d'histoire, tu l'as déjà fini ? Madame Bernard va encore nous assassiner si c'est pas parfait, demanda Malik d'une voix pleine d'énergie.
Yanis répondit distraitement ; son regard déjà reparti vers Paul, ce qui créait un léger décalage dans sa réponse.
— Presque, presque. Juste le plan à finaliser.
Léa le taquina, un sourire entendu aux lèvres, observant le manque d'attention de Yanis.
— Toi, t'es déjà en train de penser à ton prochain exposé, Yanis.
Il esquissa un sourire forcé, un peu absent. Son attention était divisée.
— Peut-être bien. C'est un sujet intéressant.
Il ne donna pas plus de détails, car l'exposé n'était pour lui qu'un prétexte.
Pendant qu'il parlait avec ses amis, le véritable travail de Yanis était l'observation silencieuse de Paul. Il scrutait la cour, cherchant la silhouette de Paul. Une fois trouvée, son regard s'y ancrait avec une intensité dissimulée. Il captait les détails : la façon dont Paul était adossé au mur, le vide dans son regard, l'absence de téléphone dans ses mains, une anomalie dans le paysage scolaire. Paul se tenait seul, près de l'entrée d'un couloir peu fréquenté, une figure solitaire dans la foule.
Il est toujours seul, lui. Toujours en retrait. Comme s'il voulait être invisible.
C'était frappant. Dans une cour bondée, il arrivait à créer le vide autour de lui.
Est-ce qu'il ne se sentait pas à sa place, ou est-ce qu'il ne voulait pas l'être ?
Il y avait une volonté de s'effacer, une carapace qui lui semblait si naturelle pour lui. C'était presque une forme d'art, cette discrétion.
Chaque fois qu'un groupe de garçons bruyants passait près de Paul, Yanis ressentait une micro-tension, un pincement presque imperceptible. Il anticipait la réaction de Paul, presque comme s'il en était le capteur émotionnel. Ce léger tressaillement de Paul, le fait qu'il se fondait un peu plus dans le mur, était enregistré et analysé par Yanis avec une précision clinique, comme un détective cherchant des indices. Ces détails, insignifiants pour n'importe qui d'autre, étaient des indices précieux sur la vulnérabilité de Paul.
C'est ça, la vulnérabilité ? Cette façon de se recroqueviller, même quand on ne le regarde pas directement ? Ce léger tressaillement, ce mouvement pour s'enfoncer dans le mur... ce n'était pas de la gêne, c'était de la peur, de l'anxiété. Comme un réflexe d'animal sauvage qui se sent menacé.
C'était la première fois qu'il le voyait aussi dénudé émotionnellement, même si c'était pour un instant fugace. Paul ne cherchait pas l'attention, il la fuyait.
Son esprit était ailleurs, entièrement absorbé par cette tâche d'observation. L'énergie mentale qu'il devait consacrer à la conversation avec ses amis était redirigée vers Paul, sans que ses amis ne s'en doutent. Il créait une bulle d'intimité invisible entre lui et Paul, une connexion à distance basée sur le regard et l'interprétation.
Il a l'air fragile, malgré son intelligence en cours. Il y a un décalage.
L'homme qui avait démontré la dérivée complexe avec une telle assurance était le même qui se recroquevillait au mur. C'était un paradoxe. Son esprit était si aiguisé, si fort, mais son corps, son comportement social, semblaient si délicats. C'était comme s'il y avait deux Paul : le Paul du cours était une armure qu'il endossait pour survivre, tandis que celui de la cour était plus... à nu.
Ça m'intrigue, ce type. Je n'arrive pas à le cerner.
Plus il l'observait, plus Paul devenait complexe. Yanis pensait l'avoir compris après sa démonstration, mais cette scène lui montrait qu'il n'avait fait qu'effleurer la surface. Il y avait des couches. Et chaque nouvelle couche lui donnait encore plus envie de creuser.
Est-ce qu'il se sentait aussi seul que ce qu'il paraissait ? Est-ce qu'il voudrait parler à quelqu'un, ou est-ce qu'il préférait cette solitude ?
Yanis ne savait pas pourquoi, mais ça le touchait. Il y avait quelque chose de triste là-dedans.
Pendant qu'il parlait avec ses amis, le véritable travail de Yanis était l'observation silencieuse de Paul. Il scrutait la cour, cherchant la silhouette de Paul. Une fois trouvée, son regard s'y ancrait avec une intensité dissimulée. Il captait les détails : la façon dont Paul était adossé au mur, le vide dans son regard, l'absence de téléphone dans ses mains, une anomalie dans le paysage scolaire. Paul se tenait seul, près de l'entrée d'un couloir peu fréquenté, une figure solitaire dans la foule.
Il est toujours seul, lui. Toujours en retrait. Comme s'il voulait être invisible.
C'était frappant. Dans une cour bondée, il arrivait à créer le vide autour de lui.
Est-ce qu'il ne se sentait pas à sa place, ou est-ce qu'il ne voulait pas l'être ?
Il y avait une volonté de s'effacer, une carapace qui lui semblait si naturelle pour lui. C'était presque une forme d'art, cette discrétion.
Chaque fois qu'un groupe de garçons bruyants passait près de Paul, Yanis ressentait une micro-tension, un pincement presque imperceptible. Il anticipait la réaction de Paul, presque comme s'il en était le capteur émotionnel. Ce léger tressaillement de Paul, le fait qu'il se fondait un peu plus dans le mur, était enregistré et analysé par Yanis avec une précision clinique, comme un détective cherchant des indices. Ces détails, insignifiants pour n'importe qui d'autre, étaient des indices précieux sur la vulnérabilité de Paul.
C'est ça, la vulnérabilité ? Cette façon de se recroqueviller, même quand on ne le regarde pas directement ? Ce léger tressaillement, ce mouvement pour s'enfoncer dans le mur... ce n'était pas de la gêne, c'était de la peur, de l'anxiété. Comme un réflexe d'animal sauvage qui se sent menacé.
C'était la première fois qu'il le voyait aussi dénudé émotionnellement, même si c'était pour un instant fugace. Paul ne cherchait pas l'attention, il la fuyait.
Son esprit était ailleurs, entièrement absorbé par cette tâche d'observation. L'énergie mentale qu'il devait consacrer à la conversation avec ses amis était redirigée vers Paul, sans que ses amis ne s'en doutent. Il créait une bulle d'intimité invisible entre lui et Paul, une connexion à distance basée sur le regard et l'interprétation.
Il a l'air fragile, malgré son intelligence en cours. Il y a un décalage.
L'homme qui avait démontré la dérivée complexe avec une telle assurance était le même qui se recroquevillait au mur. C'était un paradoxe. Son esprit était si aiguisé, si fort, mais son corps, son comportement social, semblaient si délicats. C'était comme s'il y avait deux Paul : le Paul du cours était une armure qu'il endossait pour survivre, tandis que celui de la cour était plus... à nu.
Ça m'intrigue, ce type. Je n'arrive pas à le cerner.
Plus il l'observait, plus Paul devenait complexe. Yanis pensait l'avoir compris après sa démonstration, mais cette scène lui montrait qu'il n'avait fait qu'effleurer la surface. Il y avait des couches. Et chaque nouvelle couche lui donnait encore plus envie de creuser.
Est-ce qu'il se sentait aussi seul que ce qu'il paraissait ? Est-ce qu'il voudrait parler à quelqu'un, ou est-ce qu'il préférait cette solitude ?
Yanis ne savait pas pourquoi, mais ça le touchait. Il y avait quelque chose de triste là-dedans.
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